Neon Genesis Evangelion : une jeunesse sacrifiée

Les Anges descendent du ciel et les hommes ne font que constater la destruction de leur monde. Ces derniers regardent la lueur des étoiles mais ne voient que la foudre s’abattre sur leur sol. C’est alors que Neon Genesis Evangelion de Hideaki Anno abasourdit et foudroie par sa majesté. 

Dans un Tokyo futuriste qui voit l’immensité de la technologie perpétrée par l’Homme s’agrandir et la petitesse physiologique de l’être humain s’affaisser encore plus, des jeunes adolescents sont, à première vue, le seul rempart face au chaos, les seuls à pouvoir se synchroniser et à prendre le contrôle d’Eva, des robots géants créés pour anéantir les Anges (Manuscrit de la Mer Morte) qui viennent sur Terre, après le Second Impact où l’humanité toute entière a failli s’éteindre. Mais à vouloir jouer avec des choses qui le dépasse, l’Homme va se brûler. Neon Genesis Evangelion est difficile à appréhender sous toutes ses coutures, allant de strates en strates, mêlant à la fois l’animation fluide de combats endiablés, sanguinolents et gargantuesques à un récit mystique et religieux sur la place de l’homme dans l’univers et sa quête absolue de jouissance et de contrôle. 

C’est à ce moment que la série prend alors toute son ampleur, et requiert l’attention voire la fascination de son spectateur. Car derrière les multiples ruptures de tons et les visages hétéroclites que peuvent prendre les épisodes les uns après les autres, la meurtrissure de chaque protagoniste devient alors plus véloce. Derrière ce regard bienveillant voire pittoresque sur l’adolescence – leur libido,  la nudité et les amours -, la série ne semble ne pas avoir de frontières, ne donne aucune limite à la solitude et à l’autodestruction de chaque personnage et n’en oublie jamais sa première note d’intention : décrire un monde mutant, fuyant et désagrégé par le néant où politiciens et scientifiques se servent d’enfants pour jouer aux Dieux des Dieux. 

Comme dans Akira ou Ghost in the Shell, il n’est pas aisé de raccorder toutes les synapses d’un sérieux en vases communicants qui au fil du temps deviendra de plus en plus théorique voire biblique. Les épisodes passent, les combats s’accumulent, les mises en perspectives de la confusion sur la création alors palpables, les sauts suicidaires résonnent par leur écho, les dommages collatéraux cicatrisent de moins en moins chez cette jeunesse torturée et les plaies ouvertes par la peur deviennent un gouffre où il est difficile de s’extirper.  Que ça soit Shinji, Rei ou Asuka, tous sont des machines à tuer à qui on dicte ce qu’ils doivent faire, tous ont un vide, une forme de mutisme, un secret qui les pousse à se « désynchroniser » ou alors voient dans leurs âmes des blessures qui mettent à mal leur conscience et leurs raisons de vivre. 

Que cela soit dans une rame de train où de multiples réflexions existentielles bourdonnent et dissimulent un passé trouble, que cela soit dans une grande salle de conférence placide et architecturale où des décisions avec une absconse logorrhée scientifique sur la survie de l’humanité jaillissent, ou finalement dans ces deux derniers épisodes psychédéliques et omniscients où il est question du soi et de sa relation à la réalité, Neon Genesis Evangelion éblouit et fascine par sa capacité à mélanger les genres, à parler de l’humain et sa finalité. Une grande série. 

Bande Annonce – Neon Genesis Evangelion

Festival

Reims Polar 2026 : Mata, l’ombre du contrôle

Présenté en clôture de la 6e édition de Reims Polar, "Mata" est le film le plus ambitieux de Rachel Lang — et peut-être le plus frustrant. Un thriller d'espionnage à la française, anti-spectaculaire et introspectif, porté par une Eye Haïdara à contre-emploi, qui cherche sa radicalité sans toujours la trouver.

Reims Polar 2026 : Sons of the neon night, un champ de bataille sans stratège

Reims Polar a le chic pour dénicher les objets cinématographiques qui résistent — ceux qui ne rentrent pas tout à fait dans les cases, qui portent en eux quelque chose d'inachevé ou d'excessif, et dont la programmation constitue en soi une invitation à débattre. "Sons of the Neon Night" y trouve naturellement sa place. Présenté en séance de minuit à Cannes en 2025, ce polar hongkongais de Juno Mak a fait parler de lui autant pour son ambition visuelle démesurée que pour ses failles narratives béantes.

