Babysitter : Le Théorème drolatique de Monia Chokri

Babysitter le nouveau métrage de Monia Chokri est une œuvre mitigée. Traitant avec drôlerie les thèmes du féminisme et de la misogynie, le film est intéressant , bien qu’un peu inabouti.

Synopsis de Babysitter:  Suite à une blague sexiste devenue virale, Cédric, jeune papa, est suspendu par son employeur. Pour se racheter, il va avec l’aide de son frère Jean-Michel, s’interroger sur les fondements de sa misogynie à travers l’écriture d’un livre. De son côté, sa femme Nadine en proie à une dépression décide d’écourter son congé maternité. L’arrivée dans leur vie d’une baby-sitter au charme espiègle et envouteur, va chambouler leur existence.

Battle of the sexes

Babysitter de la Québécoise Monia Chokri était assurément un film qu’il fallait voir, tant son premier long métrage la Femme de mon frère nous avait emballée. Ce second film remplit un rôle qu’on attend d’un film en général : celui de nous surprendre, au moins de nous sortir d’une certaine torpeur cinématographique dans laquelle la succession d’œuvres un peu trop formatées a tendance à nous plonger.

Adapté de l’œuvre éponyme de  Catherine Léger par l’auteure elle-même, Babysitter est très fidèle à la pièce de théâtre. Un triple sujet est enchevêtré dans une comédie grinçante : le sexisme, la misogynie,  le féminisme. Gentiment ou férocement satirique selon les heures, le film n’oublie pas d’être également poétique.

De fait, Babysitter commence sur les chapeaux de roue, assez désagréablement il faut bien le dire : Cédric (Patrick Hivon) est avec ses collègues et amis à un match de MMA, nouveau symbole de la « super virilité » s’il en est. En plus du match, les marqueurs d’une époque pré- MeToo fleurissent : la bière à gogo, les discussions graveleuses sur les fesses de femmes swipées sur l’écran de leur portable. En effet, La séquence est assez pénible par le maelström incessant des visages en gros plan des différents protagonistes, parmi des hurlements qui tentent de couvrir la rumeur ambiante. La quintessence d’une certaine violence. Et c’est dans cette ambiance qu’un Cédric imbibé va voler un baiser à la présentatrice télé, à la vue de tous les spectateurs.

Ce prélude se termine abruptement par une scène stylisée sur le ring de MMA, qui n’est pas sans rappeler notre Julia Ducournau nationale, et on aura ainsi des fulgurances  horrifiques tout au long du film. Pour le reste, on est dans l’humour survitaminée.

Ce baiser sur la joue non consenti aura des répercussions retentissantes, auxquelles Jean-Michel (Steve Laplante), le propre  frère de Cédric ne sera pas étrangère. C’est ensemble qu’ils feront leur mea culpa de misogynes, car l’excès de féminisme affiché par le frère et l’hyper sexisme de Cédric  ne font finalement qu’un tout compliqué. Ils écrivent des lettres d’excuses tout en essayant de comprendre la racine de leur mal de mâles. Pendant ce temps, Nadine (Monia Chokri elle-même) se languit dans une dépression post-partum, indifférente au monde, offrant son dos nuit après nuit à Cédric qui ne semble pas non plus en vouloir davantage. Le bébé est ingérable, non géré, chacun étant noyé dans ses propres affres.

Entre alors Amy (Nadia Tereszkiewicz) la babysitter du titre , une gironde française aux boucles d’or qui apparaît comme un enchantement au milieu de tout ce désordre.  Cette Mary Poppins des temps modernes, en plus de s’occuper merveilleusement du bébé, va les emmener dans un univers magique bien particulier , celui des fantasmes sexuels auxquels bizarrement seul le misogyne avéré ne sera pas sensible.

Comme dans la pièce, Monia Chokri a mis beaucoup de choses avec son triple questionnement. C’est un peu foutraque, pas toujours très facile à suivre. Mais l’essentiel de sa démonstration est là. Les hommes n’y sont pas à leur avantage, avec encore un long chemin à parcourir pour se défaire d’une misogynie ambiante. Les femmes du film, Amy et Nadine, chacune à leur façon, semblent plus libérées de leur carcan, et plus particulièrement la jeune babysitter. Cependant, malgré une belle inventivité visuelle, Babysitter aurait encore gagné en étant bavard  différemment : peut-être moins de saynètes et plus de dialogues  plus construits et ramassés autour de ses thèmes, peut-être moins d’ellipses, voire peut-être des acteurs un peu plus convaincants. Babysitter gardera le rang de second dans la filmographie naissante de la cinéaste.

 

Babysitter – Bande annonce

https://www.youtube.com/watch?v=ZReiiUgjinU

 

Babysitter- Fiche technique

Réalisateur : Monia Chokri
Scénario : Catherine Léger, d’ après sa propre pièce
Interprétation : Patrick Hivon (Cédric), Monia Chokri            (Nadine), Nadia Tereszkiewicz (Amy), Steve Laplante (Jean-Michel), Hubert Proulx          (Tessier), Stéphane Moukarzel (Carlos), Nathalie Breuer (Brigitte)
Photographie : Joëlle Deshaies
Musique : Emile Sornin
Producteurs : Pierre-Marcel Blanchot, Fabrice Lambot, Catherine Léger, Martin Paul-Hus
Maisons de Production : Amérique Film, Phase 4 Productions
Distribution (France) : Bac Films
Durée : 87 min.
Genre : Comédie
Date de sortie :  27 Avril 2022
Canada – 2022

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3

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Beatrice Delesalle
Beatrice Delesallehttps://www.lemagducine.fr/
Le ciné, ma passion. L’écriture, mon Graal. Je tente de combiner les 2 sous la forme d’un avis, d’un éloge, d’un commentaire, d’une critique en somme. Ce n’est pas mon métier et ne le sera jamais, mais c’est ce que je fais de plus plaisant et de plus personnel par les temps qui courent. Ces derniers mois, j’ai craqué pour : Carlos Reygadas, Roni Elkabetz, Hiam Abbass, Steve McQueen, Lynne Ramsay, James Franco, David Gordon Green, Jia ZangKhe, Wang Bing, Kim Ki Duk, Hirokazu Kore Eda, Kiyoshi Kurosawa, Pablo Berger, Lars von Trier, Panos H. Koutras, Félix van Groeningen, Miguel Gomes, Çağla Zencirci, Nuri Bilge Ceylan, Emir Baigazin, François Ozon, Philippe Garrel, Alain Guiraudie, Thomas Cailley, Abdellatif Kéchiche. Pour leur film en fait, plutôt.

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