Makoto Shinkai, l’adolescent romantique

Il vient tout récemment de souffler ses 50 bougies. Le réalisateur originaire de la préfecture de Nagano nous donne rendez-vous le 12 avril pour la sortie nationale de Suzume, une œuvre aussi solaire que son sujet, toujours empreint de mélancolie.

Pour anticiper son retour sur grand écran, on vous propose un petit détour sur la filmographie de Makoto Shinkai, un adolescent qui rêve de s’élever, dans un souffle épique et romantique. Et il serait donc dommage de passer à côté de ses influences, qui ont laissé une trace importante, aussi bien dans le cinéma d’animation que dans l’ouverture de la culture nippone, à travers des contes pour tous les âges.

Après avoir quitté son poste de graphiste chez la société d’édition et de développement de jeux vidéo, Nihon Falcom Corporation, l’esprit vif et le regard affûté de Makoto Shinkai l’ont évidemment poussé à prendre exemple sur ses prédécesseurs, car un cap a bien été franchi depuis quelques années. Lorsque Mamoru Oshii (Ghost In The Shell), Katsuhiro Ôtomo (Akira, Steamboy), Hideaki Anno (Neon Genesis Evangelion) et Shinichirô Watanabe (Cowboy Bebop, Samourai Shampoo) ont posé les bases dans des univers très orientés science-fiction, le sel des années 80-90, de nouveaux animateurs ont répondu à leurs exploits. Satoshi Kon (Perfect Blue, Millenium Actress, Paprika), Isao Takahata (Le Tombeau des lucioles, Mes voisins les Yamada, Le Conte de la princesse Kaguya) et Hayao Miyazaki (Le Château dans le ciel, Princesse Mononoké, Le Voyage de Chihiro) se sont constamment passés la balle dès la fin du siècle dernier, jusqu’à ce qu’on vienne la récupérer.

Les portes du temps

C’est à présent au tour de la nouvelle génération de s’en inspirer et de révéler leur environnement, où l’on commence à délaisser la pure fantaisie pour parler du monde d’aujourd’hui, dans une spontanéité à la fois déconcertante et riche, que Shinkai et Mamoru Hosoda (Summer Wars, Les Enfants loups, Ame & Yuki, Belle) sont aptes à nous offrir. Cet imaginaire a certes un pied ancré dans le présent tel que nous le connaissons, mais c’est justement en questionnant les légendes urbaines, shintoïstes ou universelles que ces auteurs ouvrent les portes du temps et de l’espace pour enfin les confronter et parfois les mélanger.

Makoto Shinkai a immédiatement démarré dans la subtilité avec le court-métrage Elle et son chat. Celui-ci dégage un style épuré, teinté d’un noir et blanc qui laisse transparaître la fragilité des êtres que l’on voit anéantis par la solitude. Sous le point de vue d’un chat adopté, c’est toute une complicité autour de la compréhension des sentiments que l’auteur défend. Le félin et sa maîtresse s’apprivoisent mutuellement au fil des saisons et de leurs aventures respectives. La musique et la voix-off du chat offrent un cocktail explosif et immersif dans cette fable, où le temps se dilate en fonction de nos émotions.

Et ce sera avec son court-métrage suivant, plus ambitieux, que son futur cinéma dévoile ses contours. The Voices of a Distant Star est autant une histoire de conquête spatiale qu’une déclaration d’amour permanente entre la pilote Mikako et Noburo. Les deux sont liés par la force de leurs sentiments, malgré des sauts en hyperespace, qui accentuent davantage la distance qui les sépare, dans le temps et géographiquement. Le but est de tout faire pour rapprocher ces inséparables, jusque dans les derniers plans, à la fois épiques et mélancoliques. De cette manière, le cinéaste n’a de cesse de joindre les deux bouts de deux points de vue différents, la tête tournée vers le ciel, synonyme d’espoir et théâtre d’un rendez-vous unique.

