greenland-le-dernier-refuge-critique

Greenland, le dernier refuge : Apocalypse à échelle humaine

En se focalisant sur la trajectoire d’une famille américaine meurtrie par un cataclysme sans précédent, Greenland – le dernier refuge parvient à conjuguer avec habileté drame intimiste et grand spectacle propre au blockbuster. Si les deux heures de chaos sont inégales et les effets spéciaux de qualité aléatoire, Ric Roman Waugh, qui aborde la thématique si actuelle du confinement, s’intéresse ici à la psychologie des personnages en crise et maintient la tension constamment alimentée par l’urgence.

La comète Clarke et ses nombreux débris s’écrasent sur la planète Terre ; le sol américain est le premier témoin de la catastrophe. Meurtrie mais vaillante, la famille Garrity, sélectionnée pour intégrer un bunker réquisitionné en secret par les autorités, doit fuir le pays pour rejoindre le Groenland et tenter d’échapper à cet imminent chaos. Porté par Gerard Butler (300, Gods of EgyptCriminal Squad, Geostorm) en héros viril et l’impeccable Morena Baccarin (Homeland) dans le rôle d’Allison, son ex-femme, Greenland, le dernier refuge prétend se démarquer de l’archétype du film catastrophe (Independance DayDeep ImpactArmageddon, Le Jour d’après, 2012, San Andreas) dans sa mise en scène détaillée du déluge, de l’urgence et de la peur mêlée au sang.

En convoquant la sublime Guerre des mondes de Spielberg, Ric Roman Waugh et Gerard Butler, duo déjà à l’œuvre sur La Chute du Président, posent ici les bonnes questions : l’humanité en voie d’extinction peut-elle trouver un moyen de survivre face à un désastre d’une telle ampleur ? Y est-elle préparée ? Dans une pareille situation, alors que la technologie n’est plus d’aucune utilité, faut-il se battre ? Se cacher ? Aider son voisin ? Se laisser mourir ? Faut-il intervenir pour sauver un proche, un être cher, ou bien se résoudre à l’abandonner à son sort ?

Véritable atout du script signé Chris Sparling (Nos souvenirs, Mercy), le choix de se focaliser sur cette famille unie — laquelle joue depuis toujours un rôle central dans l’esprit américain —, soudée dans l’épreuve, censée susciter l’empathie du spectateur. Architecte de talent choisi parmi les futurs survivants pour reconstruire le monde d’après, John doit reconquérir le cœur d’Allison et se racheter une conduite auprès de son beau-père campé par Scott Glenn. N’écoutant que son courage, il est prêt à se sacrifier dans cette course contre la mort. Jeune diabétique de sept ans porteur d’un précieux bracelet, son fils Nathan (Roger Dale Floyd) devient une proie facile que les plus calculateurs n’hésitent pas à kidnapper en vue de rejoindre la base militaire classée « secret défense ». Car le scénariste, qui aborde la thématique si actuelle du confinement, pimente l’intrigue en séparant le trio à de multiples reprises et, dans le même temps, porte un regard sur les plus faibles, sur l’inéluctable férocité des comportements humains mais aussi sur le statut privilégié de certaines victimes face au reste de la population désorientée, livrée à elle-même. En effet, Greenland donne à voir une Amérique socialement et géographiquement divisée entre lotissements pavillonnaires aisés et territoires ruraux négligés. À ce constat bien pessimiste s’ajoute en filigrane une critique de la désinformation des médias de masse. 

Malgré son solide casting et un incipit assez prometteur, tendu, sombre et anxiogène, Greenland s’essouffle dans sa deuxième partie : le surdécoupage, la brutalité de la musique extra-diégétique et la qualité aléatoire des effets spéciaux viennent souvent altérer la crédibilité du périple, paralysé par quelques rebondissements trop étirés (comme une fusillade dans un supermarché en proie aux pillards ou un crash d’avion parfaitement superflus). Ric Roman Waugh aime filmer les mouvements de foule, la panique générale, sans trop s’attarder sur la lente chute à la fois spectaculaire et dévastatrice de cette météorite tueuse — ici, la désolation se résume en quelques plans en plongée —, laissant un certain nombre de résidus émotionnels se nicher astucieusement dans les ellipses et flashbacks furtifs.

Pourtant, dans l’ensemble, le film se retrouve souvent emporté par une ambition esthétisante et formaliste, comme en témoigne ce filtre sépia-orangé symbolisant la détresse de ce couple en crise, rongé par une tromperie mal digérée. Greenland s’achève d’ailleurs sur la découverte de ce « dernier refuge », paradis en sfumato ; un paysage minéral typiquement léonardien, probable clin d’œil pictural au funeste présage du maître de la Renaissance italienne.

Sévan Lesaffre

Bande-annonce : Greenland, le dernier refuge

Synopsis : Une comète est sur le point de s’écraser sur la Terre et de provoquer un cataclysme sans précédent. John Garrity décide de se lancer dans un périlleux voyage avec son ex-épouse Allison et leur fils Nathan pour rejoindre le dernier refuge sur Terre à l’abri du désastre. Alors que l’urgence devient absolue et que les catastrophes s’enchaînent de façon effrénée, les Garrity vont être témoin du meilleur comme du pire de la part d’une humanité paniquée au milieu de ce chaos.

Fiche technique – Greenland, le dernier refuge

Réalisation : Ric Roman Waugh
Scénario : Chris Sparling, Mitchell, LaFortune
Avec : Gerard Butler, Morena Baccarin, Scott Glenn, Roger Dale Floyd, David Denman, Claire Bronson, Joshua Mikel, Andrew Bachelor, Gary Weeks, Mike Gassaway, Scott Poythress, Rick Pasqualone, Kendrick Cross, Hayes Mercure, Jaime Andrews, Madison Johnson…
Photographie : Dana Gonzales
Décors : Clay A. Griffith
Production : Gerard Butler, Sebastien Raybaud, Alan Siegel, Basil Iwanyk
Musique : David Buckley
Distribution : Metropolitan FilmExport
Durée : 2h
Genre : Science fiction / Action
Date de sortie : 5 août 2020

Note des lecteurs0 Note
2.5

Critique cinéma sur LeMagduCiné
Plus d'articles
fog-john-carpenter-jamie-lee-curtis-janet-leigh-critique-film
Fog : John Carpenter et le Vaisseau Fantôme