La Venue de l’avenir : Un puissant héritage collectif

Une ode à la mémoire et aux liens intergénérationnels : Alternant avec virtuosité entre les époques, le réalisateur explore les résonances du passé dans le présent à travers les trajectoires entremêlées de ses personnages. Principalement situé à Paris, entre ses rues animées et ses lieux chargés d’histoire, le film « La Venue de l’avenir » nous plonge dans une capitale en perpétuelle transformation. Entre peinture et photographie, héritage et modernité, il nous rappelle combien connaître ses racines est essentiel pour mieux comprendre son avenir.

Pour son 15e long-métrage, Cédric Klapisch nous offre, après l’excellent En Corps (2022), son film sans doute le plus ambitieux, qui traverse 150 ans d’histoire de l’art et de civilisation française, par d’habiles fondus enchainés montrant avec une acuité saisissante les bouleversements que notre société a subis.

Présenté hors compétition à Cannes cette année (une première), ce « dernier Klapisch », toujours très attendu par ses amateurs (connu pour son célèbre L’Auberge espagnole), est un film choral qui met en scène des générations de français à 3 époques éloignées, filmées principalement à Paris : de nos jours, en 1895 et en 1873. Cette ville que le réalisateur adore pour en avoir fait un film éponyme en 2008 (Paris).

Une succession complexe qui nous plonge dans un passé riche en culture

Le point de départ repose sur la transmission d’une maison normande, abandonnée depuis 1944, dont la situation intéresse aujourd’hui la commune pour y implanter un grand centre commercial.

Une analyse généalogique poussée conduit à identifier une trentaine d’héritiers dont 4 viennent découvrir les trésors cachés dans cette maison : des photos, des lettres et autres documents, ainsi qu’une toile énigmatique qui va nourrir tout au long du film les fantasmes les plus fous quant à son origine et sa valeur. Leurs voyages réguliers en train, de Paris vers cette maison, évoquent des road movies ferroviaires, servant ici de trait d’union entre les époques.

Par ces découvertes, le réalisateur nous fait vivre les pérégrinations de la mystérieuse habitante de cette maison, une certaine Adèle âgée de 21 ans, qui décide de partir en 1895 à Paris pour faire la connaissance de sa mère Odette, qui l’a quittée depuis… 20 ans ! Pour elle, il est indispensable de comprendre ses racines, et ce voyage la confronte à de multiples surprises par un scénario riche en rebondissements, nous faisant remonter, de manière romancée certes, aux origines de la peinture impressionniste et aux débuts de la photographie.

Mais nous ne quittons pas pour autant la bande des 4 (des personnages typiques de notre époque interprétés par Julia Piaton, l’ingénieur en transports, Zinedine Soualem, le prof de français, Vincent Macaigne, l’apiculteur écolo et Abraham Wapler, le réalisateur de contenus digitaux), dont le réalisateur nous fait connaître les vies et l’influence sur celles-ci de leurs découvertes et chasse aux trésors autour d’Adèle. Leurs nouveaux liens familiaux vont peu à peu les rapprocher, et pour certains, mieux comprendre leur passé et leurs racines est essentiel pour construire leur vie. Ce message universel est assené par le film : son titre en porte d’ailleurs le message, montrant qu’il ne s’agit pas seulement d’un retour arrière !

L’alternance entre les deux époques (3 avec celle à l’origine de la naissance d’Adèle) se fait par des retours avant/arrière dont on craint au début l’effet déroutant mais qui sont parfaitement gérés, quasi sans couture, c’est assez remarquable car cela dure tout le film (2h10) et on ne s’en lasse pas une seconde.

Peinture ou photographie ?

Dans un Paris de la fin du XIXe siècle parfaitement reconstitué, aux couleurs vives et aux costumes soignés, témoignant de l’amour de Cédric Klapisch pour cette époque parisienne, Adèle (Suzanne Lindon excelle dans ce rôle tout en retenue et en pudeur), rencontre sa mère Odette (Sara Gireaudeau est parfaite dans une légèreté à l’extrême opposé de sa fille). Elle y côtoie aussi 2 garçons de son âge, un peintre et un photographe, Lucien (Vassili Schneider, Le Comte de Monte-Cristo) et Anatole (Paul Kircher, Leurs enfants après eux), avec qui elle s’installe et connaît de magnifiques moments.

