Jane Austen a gâché ma vie : rêves et sentiments

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« En vain ai-je lutté. Rien n’y fait. Je ne puis réprimer mes sentiments. Laissez-moi vous dire l’ardeur avec laquelle je vous admire et je vous aime ». Le romantisme des écrits de Jane Austen a inspiré la Littérature, la télévision et le cinéma anglais, mais surtout l’imaginaire de toute une génération de jeunes femmes qui vivent dans l’attente désespérée d’une histoire d’amour sincère et passionnée. Une vision idéalisée, devenue anachronique dans notre société où flirts et aventures d’un soir se consomment sans modération sur des applis de rencontre. Jane a gâché ma vie s’engouffre dans cette dichotomie en s’attachant à une libraire célibataire en quête d’une vie romanesque. 

Les romans de Jane Austen ne cessent d’inspirer le petit et le grand écran. On ne compte plus le nombre de téléfilms, de séries BBC et d’adaptations cinématographiques fidèles ou revisitées, telles Raisons et Sentiments d’Ang Lee, Orgueil et Préjugés de Joe Wright, ou encore Orgueil et Préjugés et Zombies de Burr Steers. Mais loin de s’inscrire dans ce travail commun de retranscription, Laura Piani utilise le monde de Jane Austen comme toile de fond d’une romance résolument moderne.

Cinéaste franco-britannique, Laura Piani s’est déjà intéressée à des personnages féminins romantiques et détachés de leur réalité dans son court-métrage Prudence Ledoux a le vent en poupe. Avec Jane a gâché ma vie, elle signe un premier long-métrage qui mélange romance à l’anglaise et questionnement autour de la recherche du parfait amour. Initialement scénariste sur le projet, Laura Piani s’est tant investie dans l’écriture de ce récit, à la résonance très personnelle, qu’elle s’est finalement emparée de la caméra.

Coup de foudre à Austen House

Sous l’emprise des héroïnes de Jane Austen, qui se sont accomplies grâce à des mariages idylliques, Agathe rêve de trouver l’homme idéal et d’écrire des livres. Réfractaire à tout « sexe ubérisé » et « née dans le mauvais siècle », elle reste seule en attendant qu’un beau Marc Darcy se manifeste. Pour la sortir de cette impasse, Félix, son meilleur ami, force le destin et obtient à Agathe une place dans une résidence d’auteurs anglaise, la Jane Austen Residency.

Comme le laisse présager son titre, Jane Austen a gâché ma vie est parsemé de références à la célèbre écrivaine anglaise. Dans sa librairie, Shakespeare & Co, Agathe conseille ainsi Raison et Sentiments à des clientes. Elle se définit d’ailleurs comme Anne Elliot de Persuasion, une jeune femme qui est totalement « passé à côté de son existence ». En outre, Agathe rencontre Oliver, l’arrière-arrière-arrière petit-neveu de Jane Austen elle-même. Enfin, il était impossible d’évoquer Jane Austen sans inclure une somptueuse scène de bal.

Si Laura Piani puise largement, en le détournant, dans l’univers de l’auteur britannique, la comédie n’en fait pas son sujet principal. En effet, quitte à déplaire aux fans des romans, elle expose relativement peu l’influence d’Austen sur l’existence d’Agathe. Le film reste ainsi accessible à un public peu féru de littérature anglaise tout en donnant envie de lire, ou relire, des œuvres classiques qui résonnent toujours aujourd’hui.

En abordant les rêves et les sentiments d’une libraire coupée de son époque, Jane Austen a gâché ma vie compose une savoureuse romance anglaise inspirée du Journal de Bridget Jones, de Coup de foudre à Notting Hill ou encore de La Garçonnière de Billy Wilder. Charlie Anson y interprète Oliver, un gentleman timide et maladroit, au charme british un peu suranné qui n’est pas sans rappeler Hugh Grant. Face à lui, Camille Rutherford , une discrète actrice franco-britannique nommée deux fois aux César dans la catégorie Meilleur Espoir Féminin (Low Life, Felicità), insuffle à Agathe une élégance atypique et une gaucherie touchante. Sans tomber dans la mièvrerie, le film pose une question actuelle : comment trouver sa voie dans une société remplie d’idéaux et dont l’évolution des mœurs nous dépasse ?

Vivre à l’heure moderne

Tout comme Agathe, Laura Piani a travaillé chez Shakespeare & Co et déjà ressenti cette sensation de ne pas être en accord avec son temps. Dans une interview, elle expliquait qu’à l’âge de quatorze ans, elle découvrait Jane Austen alors que ses camarades se bourraient sur la plage. Par ses expériences, la réalisatrice française a ainsi acquis une tendresse particulière pour les personnes romantiques et inadaptées. Dans Jane Austen a gâché ma vie, elle désirait « montrer comment les gens qui passent leur vie dans les livres peinent à vivre la réalité d’une histoire d’amour contemporaine mais aussi d’écrire puisqu’ils ne lisent que des chefs d’œuvre. »

La comédie de Laura Piani nous incite donc à ne pas nous accrocher à une quête impossible de perfection, qui nous empêche d’avancer dans la réalité, mais à tirer parti de nos rencontres et nos talents. Dans ce cadre, au milieu de quiproquos amoureux très théâtraux, elle traite de solitude, de deuil, de désir et de sexualité, tout en louant l’indépendance et la créativité. Malheureusement, le film manque justement d’une étincelle de folie, d’inventivité, et déroule les codes du genre au sein d’un scénario étiré et entièrement cousu de fil blanc. Le soin apporté aux images, l’investissement des acteurs et les situations cocasses, avec pour décor la campagne anglaise, permettent de ne pas bouder son plaisir malgré cette faiblesse narrative. Que Jane Austen ait ou non gâché la vie d’Agathe, elle continuera sans nul doute d’attiser l’imaginaire des écrivains et des cinéastes.

Jane Austen a gâché ma vie : Bande-annonce

Jane Austen a gâché ma vie : Fiche technique

Scénariste-réalisatrice : Laura Piani
Directrice de la photographie : Pierre Mazoyer
Chef opérateur son : Lucas Héberlé
Scripte : Marie de Chassey
Directrice de casting : Lucciana de Vogüe
1ers assistants Mise en Scène : Quentin Janssen, Ludovic Giraud
Cheffe maquilleuse coiffeuse : Mademoiselle Jenny (Jenny Hermeline)
Ensemblière décoratrice : Agnès Sery
Cheffe costumière : Flore Vauvillé
Monteuse image : Floriane Allier
Monteuse son : Carole Verner
Mixeuse : Laure Arto
Compositeur : Peter von Poehl
Superviseur musical : Martin Caraux
Productrice : Gabrielle Dumon
Directrice de production : Monica Mele
Une production co-déléguée : LES FILMS DU VEYRIER & SCIAPODE
Distribution France : PANAME DISTRIBUTION
Pays de production : France
Durée : 1h34
Genre : Comédie dramatique
Date de sortie : 29 janvier 2025

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Ariane Laurehttps://www.lemagducine.fr/
Émerveillée par le cinéma depuis le Roi Lion, mon premier film en salle, j’aime les films qui font rêver, qui hantent et ne nous quittent jamais. J’admire particulièrement la richesse des œuvres de Stanley Kubrick, Christopher Nolan et Quentin Tarantino. Je suis également une adepte du cinéma asiatique, de Yasujiro Ozu, Akira Kurosawa à Wong Kar-Wai, Hayao Miyazaki et Park Chan-Wook. Travaillant dans le monde juridique, j'écris des critiques à mes heures perdues.

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