Festival de Deauville 2021 : Blue Bayou, Stillwater, Flag Day

Ce samedi 4 septembre, le Festival de Deauville a ouvert la compétition avec le film Blue Bayou réalisé par Justin Chon. Il nous a également offert en avant-première Stillwater, déjà distribué à la Croisette, ainsi que Flag Day, le nouveau film de Sean Penn. Hasard de la programmation ou parti pris organisationnel, ces trois films abordent le thème de la famille et plus particulièrement les relations père-fille. Retour sur cette première journée du Festival, au cœur des familles déchirées, très forte en émotions.

Blue Bayou (compétition) – La parentalité déracinée de l’Amérique

Présenté dans la sélection Un Certain regard au Festival de Cannes, Blue Bayou marque l’ouverture de la compétition à Deauville en la présence d’une de ses actrices, Linh-Dan Pham. Un film coup de poing, coup de cœur, qui prend aux tripes et reste en mémoire.

A l’instar du film Minari révélé l’an dernier à Deauville, Blue Bayou traite de l’immigration de familles d’origine asiatiques. Le personnage principal, Antonio LeBlanc, a été adopté enfant par un couple d’américains en Louisiane. Une fois adulte, il travaille comme tatoueur dans un petit salon et peine à subvenir aux besoins de sa femme Katy et de la fille de celle-ci, Jessie. A la suite d’une altercation avec des policiers impliquant l’ex compagnon de Katy, Antonio se voit menacé d’expulsion des Etats-Unis. Afin d’espérer demeurer dans son pays, il est contraint de renouer avec les drames de son propre passé.

Blue Bayou aborde la famille avec beaucoup de tendresse et de délicatesse, avec une histoire très émouvante, qui sonne toujours juste, et une réalisation sensible, à fleur de peau. Cette famille recomposée, avec une mère aimante, un père travailleur et une petite fille aussi attachante qu’espiègle suscite très vite l’attachement du spectateur. Les liens entre Antonio et Jessie, particulièrement forts, constitue un ressort émotionnel, dramatique, aussi pur que puissant.

Avec ce film, Justin Chon révèle que nos racines patriotiques ressemblent à ces belles fleurs de lys prisées par Parker, une immigrée vietnamienne amie d’Antonio. Ces racines, presque invisibles, existent inévitablement mais, fragiles, peuvent être coupées. C’est ainsi qu’un homme comme Antonio, résidant depuis plus de trente ans aux Etats-Unis, risque de devoir quitter le seul pays qu’il ait jamais connu. La faute aux exactions de policiers blancs racistes, ciblant les profils d’étrangers possédant un casier judiciaire. La faute encore plus flagrante à un système juridique inefficient, incapable de naturaliser ou de protéger des enfants adoptés et intégrés à l’Etat depuis des décennies.

Blue Bayou, tout en gardant sa singularité et sa richesse émotionnelle, porte ainsi un hommage universel aux enfants adoptés aux Etats-Unis dans les années 1980, expulsés ou en cours d’expulsion malgré un difficile parcours d’intégration.

Blue Bayou – Bande-annonce

Stillwater (avant-première) – Le combat d’une paternité retrouvée

Réalisé par Tom McCarthy, le metteur en scène de Spotlight, Stillwater est également centré sur la complexité de la relation père-fille. Bill Parker, incarné par Matt Damon, est un foreur de pétrole reconverti en ouvrier du bâtiment. Afin d’aider sa fille, accusée d’un crime dont elle s’affirme innocente, il quitte sa familière Oklahoma pour les tumultueuses banlieues marseillaises. Perdu dans un pays dont il ne comprend ni la langue ni le fonctionnement, il décide de tout entreprendre pour faire sortir de prison sa fille Allison, et par cette occasion, se racheter auprès d’elle.

En France, il croise le chemin de Virginie, une passionnée de théâtre qui l’aide à trouver son chemin dans la vie marseillaise, et de sa fille Maya. A leur contact, Bill retrouve le quotidien et la joie de la vie de famille. Peu à peu, tout en recherchant la vérité sur le crime dont Allison est accusée, il essaie de renouer avec sa fille.

Malgré une réalisation assez classique, Stillwater tient plutôt ses promesses grâce à ses acteurs, son scénario, qui conserve un certain suspense, et sa touche d’humour qui n’entache en rien le drame. La relation père-fille, qu’il s’agisse de celle de Bill avec Maya ou de Bill avec Allison, est bien traitée et accompagne l’évolution du personnage de Matt Damon tout au long du film. On peut regretter l’académisme de la mise en scène mais pour Tom McCarthy, comme dans Spotlight, le fond semble compter plus que la forme.

