La Bataille d’Alger (1966) de Gillo Pontecorvo : le Lion d’or controversé avant l’éclipse politique

Symbole d’une décennie contestataire et fortement politisée, dominée par l’intelligentsia d’extrême-gauche, le Lion d’or attribué en 1966 à La Bataille d’Alger de l’Italien Gillo Pontecorvo secoua la Mostra de Venise et provoqua le rejet et l’indignation de la délégation française. Quatre ans à peine après sa conclusion, les plaies du conflit algérien étaient encore béantes, et le film fut considéré comme un outil de propagande du nouveau régime, façonné par un cinéaste marxiste. Trois ans plus tard, les tensions politiques finissent par éclater en Italie, qui entre dans ses « années de plomb » marquées par le terrorisme et les violences de rue. Dans ces conditions, le festival vénitien n’attribua plus de prix à partir de 1969, fut carrément annulé à trois reprises, et ne fit son retour dans un climat apaisé qu’en 1980. Un demi-siècle après la sortie du film, alors que l’Algérie alimente à nouveau les débats (tant par son actualité socio-politique qu’à travers le « devoir mémoriel » que son gouvernement exige de la France), revoir La Bataille d’Alger comme œuvre filmique et objet politique est à la fois passionnant et nécessaire. 

Domination italienne et cristallisation politique

Les années 1960, période de bouleversements socio-politiques s’il en est, voient aussi le Festival de Venise opérer une mutation. Alors que le Lion d’or, récompense la plus prestigieuse introduite en 1949, n’a été attribué qu’une seule fois à un film italien au cours de la décennie précédente (Roméo et Juliette, mis en scène par Renato Castellano, coproduction anglo-italienne aujourd’hui complètement oubliée), 1959 inaugure une période faste pour le cinéma national. Le double Lion d’or attribué au Général Della Rovere (Rossellini) et La Grande Guerre (Monicelli) est en effet le prélude à pas moins de cinq récompenses suprêmes accordées à des films italiens dans les années qui suivent, dont quatre de suite entre 1963 et 1966. Et encore le public fut-il scandalisé lorsque le Lion d’or échappa à Visconti en 1960, Le Passage du Rhin d’André Cayatte ayant été préféré à Rocco et ses frères – le maestro italien obtiendra enfin le prix convoité en 1965 avec le moins réputé Sandra.

A ce temps fort italien s’ajoute l’air du temps, chargé d’une fragrance contestataire de plus en plus soufrée. Les arts, et en particulier la littérature et le cinéma, se chargent d’un discours politique très affirmé. A la Nouvelle vague française, dont les cinéastes dits de la « Rive gauche » sont marqués à gauche du spectre politique (Varda, Resnais, Marker), répondent les prémisses du cinéma politique italien, qui connaîtra son heure de gloire dans les années 1970. A la différence de la Nouvelle Vague, le cinéma transalpin s’intéresse moins aux expérimentations formelles et narratives qu’aux problèmes socio-politiques, ce dont témoignent par exemple Salvatore Giuliano (1961) et (surtout) Main basse sur la ville (1963) de Francesco Rosi, mais aussi le sous-texte souvent politique de la comédie italienne – également en plein essor – ou encore les premières œuvres d’un certain Pasolini. L’agitation soixanthuitarde donnera l’impulsion définitive au cinéma politique. Dans un contexte de Guerre froide et d’héritage de la période fasciste, les affrontements politiques prennent une tournure tragique, les violences de rue et les attentats terroristes organisés par une nébuleuse d’extrême-gauche (Lotta continua, Prima Linea, Brigades rouges…) et d’extrême-droite (Ordine nuovo, Avanguardia Nazionale, Ordine Nero…) faisant de nombreuses victimes. Ironiquement, c’est dans ce climat électrique que le cinéma politique italien atteindra le sommet de son expression artistique : Rosi, Petri, les frères Taviani, Bertolucci, Scola, Pontecorvo, Monicelli, Maselli, Damiani y abordent tous, de près ou de loin, frontalement ou par la bande, les sujets socio-politiques brûlants, souvent avec un talent exceptionnel. Ajoutons-y encore l’iconoclasme virulent de Marco Ferreri, les provocations de plus en plus imperméables de Pasolini (Théorème, Porcherie et Salò) et, bien sûr, dans le foisonnant cinéma bis, la naissance du poliziottesco, probablement le reflet le plus littéral de ces années de plomb.