Reims Polar 2026 : Morte Cucina, la vengeance est un plat qui se dévore sans modération

En compétition Sang Neuf au festival Reims Polar, "Morte Cucina" du thaïlandais Pen-ek Ratanaruang suit Sao, cuisinière d'exception marquée par un viol commis dans son adolescence, qui retrouve par hasard son agresseur des années plus tard à Bangkok. Entre thriller culinaire et drame de la résilience, le film use de la nourriture comme arme et comme langage, avec plus d'intentions que de tranchant.

Reims Polar 2026 : Mi Amor, noyé dans le bruit

Ce jeudi 2 avril au soir, l’impériale Cécile Maistre-Chabrol a remis le Prix Claude Chabrol à Thomas Ngijol pour "Indomptables", polar camerounais dans lequel le réalisateur-acteur réussit une mue radicale et convaincante — quitter la comédie pour plonger dans un thriller âpre, ancré dans la réalité de Yaoundé, entre enquête policière et portrait d'une paternité qui déraille. Une belle soirée pour le genre, achevée par Guillaume Nicloux et son nouveau film, "Mi Amor". Le contraste est cruel, d'autant plus piquant que Nicloux n'est pas un inconnu des festivals de polar. Il s’était déjà fait connaître au Festival du Film Policier de Cognac, ancêtre direct de Reims Polar, avec Une affaire privée. Et ce film-là racontait déjà... une disparition de jeune femme.

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Aaahh Belinda : pépite féministe du cinéma turc

Fort d’un dispositif mêlant confusion des réalités et dédoublement des identités, Aaahh Belinda d’Atıf Yılmaz s’affirme comme un conte féministe moderne, à la croisée de la comédie, du fantastique et de la fable allégorique. Derrière une esthétique parfois modeste, le film révèle une richesse de lecture et une portée politique affirmée : en faisant basculer Serap dans la vie de Naciye, il montre combien le quotidien constitue à la fois le lieu de la domination et le premier espace de résistance.

Mortal Kombat II : Flawless Surrender

Le tournoi était la promesse manquante du reboot de 2021, son péché originel, la colonne vertébrale mythologique de la franchise réduite à une note de bas de page. "Mortal Kombat II" arrive donc chargé d'une dette et d'un espoir sincère : non pas que le film soit grand et révolutionnaire, mais qu'il sache enfin ce qu'il veut être. Warner Bros. avait misé gros sur l'événement, repoussant la sortie de plusieurs mois pour lui donner toute l'envergure d'un blockbuster estival. Mais dans l'histoire de cette franchise au cinéma, savoir ce qu'on veut sans savoir comment le faire, c'est une fatalité qui se répète.

Mon grand frère et moi : portrait d’un homme encombrant

Que reste-t-il d'un homme après sa disparition ? Des objets éparpillés, quelques photos jaunies, et surtout les souvenirs contradictoires de ceux qui l'ont connu. Ryōta Nakano filme ce qui subsiste dans les interstices du deuil : cette étrange cohabitation entre rancœur et tendresse, entre le besoin d'oublier et l'urgence de comprendre. "Mon grand frère et moi" est une enquête intime sur l'absent, menée par ceux qu'il a laissé derrière lui.

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Dans "Die My Love", Jennifer Lawrence incarne une femme en déséquilibre dans l’Amérique rurale, filmée par Lynne Ramsay comme une expérience sensorielle assez radicale. Entre maternité, isolement et dérive intime, le film refuse tout parti pris pour mieux nous faire ressentir l’effondrement de l’intérieur.

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Après son court-métrage éponyme, Eva Libertad étend l'histoire de "Sorda". Un nouvel opus nécessaire qui interroge la parentalité, dans le bruit du silence.

Harry Hole : Le Prince d’Oslo

Oslo, caniculaire et putride, sert d’écrin à la nouvelle série événement de Netflix : Harry Hole (L'Etoile du Diable). Cette plongée vertigineuse dans l’univers du maître du nordic noir Jo Nesbø tient toutes ses promesses. Scénarisée par l’auteur lui-même, la série emprunte à son œuvre son tempo punk rock, son écriture torturée, sa mise en scène à l'esthétique graphique et ses personnages hantés.

L’Affaire Laura Stern : le cri du silence

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