Thierry Dossogne

Le Messager (1971) de Joseph Losey : crépuscule historique et sentimental

Troisième et dernière collaboration entre Losey et le scénariste/dramaturge Harold Pinter, Le Messager (The Go-Between) est souvent considéré comme le magnum opus du cinéaste. Situé dans la campagne anglaise du début du XXe siècle, le récit est – à l’instar des travaux précédents du duo – une peinture brillante d’une société britannique à la veille d’un changement d’époque. Étude de classe et de mœurs d’une finesse rare, le film bénéficie en outre d’une mise en scène naturaliste de haut vol, d’une distribution impeccable et de la musique inoubliable de Michel Legrand.

La Chasse (1980) de William Friedkin : cuir et underground

Un thème qui sent le soufre, un artiste qui ose montrer un univers que d’autres n’ont jamais montré, un scénario complexe et ambigu, et une star non voulue : les ingrédients du film culte sont réunis. Avec le temps, le formidable et inclassable Cruising a fini par imposer ses qualités. Le film méritait amplement cette nouvelle édition truffée de suppléments passionnants, signée ESC.

Hidden Agenda (1990) de Ken Loach : quoi qu’il en coûte

Largement inspiré de faits authentiques, le film est une attaque en règle contre les méthodes policières brutales employées par les Britanniques dans leur lutte contre l’IRA. Loin de l’âpreté et du réalisme kitchen sink de ses débuts, Ken Loach y associe avec un talent fou la critique sociopolitique avec une fiction haletante. On retrouve avec bonheur ce film quelque peu oublié dans une nouvelle édition plus que recommandable signée Rimini.

L’Homme de la loi (1971) de Michael Winner : Dura lex, sed lex

Marqué par la fin du romantisme attaché à l’épopée de l’Ouest célébrée par une myriade de classiques du septième art, L’Homme de la loi s’inspire du western spaghetti pour façonner un héros pour le moins ambigu – interprété par rien moins que la légende Burt Lancaster. Respect de l’authenticité historique mais détournement complet des conventions de style : voici le résumé de ce film passionnant signé du Britannique Michael Winner, qui méritait amplement d’être redécouvert.

La Lettre inachevée (1960) de Mikhaïl Kalatozov : le feu et la glace

Échec à sa sortie, La Lettre inachevée (1960) est pourtant une réussite éblouissante. Le réalisateur et son chef opérateur Sergueï Ouroussevski y écrivirent une nouvelle page glorieuse de leur collaboration, à travers ce film de survie métaphysique, tourné en décors réels dans des conditions extrêmes. Ses expérimentations visuelles – dans la grande tradition des cinéastes soviétiques – et ses prodigieuses qualités esthétiques le rapprochent d’une vraie expérience organique de la nature sibérienne.

Kōji Fukada en 5 films : solitude, finitude et altérité

A l’instar de son contemporain Ryūsuke Hamaguchi, Kōji Fukada fait partie de cette jeune génération de metteurs en scène japonais qui nous permettent d’imaginer une relève à l’hégémonie des « 4 K ». La compilation de cinq de ses œuvres, surprenantes quoique inégales, est due à une initiative en tout point remarquable de Hanabi, une association de passionnés de culture nippone en France.

La Ruse, de John Madden : cadavre exquis

Relatant un fameux succès de désinformation militaire des Britanniques lors de la Seconde Guerre mondiale, "La Ruse" restitue impeccablement les faits et l’époque, mais échoue à traduire le génie et la créativité des officiers du renseignement britannique qui mirent au point ce plan invraisemblable.

Une aventure de Buffalo Bill et L’Ange et le Mauvais Garçon : la domestication du héros de l’Ouest

Tournés à dix ans d’écart, Une aventure de Buffalo Bill (Cecil B. DeMille) et L'Ange et le Mauvais Garçon (James Edward Grant) figurent assurément parmi les meilleurs représentants du style et sont menés par deux légendes, Gary Cooper et John Wayne. Leur point commun ? Motivés par une bonne étoile féminine, leurs héros accomplissent avec difficulté – et non sans sacrifices – la transition d’une existence marquée par l’aventure et la violence vers la paix et la civilisation. Leur destin symbolise avec brio la douloureuse édification de la société américaine à travers ses conflits formateurs (guerre de Sécession, guerres indiennes) et modernes (les deux guerres mondiales).

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