Ariane Laure

Émerveillée par le cinéma depuis le Roi Lion, mon premier film en salle, j’aime les films qui font rêver, qui hantent et ne nous quittent jamais. J’admire particulièrement la richesse des œuvres de Stanley Kubrick, Christopher Nolan et Quentin Tarantino. Je suis également une adepte du cinéma asiatique, de Yasujiro Ozu, Akira Kurosawa à Wong Kar-Wai, Hayao Miyazaki et Park Chan-Wook. Travaillant dans le monde juridique, j'écris des critiques à mes heures perdues.

Cannes 2025 : La Petite Dernière, la jeune fille à la casquette

Troisième long-métrage de Hafsia Herzi, "La Petite Dernière" adapte le roman éponyme de Fatima Daas. Il raconte la jeunesse d'une lycéenne maghrébine, musulmane pratiquante, qui explore son homosexualité. Un récit sensible, filmé à fleur de peau, qui traite de la peur constante du jugement des autres et compose une belle ode à la liberté et à l’égalité.

Cannes 2025 : L’Inconnu de la Grande Arche, le cube qui fait perdre la face

Mais qui est donc Johan Otto von Spreckelsen, cet architecte danois dont presque personne ne connaît le nom ? Comment un tel artiste a-t-il pu tomber complètement dans l’oubli ? Dans "L’Inconnu de la Grande Arche", Stéphane Demoustier fournit des éléments de réponse en nous plongeant dans la construction d’un monument emblématique de Paris, entre 1983 et 1987. Le drame traite avec intelligence des liens de dépendance étroits entre création artistique et pouvoirs publics. Il rend aussi un bel hommage au travail d’un homme, à l’œuvre d’une vie.

Cannes 2025 : Dossier 137, la police dans le viseur

Après "La Nuit du 12", présenté à Cannes Première et récompensé par 6 césars en 2023, Dominik Moll foule à nouveau le tapis rouge avec "Dossier 137". Un film d'enquête passionnant qui s'insère, contrairement à son prédécesseur, dans un contexte de crise politique. Il nous plonge dans le fonctionnement de l'IGPN en questionnant notre rapport à la police, ainsi que dans le tiraillement, plus intime, entre esprit de corps et désir de justice. Une œuvre brillante d'une actualité brûlante.

Cannes 2025 : Mission : Impossible – The Final Reckoning, un monde en ruine

Christopher McQuarrie, réalisateur et coscénariste de la saga depuis "Rogue Nation", a choisi de découper l’histoire de "Dead Reckoning" en deux parties afin de lui donner plus d’ampleur et d’émotions. Ce parti pris risqué n’a pas vraiment réussi au premier film, inutilement étiré en longueur. D’ailleurs, le titre de "Dead Reckoning partie 2" a été révisé afin de minimiser la référence au premier volet. Après la mort expéditive d’Ilsa Faust, nous avions laissé Ethan Hunt en possession d’une mystérieuse clé capable de maîtriser le code source de l’Entité, une intelligence artificielle émancipée, située au cœur d’un sous-marin russe englouti. Malgré une séquence sous-marine tendue et spectaculaire, "The Final Reckoning" ne parvient pas à se dépêtrer de l’intrigue linéaire, il faut le dire peu palpitante, amorcée par la première partie.

Reims Polar 2025 : Undercover, ETA de guerre

Prix Police du Festival Reims Polar 2025, "Undercover" offre une infiltration haletante et très documentée au cœur de l’ETA, la célèbre organisation terroriste basque, pendant les années 1990. Inspiré de l’histoire vraie de l’agent Elena Tejada, qui a participé à l’une des plus grandes opérations menées contre cet organisme, le film d’Arantxa Echevarría a reçu en début d’année les Goyas du meilleur film, de la meilleure réalisation, du meilleur scénario original et de la meilleure actrice. Une œuvre sous haute tension, centrée sur les risques de la profession, qui a naturellement convaincu le jury d’agents et de commissaires.

