Thierry Dossogne

Mississippi Burning (1988) d’Alan Parker : l’Amérique déchirée

Remarquablement mis en scène et porté par un casting impeccable dominé par le duo Gene Hackman-Willem Dafoe, Mississippi Burning jette un regard glaçant, quoique parfois excessif, sur une réalité que l’Amérique parvient difficilement à affronter. Paradoxalement, le film fut décrié par des acteurs des deux bords – défenseurs et adversaires des droits civils des Afro-Américains. Que cette polémique n’empêche pas de profiter de cette œuvre solide, présentée aujourd’hui par L’Atelier d’Images dans une nouvelle édition très réussie.

Massacre à la tronçonneuse (1974), de Tobe Hooper, en coffret Ultra Collector : L’horreur au microscope

Rangés, le tablier de boucher et le costume-cravate élimé : c’est en véritable tenue de gala que Leatherface se présente à nous aujourd’hui ! Près d’un demi-siècle (!) après sa sortie, l’ô combien référentiel Massacre à la tronçonneuse (1974), chef-d’œuvre inattendu de l’horreur cinématographique, ressort dans un coffret qui a de quoi satisfaire les fans les plus boulimiques. Jugez plutôt : nouvelle restauration en 4K, visuel exclusif et très soigné, plus de 9h de bonus répartis sur deux disques, et un livre de 200 pages pour disséquer le moindre recoin du cauchemar éveillé que constitue ce film. Bref, voici le fantasme absolu de tous les amateurs du cultissime bain de sang texan.

Coup de chance, de Woody Allen : retrouvailles parisiennes

Connaissant son amour pour le patrimoine cinématographique français, il était sans doute écrit que Woody Allen tournerait un jour un film dans la langue de Molière. Il aura finalement attendu d’avoir atteint l’âge vénérable de 87 ans pour franchir le pas, et encore cette initiative est-elle due en grande partie à son statut de paria dans son pays natal… Tourner dans une langue étrangère est un obstacle de taille, au-dessus duquel le metteur en scène new-yorkais a pourtant bondi avec l’agilité de ses vingt ans.

La Légende du saint buveur (1988) d’Ermanno Olmi : Paris vu à travers les vapeurs alcoolisées

Délaissant à la fois ses amours néoréalistes et son Italie natale où il officia presque exclusivement, Olmi partit tourner à Paris une adaptation du romancier autrichien Joseph Roth avec un casting international dominé par un Rutger Hauer dans un contre-emploi. On n’a pourtant guère de peine à reconnaître la sensibilité humaniste et chrétienne du metteur en scène dans cette errance d’un clochard sublime, acteur d’un destin soumis aux tentations et observateur d’une Ville Lumière fantasmatique. Ce film atypique valait bien une nouvelle édition… hélas dépourvue de bonus.

Sur les quais (1954) d’Elia Kazan : ode à Brando

Un des avantages des grands classiques du septième art, c’est que des centaines d’articles ou d’analyses ont beau avoir été écrites, on trouve toujours quelque chose à en dire. "Sur les quais", réalisé par Elia Kazan en 1954 – mais à bien des égards intemporel – fait assurément partie de ceux-là. En le (re)voyant, le plus blasé des cinéphiles ne peut qu’être ensorcelé par ce qu’il faut bien qualifier de « film parfait » et, selon sa culture, ses goûts et sa sensibilité personnels, éprouver quelque chose de neuf.

Le Grand Saut (1994) : le saut dans l’inconnu des frères Coen

Première tentative des Coen de réaliser un film mainstream, Le Grand Saut occupe une place à part dans la filmographie des deux frères. Coécrit par Sam Raimi, le film tourne en dérision le milieu du « big business » américain dans un décor rétro, abstrait et irréaliste à la Metropolis de Fritz Lang. Si elle ne vaut pas de figurer au panthéon des cinéastes (à l’instar de leur réalisation suivante, Fargo), cette comédie qui multiplie les références cinéphiles méritait bien d’être honorée par une nouvelle édition, agrémentée d’une analyse aussi complète que passionnante.

Le Déserteur de Fort Alamo (1953) de Budd Boetticher : postface déroutante au roman national

Western quelque peu oublié que Budd Boetticher tourna en 1953 pour le studio Universal, Le Déserteur de Fort Alamo assume, jusque dans son titre, un malicieux contre-pied. S’il s’appuie sur une pierre angulaire du roman national étatsunien (ou, pour être plus précis, texan), le scénario de ce film étonnant s’en détourne en réalité très vite, pour s’intéresser à un parfait anti-héros – en apparence.

La Poursuite impitoyable (1966) d’Arthur Penn : quand résonne l’hallali

). Porté par un casting éblouissant dominé par Marlon Brando, le film fut boudé par le public américain à sa sortie. Pétri de haine, de fureur et d’immoralité, il faut dire que La Poursuite impitoyable tendait un miroir particulièrement peu flatteur à une Amérique troublée et traversée de courants violemment contraires. La modernité et la flamboyance du film ont conservé tout leur éclat et permettent de mesurer la place importante que devrait occuper Arthur Penn dans le panthéon des cinéastes américains.

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