Cannes 2025 : Mission : Impossible – The Final Reckoning, un monde en ruine

Après sept épisodes ambitieux, Tom Cruise n’avait plus qu’une mission à accepter : clôturer en beauté une saga iconique qu’il a débutée voilà presque 30 ans. Même si les films restent inégaux, l’homme a su imposer sa marque. Des personnages charismatiques, des scénarios haletants et des cascades sans doublage de plus en plus folles. Huitième, et sans doute dernier volet avec Tom Cruise aux commandes, Mission : Impossible – The Final Reckoning se présente comme le film-somme des choix d’Ethan Hunt, mais aussi de l’essor d’une franchise dont nous attendions impatiemment l’aboutissement. Après un Dead Reckoning en demi-teinte, la conclusion remplit-elle l’objectif du dénouement grandiose promis par sa bande-annonce ?

Christopher McQuarrie, réalisateur et coscénariste de la saga depuis Rogue Nation, a choisi de découper l’histoire de Dead Reckoning en deux parties afin de lui donner plus d’ampleur et d’émotions. Ce parti pris risqué n’a pas vraiment réussi au premier film, inutilement étiré en longueur. D’ailleurs, le titre de Dead Reckoning partie 2 a été révisé afin de minimiser la référence au premier volet. Après la mort expéditive d’Ilsa Faust, nous avions laissé Ethan Hunt en possession d’une mystérieuse clé capable d’accéder au code source de l’Entité, une intelligence artificielle émancipée, située au cœur d’un sous-marin russe englouti. Malgré une séquence sous-marine tendue et spectaculaire, The Final Reckoning ne parvient pas à se dépêtrer de l’intrigue linéaire, il faut le dire peu palpitante, amorcée par la première partie.

Une mission balisée

Inutile de se rappeler, voire d’avoir vu Dead Reckoning Partie 1, pour se replonger dans l’ultime mission de Tom Cruise. Le contexte, les enjeux et même le programme complet des péripéties à venir sont annoncés d’emblée. Résultat : sans surprise et sans suspense, The Final Reckoning se déroule en ligne droite, sans accrocs, certes, mais sans plaisir ni panache.

Bien sûr, on admire toujours les exploits de Tom Cruise, qui avait réussi, du moins jusqu’à Fallout, à rendre la saga particulièrement trépidante. La longue acclamation du public du Grand Théâtre Lumière témoigne d’ailleurs de la reconnaissance du travail de la star, qui a largement donné de sa personne. Après avoir escaladé la Burk Khalifa à Dubaï, s’être accroché à la portière d’un avion en décollage, sauté d’un avion en très haute altitude et plongé d’une falaise norvégienne à moto, Tom Cruise ne cesse de repousser ses limites. À 62 ans, l’acteur ne nous surprend même plus en s’agrippant à un Boeing Stearman en plein vol, sans aucune assistance respiratoire et à 3 kilomètres d’altitude. Pour les prises de vue sous-marines, il a également mis à profit ses six minutes d’apnée atteintes pour le tournage de Rogue Nation.

The Final Reckoning cherche malheureusement à en faire trop. Son ouverture, loin d’être excitante, s’apparente à une bande-annonce de la franchise. En outre, le film tire beaucoup sur la corde de la nostalgie. Références aux anciens épisodes, retour d’un personnage secondaire, tout est construit pour que les pièces du puzzle artificiel composé par les six premiers opus semblent soudain s’emboîter à la perfection. Cette intention ne laisse nulle place aux retournements de situation qui constituaient l’essence de Protocole Fantôme et de Rogue Nation.

L’Entité, l’antagoniste du récit, reste un ennemi invisible dont l’intelligence n’a paradoxalement pour égale que sa passivité. Pourtant omniprésente et armée, elle n’apparaît jamais comme une véritable menace, comme si sa stratégie laissait à l’équipe d’Ethan Hunt le temps et l’opportunité de la vaincre. Les personnages réels non plus ne sortent pas épargnés par cette machine très huilée. Grace fait plutôt pâle figure. Quant à Paris, l’ancienne acolyte de Gabriel, ses dialogues sont réduits à quelques phrases anecdotiques donnant au film une touche française. The Final Reckoning nous place donc dans l’attente, trop longue, de ses deux séquences d’action, jusqu’à une issue qui comporte un vilain air de déjà-vu. De plus, si l’équipe de choc a souvent bénéficié de chance et d’un timing plus que hasardeux, ici, nous ne croyons plus aux miraculeux calculs des millièmes de secondes.

Au moins, Tom Cruise nous aura fait voyager. Après, entre autres, Dubaï, l’Inde, Londres, Vienne, Rome et Paris, il nous embarque au Svalbard, un archipel norvégien situé au Nord du Groenland, dans l’océan Arctique, puis en Afrique du Sud. Des paysages à couper le souffle qui demeurent l’unique nouveauté d’un huitième film à bout de souffle. Même si ce dernier volet, découpé en deux parties, n’a pas rempli son contrat, Tom Cruise tire sa révérence avec une mission accomplie, celle d’avoir produit des blockbusters hollywoodiens parmi les plus audacieux et sensationnels de ces dernières années.

Ce film est présenté en hors compétition au Festival de Cannes 2025.

Mission: Impossible – The Final Reckoning : bande-annonce

Mission: Impossible – The Final Reckoning : fiche technique

Réalisation : Christopher McQuarrie
Scénario : Erik Jendresen et Christopher McQuarrie (basé sur la série télévisée créée par Bruce Geller)
Casting : Tom Cruise, Hayley Atwell, Ving Rhames, Simon Pegg, Vanessa Kirby, Esai Morales, Pom Klementieff, Mariela Garriga, Henry Czerny, Holt McCallany, Janet McTeer, Nick Offerman, Hannah Waddingham, Angela Bassett, Shea Whigham, Greg Tarzan Davis, Charles Parnell, Frederick Schmidt
Musique : Max Aruj et Alfie Godfrey
Production : Tom Cruise et Christopher McQuarrie
Production déléguée : Chris Brock, David Ellison, Dana Goldberg, Tommy Gormley, Don Granger et Susan E. Novick
Sociétés de production : Skydance Media, TC Productions
Société de distribution : Paramount Pictures
Pays de production : États-Unis
Durée : 2h51
Date de sortie en France : 21 mai 2025

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Ariane Laure
Ariane Laurehttps://www.lemagducine.fr/
Émerveillée par le cinéma depuis le Roi Lion, mon premier film en salle, j’aime les films qui font rêver, qui hantent et ne nous quittent jamais. J’admire particulièrement la richesse des œuvres de Stanley Kubrick, Christopher Nolan et Quentin Tarantino. Je suis également une adepte du cinéma asiatique, de Yasujiro Ozu, Akira Kurosawa à Wong Kar-Wai, Hayao Miyazaki et Park Chan-Wook. Travaillant dans le monde juridique, j'écris des critiques à mes heures perdues.

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