Mission Impossible Rogue Nation, un film de Christopher McQuarrie : Critique

Cela fait presque 20 ans que la saga Mission Impossible essaye de faire son trou au cinéma, et après 5 films elle semble y être parvenue. La première trilogie fut assez inégale qualitativement parlant : après un très bon premier opus, aujourd’hui encore le meilleur de la licence, le numéro 2 était très moyen et le 3 sympathique mais bourré de défauts.

Synopsis : L’équipe IMF (Impossible Mission Force) est dissoute et Ethan Hunt se retrouve désormais isolé, alors que le groupe doit affronter un réseau d’agents spéciaux particulièrement entraînés, le Syndicat. Cette organisation sans scrupules est déterminée à mettre en place un nouvel ordre mondial à travers des attaques terroristes de plus en plus violentes. Ethan regroupe alors son équipe et fait alliance avec Ilsa Faust, agent britannique révoquée, dont les liens avec le Syndicat restent mystérieux. Ils vont s’attaquer à la plus impossible des missions : éliminer le Syndicat.

Mission trépidante

C’est vraiment avec le 4ème épisode, bon mais néanmoins perfectible, et maintenant avec le 5ème que cette saga semble avoir trouvé son rythme de croisière. Son avantage est d’avoir été dirigée par différents cinéastes, chacun ayant eu la possibilité d’apporter sa patte artistique et de modeler la formule de l’ensemble. Après la science impeccable du suspense et de la tension de Brian De Palma, l’excentricité hongkongaise de John Woo, le style chirurgical de J.J. Abrams et l’approche cartoonesque de Brad Bird, que va apporter Christopher McQuarrie à la licence ? Va-t-il être en mesure de la renouveler comme l’avaient fait les trois premiers films, ou va-t-il se lover dans la formule comme l’avait fait Bird pour livrer un film efficace mais bien trop calibré ?

Au final McQuarrie va suivre une autre voie, celle du melting pot de tous les autres opus pour faire une déconstruction habile et méthodique de la saga, pour en comprendre l’essence et interroger le statut d’icône de son héros en assumant ici pleinement son côté prophétique. On retrouve ici tout ce qui a fait le succès des Mission Impossible, que ce soit l’élégance et la maîtrise du suspense du premier film au service d’admirables setpieces (moments où l’action, la tension et la dramaturgie atteint son paroxysme), l’excentricité et le méchant très over the top comme pour le deux, les ressorts scénaristiques du trois ainsi que l’esthétique très proche de celle du quatre. Néanmoins ce côté pot pourri a beau apporter des bonnes choses dans ses réflexions, il entretient malgré tout un air de déjà-vu car l’ensemble se montre alors très prévisible. Le film tombe même à cause de ça dans les travers de la saga avec la sous exploitation de l’équipe de Hunt car à part Benji, les autres sont inutiles à l’intrigue et ne sont là que pour faire office de faire-valoir. L’intrigue politique autour de L’IMF se montre donc assez mal amenée et peu intéressante en plus de rejouer un ressort éculée depuis le 3ème film. Malgré tout elle sert l’aspect réflexion mais c’est trop peu pour la justifier. De plus il utilise parfois bien trop de clichés dans l’exposition des personnages et utilise aussi énormément de facilités scénaristiques notamment dans sa surexploitation des rebondissements. Trop c’est trop et ça handicape souvent l’ensemble qui tombe dans des situations parfois ridicules devenant un tantinet agaçant, comme le méchant qui a tout prévu mais Hunt a prévu qu’il avait tout prévu. Il réutilise aussi le jeu des masques mais cela tend à devenir une faiblesse au final, car c’est un ressort que l’on nous sert dans chaque film devenant une formule de plus en plus calibré donc de moins en moins intéressante. Sinon le méchant est aussi anecdotique, cela a toujours été la faiblesse de la licence, mais on peut quand même constater un léger mieux car malgré son aspect très caricatural, il est un peu mieux écrit que ses prédécesseurs, faisant de lui un des meilleurs antagonistes des Mission Impossible. Après d’autres points de la saga sont aussi améliorés comme le personnage féminin qui a enfin de la consistance et qui n’est pas juste là pour être un love interest. McQuarrie compose avec brio un personnage trouble qui vole à plusieurs reprises la vedette à son héros et nous donne envie de la retrouver dans un prochain opus ; c’est la première fois que l’on a ce ressenti pour un personnage féminin dans cette licence. Donc on est face à un scénario efficace qui parfois en fait un peu trop mais qui a le mérite d’être cohérent, solide et de ne pas faire insulte à l’intelligence du spectateur tout en proposant des notes d’humour souvent bienvenues. En plus de renouer avec des setpieces mémorables et qui ne se basent pas que sur une impressionnante acrobatie de Tom Cruise.

