Le conte de la princesse Kaguya, d’Isao Takahata

Dans l’univers Ghibli, Isao Takahata occupe une place particulière. En effet, il n’est pas dessinateur mais réalisateur. Peu de continuité graphique donc entre des œuvres aussi différentes que Le Tombeau des Lucioles et Le Conte de la princesse Kaguya qui nous intéresse ici. L’émotion en revanche est toujours au rendez-vous.

Un conte millénaire

En adaptant Le Conte du coupeur de bambous, Isao Takahata raconte une histoire à portée universelle, celle d’une enfant au destin royal adoptée par un couple de paysans. Mais le cadre général de l’histoire est bien celui de la culture japonaise. Un imaginaire collectif fait de bambouseraies et de cerisiers en fleurs, de chambres cloisonnées et de jardins intérieurs, de rapports de filiation et de code de l’honneur. Un Japon que des œuvres littéraires ou cinématographiques (on pense à Ozu ou Imamura) nous avaient rendu familier et que le film d’Isao Takahata met en scène avec finesse et légèreté.

Dessin et musique au service de l’émotion

Les choix de l’aquarelle et de l’esquisse participent de cette harmonie. Un style très épuré à la fois classique et  audacieux. Lorsque la princesse s’enfuit à travers la campagne, cette scène charnière dans le récit est traitée avec un dessin pour le moins énergique. De même, là où les traits des personnages secondaires sont pour la plupart simplement esquissés, le traitement graphique de la Princesse semble plus sophistiqué, lui conférant une personnalité plus affirmée. La musique de Joe Hishaishi contribue grandement à la poésie du film comme les scènes où la princesse égrène des notes nostalgiques sur son koto, ou encore la procession des êtres célestes qui génère une émotion d’autant plus forte qu’elle s’inscrit dans un récit tout en pudeur et retenue.

La poupée qui dit non

Mais surtout, quelle belle héroïne que cette Princesse Kaguya. Irréductible à toute forme d’embrigadement, rétive aux tentatives de séduction des hommes. Une petite qui obéit quoi qu’il lui en coûte à ses parents, rentre dans le rang qu’on lui assigne mais sans jamais oublier les instants de bonheur bucoliques de son enfance. Il y a de la fidélité mais aussi de la résistance chez cette jeune fille qui envoie balader ses prétendants, préférant son modeste métier à tisser aux offres de l’empereur. On pense à Pénélope ou Shéhérazade, autres incarnation féminine de la résilience. Une princesse libertaire, qui tient du bambou qui l’a vu naître sa capacité à résister, et de la lune vagabonde son désir d’indépendance absolue.

Bande annonce :

https://www.youtube.com/watch?v=ctdEB6tTbL8

Fiche technique :

  • Titre original : かぐや姫の物語 (Kaguya-hime no monogatari)
  • Titre français : Le Conte de la princesse Kaguya
  • Réalisation : Isao Takahata
  • Scénario : Isao Takahata et Rito Sakagushi d’après Kaguya-hime de Murasaki Shikibu
  • Musique : Joe Hisaishi
  • Production : Yoshiaki Nishimura, Toshio Suzuki et Seiichiro Ujiie
  • Sociétés de production : studio Ghibli, Walt Disney Studios Entertainment et Dentsu
  • Société de distribution : Toho
  • Budget : 5 milliards ¥ (soit environ 49,3 millions $)
  • Pays d’origine : Japon
  • Langue originale : japonais
  • Format : couleurs
  • Genre : Animation, fantastique, historique
  • Durée : 137 minutes
  • Dates de sortie :
    • Japon : 23 novembre 2013
    • France : 25 juin 2014
    • Portugal : 9 avril 2015
    • Brésil : 16 juillet 2015
  • Dates de sortie DVD :
    • États-Unis et Canada : 17 février 2015
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Festival

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