Thierry Dossogne

La Légende du saint buveur (1988) d’Ermanno Olmi : Paris vu à travers les vapeurs alcoolisées

Délaissant à la fois ses amours néoréalistes et son Italie natale où il officia presque exclusivement, Olmi partit tourner à Paris une adaptation du romancier autrichien Joseph Roth avec un casting international dominé par un Rutger Hauer dans un contre-emploi. On n’a pourtant guère de peine à reconnaître la sensibilité humaniste et chrétienne du metteur en scène dans cette errance d’un clochard sublime, acteur d’un destin soumis aux tentations et observateur d’une Ville Lumière fantasmatique. Ce film atypique valait bien une nouvelle édition… hélas dépourvue de bonus.

Sur les quais (1954) d’Elia Kazan : ode à Brando

Un des avantages des grands classiques du septième art, c’est que des centaines d’articles ou d’analyses ont beau avoir été écrites, on trouve toujours quelque chose à en dire. "Sur les quais", réalisé par Elia Kazan en 1954 – mais à bien des égards intemporel – fait assurément partie de ceux-là. En le (re)voyant, le plus blasé des cinéphiles ne peut qu’être ensorcelé par ce qu’il faut bien qualifier de « film parfait » et, selon sa culture, ses goûts et sa sensibilité personnels, éprouver quelque chose de neuf.

Le Grand Saut (1994) : le saut dans l’inconnu des frères Coen

Première tentative des Coen de réaliser un film mainstream, Le Grand Saut occupe une place à part dans la filmographie des deux frères. Coécrit par Sam Raimi, le film tourne en dérision le milieu du « big business » américain dans un décor rétro, abstrait et irréaliste à la Metropolis de Fritz Lang. Si elle ne vaut pas de figurer au panthéon des cinéastes (à l’instar de leur réalisation suivante, Fargo), cette comédie qui multiplie les références cinéphiles méritait bien d’être honorée par une nouvelle édition, agrémentée d’une analyse aussi complète que passionnante.

Le Déserteur de Fort Alamo (1953) de Budd Boetticher : postface déroutante au roman national

Western quelque peu oublié que Budd Boetticher tourna en 1953 pour le studio Universal, Le Déserteur de Fort Alamo assume, jusque dans son titre, un malicieux contre-pied. S’il s’appuie sur une pierre angulaire du roman national étatsunien (ou, pour être plus précis, texan), le scénario de ce film étonnant s’en détourne en réalité très vite, pour s’intéresser à un parfait anti-héros – en apparence.

La Poursuite impitoyable (1966) d’Arthur Penn : quand résonne l’hallali

). Porté par un casting éblouissant dominé par Marlon Brando, le film fut boudé par le public américain à sa sortie. Pétri de haine, de fureur et d’immoralité, il faut dire que La Poursuite impitoyable tendait un miroir particulièrement peu flatteur à une Amérique troublée et traversée de courants violemment contraires. La modernité et la flamboyance du film ont conservé tout leur éclat et permettent de mesurer la place importante que devrait occuper Arthur Penn dans le panthéon des cinéastes américains.

L’Homme au pousse-pousse (1943 et 1958) de Hiroshi Inagaki : une histoire, deux époques

C’est en 1943 et en 1958 que le cinéaste japonais Hiroshi Inagaki tourna, à quinze ans d’intervalle, deux versions de son film L’Homme au pousse-pousse. Pour cette nouvelle édition restaurée, inédite en Blu-ray et DVD, Carlotta Films eut l’excellente idée de rassembler les deux opus en un seul coffret. Si le scénario demeure rigoureusement identique, comparer les deux versions permet de constater l’inflexion différente qu’ont eus sur elles la couleur, le casting ou encore l’époque de leur sortie initiale. A l’œuvre humaniste réalisée en plein cœur du second conflit mondial, répond en effet le mélodrame chatoyant lauréat du Lion d’or au Festival de Venise.

Parfum de femme (1974) de Dino Risi : fragrance de chef-d’œuvre

Sublime et détestable, le personnage principal est à l’image d’un film qui porte la marque unique du maître de la comédie italienne. Une comédie ambigüe, contrastée, mélancolique, où l’on rit finalement peu. Ce cocktail doux-amer représente une espèce en voie de disparition sur grand écran, alors savourons sans compter ce moment de nostalgie…

Donnie Brasco (1997) de Mike Newell : Tu quoque fili

Dans le genre assez balisé du « film de mafia », Donnie Brasco occupe une place à part. Sorti à la fin des années 1990, le film mené par le tandem Johnny Depp-Al Pacino réussit le tour de force de s’être imposé à la fois comme un classique du genre et comme une œuvre incomparable. Le revoir aujourd’hui, qui plus est dans une version director’s cut agrémentée de vingt minutes de métrage supplémentaire, nous rappelle les immenses qualités de cette œuvre authentique et attachante.

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