En cela la mise en scène se montre diablement intelligente en expédiant son acrobatie la plus impressionnante avant le générique d’ouverture, permettant par la suite de se concentrer sur l’intrigue et les moments plus posés et mieux introduits. Le tout est accompagné d’une réalisation technique impeccable grâce à un montage habile et bien pensé pour avoir un rythme optimal, une photographie très soignée ainsi qu’un excellent score musical de Joe Kraemer. Cela permet d’enjoliver une mise en scène élégante et efficace qui préfère jouer sur la durée des plans, la gestion du suspense ainsi que les jeux d’ombres et de lumières renvoyant à certains Hitchcock et films muets. En ça on retiendra une séquence à l’Opéra (qui renvoie au Mission Impossible de De Palma) qui s’inscrit dans la durée avec une montée en puissance des enjeux et une gestion brillante des attentes pour au final offrir la meilleure scène du film. Après il ne lésine pas non plus sur les morceaux de bravoures énergiques comme une scène en apnée intense, une course poursuite en voiture et en moto exaltante, magistralement mise en scène avec des plans subjectifs qui retranscrivent bien les sensations de vitesses, ainsi qu’une séquence finale qui privilégie l’épure (revoyant aussi au film de De Palma) avec une poursuite tendue suivie d’un combat aux couteaux qui rappelle le final de Jack Reacher (autre film de Cruise et de McQuarrie). Christopher McQuarrie apporte donc sa patte old school à ce nouveau Mission Impossible sans pour autant renier la modernité même si ses rares plans en effets spéciaux (CGI) sont souvent ratés à l’image d’un accident de voiture vraiment moche.

On retrouve sinon un Tom Cruise en très grande forme, qui fait encore des choses intéressantes avec son personnage, interrogeant son statut de star et d’icône intemporelle, se présentant même comme le dernier représentant d’un cinéma d’action ambitieux, jusqu’au-boutiste et empreint de noblesse. Il est accompagné ici d’un casting solide avec le toujours très drôle Simon Pegg dans une prestation à l’anglaise, la sublime Rebecca Ferguson qui interprète son personnage avec beaucoup de classe, le glaçant Sean Harris ainsi que l’impeccable Alec Baldwin. On sera par contre moins conquis par Jeremy Renner et Ving Rhames, qui ont du mal à justifier leur place dans ce film et qui manquent respectivement soit de charisme soit de talent.

En conclusion Mission Impossible Rogue Nation est un très bon film et probablement le meilleur opus depuis le premier, qui lui reste légèrement supérieur. Néanmoins la licence est clairement arrivée à un point de rupture et il sera difficile de faire mieux à l’avenir sans repenser la formule car ici elle tend à devenir trop prévisible et calibrée (ce qui handicapa le 4). Christopher McQuarrie arrive quand même à apposer sa patte et son écriture solide avec brio, dynamisant la formule et permettant de lui accorder une relecture bien pensée et intelligente. On est presque à un opus d’anniversaire qui vient rendre un flamboyant hommage à la saga mais aussi à sa star faisant de ce film une œuvre presque méta dans ses réflexions sur le mythe et l’iconisation. On est donc en face d’un divertissement de grande classe qui est à la fois énergique et élégant et qui préfère l’efficacité des cascades à la platitude des CGI, sans pour autant sacrifier un scénario qui se montre solide et agréable à suivre. Il ne fait aucun doute que l’on se retrouve devant le film de l’été et on y prend un plaisir formidable.