Le boycott français 

Retour au Festival de Venise en 1966. Deux ans avant Mai 68, le jury décide d’attribuer le Lion d’or à La Bataille d’Alger (La Battaglia di Algeri), un film à l’enjeu politique évident puisqu’il reconstitue, comme son titre l’indique, la fameuse bataille qui vit les parachutistes français employer les grands moyens pour mettre fin aux attentats terroristes meurtriers organisés par le FLN, de janvier à octobre 1957. Le sujet est explosif : quatre ans à peine après la fin du conflit algérien, bien des plaies restent ouvertes entre la France et l’Algérie. Alors, quand un long-métrage traitant d’un des épisodes les plus marquants et les plus polémiques de la guerre est présenté à Venise, la délégation française refuse d’abord d’assister à la projection. Le fait que le film soit une coproduction italo-algérienne et que le responsable FLN de la zone d’Alger pendant la guerre, Yacef Saâdi, ait produit le film et y tient son propre rôle, ne fait évidemment qu’exciter l’irritation côté français. Alors que Au hasard Balthazar de Robert Bresson et Fahrenheit 451 de François Truffaut figurent parmi les œuvres pressenties pour le Lion d’or, la surprise est immense lorsque ce dernier échoit au film controversé. Très remontée contre le jury, la délégation française s’oppose formellement à cette décision. L’accueil ultérieur du film en France ne sera pas meilleur… puisqu’il sera tout simplement interdit ! Quelques années à peine après l’indépendance algérienne, le rapatriement dramatique des pieds-noirs et la tragédie des harkis, le public français n’est logiquement pas encore prêt à affronter ce sujet au cinéma. Des projections du film en 1980 (Béziers) et 1981 (Paris) sont même la cible d’attentats, preuve que le traumatisme algérien n’a pas encore été digéré. La Bataille d’Alger, considéré comme un film de propagande, restera censuré en France jusqu’en 2004.

Le sujet, les conditions de réalisation et, surtout, l’époque de la sortie du film expliquent donc que celui-ci fut initialement jugé à travers un prisme essentiellement politique, du moins en France. Son aspect polémique sera pourtant rapidement dépassé par le succès qu’il obtint et l’influence extraordinaire qu’il exerça. La Bataille d’Alger glana en effet de nombreuses récompenses et figure encore aujourd’hui dans d’innombrables classements listant les meilleurs œuvres cinématographiques, ce qui en fait sans conteste un des films italiens les plus célèbres de tous les temps. Bien des metteurs en scène se sont réclamés de son influence, parmi lesquels Steven Soderbergh, Stanley Kubrick ou Ken Loach. On ne compte plus les critiques dithyrambiques à son sujet, à sa sortie et bien après, à l’exception notable des Cahiers du cinéma, une publication pourtant peu suspecte d’accointances avec les milieux colonialistes ou militaires français… L’impact du film dépassa le cadre artistique, puisque les techniques de guérilla urbaine qui y sont décrites de manière quasi-documentaire inspirèrent à l’époque plusieurs mouvements terroristes, parmi lesquels l’IRA et les Black Panthers. Il n’est pas jusqu’au Pentagone qui, à l’aube des années 2000, montra le film à certains cadres militaires afin qu’ils puissent faire face, en Irak, à des situations qui rappelaient celles vécues par l’armée française à Alger près de cinquante ans plus tôt !

Gillo Pontecorvo, cinéaste engagé

La Bataille d’Alger est réalisée par Gillo Pontecorvo, un cinéaste italien de confession juive, étudiant en chimie qui passa au journalisme et enfin au cinéma. Son inclination politique se dessine très tôt, dès l’université (à Pise) où il entre en contact avec des étudiants et professeurs de gauche. Avec son frère Bruno, il se rend à Paris en 1938 pour fuir l’antisémitisme croissant en Italie. Dans la Ville Lumière, il devient notamment l’assistant du documentariste néerlandais et marxiste Joris Ivens (qui fera partie du jury vénitien qui décernera le Lion d’or au film de Pontecorvo en 1966 !), et fréquente d’autres personnalités de gauche comme Picasso ou Sartre. En 1941, il adhère au Parti communiste italien et organise la résistance dans la région de Milan entre 1943 et la fin de la guerre. Son frère Bruno, physicien nucléaire reconnu, fait défection vers l’URSS en 1950. Comme beaucoup d’autres, Pontecorvo rompt avec le Parti communiste en 1956 à la suite de la répression soviétique de l’insurrection de Budapest, mais il continuera à se réclamer du marxisme.