La vie après la mort

L’amour de l’être disparu ou réapparu permet de rêver d’une seconde chance. C’est tout ce que le cinéaste souhaite à ses personnages, humains avant tout et désespérément romantiques. La Tour au-delà des nuages, récit uchronique du Japon d’après-guerre sous influence occidentale, dépeint les cicatrices du temps qu’on laisse filer. Il s’agit d’une course vers les cieux, vers l’inconnu, en parallèle de celle de l’armement. Avec cette œuvre, on marche vers les cieux, avec l’espoir de récupérer et de réunifier la mémoire d’une nation séparée en deux. La fuite en avant – que ce soit pour échapper à la solitude, à la scolarité, une rupture ou un deuil non résolu – est ce qui catalyse tous les récits de Shinkai.

C’est d’ailleurs ce qui touche le plus dans 5 centimètres par seconde, dont les trois chapitres résument le contre-temps du couple à l’écran. Chacun attend à quai que le prochain train veuille bien les ramener l’un vers l’autre, ou bien que les sakuras fleurissent de nouveau pour eux. Tout ce qu’on a déjà pu aborder plus tôt s’étale sur leur trajet, où l’amour réconforte, blesse et réconforte de nouveau. Mais c’est en brisant subtilement ce cycle que cette œuvre se démarque des autres, avec le minimum d’artifice possible, dans une sobriété onirique rare. Les cœurs sensibles s’y reconnaîtront.

Il n’est donc pas étonnant de voir ensuite Shinkai partir en quête d’un monde souterrain mythique, afin de garder les pieds sur terre, ou presque. Voyage vers Agartha, une sorte de conte emprunté au Voyage au centre de la Terre de Jules Verne, est en accord avec la spiritualité d’Hayao Miyazaki. Le monde des morts ou des esprits, c’est l’environnement dans lequel évoluent deux protagonistes, qui partagent leur solitude dans un voyage d’une vie après la mort. Le deuil a souvent capté cette détresse chez l’individu, marqué au fer rouge par un traumatisme. Shinkai s’en sert ici pour briser les frontières, afin d’unifier le fantastique et la réalité. Il reste également optimiste quand il s’agit d’accompagner l’esprit des défunts, ce qu’il fait sans ambiguïté et avec bienveillance.

La météo des sentiments

« J’ai trouvé une vraie beauté dans le ciel, mais il y a très longtemps. », a déclaré Makoto Shinkai, dans un entretien avec le Journal du Japon. La nostalgie qui s’empare de lui en prononçant ces mots est ce qui motive son esprit créatif, tourné vers une expression de plus en plus visuelle, toujours au service du sensoriel. Il transforme ainsi chaque apparition du ciel en une peinture aux couleurs des sentiments. Un vent qui se lèverait donc bien sur l’ère révolue de Miyazaki et du studio Ghibli, qui peinent à se réinventer, en parallèle de Pixar qui s’uniformise peu à peu sous le joug du studio aux grandes oreilles.

Il y a rarement un arrière-plan futile dans ce qu’il compose à l’écran. Sous les pinceaux de Masayoshi Tanaka et Masashi Ando, dessinateur de personnages emblématiques aux côtés de Miyazaki et de Kon, on apporte une véritable profondeur dans l’image, fascinante et envoutante. Le sens du détail de chaque objet, une couleur saturée par-ci, une texture dans l’ombre ou sous un rayon de soleil par-là, rien n’est laissé au hasard dans une animation calibrée pour émerveiller, à travers une vision fidèle du monde. Ce réalisme est au service de la contemplation, une chose que le cinéaste affectionne énormément et qu’il souhaite partager avec nous. C’est pourquoi le ciel étoilé le fait toujours vibrer et qu’il s’évertue à le transposer sur la grande toile du septième art. À cet instant, c’est tout ce qui compte pour Shinkai, humble dans sa façon de raisonner et merveilleux dans sa manière de nous l’apporter.