Déçue par ce qu’est devenue Odette et comprenant enfin pourquoi elle l’a abandonnée, Adèle réussit tout de même à nouer un vrai contact, qui va l’aider à comprendre ses origines, Odette ayant elle-même rencontré et aimé, simultanément, 22 ans plus tôt, un peintre et un photographe qui ne sont autres que Claude Monet et Felix Nadar. Et l’on apprécie ce magnifique moment où l’on voit Claude Monet (également joué à cette époque par Abraham Wapler, une belle double performance) peindre, fin 1872 au Havre, le fameux Impression, soleil levant, appelé La venue du jour dans le film, sans doute pas par hasard.

Si le réalisateur aborde avec justesse le débat de la seconde moitié du XIXe siècle sur la question de la disparition potentielle de la peinture au profit de la photographie naissante, c’est aussi et surtout pour laisser l’incertitude sur les origines d’Adèle (qui est son vrai père ?), en soulevant avec habileté la question des triangles amoureux, suspendant le spectateur à son propre avis.

Et bien sûr toutes ces péripéties sont suivies en parallèle par la bande des 4 au fur à mesure de leurs découvertes, avec des scènes où les uns répondent aux autres par époques interposées, notamment par la lecture de quelques belles lettres d’amour. Le clou de ces rapprochements réside dans une expérience immersive que l’on pourra trouver incongrue, en tout cas dans un genre fantastique, non dénuée cependant d’intérêt. On y découvre notamment à quel point la peinture impressionniste a été décriée à ses tout débuts. (NB : c’est véritablement le legs de Gustave Caillebotte à l’état en 1894, avec obligation d’en faire exposition, qui fera apprécier ce genre dès 1897 au musée du Luxembourg).

Mêler ainsi la petite histoire des personnages à la grande Histoire de l’art (outre Claude Monet et Felix Nadar, on y croise Sarah Bernhardt en 1895 et Victor Hugo en 1873), est une vraie réussite du réalisateur, même s’il n’hésite pas à arranger quelque peu les faits au profit de son film.

Il est impossible de citer toute la distribution tant elle est pléthorique, mais on peut noter les belles apparitions de Cécile de France (la conservatrice de Musée qui va aider à identifier la mystérieuse toile, une habituée de Klapisch), Fred Testot (Felix Nadar), Olivier Gourmet (Claude Monet en 1895 à Giverny), Philippine Leroy-Beaulieu (Sarah Bernhardt), François Berléand (Victor Hugo), et Vincent Perez.

Un film à voir pour la richesse de ses points de vue

Ce film passionnant peut s’envisager sous différents angles complémentaires : la généalogie et l’héritage, l’histoire de l’art dans la peinture et la photographie, les relations humaines et les liens intergénérationnels, la compréhension de ses racines pour mieux affronter l’avenir, de belles réflexions sur l’amour et ses conséquences, ainsi que les transformations impressionnantes de notre société sur la durée avec les préoccupations de chaque époque. L’ensemble ne manque pas d’humour, voire est doté d’un côté par moments burlesque.

Chaque époque a ses signatures cinématographiques propres et adaptées pour l’image et la bande son signée ROB, tout en réussissant des transitions impeccables entre elles, un travail particulièrement réussi. Mentionnons aussi un soin tout particulier apporté aux génériques de début et de fin, ce dernier méritant d’être regardé et écouté jusqu’au bout, prolongeant ainsi le plaisir et la fascination procurés par le film !

Fiche technique du film La Venue de l’avenir

Réalisateur : Cédric Klapisch
Scénaristes : Cédric Klapisch et Santiago Amigorena
Soundtrack : ROB (Compositeur)
Production : Bruno Levy et Cédric Klapisch

Équipe technique

  • Alexis Kavyrchine (Directeur de la photographie)
  • Elise Lahouassa (1ᵉʳ assistant réalisateur)
  • Constance Demontoy (Directeur du casting)
  • Anne-Sophie Bion (Chef monteur)
  • Jane Milon (Chef coiffeur)
  • Pierre-Yves Gayraud (Chef costumier)
  • Raphael Richard (Repérages)
  • Delphine Jaffart (Chef maquilleur)
  • Isabelle Morax (Superviseur post-production)
  • Marie Cheminal (Chef décorateur)
  • Sylvie Peyre (Directeur de production)
  • Léa Mothet (Scripte)
  • Cyril Moisson (Ingénieur du son)
  • Nicolas Moreau (Monteur son)
  • Katia Boutin (Monteur son)
  • Cyril Holtz (Mixage)
  • Cédric Fayolle (Producteur des effets visuels)