Après un premier film remarqué qui témoigne déjà de son approche réaliste des drames sociaux (Un dénommé Squarcio/1957, avec Yves Montand et Alida Valli), Gillo Pontecorvo réalise un film controversé en 1960, Kapò, traitant d’une tentative d’évasion d’une jeune fille juive d’un camp de concentration nazi. Accusé de maniérisme et d’exploitation mélodramatique d’une histoire tragique, le cinéaste natif de Pise n’en rencontre pas moins un réel succès tant critique que commercial. Il se fait ensuite discret pendant six ans, revenant sur le devant de la scène avec un nouveau film sur un sujet ô combien sensible, La Bataille d’Alger, qui sera le plus grand succès de sa carrière. Il ne tournera ensuite plus que deux longs-métrages : Queimada (1969), nouvelle histoire de révolte populaire contre une puissance coloniale, un récit cette fois imaginaire, situé sur une île des Caraïbes, dominé par l’interprétation de Marlon Brando, et, bien plus tard, Opération Ogre (1979), qui traite du terrorisme basque à la fin de la période franquiste. Une carrière cinématographique marquée par des œuvres à forte charge politique, donc, qui s’achève par une série de documentaires pour le cinéma et la télévision (notamment Ritorno ad Algeri en 1992, suite documentaire à son film le plus célèbre), et un mandat de directeur de la Mostra de Venise entre 1992 et 1996. Il meurt en 2006, à l’âge de 86 ans.

Un film politique qui réactive formellement le néoréalisme

C’est la vision de Païsa, en 1946, qui décida Gillo Pontecorvo à se lancer dans la réalisation. Vingt ans plus tard, les leçons du maître Rossellini n’ont pas été oubliées. Tournée en noir et blanc, La Bataille d’Alger s’attache en effet à une approche brute et ultra réaliste qui saisit le spectateur, qui se retrouve comme plongé au cœur de la Casbah d’Alger en 1957. Diverses techniques ont été employées pour conférer aux images une impression de bande d’actualité ou de documentaire, et les nombreuses séquences filmées caméra à l’épaule dans les ruelles tortueuses d’Alger assurent une fiévreuse promiscuité avec les personnages, surtout dans les scènes de foule qui ont mobilisé de nombreux figurants. Ces marqueurs formels associés au thème d’une population urbaine qui se soulève fait de l’œuvre une sorte de « Rome, ville ouverte au Maghreb ».

Les principes du cinéma vérité ne peuvent toutefois faire oublier la virtuosité de la mise en scène, qui ménage de nombreuses séquences impressionnantes : les « bouclages » de la Casbah par les troupes parachutistes françaises, les manifestations de rue et la panique qui s’empare de la foule, les attentats terroristes, l’armée brisant la grève décrétée par le FLN, ou encore la fin d’Ali la Pointe, « dernier des Mohicans » qui, sans dire un mot, accepte de mourir dans sa cache dynamitée par l’armée, sous le regard des habitants juchés sur les toits alentours. Tant de grands moments de cinéma « cachés » sous le vernis du réalisme documentaire, agrémentés de la musique, composée par Pontecorvo et son ami Ennio Morricone, tantôt dramatique tantôt tribale et répétitive, mais toujours mise au service du film.

Le tour de force du cinéaste – dont on rappelle qu’il ne s’agit que de son troisième long-métrage – est décuplé lorsqu’on prend en compte qu’à une exception près, tous les comédiens sont non professionnels. Seul Jean Martin, vétéran d’Indochine et ancien résistant, écarté du théâtre pour avoir signé en 1960 le Manifeste des 121 (« Déclaration sur le droit à l’insoumission dans la guerre d’Algérie »), était un comédien de métier. Il interprète le rôle du colonel parachutiste Mathieu, sorte de mélange entre Massu, Bigeard et Trinquier. Ali la Pointe est interprété par Brahim Haggiag, un paysan sans instruction découvert par Pontecorvo sur un marché d’Alger. Quant à l’ancien responsable du FLN et futur sénateur algérien Yacef Saâdi, son livre Souvenirs de la Bataille d’Alger (1962) servit d’inspiration au film. Comme indiqué plus haut, il y joue par ailleurs son propre rôle de responsable FLN de la zone autonome d’Alger. Samia Kerbash, qui joue le rôle de Fatiha, fut également membre du FLN. S’il faut souligner que la prestation de la plupart des comédiens est loin d’être parfaite, cela représente le parti pris du film.

