Cannes 2025 : Dangerous Animals, peur sur la Croisette

À la fois provocateur et séduisant, Dangerous Animals réunit tous les ingrédients du cinéma bis, dans une formule qui risque bien de captiver les amateurs de sensations fortes lors de la Quinzaine des cinéastes. Signé par l’australien Sean Byrne, déjà remarqué pour The Loved Ones (2009), ce nouveau long-métrage mêle thriller horrifique et réflexions sur les rapports de pouvoir, avec un regard acéré sur les stéréotypes genrés.

Le film met en scène Tucker, un tueur en série fasciné par les requins, qui kidnappe une surfeuse survivaliste, Zéphyr, pour nourrir ses obsessions morbides. Le programme est simple, mais la mise en scène, elle, s’avère redoutablement efficace. Depuis Les Dents de la mer, le requin est devenu une figure incontournable du cinéma de genre, avec des incursions plus ou moins réussies dans la série B et Z – de Instinct de survie à Sous la Seine. Mais Byrne choisit ici de renverser les codes : le véritable prédateur n’est pas l’animal marin, mais bien l’homme, incarnation d’une masculinité toxique et solitaire.

Les dents de la Croisette

Dangerous Animals s’inscrit pleinement dans la tradition du slasher, avec une final girl qui échappe partiellement aux clichés. Zéphyr, incarnée par Hassie Harrison, est une blonde intrépide, aventurière libre et insaisissable, tandis que sa comparse brune joue le rôle de faire-valoir plus classique. L’intrigue, volontairement prévisible, permet de se concentrer sur le spectacle : poursuites tendues, scènes de torture et flashbacks distillés sur d’étranges cassettes VHS que conserve Tucker, incarné avec outrance par Jai Courtney. L’opposition entre les deux personnages principaux structure le récit. L’un est un prédateur en quête de contrôle, l’autre une femme libre qui refuse la captivité. Le film suggère que les « animaux dangereux » du titre ne sont pas ceux que l’on croit.

Zéphyr, sans port d’attache, erre sur les côtes de l’est australien à la recherche de la vague parfaite. Son escale à Surfers Paradise l’amène à une bifurcation existentielle : céder à l’appel du large ou poser ses valises aux côtés d’un prince charmant un peu trop lisse (Josh Heuston). L’affrontement avec Tucker devient alors métaphore d’un combat plus intime : celui d’une femme face à sa propre solitude et à la tentation de la fuite.

Cette thématique, déjà présente dans The Loved Ones, trouve ici un écho plus adulte. Là où Byrne filmait la cruauté adolescente et la transition vers l’âge adulte, il interroge désormais la quête d’identité et de liberté chez une femme qui refuse de se laisser définir par un homme ou la peur.

Lors de la présentation du film, Julien Rejl, délégué général de la Quinzaine, a rappelé que Massacre à la tronçonneuse de Tobe Hooper fut sélectionné en 1973. Le retour en grâce d’un cinéma de genre assumé mérite donc notre attention. Byrne livre un film rythmé, avec des scènes d’action bien menées et des punchlines qui instaurent un décalage comique bienvenu. Cependant, à force de vouloir interagir avec son public, Dangerous Animals tombe parfois dans une forme de complaisance. Les dialogues semblent chercher l’approbation du spectateur, et certains choix de mise en scène, trop explicites, affaiblissent la charge subversive du film. L’horreur n’est plus suggérée mais assénée à l’aide d’une musique stridente, ce qui nuit à la tension dramatique.

Sans révolutionner le genre, Dangerous Animals propose une relecture intéressante des codes du slasher et de la « sharksploitation », en désignant l’homme comme principal danger. Porté par une héroïne forte et une mise en scène mordante, le film de Sean Byrne s’impose comme un divertissement suffisamment intelligent et ludique pour qu’on y trouve son compte. Une œuvre à la fois rugueuse et ensanglantée qui a toute sa place sur la Croisette.

Ce film est présenté à la Quinzaine des cinéastes au Festival de Cannes 2025.

Dangerous Animals : bande-annonce

Dangerous Animals : fiche technique

Réalisation : Sean Byrne
Scénario : Nick Lepard
Interprètes : Hassie Harrison (Zephyr), Jai Courtney (Tucker), Josh Heuston (Moses), Ella Newton (Heather)
Son : David White
Musique : Michael Yezerski
Photographie : Shelley Farthing-Dawe
Montage : Kasra Rassoulzadegan
Décors : Pete Baxter
Sociétés de production : Brouhaha Entertainment, LD Entertainment, Oddfellows Entertainment, Range Media Partners
Pays de production : Australie
Distribution France : The Jokers Films
Genre : Horreur, Thriller, Survival
Durée : 1h38
Date de sortie : 23 juillet 2025

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Festival

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Jérémy Chommanivong
Jérémy Chommanivonghttps://www.lemagducine.fr/
Spéléologue des temps modernes, je ne suis qu'un humble explorateur des salles obscures, celles-là même dont on peut en ressortir ému, apeuré, frustré ou émerveillé. Je m'y donne rendez-vous chaque semaine, sans oublier ma fascination pour Steven Spielberg, Frank Capra, Sidney Lumet, Brad Pitt et un peu moins pour les légumes. Le cinéma restera à jamais mon sanctuaire d'apprentissage et le vecteur de toutes mes émotions.

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