Festival de Deauville 2021 : Potato dreams of America, Catch the fair one, The Novice

Le Festival de Deauville 2021 révèle trois nouveaux films de la compétition avec Potato dreams of America de Wes Hurley, Catch the fair one de Josef Kubota Wladyka et The Novice de Lauren Hadaway. Des œuvres fortes qui traitent de sujets sociétaux, de lutte et de dépassement de soi. La remise des prix par le jury est attendue ce samedi soir.

Potato dreams of America : une intégration américaine haute en couleurs

Premier film de Wes Hurley, la comédie dramatique Potato dreams of America s’inspire de la jeunesse du réalisateur. Ce dernier, qui a passé son enfance en Russie, relate avec humour ses premières années à Vladivostok et son arrivée aux États-Unis. Deuxième coup de cœur de ce Festival, après Blue Bayou, Potato dreams of America confirme que les histoires les plus belles sont celles qui nous sont personnelles.

Le film débute à Vladivostok. La mère du jeune Potato, Lena, docteure en prison, décide de quitter la Russie avec son fils en se mariant par correspondance avec un américain. Lena et Potato, tout en découvrant une nouvelle culture, apprennent à s’adapter à leur nouvelle vie à Seattle.

La première partie du film, située en Russie, est réalisée de façon très théâtrale dans un style rappelant un peu l’univers de Wes Anderson. Si le ton reste majoritairement comique, avec de très bons dialogues, les couleurs ternes et le cadre restreint à l’appartement familial soulignent l’enfermement des personnages dans cette Russie communiste. Potato n’aspire qu’à partir aux États-Unis, dont il entretient l’image idéalisée véhiculée par le cinéma américain.

L’Amérique représente la liberté, l’ouverture d’esprit et la sécurité. Ainsi, la seconde partie du film se fait plus colorée, plus picturale et se déroule davantage en extérieur. Pourtant, l’acclimatation à la vie américaine et à John, le mari très orthodoxe de Lena, ne se déroule pas comme prévu. Des déconvenues et des rebondissements, aussi drôles qu’inattendus, ponctuent et renouvellent le récit.

A travers cette histoire autobiographique, Potato dreams of America plaide pour le respect de chacun et l’affirmation de soi. L’homosexualité, largement exposée dans le film, est vécue tout d’abord par Potato avec appréhension et la peur d’être découvert ou rabaissé par les autres. Le jeune homme doit ainsi apprendre à s’accepter et à prendre progressivement confiance en lui.

Plus que tous les autres films de la compétition, Potato dreams of America, par son humour, son côté décalé et ses personnages truculents, explose en une véritable bombe d’énergie et de joie de vivre. Le film nous laisse le sourire aux lèvres, de bonne humeur, avec un message de paix et de tolérance. Un film à « 99.99% autobiographique » a tenu à préciser l’équipe d’acteurs invitée pour présenter le film. Pourcentage certainement complété par une minuscule mais incroyable touche de fantaisie.

Catch the fair one : le combat d’une vie

Josef Kubota Wladyka, connu pour avoir réalisé quelques épisodes de la série Narcos, réalise avec Catch the fair one son premier film. Le scénario, co-écrit par Kali Reis, actrice principale du film et championne de boxe, ne se focalise pourtant pas sur le milieu de la boxe.

Catch the fair one vise en réalité à mettre en lumière un drame criminel encore récurrent aux États-Unis : la disparition, la traite et la prostitution des femmes amérindiennes. Josef Kubota Wladyka et Kali Reis, qui ont présenté leur film au Festival, ont expliqué avoir effectué des recherches pendant quatre ans, en interrogeant des familles amérindiennes dans des réserves. A ce titre, Catch the fair one pourrait constituer une suite au film Wind River sorti en 2017, qui évoquait déjà la violence exercée contre les femmes amérindiennes.

Un tel film sur le traitement des amérindiennes aurait très bien pu être construit sous la forme d’un documentaire, forme sûrement plus adaptée pour introduire des interviews, des recherches, et révéler cette atroce réalité. Si le réalisateur a délaissé cette option, au profit d’un film sombre, âpre, axé sur la vengeance, c’est afin selon lui d’envoyer un « coup de poing à l’estomac qui oblige à s’asseoir pour réfléchir ». Pour Josef Kubota Wladyka, le film exacerbe le problème cyclique de la violence intrinsèque à la disparition des amérindiennes, qu’il s’agisse de la violence exercée contre celles-ci ou de la violence utilisée en représailles par leurs proches.

