Ariane Laure

Émerveillée par le cinéma depuis le Roi Lion, mon premier film en salle, j’aime les films qui font rêver, qui hantent et ne nous quittent jamais. J’admire particulièrement la richesse des œuvres de Stanley Kubrick, Christopher Nolan et Quentin Tarantino. Je suis également une adepte du cinéma asiatique, de Yasujiro Ozu, Akira Kurosawa à Wong Kar-Wai, Hayao Miyazaki et Park Chan-Wook. Travaillant dans le monde juridique, j'écris des critiques à mes heures perdues.

Cannes 2025 : Valeur sentimentale, fracture parentale

Quatre ans après "Julie (en 12 chapitres)", récompensé à Cannes par un prix d'interprétation féminine, Joachim Trier retrouve Renate Reinsve sur le tapis rouge avec "Valeur Sentimentale", un drame familial intime aux doux accents mélancoliques. Tourné à Oslo et lors du Festival de Deauville, le film entremêle quête de réconciliation et processus de création. Une déclaration d'amour au cinéma.

Cannes 2025 : Caravane, la prison de la maternité

Depuis "Vol au-dessus d’un nid de coucou" et "Rain Man", le cinéma porte le sujet du handicap avec humour et empathie. Il donne à voir le quotidien éprouvant d’individus touchés par la maladie et qui peinent à s’intégrer dans la société. Dans "Caravane", Zuzana Kirchnerová retourne la perspective pour s’intéresser non pas au combat contre les troubles physiques ou mentaux, mais à la vie des parents qui s’occupent d’enfants atteints de trisomie. Si la réalisatrice tchèque filme la douleur des corps avec beaucoup de sensibilité, elle ne parvient pas à nous emporter sur la route de ce road trip italien, qui manque d’émotion et de profondeur.

Cannes 2025 : Eleanor The Great, la dame de cœur

Depuis "L'homme qui murmurait à l'oreille des chevaux", Scarlett Johansson rêvait de réaliser un film. Trente ans plus tard, elle concrétise cette ambition avec "Eleanor the Great", un drame tendre, émouvant et parsemé d'humour qui traite du deuil et du pardon. Une bulle de douceur acclamée par une salle comble.

Cannes 2025 : Alpha, aux sources de la phobie

Après sa Palme d’or pour "Titane" en 2021, Julia Ducournau retrouve la Compétition cannoise avec "Alpha", un drame intime et crépusculaire. Si la réalisatrice française s’attache toujours à la mutilation des corps, elle délaisse le "body horror" glaçant au profit d’une œuvre plus sensible autour de la figure maternelle, dans un monde régi par la peur de la mort. Une allégorie personnelle qui manque de sens et d’émotions.

Cannes 2025 : The Phoenician Scheme, un consortium humaniste

Sélectionné en Compétition, "The Phoenician Scheme" nous offre une comédie truculente sur la filiation. Dans le royaume de la Grande Phénicie, Bénicio Del Toro incarne un richissime businessman qui a la mort aux trousses. Avec son imaginaire toujours aussi débordant, Wes Anderson nous invite à vivre dans le partage et la simplicité, loin des valeurs matérielles du capitalisme.

Cannes 2025 : La Petite Dernière, la jeune fille à la casquette

Troisième long-métrage de Hafsia Herzi, "La Petite Dernière" adapte le roman éponyme de Fatima Daas. Il raconte la jeunesse d'une lycéenne maghrébine, musulmane pratiquante, qui explore son homosexualité. Un récit sensible, filmé à fleur de peau, qui traite de la peur constante du jugement des autres et compose une belle ode à la liberté et à l’égalité.

Cannes 2025 : L’Inconnu de la Grande Arche, le cube qui fait perdre la face

Mais qui est donc Johan Otto von Spreckelsen, cet architecte danois dont presque personne ne connaît le nom ? Comment un tel artiste a-t-il pu tomber complètement dans l’oubli ? Dans "L’Inconnu de la Grande Arche", Stéphane Demoustier fournit des éléments de réponse en nous plongeant dans la construction d’un monument emblématique de Paris, entre 1983 et 1987. Le drame traite avec intelligence des liens de dépendance étroits entre création artistique et pouvoirs publics. Il rend aussi un bel hommage au travail d’un homme, à l’œuvre d’une vie.

Cannes 2025 : Dossier 137, la police dans le viseur

Après "La Nuit du 12", présenté à Cannes Première et récompensé par 6 césars en 2023, Dominik Moll foule à nouveau le tapis rouge avec "Dossier 137". Un film d'enquête passionnant qui s'insère, contrairement à son prédécesseur, dans un contexte de crise politique. Il nous plonge dans le fonctionnement de l'IGPN en questionnant notre rapport à la police, ainsi que dans le tiraillement, plus intime, entre esprit de corps et désir de justice. Une œuvre brillante d'une actualité brûlante.

Newsletter

À ne pas manquer

Kill Bill : The Whole Bloody Affair, la nouvelle séquence anime et le geste hybride que Tarantino a inventé en 2003

Ce mercredi 8 juillet 2026, Studiocanal ressort en salles françaises Kill Bill: The Whole Bloody Affair, la version intégrale de 4h35 que Quentin Tarantino voulait à l'origine. Elle comporte notamment une nouvelle séquence animée inédite de sept minutes, produite par Production I.G en 2025, vingt-deux ans après la séquence originale que Kazuto Nakazawa et Katsuji Morishita avaient réalisée pour Kill Bill Vol. 1. Cette continuité de collaboration entre Tarantino et le studio japonais mérite qu'on s'arrête sur ce qui s'est joué en 2003 : le geste hybride live-action/anime que le réalisateur américain a inventé pour raconter l'enfance d'O-Ren Ishii, et ce que ce geste dit du rapport entre l'anime japonais et le cinéma américain contemporain.

Thérèse et Isabelle par Marie Fortuit : écrire et faire l’amour

Mardi 5 mai 2026, le Petit Théâtre de la Maison de la Culture d’Amiens accueillait l'adaptation de Thérèse et Isabelle de Violette Leduc, un texte longtemps censuré. Marie Fortuit et la compagnie Les Louves à Minuit signent une mise en scène audacieuse qui fait le choix de la retenue, transformant cette histoire d'émancipation en un objet artistique sensible et maîtrisé.

Coulisses The Boys : Le secret du “GORE DIAL” derrière la violence extrême

Ce qui rend la violence de The Boys si impactante, ce n’est pas seulement son exagération, c’est sa précision chirurgicale. Dans les studios VFX, la barbarie n’est plus laissée au hasard : elle se règle comme un paramètre. Un cadran baptisé “GORE DIAL”, quelques crans au-delà de 10, et l’horreur passe du réaliste à l’absurde. Preuve que nous sommes entrés dans une ère où même la sauvagerie la plus démente est devenue une variable technique parfaitement maîtrisée.

Severance : l’architecture de Lumon comme machine à effacer la mémoire

Dans Severance, l’absence de mémoire ne se raconte pas seulement : elle se construit. Jessica Lee Gagné et Jeremy Hindle transforment Lumon en architecture de l’oubli, un monde de couloirs blancs, de néons et de vert institutionnel où le vide devient une présence.

Le Bronze Coule : Vhagar dans House of the Dragon Saison 2

Et si le vrai personnage de cette saison n’était pas un Targaryen… mais une vieille dragonne de bronze qui a survécu à tout le monde ? Vhagar ne vole pas : elle pèse le temps lui-même. Chaque battement d’aile porte cent quatre-vingt-un ans d’histoire, et quand elle apparaît à l’écran, ce n’est plus du CGI : c’est une cathédrale vivante qui respire.