L’eau apparaît comme un symbole d’espérance et de rédemption dans Garden of words, tandis qu’elle possède une signification un peu plus mystique dans Les Enfants du Temps. Elle arrive sous forme de pluie, un voile parfois bien épais et qui joue sur les apparences. Les quelques éclaircies peuvent alors permettre au spectateur de sonder les maux des personnages et de trouver les clés de tous les enjeux. Chacun recherche une chaussure à son pied, cette étincelle de vie qui procure la sensation de marcher à nouveau dans le bon sens. L’eau est ainsi un guide, mais également un fléau qui frappe les côtes japonaises.

Les nombreux tsunamis, et autres séismes à l’origine de ces derniers, traversent les générations et les lient entre elles. Le deuil est donc une étape que confrontent tous les autochtones, tôt ou tard. Et la douleur qui en découle, Makoto Shinkai décide de la rabattre au cœur de ses histoires d’amour, pour se reconnecter à la vie ou bien pour enfin la reprendre en main comme jamais il n’a été possible auparavant. Suzume aborde d’ailleurs frontalement ce sujet, sans déroger à la quête initiatique de ses personnages.

Tout cela est mû dans un déterminisme solaire, où les héros adolescents seraient les parfaits ambassadeurs. Les choix sont ainsi conditionnés par des sentiments refoulés et qui ont le don d’éclore dans un dénouement dantesque, épique et musicalement émouvant, un autre point fort qui constitue la marque de fabrique de son auteur et maestro visuel.

La mélodie du bonheur

La musicalité parle d’elle-même. Alterner le silence, les bruits de pas et de respiration permet déjà aux récits de souffler un bon coup. Et quand la bande-son prend le dessus, elle accompagne systématiquement les personnages dans leurs transitions, jusqu’à les délivrer de leur peine, qu’ils traînent tout le long de leur périple.

« Je raconte une histoire à travers le cinéma, mais toujours avec la musique », encore dans un entretien avec le Journal du Japon. Makoto Shinkai sait déjà profiter de l’élan épique. Le jumeler avec une composition qui transpire la sincérité ne fait qu’amplifier les enjeux, de la plus petite échelle à celle du grand ciel, que tout le monde scrute simultanément.

Chaque coup d’archet de l’héroïne dans La Tour au-delà des nuages est un pincement au cœur. Les instruments musicaux ont pour objectif d’élever les personnages à un nouveau niveau de conscience. Dans la plupart du temps, il s’agit d’accepter un fort sentiment d’éloignement, signifiant ainsi un fort désir de se rapprocher de sa moitié.

Shinkai fait ainsi savoir qu’il variait les voix, mais il a depuis peu fidélisé l’une d’entre elles. Le groupe de rock Radwimps ne le quitte plus depuis le succès international de Your Name., magnifique échappée de deux âmes sœurs, liées par leurs vies enchâssées. Leurs musiques populaires sont une manière de rapprocher le spectateur et les personnages dans un état d’euphorie qui retombe souvent sous forme de larmes que l’on abandonne volontiers.

La sensibilité de l’auteur est très appréciée et c’est ce qui rend ses œuvres accessibles, où nous sommes invités à rêver et à tomber en amour pour les mots cachés qu’il laisse derrière lui, à l’image des deux déserteurs de The Gardien of words. Sans fausse note.

Le vent s’est levé

S’il est souvent identifié comme le successeur spirituel de Hayao Miyazaki et de la firme Ghibli, notons qu’il ne s’agit pas de comparer les deux artistes, mais bien de superposer leur habileté dans l’écriture. « Il y a un héritage du studio Ghibli, de Hayao Miyazaki, mais je cherche à faire un cinéma différent » (Makoto Shinkai, sous le micro de France Culture). Ce dernier a dorénavant pris son envol, quand bien même on puisse lui reprocher d’être à mi-chemin du renouvellement. Il est l’un des acteurs principaux de la génération du numérique, où l’animation sublime des thématiques qui fonctionnent encore et toujours. Que ce soit dans le présent, le passé ou le futur, dans la vie ou dans la mort, ses héros ne cessent de grandir et de trouver une issue pour ne plus se quitter. C’est précisément dans ces moments que l’uppercut émotionnel nous arrive droit au cœur, à la force d’un dosage minutieux et d’une patience payante.

