The Guilty, d’Antoine Fuqua : copie conforme

Remake d’un remarquable film danois sorti en 2018, The Guilty voit le metteur en scène américain Antoine Fuqua renouer avec Jake Gyllenhaal, héros de son film de boxe La Rage au ventre (Southpaw/2015), pour ce thriller minimaliste mais fiévreux. Tout comme son scénariste Nic Pizzolatto, auteur de l’extraordinaire série True Detective, Fuqua ne s’est toutefois pas tué à la tâche pour sa première production Netflix. Une adaptation sans faute de goût et servi par un Gyllenhaal investi, mais à l’intérêt proche du néant pour tous ceux qui se sont délectés de l’original… 

Il y a à peine trois ans, apparut sur les écrans, sans crier gare, un « petit » thriller danois signé Gustav Möller : Den skyldige (« Le coupable »). Le film fit sensation grâce à un scénario en béton et, surtout, à une mise en scène aussi minimaliste qu’efficace. Jakob Cedergren y incarnait un policier de Copenhague qui, alors qu’il travaille dans un centre d’appels d’urgence, reçoit un soir un étrange coup de fil d’une femme manifestement très troublée. A travers quelques indices, il comprend qu’elle se trouve dans un véhicule et est la victime d’un kidnapping. Lorsque la communication est interrompue, le policier ne dispose que de son téléphone et de très maigres informations pour tenter de sauver la victime. En parallèle, l’intrigue révèle que le policier a en réalité été assigné au centre d’appels en attendant d’être entendu dans le cadre d’une bavure, le meurtre d’un jeune homme de dix-neuf ans. L’originalité de Den skyldige reposait sur le fait qu’il s’agissait d’un thriller dont l’action ne quittait pas le lieu clos dédramatisé du centre d’appels et le personnage du policier. Tout le déroulement de l’intrigue ramassée sur quelques heures passait par ce dernier, qui tente l’impossible pour accomplir sa mission, ne reculant pas devant quelques entorses à la loi.

Le long-métrage de Möller ne laissa personne de marbre, y compris de l’autre côté de l’Atlantique. Depuis quelques années, Antoine Fuqua paraît en quelque sorte s’être spécialisé dans le remake (comme on est gentils, on évite d’écrire « redite »). Après avoir proposé une version afro-américaine du western classique Les Sept Mercenaires (2016), le voilà qui remet ça avec cette nouvelle adaptation d’un film nettement plus récent. Entre les deux, il s’est « auto-recyclé » en filmant en 2018 une suite à son propre Equalizer (2014) … Derrière le scénario de The Guilty, on retrouve Nic Pizzolato, le créateur de l’incroyable True Detective, une série qui brille notamment par son écriture. Curieusement, Pizzolato semble néanmoins avoir la main moins heureuse en passant sur le grand écran, puisque c’est déjà lui qui avait collaboré avec Fuqua sur le décevant Les Sept Mercenaires, avant d’adapter son propre roman Galveston pour Mélanie Laurent (2018). Il retrouve Antoine Fuqua sur ce nouveau remake et, comme pour le précédent, on serait bien en peine de retrouver sa « patte » dans ce script atone. Et pour cause : The Guilty reprend (jusque dans son titre) absolument tout du film de Gustav Möller. Tous les rebondissements de l’intrigue – y compris le fameux twist final – sont ainsi copiés à l’identique. Après avoir joué au jeu des sept erreurs, on n’a identifié que deux innovations par rapport au modèle original. La première est l’état de santé défaillant du héros, obligé d’utiliser régulièrement un inhalateur, mais elle n’apporte rien au récit. La seconde aurait pu être intéressante. Pizzolato a en effet intégré à l’intrigue un élément lié à l’actualité : les terribles incendies de forêt ravageant la Californie, qui mobilisent l’essentiel des services de secours et ajoutent ainsi un obstacle à la mission difficile du héros. Omniprésent dans le premier tiers du film, cet élément de contexte ne joue toutefois plus aucun rôle par la suite. Dommage.

Réalisateur efficace mais peu subtil, surtout spécialisé dans les films d’actions virils (à notre humble avis, il n’a plus jamais atteint les sommets de Training Day/2001), Antoine Fuqua évolue ici dans un registre qui ne lui est clairement pas familier. Prudemment, il se contente dès lors d’une mise en scène très propre, esthétique, mais sans aucune prise de risque. Surtout, il braque sa caméra sur le visage de Jake Gyllenhaal, qu’il retrouve après l’avoir dirigé dans La Rage au ventre (2015), et laisse le comédien occuper tout l’espace. La prestation très solide de l’acteur de Donnie Darko, qui est littéralement de tous les plans, constitue en définitive le seul vrai atout de The Guilty. Car du reste, il est peu de dire que ce film sans génie, qui ne traduit aucune personnalité ni du cinéaste ni du scénariste, ne restera pas dans les annales. Sans vouloir charger la mule – car le film se laisse voir, entendons-nous –, on ne peut s’empêcher de nous poser la question : à quoi sert ce genre d’adaptations à l’identique ? Pour ceux qui ont vu l’original danois, cette version américaine n’a strictement aucun intérêt. Pour les autres… disons qu’elle a le mérite d’exister. 

Synopsis : L’officier du LAPD Joe Baylor est opérateur dans un centre d’appel de la police à Los Angeles. Alors que la ville est en proie à de violents incendies, il répond à divers appels. Il tente de sauver une jeune femme, Emily Lighton, apparemment victime d’un kidnapping. Ne pouvant compter que sur son imagination, son intuition et son téléphone, Baylor reste impuissant mais va tout faire pour la sauver. 

The Guilty : Bande-annonce

The Guilty : Fiche technique

Réalisateur : Antoine Fuqua
Scénario : Nic Pizzolatto (basé sur le film Den skyldige (2018), de Gustav Möller)
Interprétation : Jake Gyllenhaal (Joe Baylor)
Photographie : Maz Makhani
Montage : Jason Ballantine
Musique : Marcelo Zarvos
Producteurs : Jake Gyllenhaal, Riva Marker, David Litvak, Gary Michael Walters, David Haring, Michel Litvak, Svetlana Metkina, Antoine Fuqua, Scott Greenberg et Kat Samick
Sociétés de production : Bold Films, Amet Entertainment, Capstone Pictures, Nine Stories Productions et Fuqua Films
Durée : 90 min.
Genre : Crime/Thriller
Date de sortie : 1er octobre 2021 (Netflix)
États-Unis – 2021

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