Mission  Impossible  Nation : Bande-annonce

Mission  Impossible Rogue Nation : Fiche Technique

États-Unis – 2015
Réalisation: Christopher McQuarrie
Scénario: Christopher McQuarrie, Drew Pearce d’après: la série télévisée Mission : Impossible de: Bruce Geller
Interprétation: Tom Cruise (Ethan Hunt), Jeremy Renner (William Brandt), Simon Pegg (Benji Dunn), Rebecca Ferguson (Ilsa Faust), Ving Rhames (Luther Stickell), Sean Harris (Solomane Lane), Alec Baldwin (Alan Hunley), Simon McBurney (Atlee)
Image: Robert Elswit
Décors: James D. Bissell, John Bush, Abdenabi Izlaguen
Costumes: Joanna Johnston
Montage: Eddie Hamilton
Musique: Joe Kraemer
Producteur(s): Tom Cruise, J.J. Abrams, David Ellison, Bryan Burk, Dana Goldberg, Don Granger
Production: Paramount Pictures, Bad Robot, Tom Cruise Productions
Interprétation: Tom Cruise (Ethan Hunt), Jeremy Renner (William Brandt), Simon Pegg (Benji Dunn), Rebecca Ferguson (Ilsa Faust), Ving Rhames (Luther Stickell), Sean Harris (Solomane Lane), Alec Baldwin (Alan Hunley), Simon McBurney (Atlee)
Distributeur: Paramount Pictures France
Date de sortie: 12 août 2015
Durée: 2h12min
Genre:

Festival

Reims Polar 2026 : Mata, l’ombre du contrôle

Présenté en clôture de la 6e édition de Reims Polar, "Mata" est le film le plus ambitieux de Rachel Lang — et peut-être le plus frustrant. Un thriller d'espionnage à la française, anti-spectaculaire et introspectif, porté par une Eye Haïdara à contre-emploi, qui cherche sa radicalité sans toujours la trouver.

Reims Polar 2026 : Sons of the neon night, un champ de bataille sans stratège

Reims Polar a le chic pour dénicher les objets cinématographiques qui résistent — ceux qui ne rentrent pas tout à fait dans les cases, qui portent en eux quelque chose d'inachevé ou d'excessif, et dont la programmation constitue en soi une invitation à débattre. "Sons of the Neon Night" y trouve naturellement sa place. Présenté en séance de minuit à Cannes en 2025, ce polar hongkongais de Juno Mak a fait parler de lui autant pour son ambition visuelle démesurée que pour ses failles narratives béantes.

Reims Polar 2026 : Morte Cucina, la vengeance est un plat qui se dévore sans modération

En compétition Sang Neuf au festival Reims Polar, "Morte Cucina" du thaïlandais Pen-ek Ratanaruang suit Sao, cuisinière d'exception marquée par un viol commis dans son adolescence, qui retrouve par hasard son agresseur des années plus tard à Bangkok. Entre thriller culinaire et drame de la résilience, le film use de la nourriture comme arme et comme langage, avec plus d'intentions que de tranchant.

Reims Polar 2026 : Mi Amor, noyé dans le bruit

Ce jeudi 2 avril au soir, l’impériale Cécile Maistre-Chabrol a remis le Prix Claude Chabrol à Thomas Ngijol pour "Indomptables", polar camerounais dans lequel le réalisateur-acteur réussit une mue radicale et convaincante — quitter la comédie pour plonger dans un thriller âpre, ancré dans la réalité de Yaoundé, entre enquête policière et portrait d'une paternité qui déraille. Une belle soirée pour le genre, achevée par Guillaume Nicloux et son nouveau film, "Mi Amor". Le contraste est cruel, d'autant plus piquant que Nicloux n'est pas un inconnu des festivals de polar. Il s’était déjà fait connaître au Festival du Film Policier de Cognac, ancêtre direct de Reims Polar, avec Une affaire privée. Et ce film-là racontait déjà... une disparition de jeune femme.

Newsletter

À ne pas manquer

Vivaldi et moi : tutti per la musica

Abandonnées par leurs familles dans un orphelinat, des jeunes filles se consacrent à la musique. Nous sommes à Venise en 1716, à l'orphelinat « La Pietà » qui doit son nom à la Vierge Marie. Constituant un orchestre de chambre, chaque dimanche ces musiciennes se produisent anonymement dans une église locale où le public vient les écouter. Si elles ne connaissent pas leurs origines, leur avenir est tout tracé…

Voyage à deux : le désenchantement conjugal

Troisième collaboration entre Stanley Donen et Audrey Hepburn après "Drôle de frimousse" et "Charade", "Voyage à deux" suit un couple à différents moments de sa vie à travers un récit fragmenté. Le film fait de la mémoire amoureuse son véritable moteur narratif, entre instants de grâce et fissures plus discrètes.