Stillwater – Bande-annonce

Flag Day (avant-première) – L’héritage paternel

Le nouveau film de Sean Penn, Flag Day, était assez attendu. Présenté en avant-première pour célébrer un talent naissant d’Hollywood, Dylan Penn, la fille de Sean Penn et de Robin Wright, le film reste la déception de cette première journée du Festival.

Adapté d’une histoire vraie, Flag Day porte sur la relation de John Vogel, un célèbre faussaire et braqueur de banques, avec sa fille en quête d’identité. D’abord idylliques, lorsque Jennifer Vogel est enfant, apprend à conduire et s’aventure dans la nature, les rapports père-fille se compliquent lorsque Jennifer découvre les activités criminelles de son père.

Le film, au début plutôt lent, ne parvient jamais à se lancer faute d’une véritable histoire à raconter. Les scènes cycliques, les dialogues relativement vides et le peu de développement des personnages suscitent assez rapidement l’ennui. Trop heureux de tourner et de se contempler jouer avec sa propre fille, Sean Penn délaisse malheureusement le scénario, qui n’a pas grand-chose à offrir. La mise en scène, tantôt insipide, tantôt mauvaise copie d’un Terence Malick, ne donne pas davantage d’ampleur à ce drame très froid tournant véritablement à vide, sans émotion, et lourd dans ses redondances.

Que reste-t-il alors de cette relation père-fille ? L’héritage d’une pseudo liberté retrouvée, de faire ses propres choix et de s’affirmer. Un résumé bien fade.

Flag Day – Bande-annonce

Festival

Reims Polar 2026 : Mata, l’ombre du contrôle

Présenté en clôture de la 6e édition de Reims Polar, "Mata" est le film le plus ambitieux de Rachel Lang — et peut-être le plus frustrant. Un thriller d'espionnage à la française, anti-spectaculaire et introspectif, porté par une Eye Haïdara à contre-emploi, qui cherche sa radicalité sans toujours la trouver.

Reims Polar 2026 : Sons of the neon night, un champ de bataille sans stratège

Reims Polar a le chic pour dénicher les objets cinématographiques qui résistent — ceux qui ne rentrent pas tout à fait dans les cases, qui portent en eux quelque chose d'inachevé ou d'excessif, et dont la programmation constitue en soi une invitation à débattre. "Sons of the Neon Night" y trouve naturellement sa place. Présenté en séance de minuit à Cannes en 2025, ce polar hongkongais de Juno Mak a fait parler de lui autant pour son ambition visuelle démesurée que pour ses failles narratives béantes.

Reims Polar 2026 : Morte Cucina, la vengeance est un plat qui se dévore sans modération

En compétition Sang Neuf au festival Reims Polar, "Morte Cucina" du thaïlandais Pen-ek Ratanaruang suit Sao, cuisinière d'exception marquée par un viol commis dans son adolescence, qui retrouve par hasard son agresseur des années plus tard à Bangkok. Entre thriller culinaire et drame de la résilience, le film use de la nourriture comme arme et comme langage, avec plus d'intentions que de tranchant.

Reims Polar 2026 : Mi Amor, noyé dans le bruit

Ce jeudi 2 avril au soir, l’impériale Cécile Maistre-Chabrol a remis le Prix Claude Chabrol à Thomas Ngijol pour "Indomptables", polar camerounais dans lequel le réalisateur-acteur réussit une mue radicale et convaincante — quitter la comédie pour plonger dans un thriller âpre, ancré dans la réalité de Yaoundé, entre enquête policière et portrait d'une paternité qui déraille. Une belle soirée pour le genre, achevée par Guillaume Nicloux et son nouveau film, "Mi Amor". Le contraste est cruel, d'autant plus piquant que Nicloux n'est pas un inconnu des festivals de polar. Il s’était déjà fait connaître au Festival du Film Policier de Cognac, ancêtre direct de Reims Polar, avec Une affaire privée. Et ce film-là racontait déjà... une disparition de jeune femme.