Le drame Josef Kubota Wladyka raconte ainsi l’histoire de Kaylee, une boxeuse de 29 ans qui voit son existence bouleversée par la disparition de sa petite sœur Weeta. S’estimant responsable d’avoir laisser sa sœur rentrer seule afin de poursuivre un entraînement, Kaylee remonte la piste d’un réseau de prostitution pour retrouver Weeta.

Cette quête représente pour Kaylee une nécessité absolue. Si elle rêve de retourner boxer sur le ring, cette réalité demeure rigoureusement impossible en l’absence de Weeta. Ramener sa sœur devient son nouveau et ultime combat, le combat d’une vie. Aussi, la boxe reste très peu montrée dans le film. Seules quelques scènes d’entraînement sont intégrées car le seul vrai combat est de sauver Weeta. Ce sport ne sert qu’à caractériser le personnage de Kaylee, une lutteuse professionnelle qui ne peut que posséder ce tempérament de battante dans sa vie personnelle.

A l’image de la boxe en revanche, Catch the fair one est un film brutal. Le terme « coup de poing » utilisé par le réalisateur lui convient comme un gant. S’il lui manque un peu de profondeur et d’émotions pour être marquant, le drame fait partie des bonnes découvertes de cette édition 2021.

Catch the fair one – Bande-annonce

The Novice : l’obsession de la victoire

Après avoir travaillé plusieurs années comme monteuse à Hollywood, Lauren Hadaway passe à la réalisation. A l’occasion du Festival de Deauville, elle est venue présenter son premier film, The Novice.

Le drame suit le parcours de Dall, étudiante à l’université, qui s’inscrit comme débutante au sein du club d’aviron. Elle fait alors tout pour intégrer la meilleure équipe de rameurs de son université.

Le thème de l’aviron n’a pas été choisi au hasard par Lauren Hadaway. En effet, la réalisatrice a déclaré avoir elle-même beaucoup pratiqué ce sport à l’université. Il était donc logique pour elle de traiter, dans un premier film, un sujet qu’elle connaissait personnellement. De plus l’aviron, par sa nécessité absolue de concentration, de coordination, et par son caractère répétitif, s’adaptait bien au sujet central du film : l’obsession de la victoire.

L’intérêt principal de The Novice réside dans le personnage de Dall, simple dans son objectif mais à la psychologie en réalité assez complexe. Contrairement aux apparences, Dall n’est pas véritablement passionnée par l’aviron. Si elle s’entraîne sans relâche le jour et la nuit, au détriment de ses études, de son corps, puis même de son propre mental, ce n’est pas pour le plaisir du sport mais pour gagner. Être la meilleure, la mieux notée. Et ce peu importe le domaine.

Ce besoin essentiel, presque vital, d’arriver en tête prend dans le film des proportions presque pathologiques. Dall, prête à recourir à tous les moyens nécessaires pour l’emporter, se retrouve incomprise et isolée. Pire, elle aime pousser son corps jusqu’à ses limites et souffrir afin d’arriver à ses fins, poussant le dépassement de soi à l’extrême. The Novice est donc un film sur le courage, l’ambition, la détermination, mais surtout sur l’esprit maladif de compétition amenant progressivement à l’autodestruction.

Bien réalisé, le film présente également de belles séquences d’aviron, un sport encore rarement mis en scène au cinéma. Isabelle Fuhrman, qui s’est initiée à l’aviron spécialement pour le tournage, incarne parfaitement le rôle de cette jeune femme inébranlable et mal dans sa peau. The Novice, tout en louant les valeurs de force et d’ambition, nous rappelle qu’au-delà de la compétition, il est indispensable et même vital de s’amuser. Il en va surement de même dans le domaine du cinéma.

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Ariane Laure
Ariane Laurehttps://www.lemagducine.fr/
Émerveillée par le cinéma depuis le Roi Lion, mon premier film en salle, j’aime les films qui font rêver, qui hantent et ne nous quittent jamais. J’admire particulièrement la richesse des œuvres de Stanley Kubrick, Christopher Nolan et Quentin Tarantino. Je suis également une adepte du cinéma asiatique, de Yasujiro Ozu, Akira Kurosawa à Wong Kar-Wai, Hayao Miyazaki et Park Chan-Wook. Travaillant dans le monde juridique, j'écris des critiques à mes heures perdues.

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