Le regard dépassionné que permet le recul historique nous force aussi à admettre une relative neutralité du propos. Même si Pontecorvo et les producteurs de La Bataille d’Alger éprouvaient une sympathie évidente vis-à-vis de la cause indépendantiste algérienne, et même si le régime algérien l’a pleinement soutenu, le film ne prend jamais clairement parti, demeurant au contraire dans l’action, au plus proche des faits reproduits avec fidélité. On a déjà évoqué la précision de la reconstitution des événements historiques et des méthodes employées aussi bien par le FLN que par l’armée. Il faut y ajouter que les membres du FLN (à l’exception de Saâdi, sans doute) ne sont guère idéalisés. Ainsi, le passé de délinquant et de proxénète d’Ali la Pointe est clairement évoqué, ainsi que les rivalités entre les leaders algérois du mouvement. La cruauté des attentats tuant des innocents filmés l’instant d’avant en toute insouciance, est montrée sans distanciation ni complaisance. Du côté français, pas de manichéisme non plus, Jean Martin interprétant un officier intelligent, digne et cultivé. Un militaire envoyé à Alger pour y mettre fin à la violence, et qui va s’acquitter de sa tâche en étudiant les méthodes et l’organisation du FLN, et en mettant en place une riposte implacable. Les séances de torture, sujet ô combien délicat, sont rares et, là encore, montrées avec sobriété et réalisme : les soldats s’acquittent de leur tâche sans passion cruelle et, une fois la victime passée aux aveux, lui offrent une cigarette, la tension retombant soudain. Loin des fantasmes et de l’hystérie moralisante, le film a le mérite de placer le spectateur au cœur de l’action, ce qui permet de mieux comprendre et de moins juger. Si l’on est en droit de critiquer l’usage de la torture par l’armée française, il faut ainsi rappeler la violence aveugle qui s’était emparée d’Alger, les innombrables victimes civiles qu’elle fit, la difficulté de vaincre un ennemi invisible et non conventionnel (les guerres récentes n’ont fait que confirmer cette réalité)… et le retour à la paix permis par ces méthodes contestables, qu’on le veuille ou non. Dans l’autre camp, le courage et la détermination des combattants du FLN, qui appliquent parfaitement les principes de la guérilla, forcent le respect.

L’Algérie, une plaie qui reste ouverte

Revoir La Bataille d’Alger aujourd’hui, alors que l’Occident ne cesse de revisiter/réécrire son passé à travers d’incessantes démonstrations de « repentance », laisse une drôle d’impression. Comme si le temps s’était figé. Pendant la guerre d’Algérie, le FLN et sa branche armée l’ALN, qui comptait à peine un millier d’hommes en 1954, parvint à créer l’unité algérienne en cristallisant progressivement l’opposition du peuple autochtone contre le colonisateur français. Aujourd’hui, le gouvernement algérien, lointain héritier des héros de la guerre d’indépendance, applique toujours les mêmes recettes éculées, dans ce qui est devenu une sordide parodie d’un combat jadis légitime. En Algérie même, plus personne n’est dupe de l’incurie du « Système » qui accapare le pouvoir depuis plus de cinquante ans. Economiquement sain et exportateur de multiples denrées agricoles à l’indépendance, le pays est aujourd’hui au bord du gouffre, selon l’avis de la plupart des spécialistes. L’Algérie ne produit plus de quoi nourri ni vêtir sa population, elle importe pratiquement tout de l’étranger et vit uniquement de la rente des hydrocarbures (pétrole et gaz). Un jeu non pas dangereux, mais carrément irresponsable, d’autant plus que les réserves s’épuisent rapidement et qu’aucun nouveau gisement important n’ait été découvert récemment. Il n’est pas jusqu’au Premier ministre algérien de l’époque, Abdelmalek Sellal, qui ait déclaré en 2014 que « d’ici 2030, l’Algérie ne sera plus en mesure d’exporter les hydrocarbures, sinon en petites quantités seulement (…). D’ici 2030, nos réserves couvriront nos besoins internes seulement ». Pour bien saisir la catastrophe annoncée, précisons qu’à l’heure actuelle, le pays paie 99% de ses importations (y compris de nombreux besoins de première nécessité) par les recettes tirées des hydrocarbures…