Newsletter

À ne pas manquer

Vivaldi et moi : tutti per la musica

Abandonnées par leurs familles dans un orphelinat, des jeunes filles se consacrent à la musique. Nous sommes à Venise en 1716, à l'orphelinat « La Pietà » qui doit son nom à la Vierge Marie. Constituant un orchestre de chambre, chaque dimanche ces musiciennes se produisent anonymement dans une église locale où le public vient les écouter. Si elles ne connaissent pas leurs origines, leur avenir est tout tracé…

Voyage à deux : le désenchantement conjugal

Troisième collaboration entre Stanley Donen et Audrey Hepburn après "Drôle de frimousse" et "Charade", "Voyage à deux" suit un couple à différents moments de sa vie à travers un récit fragmenté. Le film fait de la mémoire amoureuse son véritable moteur narratif, entre instants de grâce et fissures plus discrètes.

« Michael » piétine son icône en moonwalk

Ça y est, il est enfin là. On le craignait, un peu. Il faut dire que les signaux d'alerte se multipliaient. Famille de Michael Jackson trop impliquée, durée courte pour tout ce que le film devrait raconter, monteur de "Bohemian Rhapsody" aux commandes, tout partait mal. Seul miracle au milieu de cette production, Jaafar Jackson, qui semblait taillé pour le rôle. À la sortie, on n'est ni satisfait, ni profondément énervé, tant Michael réussit et échoue lamentablement exactement là où on l'attendait.

Le Réveil de la Momie : ni morte ni réveillée

Lee Cronin tente de ramener la Momie à ses origines : un drame familial hanté par le deuil et la culpabilité. La promesse est tenue pendant près d'une heure, avant que "Le Réveil de la Momie" se perde dans ses propres ambitions contradictoires, incapable de choisir entre le drame viscéral qu'il voulait être et la mécanique Blumhouse qu'il ne pouvait s'empêcher de reproduire. Un rendez-vous manqué, pourtant généreux en ambitions, mais trop avare en courage.

Graham Swon — La parole comme territoire

Trois films, une carte blanche, et une même ligne de force : chez Graham Swon, la parole ne se contente pas d’accompagner l’image, elle la traverse, la déplace, parfois même la remplace. De la dérive poétique d’An Evening Song (for three voices) à l’expérience quasi hypnotique de The World Is Full of Secrets, en passant par l’étrangeté expressionniste de Careful, se dessine un cinéma où dire, c’est déjà faire advenir.
Ariane Laure
Ariane Laurehttps://www.lemagducine.fr/
Émerveillée par le cinéma depuis le Roi Lion, mon premier film en salle, j’aime les films qui font rêver, qui hantent et ne nous quittent jamais. J’admire particulièrement la richesse des œuvres de Stanley Kubrick, Christopher Nolan et Quentin Tarantino. Je suis également une adepte du cinéma asiatique, de Yasujiro Ozu, Akira Kurosawa à Wong Kar-Wai, Hayao Miyazaki et Park Chan-Wook. Travaillant dans le monde juridique, j'écris des critiques à mes heures perdues.

Reims Polar 2026 : Mata, l’ombre du contrôle

Présenté en clôture de la 6e édition de Reims Polar, "Mata" est le film le plus ambitieux de Rachel Lang — et peut-être le plus frustrant. Un thriller d'espionnage à la française, anti-spectaculaire et introspectif, porté par une Eye Haïdara à contre-emploi, qui cherche sa radicalité sans toujours la trouver.

Reims Polar 2026 : Sons of the neon night, un champ de bataille sans stratège

Reims Polar a le chic pour dénicher les objets cinématographiques qui résistent — ceux qui ne rentrent pas tout à fait dans les cases, qui portent en eux quelque chose d'inachevé ou d'excessif, et dont la programmation constitue en soi une invitation à débattre. "Sons of the Neon Night" y trouve naturellement sa place. Présenté en séance de minuit à Cannes en 2025, ce polar hongkongais de Juno Mak a fait parler de lui autant pour son ambition visuelle démesurée que pour ses failles narratives béantes.

Reims Polar 2026 : Morte Cucina, la vengeance est un plat qui se dévore sans modération

En compétition Sang Neuf au festival Reims Polar, "Morte Cucina" du thaïlandais Pen-ek Ratanaruang suit Sao, cuisinière d'exception marquée par un viol commis dans son adolescence, qui retrouve par hasard son agresseur des années plus tard à Bangkok. Entre thriller culinaire et drame de la résilience, le film use de la nourriture comme arme et comme langage, avec plus d'intentions que de tranchant.