L’animation japonaise change de couleurs, ainsi que l’épaisseur de son trait. Tout en gardant un œil sur son ses prédécesseurs, comme source de motivation et non plus d’inspiration, il est indéniable que Makoto Shinkai tient les rênes d’un mouvement pop très audacieux et toujours plus merveilleux, tel l’adolescent romantique qui n’a jamais quitté sa plume ou son pinceau pour s’exprimer.

Filmographie de Makoto Shinkai

Longs-métrages

2004 : La Tour au-delà des nuages (Kumo no mukō, yakusoku no bashō)
2007 : 5 Centimètres par seconde (Byousoku 5 centimeter)
2011 : Voyage vers Agartha (Hoshi o Ou Kodomo)
2013 : The Garden of Words (Koto no ha no niwa)
2016 : Your Name. (Kimi no na wa.)
2019 : Les Enfants du temps (Tenki no ko)
2022 : Suzume (Suzume no tojimari)

Courts-métrages

1999 : Elle et son chat (Kanojo to kanojo no neko)
2002 : The Voices of a Distant Star (Hoshi no Koe)
2003 : The Smile (Egao, clip musical)
2013 : Dareka no Manazashi
2014 : Cross Road

Festival

Reims Polar 2026 : Mata, l’ombre du contrôle

Présenté en clôture de la 6e édition de Reims Polar, "Mata" est le film le plus ambitieux de Rachel Lang — et peut-être le plus frustrant. Un thriller d'espionnage à la française, anti-spectaculaire et introspectif, porté par une Eye Haïdara à contre-emploi, qui cherche sa radicalité sans toujours la trouver.

Reims Polar 2026 : Sons of the neon night, un champ de bataille sans stratège

Reims Polar a le chic pour dénicher les objets cinématographiques qui résistent — ceux qui ne rentrent pas tout à fait dans les cases, qui portent en eux quelque chose d'inachevé ou d'excessif, et dont la programmation constitue en soi une invitation à débattre. "Sons of the Neon Night" y trouve naturellement sa place. Présenté en séance de minuit à Cannes en 2025, ce polar hongkongais de Juno Mak a fait parler de lui autant pour son ambition visuelle démesurée que pour ses failles narratives béantes.

Reims Polar 2026 : Morte Cucina, la vengeance est un plat qui se dévore sans modération

En compétition Sang Neuf au festival Reims Polar, "Morte Cucina" du thaïlandais Pen-ek Ratanaruang suit Sao, cuisinière d'exception marquée par un viol commis dans son adolescence, qui retrouve par hasard son agresseur des années plus tard à Bangkok. Entre thriller culinaire et drame de la résilience, le film use de la nourriture comme arme et comme langage, avec plus d'intentions que de tranchant.

Reims Polar 2026 : Mi Amor, noyé dans le bruit

Ce jeudi 2 avril au soir, l’impériale Cécile Maistre-Chabrol a remis le Prix Claude Chabrol à Thomas Ngijol pour "Indomptables", polar camerounais dans lequel le réalisateur-acteur réussit une mue radicale et convaincante — quitter la comédie pour plonger dans un thriller âpre, ancré dans la réalité de Yaoundé, entre enquête policière et portrait d'une paternité qui déraille. Une belle soirée pour le genre, achevée par Guillaume Nicloux et son nouveau film, "Mi Amor". Le contraste est cruel, d'autant plus piquant que Nicloux n'est pas un inconnu des festivals de polar. Il s’était déjà fait connaître au Festival du Film Policier de Cognac, ancêtre direct de Reims Polar, avec Une affaire privée. Et ce film-là racontait déjà... une disparition de jeune femme.

