Sous la Seine : navet en eaux troubles

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En attendant les Jeux olympiques de Paris 2024, Sous la Seine, disponible sur Netflix, nous plonge dans les tréfonds du fleuve parisien, abritant dans ses méandres un gigantesque requin tueur. Malgré ce pitch totalement abracadabrant, le film aurait pu composer un divertissement un peu plus convaincant. Il s’enlise toutefois dans un scénario absurde, n’offrant que de rares séquences d’action dénuées de tension. Un mauvais nanar qui nous mène en bateau.

Depuis Les Dents de la mer de Steven Spielberg, on ne compte plus les blockbusters estivaux mettant en scène des squales monstrueux et terrifiants.  Peur bleur, Open Water, Instinct de survie ou plus récemment, En eaux troubles, ont ainsi rendu très périlleuses les baignades maritimes. Avec Sous la Seine, la menace du requin s’invite pour la toute première fois dans le fleuve parisien. Un pitch extravagant qui tombe à point nommé, quelques semaines à peine avant le lancement des Jeux olympiques, durant lesquels des épreuves en nage libre devraient se dérouler dans la Seine. 

Mis en scène par Xavier Gens, réalisateur de Hitman et Farang, Sous la Seine se noie malheureusement dans des décalitres de stupidité. Incohérences flagrantes, récit bâclé, dialogues poussifs, sans oublier son squale numérique plutôt ideux, le film ne procure pas l’ombre d’un frisson. En délaissant étonnement l’action au profit d’une romance mièvre et d’un message écolo appuyé et caricatural, il ne parvient, tout au mieux, qu’à nous faire sourire grâce à son absurdité permanente et à une Bérénice Béjo totalement naufragée. 

Soupe au squale

Sophia, une scientifique campée par Bérénice Béjo, a perdu tout son équipage lors d’une attaque de requins. Encore marquée par ce traumatisme, elle est informée par Mika, une écologiste activiste, de l’arrivée d’un immense requin dans les eaux de la Seine. Alors que la ville de Paris organise les championnats du monde de triathlon, les deux femmes s’allient avec Adil, le commandant de la police fluviale, pour empêcher un massacre. Une périlleuse chasse au requin commence.

Si la présence d’un squale dans les profondeurs de notre fleuve a déjà de quoi méduser, Sous la Seine se casse d’emblée les dents en soulignant les contradictions de sa propre histoire. Pourquoi un requin remonterait-il la Seine ? Comment pourrait-il s’adapter à l’eau douce ? Se nourrir ?  Et surtout, franchir les écluses ? Le mystère reste entier. Même en passant outre ces divagations, on peine à trouver en amont une vraie source de distraction. Après une séquence d’ouverture ratée, le film patine en effet dans un récit inutilement étiré et trop dialogué.

Ainsi, en attendant longuement la première attaque parisienne de requin, le film s’apesentit sur la relation entre Sophia et Adil, deux solitaires réunis par des drames personnels, puis sur un groupe d’écologistes activistes désireux de sauver le squale égaré. Doté d’un QG high tech en plein coeur de Paris et d’une armada de partisans, l’organisation des militants, digne d’un véritable réseau d’espionnage, prête un peu à sourire. Néanmoins, le message alarmiste est là. Vortex de déchets au coeur de l’océan, fleuve poubelle, dérèglement climatique, Sous la Seine s’inscrit pleinement dans la crise environnementale actuelle.

À l’image des Dents de la mer, Xaver Gens dénonce également l’inaction et l’incompétence du politique, qui préfère ignorer le danger pour maintenir à flot la réputation de la ville. En effet, la maire de Paris, interprétée par Anne Marivin, ne compte pas annuler le triathlon pour cette menace insensée.

Avec tous ces ingrédients hétérogènes, mixé dans une soupe numérique assez indigeste, le film ne procure malheureusement pas une once de tension, si bien que l’on s’ennuie ferme malgré quelques éléments inattendus. 

Requin sous roche

Malgré son synopsis classique, placé dans le contexte des Jeux olympiques, Sous la Seine prend une tournure plutôt inattendue. Film catastrophe, chargé d’un propos écologique et politique, plus que d’horreur, il ose une dernière séquence pour le moins surprenante. Aussi, son propos réel et la double signification de son titre demeurent partiellement immergés, comme le corps du squale, jusqu’au final qui ne ménage pas si mal ses effets. Sans doute la seule mico sensation du récit. L’écluse reste d’ailleurs ouverte pour une suite, même si le filon, circonstanciel et très fragile, semble déjà bien épuisé.

Parmi les thrillers mettant en scène des animaux tueurs, nous avons vu bien mieux avec les alligators de Crawl, les sauterelles de La Nuée ou plus récemment, les araignées de Vermines. Force est d’admettre qu’aujourd’hui, le requin peine à se renouveler dans les salles obscures ou sur les plateformes. Sous la Seine ne déroge pas à la règle. Il pourra cependant déclencher quelques rires sarcastiques face à ses monstrueuses élucubrations, avant que les athlètes du monde entier ne se jettent, ou pas, dans les eaux insondables du fleuve parisien. 

Sous la Seine – Bande-annonce

Sous la Seine – Fiche technique

Réalisation : Xavier Gens
Scénario : Xavier Gens, Yannick Dahan, Maud Heywang
Casting : Bérénice Béjo (Sophia), Nassim Lyes (Adil), Anais Parello (Jade), Inaki Lartigue (Juan)…
Musique : Alex Cortés, Anthony D’Amario, Edouard Rigaudière
Photographie : Nicolas Massart
Montage : Riwanon Le Beller
Sociétés de production : Netflix France
Genre : action, thriller
Durée : 1h44
France – Sortie le 5 juin 2024 (Netflix)

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Ariane Laure
Ariane Laurehttps://www.lemagducine.fr/
Émerveillée par le cinéma depuis le Roi Lion, mon premier film en salle, j’aime les films qui font rêver, qui hantent et ne nous quittent jamais. J’admire particulièrement la richesse des œuvres de Stanley Kubrick, Christopher Nolan et Quentin Tarantino. Je suis également une adepte du cinéma asiatique, de Yasujiro Ozu, Akira Kurosawa à Wong Kar-Wai, Hayao Miyazaki et Park Chan-Wook. Travaillant dans le monde juridique, j'écris des critiques à mes heures perdues.

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