Festival de Deauville 2021 : Red Rocket, We burn like this

Ce 9 septembre, deux nouveaux films entrent en compétition au Festival de Deauville 2021 : Red Rocket de Sean Baker et We burn like this d’Alana Waksman. Deux drames centrés sur des personnages à la dérive, respectivement une star du porno déchue et une descendante de l’Holocauste sans repère.

Red Rocket : le rêve américain perverti

Réalisateur de Tangerine et The Florida project, Sean Baker poursuit son étude de la société américaine avec Red Rocket, un film déjà présenté en compétition au Festival de Cannes 2021. Il choisit de pointer sa caméra vers le Texas, plus précisément à Billings, une petite ville isolée dotée d’une usine.

Dans ce cadre, Red Rocket se focalise sur le personnage assez détestable de Mikey Saber. Ancienne pornstar à Los Angeles, Mikey retourne dans sa ville natale du Texas.  Sans emploi ni ressource, il n’a d’autre choix que de revenir habiter avec son ex-femme et sa belle-mère, qui sont bien loin de l’accueillir à bras ouverts. Afin de payer sa part du loyer, Mikey se remet à ses anciennes combines alors qu’une rencontre inattendue lui donne l’idée d’un recommencement.

Le début de Red Rocket est plutôt réussi. Il montre les difficultés de Mikey à retrouver un travail après sa longue carrière de pornstar. De plus, il ne peut malheureusement pas prétendre aux allocations chômage car il vient tout juste de s’installer au Texas. En exposant ce système, Sean Baker révèle, avec une touche d’humour, le retour de bâton du rêve américain. Ce dernier ne permet en effet aucun plan de secours aux hommes n’ayant pas réussi à percer dans l’industrie hollywoodienne. Face à cet engrenage, le seul moyen de subsistance reste le travail illégal, notamment le trafic de drogues.

Si Mikey suscite alors un peu de compassion, son personnage éminemment égocentrique et machiste devient très rapidement agaçant. Il pense toujours que son succès n’est dû qu’à lui seul, par exemple en s’attribuant tout le mérite de son prix de la meilleure fellation, au détriment de tout rôle des femmes. De même, lorsque son ex-femme commence à lui faire des reproches, il rappelle qu’il a payé à lui seul la totalité du loyer, et donc que la famille ne peut vivre décemment que grâce à lui.

Sa rencontre avec Strawberry, personnage vide archétype de la jeune fille sexy et naïve, ne fait que précipiter encore plus Mikey dans ses travers. Mikey ne fait qu’utiliser les gens. Son ami lui sert de chauffeur et Strawberry ne représente pour lui qu’une occasion parfaite et inespérée pour effectuer son grand retour dans le monde de la pornographie.

A cause de ce personnage central, certes anti-héros, mais agaçant et sordide, avec lequel Sean Baker ne pose aucune distance, Red Rocket sombre dans une vulgarité inutile et, il faut le dire, particulièrement ennuyante. La deuxième partie du film n’apporte absolument rien à la narration ni aux protagonistes. En même temps, à côté de ce anti-héros ne sont présents que des personnages caricaturaux ou peu développés.

Red Rocket laisse un sentiment étrange de malaise au bout de ses deux très longues heures qui s’étirent dans des dialogues redondants et des scènes vulgaires. La fusée rouge a bien décollé mais s’est largement trompée de cap.

Red Rocket – Bande-annonce

We burn like this : le poids d’une Histoire indélébile

Premier film d’Alana Waksman, We burn like this s’attache à l’existence d’une descendante de survivants de l’Holocauste. Ce récit s’inspire de l’histoire personnelle de la réalisatrice, dans une situation familiale identique.

Alana Waksam, venue présenter son film sur les planches de Deauville, a expliqué que ce projet date de près de quinze ans et a évolué au cours du temps. L’histoire a été progressivement remodelée pour s’approcher du vécu de la réalisatrice et de certains de ses amis.

We burn like this suit ainsi le parcours de Rae, une jeune femme qui se retrouve traquée par un groupe de néo-nazis. A la suite d’un incident survenu lorsqu’elle était enfant, Rae porte la marque d’une brûlure, une plaie physique dont elle a honte et symbolisant son traumatisme moral qui lui colle véritablement à la peau. Sa grand-mère, dont elle ne garde que quelques photos, est parvenue à survivre de l’Holocauste.

Marquée de façon indélébile par ce passé, Rae se retrouve perdue et constamment en quête de repères fixes. Malheureusement, tout son monde bascule lorsque son amie proche déménage et qu’elle aperçoit son ancien petit ami en compagnie d’une autre femme. Rae n’a alors de cesse de s’impliquer dans des situations qui la dépassent. Le film, relativement peu dialogué, joue beaucoup sur le ressenti et le lien de Rae avec le spectateur.

Déconnectée du monde, c’est grâce à la peinture que Rae parvient à extérioriser son traumatisme et à s’exprimer. Cet art lui permet de distordre et de transformer la réalité pour présenter son propre regard sur les individus qu’elle rencontre et son environnement.

Malgré sa belle photographie, We burn like this comporte ses défauts. Tout d’abord, très peu de liens sont finalement effectués entre l’Holocauste en lui-même et ce que vit, ressent quotidiennement Rae. D’ailleurs, il est très étonnant de constater que malgré son passé et ses origines, Rae ne connaisse pas la signification des initiales HH. La seule véritable connexion avec cette tragédie historique reste une séquence au sein d’un musée et près d’une statue commémorative non confessionnelle. Il s’agit sans surprise du plus beau moment du film.

De plus, la narration de We burn like this, assez linéaire, ne décolle jamais vraiment. Sa flamme lancinante s’éteint un peu trop vite. Ainsi, le spectateur suit les errements de l’héroïne, dans un ensemble un peu décousu qui n’est pas totalement abouti. Le film tient finalement entièrement sur les épaules de Madeleine Coghlan, absolument parfaite dans le rôle de Rae.

 

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Ariane Laure
Ariane Laurehttps://www.lemagducine.fr/
Émerveillée par le cinéma depuis le Roi Lion, mon premier film en salle, j’aime les films qui font rêver, qui hantent et ne nous quittent jamais. J’admire particulièrement la richesse des œuvres de Stanley Kubrick, Christopher Nolan et Quentin Tarantino. Je suis également une adepte du cinéma asiatique, de Yasujiro Ozu, Akira Kurosawa à Wong Kar-Wai, Hayao Miyazaki et Park Chan-Wook. Travaillant dans le monde juridique, j'écris des critiques à mes heures perdues.

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