A cette rapide dégradation économique s’ajoutent une corruption endémique du pouvoir politique qui ne tient qu’à des habitudes clientélistes dont il ne se cache même pas, par exemple le nombre surréaliste de deux millions d’anciens « moudjahidines » de la guerre d’indépendance, dont les trois quarts seraient tout simplement des imposteurs, mais qui constituent le noyau dur de la clientèle gouvernementale. Ce régime à bout de souffle, qui ne peut plus masquer ses failles béantes alors que les inégalités sociales et le chômage explosent, fait face depuis deux ans au « Hirak », immense vague de contestation populaire survenue après l’annonce du Président Bouteflika (84 ans et impotent) de briguer un cinquième mandat (!) Acculé, le gouvernement a fait semblant d’apporter du changement en déposant Bouteflika et en épurant ses soutiens, mais le pouvoir reste bel et bien dans les mains de la caste militaire qui le tient depuis l’indépendance (élection d’Abdelmadjid Tebboune, 75 ans, ancien membre du FLN). Il semble évident que, sans la survenue providentielle de la pandémie de COVID-19, le Hirak aurait emporté les reliques du pouvoir algérien.

Dans ces conditions, dos au mur, le gouvernement algérien sort sa dernière carte, son joker : détourner l’hostilité en cristallisant l’opinion algérienne contre l’ancien colonisateur. D’où les nombreuses exigences officielles d’excuses françaises, d’admission de crimes plus outranciers les uns que les autres… et bien sûr des réparations qui vont avec. Ces pressions et chantages visent ainsi avant tout à une augmentation des visas pour les ressortissants algériens, ainsi qu’à obtenir des avantages économiques et diplomatiques. Face à elle, l’Algérie a trouvé une France qui ne demande qu’à s’auto-flageller sans prendre en compte les réalités algériennes pourtant dénoncées dans le pays même et contre lesquelles la population s’est soulevée. Acceptant d’endosser la responsabilité de tous les maux algériens, Emmanuel Macron ne ménage pas ses efforts visant à un « apaisement des mémoires », dont le dernier avatar est le fameux rapport commandé à l’historien Benjamin Stora. Or non seulement ce rapport fut largement critiqué, mais il n’a aucunement contribué à « apaiser » le gouvernement algérien, dont les appétits ont d’autres motivations que la réparation des « crimes coloniaux », cela va sans dire…

La Bataille d’Alger n’a pas pris une ride. Mieux encore, il permet d’appréhender la réalité algérienne actuelle et les relations franco-algériennes avec un regard à la fois informé et dépassionné. Bien des années après les combats, terribles mais d’où jaillirent de grands élans et d’authentiques héros, ne restent aujourd’hui que la médiocrité humaine et l’artifice politique. Révéler cela, c’est aussi ce qui fait d’un film une œuvre majeure.

Synopsis : En 1957, en Algérie, le FLN encourage le peuple à la révolte contre l’occupant français. Des deux côtés, des méthodes extrêmes sont utilisées : la torture par l’armée française et le terrorisme par le FLN. Dans le quartier de la Casbah d’Alger, un ancien délinquant, Ali La Pointe, refuse de stopper le combat, même quand la situation semble désespérée. De son côté, le colonel parachutiste Mathieu essaye tant bien que mal de mener sa mission, quitte à utiliser des moyens drastiques…

La Bataille d’Alger : Bande-annonce

La Bataille d’Alger : Fiche technique

Titre original : La battaglia di Algeri
Réalisateur : Gillo Pontecorvo
Scénario : Gillo Pontecorvo et Franco Solinas
Interprétation : Jean Martin (colonel Philippe Mathieu), Brahim Haggiag (Ali La Pointe), Yacef Saâdi (Djafar)
Photographie : Marcello Gatti
Montage : Mario Morra et Mario Serandrei
Musique : Ennio Morricone et Gillo Pontecorvo
Producteurs : Antonio Musu et Yacef Saâdi
Durée : 120 min.
Genre : Guerre/Histoire
Date de sortie : 21 octobre 1971
Italie/Algérie – 1966

Festival

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