« Michael » piétine son icône en moonwalk

Ça y est, il est enfin là. On le craignait, un peu. Il faut dire que les signaux d'alerte se multipliaient. Famille de Michael Jackson trop impliquée, durée courte pour tout ce que le film devrait raconter, monteur de "Bohemian Rhapsody" aux commandes, tout partait mal. Seul miracle au milieu de cette production, Jaafar Jackson, qui semblait taillé pour le rôle. À la sortie, on n'est ni satisfait, ni profondément énervé, tant Michael réussit et échoue lamentablement exactement là où on l'attendait.

Le Réveil de la Momie : ni morte ni réveillée

Lee Cronin tente de ramener la Momie à ses origines : un drame familial hanté par le deuil et la culpabilité. La promesse est tenue pendant près d'une heure, avant que "Le Réveil de la Momie" se perde dans ses propres ambitions contradictoires, incapable de choisir entre le drame viscéral qu'il voulait être et la mécanique Blumhouse qu'il ne pouvait s'empêcher de reproduire. Un rendez-vous manqué, pourtant généreux en ambitions, mais trop avare en courage.

Graham Swon — La parole comme territoire

Trois films, une carte blanche, et une même ligne de force : chez Graham Swon, la parole ne se contente pas d’accompagner l’image, elle la traverse, la déplace, parfois même la remplace. De la dérive poétique d’An Evening Song (for three voices) à l’expérience quasi hypnotique de The World Is Full of Secrets, en passant par l’étrangeté expressionniste de Careful, se dessine un cinéma où dire, c’est déjà faire advenir.
Frédéric Perrinot
Frédéric Perrinothttps://www.lemagducine.fr/
Passionné de cinéma depuis mon plus jeune âge, j'articule depuis ma vie autour du 7ème art, un monde qui alimente les passions et pousse à la réflexion. J'aspire à faire une carrière dans le cinéma, ayant un certain attrait pour l'écriture et la réalisation. J'aime m'intéresser et toucher à toute sorte d'arts ayant fait du théâtre et de la musique. Je n'ai pas de genres de films favoris, du moment que les films qui les représentent sont bons. Même si je tire évidemment mes influences de cinéastes particuliers à l'image de David Lynch, mon cinéaste fétiche, Michael Mann ou encore Darren Aronofsky. Ces cinéastes ayant en commun des univers visuels forts et un sens du romantisme qui me parlent particulièrement.

Vivaldi et moi : tutti per la musica

Abandonnées par leurs familles dans un orphelinat, des jeunes filles se consacrent à la musique. Nous sommes à Venise en 1716, à l'orphelinat « La Pietà » qui doit son nom à la Vierge Marie. Constituant un orchestre de chambre, chaque dimanche ces musiciennes se produisent anonymement dans une église locale où le public vient les écouter. Si elles ne connaissent pas leurs origines, leur avenir est tout tracé…

« Michael » piétine son icône en moonwalk

Ça y est, il est enfin là. On le craignait, un peu. Il faut dire que les signaux d'alerte se multipliaient. Famille de Michael Jackson trop impliquée, durée courte pour tout ce que le film devrait raconter, monteur de "Bohemian Rhapsody" aux commandes, tout partait mal. Seul miracle au milieu de cette production, Jaafar Jackson, qui semblait taillé pour le rôle. À la sortie, on n'est ni satisfait, ni profondément énervé, tant Michael réussit et échoue lamentablement exactement là où on l'attendait.

Le Réveil de la Momie : ni morte ni réveillée

Lee Cronin tente de ramener la Momie à ses origines : un drame familial hanté par le deuil et la culpabilité. La promesse est tenue pendant près d'une heure, avant que "Le Réveil de la Momie" se perde dans ses propres ambitions contradictoires, incapable de choisir entre le drame viscéral qu'il voulait être et la mécanique Blumhouse qu'il ne pouvait s'empêcher de reproduire. Un rendez-vous manqué, pourtant généreux en ambitions, mais trop avare en courage.