Ariane Laure

Émerveillée par le cinéma depuis le Roi Lion, mon premier film en salle, j’aime les films qui font rêver, qui hantent et ne nous quittent jamais. J’admire particulièrement la richesse des œuvres de Stanley Kubrick, Christopher Nolan et Quentin Tarantino. Je suis également une adepte du cinéma asiatique, de Yasujiro Ozu, Akira Kurosawa à Wong Kar-Wai, Hayao Miyazaki et Park Chan-Wook. Travaillant dans le monde juridique, j'écris des critiques à mes heures perdues.

Reims Polar 2026 : Sham, le procès de la vérité

À l’heure où les scoops et les jugements de valeur inondent les antennes et les réseaux sociaux, "Sham" questionne notre regard sur la vérité et l’opprobre générée par les médias. Sous la forme d’un thriller judiciaire poignant, inspiré d’un fait réel, Takashi Miike aborde le harcèlement scolaire, la déchéance sociale et la parentalité. En multipliant les perspectives, il met en exergue les paradoxes d’une société japonaise où coupables et victimes se confondent.

Aucun autre choix : la guerre de l’emploi

Retrouver un poste n'est pas toujours une chose aisée, d'autant plus dans le milieu ouvrier, où la machine remplace progressivement la main de l'homme. Pour survivre dans ce monde capitaliste en déclin, un père de famille licencié ne trouve qu'une seule solution : éliminer, un par un, ses concurrents potentiels. L’histoire est connue. Tirée du roman "Le Couperet" de Donald Westlake, déjà adapté en 2005 par Costa-Gavras, elle se marie volontiers à tous les genres et toutes les langues. "Aucun autre choix", la version de Park Chan-Wook, compose une satire sociale acerbe mêlant violence, humour noir et grotesque. Un mélange des genres bien rodé, qui manque malheureusement de sel.

Hamnet : souffrir ou mourir, tel est notre lot

Si la vie et l’œuvre de Shakespeare ont déjà largement nourri le cinéma, un pan de l’histoire du plus célèbre dramaturge anglais restait encore dans l’ombre : celui du décès prématuré de son fils, alors âgé de 11 ans. Une tragédie bien réelle qui a inspiré une pièce iconique. Mais ce n’est pas tant à l’auteur que Chloé Zhao s’intéresse. Dans "Hamnet", la réalisatrice sino-américaine s’empare du roman éponyme de Maggie O’Farrell pour composer un film intimiste, une ode onirique où l’amour rime avec angoisse, solitude et deuil. Malgré une beauté visuelle éblouissante, le drame perd en profondeur en tirant sans mesure sur la corde émotionnelle.

Rebuilding, l’exode des cowboys errants

Le cinéma présente souvent les cowboys comme des héros solitaires, des hommes en souffrance qui peinent à subsister au sein d'un monde à la dérive. En s'attachant à l'histoire d'un père qui a déjà tout perdu, "Rebuilding" dresse le portrait de cowboys déracinés, privés de leur terre et de leur raison d'être. Un beau drame qui redonne foi en l'avenir.

Zootopie 2 : les carottes sont cuites

Avec son univers animalier foisonnant, coloré, son duo lapin-renard attachant, son humour et son enquête policière trépidante, sur fond d'un beau message d'intégration et de tolérance, "Zootopie" figure parmi les meilleurs films Disney des années 2010. Dix ans plus tard, nous retrouvons Judy et Nick dans une nouvelle intrigue mettant en danger l'avenir de la cité cosmopolite. Malgré un goût de déjà-vu et un récit moins bien rythmé que son prédécesseur, "Zootopie 2" offre une aventure divertissante grâce à son monde étendu.

Deauville 2025 : Sur la route d’Omaha, la route de l’abandon

Les États-Unis ne sont guère renommés pour leur politique sociale. Système d'assurance santé, d'indemnisation et d'assistance laissent parfois des individus totalement démunis. C'est cette réalité que dépeint "Sur la route d'Omaha", un drame poignant sur un père de famille désespéré qui traverse le pays avec ses deux enfants. Malgré son rythme lent et son récit relativement prévisible, le film, qui a reçu le Prix du Jury, touche par sa sincérité.

Deauville 2025 : Vie privée, enquête thérapeutique

Que se passerait-t-il si un psychanalyste se mettait à pleurer lorsqu’on lui raconte notre vie ? Cette hypothèse, excitante comme « la promesse d’une blague juive » pour Rebecca Zlotowski, constitue le point de départ de "Vie privée", une comédie policière qui entremêle recherche de vérité et quête de soi. Porté par un casting impressionnant, dont la magnétique Jodie Foster en psychologue bourgeoise, le film compose un bon divertissement freudien, dont les changements de tons nuisent cependant à la profondeur.

Deauville 2025 : The Chronology of Water, le sang de la sirène

« Combien de miles faut-il parcourir pour arriver jusqu’à soi ? » Comment accepter et vaincre la douleur ? La réponse à ces questions universelles ne peut être que personnelle. En s’emparant de ce thème de la résilience et du roman autobiographique de Lidia Yuknavitch, La Mécanique des fluides, Kristen Stewart n’a pas choisi la facilité. Pour son premier long-métrage, elle a préféré l’audace, la créativité et l’affirmation singulière de sa vision d’artiste. Avec "Chronology of Water", elle nous invite à un voyage intérieur brut, viscéral, sensoriel, où les images se fracturent et se recomposent comme l’identité disloquée d’une femme brisée. Poignant.

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