Thierry Dossogne

Queimada (1969) de Gillo Pontecorvo : agent provocateur

Cinq ans après La Bataille d’Alger, Gillo Pontecorvo tourne en Amérique du Sud, avec Marlon Brando, une épopée grandiose sur une révolte d’esclaves. Si le cinéaste italien se retrouve dans un contexte fort différent, il n’en oublie pas pour autant ses habitudes. Le film est ainsi une charge politique féroce, remarquablement écrite et illuminée par le génie insolent de Brando, qui brille d’autant plus qu’il était un des rares comédiens professionnels sur le plateau. Quelles que soient les vues personnelles du spectateur, revoir aujourd’hui le film maudit Queimada ne peut laisser indifférent, grâce aux questionnements qu’il impose mais aussi par ses nombreuses qualités artistiques.

Umberto D. (1952) de Vittorio De Sica : la solitude du pauvre

Chef-d’œuvre du cinéma néoréaliste italien, Umberto D. était aussi le film préféré de son metteur en scène. Portrait particulièrement dramatique d’un vieillard dépossédé de tout, le film est le fruit d’une symbiose artistique, celle de la préoccupation sociale du théoricien Cesare Zavattini et de la fantaisie douce-amère de Vittorio De Sica, les deux hommes collaborant pour la sixième fois ensemble. Hier comme aujourd’hui, le film nous touche en plein cœur : c’est cela, la magie de De Sica.

Macbeth, de Joel Coen : « La sécurité est la plus grande ennemie des mortels. » (W. Shakespeare)

Pour sa première mise en scène en solo, Joel Coen a fait un choix étonnant en s’attaquant au classique intemporel de William Shakespeare. Si l’œuvre remporte globalement son pari, c’est surtout par ses qualités visuelles donnant lieu à quelques séquences mémorables. Le génie de Joel Coen sort en revanche perdant de la confrontation avec celui de Shakespeare. Le film semble ainsi à la fois respectueux du texte et corseté par lui.

The Lost Daughter, de Maggie Gyllenhaal : une nouvelle figure de mère

Pour son premier film derrière la caméra, la comédienne américaine Maggie Gyllenhaal n’a pas eu froid aux yeux en s’attaquant à une adaptation difficile d’un roman d’Elena Ferrante. Si nous saluons la prise de risque et que le film présente une vision de la maternité rarement vue au cinéma, nous assumons un regard quelque peu isolé au milieu du concert de louanges qui a accompagné sa sortie. Un premier film prometteur, assurément. Une réussite totale, nullement.

The Card Counter, de Paul Schrader : pénitence postmoderne

On retrouve dans The Card Counter, dominé par la performance magnétique d’Oscar Isaac, la plupart des traits saillants du cinéma profondément empreint d’interrogations religieuses du scénariste de Taxi Driver. Artiste inégal car farouchement indépendant, Schrader livre une œuvre sombre, énigmatique, presque minérale, écrasée par la menace sourde et la violence difficilement contenue, deux notions qui constituent le fardeau terrible d’un héros coupable.

Don’t Look Up : Déni cosmique, d’Adam McKay : bénie apocalypse

Solidement ancré dans la comédie, style qui révéla le cinéaste, ce jeu de massacre aussi drôle qu’écœurant est la rencontre improbable entre Armageddon et Idiocracy. Cette œuvre salutaire, suscitant régulièrement l’impression désagréable de réalité dépassant la fiction, pèche sans doute par son ambition déraisonnable. La terrible crise du sens qu’elle dénonce avec férocité renforce en revanche la pertinence du message.

Un tramway nommé Désir (1951) d’Elia Kazan : le masque hideux des passions humaines

Cet immense classique symbolise une transmission entre deux formes d’art, le cinéma permettant l’épanouissement d’une œuvre théâtrale, ce qui se traduisit en particulier par le jeu de Marlon Brando et Vivien Leigh, inoubliables pour les cinéphiles du monde entier. La confluence des dialogues et de la performance des comédiens en fait une œuvre intemporelle, aussi renversante et bouleversante aujourd’hui qu’il y a 70 ans.

Contes cruels de la jeunesse (1960) de Nagisa Ōshima : éclosion d’un artiste radical

Sorti en 1960, ce film visuellement et thématiquement percutant établit Ōshima comme un cinéaste profondément indépendant, alors même qu’il évoluait à cette époque au sein d’un des plus grands studios nippons. Une œuvre brillante d’un cinéaste à nul autre pareil, proposée par Carlotta dans une nouvelle restauration 4K très réussie, complétée par d’intéressants suppléments.

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