Quatre ans après le très intéressant Noces, le cinéaste belge Stephan Streker est de retour avec un drame inspiré d’un fait divers très médiatisé, l’affaire Wesphael. Particulièrement habité, Jérémie Renier y incarne un jeune prodige de la politique qui se retrouve impliqué dans un crime passionnel. Si le film parvient à recouvrir l’intrigue et son antihéros tourmenté d’un voile d’incertitude et de doute, tout en ne prenant intelligemment pas parti, il est en revanche fragilisé par plusieurs choix d’écriture maladroits ainsi que par une trame nébuleuse dont on finit par se désintéresser…
L’Aveu et Etat de siège représentent le versant le plus frontal du cinéma politique de leur auteur, les faits relatés n’étant pas encadrés par un procédé narratif que l’on pourrait qualifier de « divertissant ». Remarquablement documentés, écrits, mis en scène et interprétés, les deux œuvres éclairent ainsi une époque révolue. En négatif, ils exacerbent aussi la faiblesse consensuelle du cinéma « engagé » actuel. Côté édition, en revanche, le spectateur devra se contenter de miettes…
Cinq ans après La Bataille d’Alger, Gillo Pontecorvo tourne en Amérique du Sud, avec Marlon Brando, une épopée grandiose sur une révolte d’esclaves. Si le cinéaste italien se retrouve dans un contexte fort différent, il n’en oublie pas pour autant ses habitudes. Le film est ainsi une charge politique féroce, remarquablement écrite et illuminée par le génie insolent de Brando, qui brille d’autant plus qu’il était un des rares comédiens professionnels sur le plateau. Quelles que soient les vues personnelles du spectateur, revoir aujourd’hui le film maudit Queimada ne peut laisser indifférent, grâce aux questionnements qu’il impose mais aussi par ses nombreuses qualités artistiques.
Chef-d’œuvre du cinéma néoréaliste italien, Umberto D. était aussi le film préféré de son metteur en scène. Portrait particulièrement dramatique d’un vieillard dépossédé de tout, le film est le fruit d’une symbiose artistique, celle de la préoccupation sociale du théoricien Cesare Zavattini et de la fantaisie douce-amère de Vittorio De Sica, les deux hommes collaborant pour la sixième fois ensemble. Hier comme aujourd’hui, le film nous touche en plein cœur : c’est cela, la magie de De Sica.
Pour sa première mise en scène en solo, Joel Coen a fait un choix étonnant en s’attaquant au classique intemporel de William Shakespeare. Si l’œuvre remporte globalement son pari, c’est surtout par ses qualités visuelles donnant lieu à quelques séquences mémorables. Le génie de Joel Coen sort en revanche perdant de la confrontation avec celui de Shakespeare. Le film semble ainsi à la fois respectueux du texte et corseté par lui.
Pour son premier film derrière la caméra, la comédienne américaine Maggie Gyllenhaal n’a pas eu froid aux yeux en s’attaquant à une adaptation difficile d’un roman d’Elena Ferrante. Si nous saluons la prise de risque et que le film présente une vision de la maternité rarement vue au cinéma, nous assumons un regard quelque peu isolé au milieu du concert de louanges qui a accompagné sa sortie. Un premier film prometteur, assurément. Une réussite totale, nullement.
On retrouve dans The Card Counter, dominé par la performance magnétique d’Oscar Isaac, la plupart des traits saillants du cinéma profondément empreint d’interrogations religieuses du scénariste de Taxi Driver. Artiste inégal car farouchement indépendant, Schrader livre une œuvre sombre, énigmatique, presque minérale, écrasée par la menace sourde et la violence difficilement contenue, deux notions qui constituent le fardeau terrible d’un héros coupable.
Solidement ancré dans la comédie, style qui révéla le cinéaste, ce jeu de massacre aussi drôle qu’écœurant est la rencontre improbable entre Armageddon et Idiocracy. Cette œuvre salutaire, suscitant régulièrement l’impression désagréable de réalité dépassant la fiction, pèche sans doute par son ambition déraisonnable. La terrible crise du sens qu’elle dénonce avec férocité renforce en revanche la pertinence du message.
Mardi 5 mai 2026, le Petit Théâtre de la Maison de la Culture d’Amiens accueillait l'adaptation de Thérèse et Isabelle de Violette Leduc, un texte longtemps censuré. Marie Fortuit et la compagnie Les Louves à Minuit signent une mise en scène audacieuse qui fait le choix de la retenue, transformant cette histoire d'émancipation en un objet artistique sensible et maîtrisé.
Ce qui rend la violence de The Boys si impactante, ce n’est pas seulement son exagération, c’est sa précision chirurgicale. Dans les studios VFX, la barbarie n’est plus laissée au hasard : elle se règle comme un paramètre. Un cadran baptisé “GORE DIAL”, quelques crans au-delà de 10, et l’horreur passe du réaliste à l’absurde. Preuve que nous sommes entrés dans une ère où même la sauvagerie la plus démente est devenue une variable technique parfaitement maîtrisée.
Dans Severance, l’absence de mémoire ne se raconte pas seulement : elle se construit. Jessica Lee Gagné et Jeremy Hindle transforment Lumon en architecture de l’oubli, un monde de couloirs blancs, de néons et de vert institutionnel où le vide devient une présence.
Et si le vrai personnage de cette saison n’était pas un Targaryen… mais une vieille dragonne de bronze qui a survécu à tout le monde ?
Vhagar ne vole pas : elle pèse le temps lui-même. Chaque battement d’aile porte cent quatre-vingt-un ans d’histoire, et quand elle apparaît à l’écran, ce n’est plus du CGI : c’est une cathédrale vivante qui respire.
Dans From, la nuit appartient aux monstres et la lumière fragile aux vivants. Christopher Ball impose une règle stricte : seuls les lanternes à pétrole, bougies et torches visibles à l’écran éclairent les scènes. Ce parti pris matériel fait de chaque flamme un véritable compte à rebours, où la clarté elle-même devient source de terreur.