Newsletter

À ne pas manquer

Vivaldi et moi : tutti per la musica

Abandonnées par leurs familles dans un orphelinat, des jeunes filles se consacrent à la musique. Nous sommes à Venise en 1716, à l'orphelinat « La Pietà » qui doit son nom à la Vierge Marie. Constituant un orchestre de chambre, chaque dimanche ces musiciennes se produisent anonymement dans une église locale où le public vient les écouter. Si elles ne connaissent pas leurs origines, leur avenir est tout tracé…

Voyage à deux : le désenchantement conjugal

Troisième collaboration entre Stanley Donen et Audrey Hepburn après "Drôle de frimousse" et "Charade", "Voyage à deux" suit un couple à différents moments de sa vie à travers un récit fragmenté. Le film fait de la mémoire amoureuse son véritable moteur narratif, entre instants de grâce et fissures plus discrètes.

« Michael » piétine son icône en moonwalk

Ça y est, il est enfin là. On le craignait, un peu. Il faut dire que les signaux d'alerte se multipliaient. Famille de Michael Jackson trop impliquée, durée courte pour tout ce que le film devrait raconter, monteur de "Bohemian Rhapsody" aux commandes, tout partait mal. Seul miracle au milieu de cette production, Jaafar Jackson, qui semblait taillé pour le rôle. À la sortie, on n'est ni satisfait, ni profondément énervé, tant Michael réussit et échoue lamentablement exactement là où on l'attendait.

Le Réveil de la Momie : ni morte ni réveillée

Lee Cronin tente de ramener la Momie à ses origines : un drame familial hanté par le deuil et la culpabilité. La promesse est tenue pendant près d'une heure, avant que "Le Réveil de la Momie" se perde dans ses propres ambitions contradictoires, incapable de choisir entre le drame viscéral qu'il voulait être et la mécanique Blumhouse qu'il ne pouvait s'empêcher de reproduire. Un rendez-vous manqué, pourtant généreux en ambitions, mais trop avare en courage.

Graham Swon — La parole comme territoire

Trois films, une carte blanche, et une même ligne de force : chez Graham Swon, la parole ne se contente pas d’accompagner l’image, elle la traverse, la déplace, parfois même la remplace. De la dérive poétique d’An Evening Song (for three voices) à l’expérience quasi hypnotique de The World Is Full of Secrets, en passant par l’étrangeté expressionniste de Careful, se dessine un cinéma où dire, c’est déjà faire advenir.
Jérémy Chommanivong
Jérémy Chommanivonghttps://www.lemagducine.fr/
Spéléologue des temps modernes, je ne suis qu'un humble explorateur des salles obscures, celles-là même dont on peut en ressortir ému, apeuré, frustré ou émerveillé. Je m'y donne rendez-vous chaque semaine, sans oublier ma fascination pour Steven Spielberg, Frank Capra, Sidney Lumet, Brad Pitt et un peu moins pour les légumes. Le cinéma restera à jamais mon sanctuaire d'apprentissage et le vecteur de toutes mes émotions.

Woman and Child : la vengeance d’une femme

Avec "Woman and Child", Saeed Roustaee trace le destin d'une femme déterminée à trouver les coupables du malheur qui l'accable pour les châtier. Le portrait poignant d'une Médée autant que d'une Méduse qui, impuissante à se venger, finira par choisir une autre voie. Magistralement mise en scène.   

The Mastermind – La lente dérive d’un braqueur de pacotille

Après le western (La Dernière piste, First Cow), Kelly Reichardt s'emploie à déconstruire le film de braquage. Le casse, loufoque, est vite expédié, laissant la place à la longue dérive de notre gangster de pacotille. Une cavale au rythme lent, parfois trop, mais dont les riches saveurs se révèlent après coup. Dans la continuité de cette cinéaste adepte du "presque rien".

Father Mother Sister Brother : la famille dans tous ses états

Avec ces trois récits subtilement reliés entre eux, Jim Jarmusch évoque le rapport qu'entretiennent les adultes à leurs parents âgés. Les deux premières parties racontent l'éloignement que le temps a créé, suscitant un malaise. Lorsque les parents décèdent, ne reste qu'un poids, encombrant lui aussi. Un constat magistralement orchestré, entre ironie et gravité, et un authentique geste de cinéma.