Reims Polar 2025 : Le Royaume, cavale en terre hostile

Territoire livré aux luttes de clans et de partisans, l’île de beauté ne cesse d’inspirer les cinéastes. Après "Borgo", plongée abrupte au cœur du milieu carcéral, et "À son image", fresque tumultueuse d’un photographe de Corse-Matin, "Le Royaume" propose une incursion dans les guerres de gangs à travers le regard innocent d’une jeune fille curieuse cherchant à se rapprocher de son père. Dans ce premier long-métrage très incarné, Julien Colonna traite de la filiation et porte un regard tragique sur le cycle irrémédiable de la criminalité.

Jane Austen a gâché ma vie : rêves et sentiments

Le romantisme des écrits de Jane Austen a inspiré la littérature, la télévision et le cinéma anglais, mais surtout l’imaginaire de toute une génération de jeunes femmes qui vivent dans l’attente désespérée d’une histoire d’amour sincère et passionnée. Une vision idéalisée, devenue anachronique dans notre société où flirts et aventures d’un jour se consomment sans modération sur des applis de rencontre. "Jane a gâché ma vie" s’engouffre dans cette dichotomie en s’attachant à une libraire célibataire en quête d’une vie romanesque. 

Hiver à Sokcho : les âmes déracinées

À la croisée des frontières nationales, "Hiver à Sokcho" compose une quête identitaire empreinte de poésie et d'émotions à l'état brut. Porté par un Roschdy Zem au charisme sauvage et l'interprétation à fleur de peau de Bella Kim, le drame franco-sud-coréen, premier long-métrage du réalisateur franco-japonais Koya Kamura, séduit par son esthétisme et son mélange des cultures. Adapté du roman éponyme d'Elisa Shua Dusapin, le film, au rythme lent et aux images oniriques, se perd dans la psyché labyrinthique des personnages égarés qu'il met en scène.

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Thérèse et Isabelle par Marie Fortuit : écrire et faire l’amour

Mardi 5 mai 2026, le Petit Théâtre de la Maison de la Culture d’Amiens accueillait l'adaptation de Thérèse et Isabelle de Violette Leduc, un texte longtemps censuré. Marie Fortuit et la compagnie Les Louves à Minuit signent une mise en scène audacieuse qui fait le choix de la retenue, transformant cette histoire d'émancipation en un objet artistique sensible et maîtrisé.

Coulisses The Boys : Le secret du “GORE DIAL” derrière la violence extrême

Ce qui rend la violence de The Boys si impactante, ce n’est pas seulement son exagération, c’est sa précision chirurgicale. Dans les studios VFX, la barbarie n’est plus laissée au hasard : elle se règle comme un paramètre. Un cadran baptisé “GORE DIAL”, quelques crans au-delà de 10, et l’horreur passe du réaliste à l’absurde. Preuve que nous sommes entrés dans une ère où même la sauvagerie la plus démente est devenue une variable technique parfaitement maîtrisée.

Severance : l’architecture de Lumon comme machine à effacer la mémoire

Dans Severance, l’absence de mémoire ne se raconte pas seulement : elle se construit. Jessica Lee Gagné et Jeremy Hindle transforment Lumon en architecture de l’oubli, un monde de couloirs blancs, de néons et de vert institutionnel où le vide devient une présence.

Le Bronze Coule : Vhagar dans House of the Dragon Saison 2

Et si le vrai personnage de cette saison n’était pas un Targaryen… mais une vieille dragonne de bronze qui a survécu à tout le monde ? Vhagar ne vole pas : elle pèse le temps lui-même. Chaque battement d’aile porte cent quatre-vingt-un ans d’histoire, et quand elle apparaît à l’écran, ce n’est plus du CGI : c’est une cathédrale vivante qui respire.

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Dans From, la nuit appartient aux monstres et la lumière fragile aux vivants. Christopher Ball impose une règle stricte : seuls les lanternes à pétrole, bougies et torches visibles à l’écran éclairent les scènes. Ce parti pris matériel fait de chaque flamme un véritable compte à rebours, où la clarté elle-même devient source de terreur.