Distribution

  • StudioCanal (Distribution)
  • France 2 Cinéma (CoProduction)
  • Ce Qui Me Meut (Production)
  • La Compagnie Cinématographique (CoProduction)
  • Panache Productions

Casting

  • Suzanne Lindon – Adèle
  • Abraham Wapler – Seb et Claude Monnet (1873)
  • Vincent Macaigne – Guy
  • Julia Piaton – Céline
  • Zinedine Soualem – Abdel
  • Paul Kircher – Anatole
  • Vassili Schneider – Lucien
  • Sara Giraudeau – Odette
  • Cécile de France – Calixte de La Ferrière
  • François Berléand – Victor Hugo
  • Philippine Leroy-Beaulieu – Sarah Bernhardt
  • Raïka Hazanavicius – Rose
  • Angèle Garnier – Violette
  • Olivier Gourmet – Claude Monnet (1895)
  • Vincent Perez – Oncle Théophraste

Sortie en salle en France : le 22 mai 2025, durée 2h06.

Note des lecteurs18 Notes
4.5

Festival

Reims Polar 2026 : Mata, l’ombre du contrôle

Présenté en clôture de la 6e édition de Reims Polar, "Mata" est le film le plus ambitieux de Rachel Lang — et peut-être le plus frustrant. Un thriller d'espionnage à la française, anti-spectaculaire et introspectif, porté par une Eye Haïdara à contre-emploi, qui cherche sa radicalité sans toujours la trouver.

Reims Polar 2026 : Sons of the neon night, un champ de bataille sans stratège

Reims Polar a le chic pour dénicher les objets cinématographiques qui résistent — ceux qui ne rentrent pas tout à fait dans les cases, qui portent en eux quelque chose d'inachevé ou d'excessif, et dont la programmation constitue en soi une invitation à débattre. "Sons of the Neon Night" y trouve naturellement sa place. Présenté en séance de minuit à Cannes en 2025, ce polar hongkongais de Juno Mak a fait parler de lui autant pour son ambition visuelle démesurée que pour ses failles narratives béantes.

Reims Polar 2026 : Morte Cucina, la vengeance est un plat qui se dévore sans modération

En compétition Sang Neuf au festival Reims Polar, "Morte Cucina" du thaïlandais Pen-ek Ratanaruang suit Sao, cuisinière d'exception marquée par un viol commis dans son adolescence, qui retrouve par hasard son agresseur des années plus tard à Bangkok. Entre thriller culinaire et drame de la résilience, le film use de la nourriture comme arme et comme langage, avec plus d'intentions que de tranchant.

Reims Polar 2026 : Mi Amor, noyé dans le bruit

Ce jeudi 2 avril au soir, l’impériale Cécile Maistre-Chabrol a remis le Prix Claude Chabrol à Thomas Ngijol pour "Indomptables", polar camerounais dans lequel le réalisateur-acteur réussit une mue radicale et convaincante — quitter la comédie pour plonger dans un thriller âpre, ancré dans la réalité de Yaoundé, entre enquête policière et portrait d'une paternité qui déraille. Une belle soirée pour le genre, achevée par Guillaume Nicloux et son nouveau film, "Mi Amor". Le contraste est cruel, d'autant plus piquant que Nicloux n'est pas un inconnu des festivals de polar. Il s’était déjà fait connaître au Festival du Film Policier de Cognac, ancêtre direct de Reims Polar, avec Une affaire privée. Et ce film-là racontait déjà... une disparition de jeune femme.

Newsletter

À ne pas manquer

« Michael » piétine son icône en moonwalk

Ça y est, il est enfin là. On le craignait, un peu. Il faut dire que les signaux d'alerte se multipliaient. Famille de Michael Jackson trop impliquée, durée courte pour tout ce que le film devrait raconter, monteur de "Bohemian Rhapsody" aux commandes, tout partait mal. Seul miracle au milieu de cette production, Jaafar Jackson, qui semblait taillé pour le rôle. À la sortie, on n'est ni satisfait, ni profondément énervé, tant Michael réussit et échoue lamentablement exactement là où on l'attendait.

