Thierry Dossogne

La Ruse, de John Madden : cadavre exquis

Relatant un fameux succès de désinformation militaire des Britanniques lors de la Seconde Guerre mondiale, "La Ruse" restitue impeccablement les faits et l’époque, mais échoue à traduire le génie et la créativité des officiers du renseignement britannique qui mirent au point ce plan invraisemblable.

Une aventure de Buffalo Bill et L’Ange et le Mauvais Garçon : la domestication du héros de l’Ouest

Tournés à dix ans d’écart, Une aventure de Buffalo Bill (Cecil B. DeMille) et L'Ange et le Mauvais Garçon (James Edward Grant) figurent assurément parmi les meilleurs représentants du style et sont menés par deux légendes, Gary Cooper et John Wayne. Leur point commun ? Motivés par une bonne étoile féminine, leurs héros accomplissent avec difficulté – et non sans sacrifices – la transition d’une existence marquée par l’aventure et la violence vers la paix et la civilisation. Leur destin symbolise avec brio la douloureuse édification de la société américaine à travers ses conflits formateurs (guerre de Sécession, guerres indiennes) et modernes (les deux guerres mondiales).

Eaux profondes, d’Adrian Lyne : liaisons fatales

Renouant avec la veine du thriller érotique qui l’a rendu célèbre, Adrian Lyne en livre une version atone et à peine incarnée, notamment par un Ben Affleck complètement sorti de sa zone de confort. Eaux profondes est le premier film érotique produit par Disney (via 20th Century Studios) depuis un autre fameux navet, Color of Night, en 1994. Espérons que ce soit le dernier.

L’Etang du démon (1979) de Masahiro Shinoda : mythes et folklore nippons

Si elle s’adresse à un public averti, cette fable étrange, entre folklore et fantastique, témoigne de l’intérêt rarement démenti du Japon moderne pour ses traditions et sa mythologie peuplées de créatures pittoresques. Elle célèbre en outre une autre figure traditionnelle intrigante, issue quant à elle du kabuki : l’onnagata. Cette édition de grande qualité témoigne d'un travail de passionnés comme on les adore !

Belfast, de Kenneth Branagh : nostalgie et naphtaline

Si le film transpire l’amour sincère pour la ville, la nostalgie de Branagh a ôté aux images de son enfance toute l’âpreté qu’exigeait la période historique dans laquelle elles s’inscrivent. Bien trop policé, Belfast se présente dès lors comme un drame familial très gentillet, dont l’empreinte demeure superficielle. C’est bien connu, la nostalgie embellit toujours le passé.

Le Cid (1961) d’Anthony Mann : l’épitome du cinéma épique

Casting international de stars (Charlton Heston et Sophia Loren en tête), alternance de scènes intimes et de séquences de combats mobilisant une myriade de figurants, décors majestueux, pompe et solennité : Le Cid répond à tous les canons du genre, sans pour autant que la personnalité du metteur en scène ne s’efface totalement derrière le gigantisme de la mise en scène. Sa réussite prouve enfin que, des séries B à petit budget aux récits bigger than life, en passant par la complexité des enjeux caractérisant ses westerns, Anthony Mann fut un artiste caméléon, dont le génie s’exprima dans des contextes pour le moins variés.

Johnny Guitare (1954) de Nicholas Ray : le sommet du western au féminin

Johnny Guitare est un opéra mélodramatique qui se joue des conventions et surprend le spectateur de la première à la dernière minute. Couleurs, costumes, décors, dramaturgie, interprétation, musique : tout concourt au génie insolite du film. C’est le cinéma qui sort vainqueur de ce duel à mort entre deux femmes au caractère volcanique. Une sortie incontournable, donc, d’autant plus que Sidonis/Calysta l’a agrémentée de suppléments à la hauteur de l’événement !

Le Passage du canyon (1946) de Jacques Tourneur : regard européen sur l’épopée de l’Ouest

Tourné en 1946 par Jacques Tourneur, davantage célébré pour ses œuvres fantastiques et ses films noirs, ce western basé sur un roman d’Ernest Haycox fut qualifié par feu Bertrand Tavernier de « premier western moderne de l’histoire du cinéma ». Si Tourneur pèche par un évitement un peu trop systématique de l’action spectaculaire et par une direction d’acteurs discutable, force est de reconnaître que son premier long-métrage en couleurs est une splendeur visuelle rompant avec les codes prévisibles du genre…

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