Le Réveil de la Momie : ni morte ni réveillée

Lee Cronin tente de ramener la Momie à ses origines : un drame familial hanté par le deuil et la culpabilité. La promesse est tenue pendant près d'une heure, avant que "Le Réveil de la Momie" se perde dans ses propres ambitions contradictoires, incapable de choisir entre le drame viscéral qu'il voulait être et la mécanique Blumhouse qu'il ne pouvait s'empêcher de reproduire. Un rendez-vous manqué, pourtant généreux en ambitions, mais trop avare en courage.

Graham Swon — La parole comme territoire

Trois films, une carte blanche, et une même ligne de force : chez Graham Swon, la parole ne se contente pas d’accompagner l’image, elle la traverse, la déplace, parfois même la remplace. De la dérive poétique d’An Evening Song (for three voices) à l’expérience quasi hypnotique de The World Is Full of Secrets, en passant par l’étrangeté expressionniste de Careful, se dessine un cinéma où dire, c’est déjà faire advenir.

Good Luck, Have Fun, Don’t Die : autopsie d’une humanité sous perfusion numérique

Gore Verbinski convoque voyages dans le temps, IA malveillante et équipe de bras cassés pour radiographier notre addiction au numérique. "Good Luck, Have Fun, Don't Die" est un film généreux et inventif, hanté par l'ombre des Daniels, et qui bute, comme nous tous, sur l'incapacité à vraiment se déconnecter.

Juste une illusion : Ce qu’on croyait déjà vivre

Avec "Juste une illusion", Toledano et Nakache replongent dans les années 80 pour raconter l’éveil amoureux de Vincent, 13 ans, au cœur d’une famille juive et arabe haute en couleur. Entre les disputes des parents, les maladresses du grand frère et les premiers élans du jeune adolescent, le film explore avec humour et tendresse ce moment fragile où l’on croit déjà comprendre la vie. Porté par une mise en scène vibrante, une direction d’acteurs impeccable et une reconstitution délicieusement vintage, le récit mêle questionnements intimes, enjeux sociaux et nostalgie lumineuse. Une comédie dramatique généreuse, où chaque émotion sonne juste et où l’on se reconnaît, quel que soit notre âge.
Bruno Arbaud
Bruno Arbaudhttps://www.lemagducine.fr/
Lire aussi ma participation aux articles en commun avec d'autres membres de la rédaction du MagduCiné : https://www.lemagducine.fr/cinema/dossiers/scenes-de-reve-au-cinema-10079550/ https://www.lemagducine.fr/cinema/dossiers/top-films-cinema-2025-redaction-10080520/

« Michael » piétine son icône en moonwalk

Ça y est, il est enfin là. On le craignait, un peu. Il faut dire que les signaux d'alerte se multipliaient. Famille de Michael Jackson trop impliquée, durée courte pour tout ce que le film devrait raconter, monteur de "Bohemian Rhapsody" aux commandes, tout partait mal. Seul miracle au milieu de cette production, Jaafar Jackson, qui semblait taillé pour le rôle. À la sortie, on n'est ni satisfait, ni profondément énervé, tant Michael réussit et échoue lamentablement exactement là où on l'attendait.

Le Réveil de la Momie : ni morte ni réveillée

Lee Cronin tente de ramener la Momie à ses origines : un drame familial hanté par le deuil et la culpabilité. La promesse est tenue pendant près d'une heure, avant que "Le Réveil de la Momie" se perde dans ses propres ambitions contradictoires, incapable de choisir entre le drame viscéral qu'il voulait être et la mécanique Blumhouse qu'il ne pouvait s'empêcher de reproduire. Un rendez-vous manqué, pourtant généreux en ambitions, mais trop avare en courage.

Graham Swon — La parole comme territoire

Trois films, une carte blanche, et une même ligne de force : chez Graham Swon, la parole ne se contente pas d’accompagner l’image, elle la traverse, la déplace, parfois même la remplace. De la dérive poétique d’An Evening Song (for three voices) à l’expérience quasi hypnotique de The World Is Full of Secrets, en passant par l’étrangeté expressionniste de Careful, se dessine un cinéma où dire, c’est déjà faire advenir.