Reims Polar 2025 : Undercover, ETA de guerre

Prix Police du Festival Reims Polar 2025, Undercover offre une infiltration haletante et très documentée au cœur de l’ETA, la célèbre organisation terroriste basque, pendant les années 1990. Inspiré de l’histoire vraie de l’agent Elena Tejada, qui a participé à l’une des plus grandes opérations menées contre cet organisme, le film d’Arantxa Echevarría a reçu en début d’année les Goyas du meilleur film, de la meilleure réalisation, du meilleur scénario original et de la meilleure actrice. Une œuvre sous haute tension, centrée sur les risques de la profession, qui a naturellement convaincu le jury d’agents et de commissaires.

La réalisatrice espagnole a déjà brossé le portrait de jeunes femmes confrontées à la dureté de leurs milieux. Dans Carmen et Lola, sélectionné à la Quinzaine des réalisateurs en 2017, et Goya du meilleur réalisateur pour un premier film, Arantxa Echevarría s’intéressait au quotidien de deux jeunes femmes d’origine gitane qui vivent dans la banlieue de Madrid. Avec Chinas, elle évoquait l’évolution de deux petites filles chinoises inscrites dans une école espagnole. Undercover, son quatrième long-métrage, compose un thriller bien plus psychologique. En questionnant jusqu’où l’on peut aller au nom de la justice, le film nous plonge dans les tourments d’un métier périlleux et terrifiant en tout instant.

Une vie d’infiltrée

Les films traitant de l’infiltration au sein d’organisations terroristes nous interpellent par leur réalisme. Parfois glaçants, ils nous ont déjà immergés, avec Made in France, dans un groupe extrémiste préparant des attentats sur notre territoire, ou encore, dans La Guerre de l’ombre et Shadow Dancer, au centre de l’IRA, l’Armée républicaine irlandaise. En revanche, très peu de long-métrages se sont intéressés à l’ETA, un sujet encore sensible en Espagne, à l’heure où l’indépendantisme reste prégnant en Catalogne.

Quatre ans plus tôt, Les Repentis d’Iciar Bollain, également inspirés de faits réels, ont mis en scène la rencontre éprouvante entre un ancien terroriste de l’ETA et Maixabel Lasa, la veuve de l’une de ses victimes. Dans la continuité de ce drame qui aborde tant la violence que la rédemption, Undercover retrace une dangereuse mission d’infiltration qui témoigne de l’engagement, aux limites morales contestables, d’officiers de police farouchement déterminés.

Monica, une jeune agent des services de renseignement, est choisie pour se fondre au sein de l’ETA. Ce rôle permanent l’amène à couper tout lien avec son ancienne vie, sa famille et ses collègues. Isolée, condamnée à vivre avec de terrifiants activistes, elle ne peut échanger qu’avec son supérieur, le seul à connaître ses actions dans le groupe terroriste. Surnommé « L’inhumain », ce chef incarné par Luis Tosar, également interprète dans Les Repentis, se montre prêt à tous les sacrifices pour démanteler l’organisation. Confrontée à la concurrence de la Garde civile, la police aspire en effet à obtenir des résultats forts dans ce combat national contre l’ETA.

Grâce à son environnement très réaliste, Undercover retranscrit parfaitement l’atmosphère des années 1990. Équipements, véhicules, barrages routiers et contrôles systématiques témoignent d’une époque loin de la libre circulation actuelle. Bien que filmées en plans serrés, les villes de San Sebastián et de Saint-Jean-de-Luz, tout à fait reconnaissables, composent un cadre à la fois idyllique et oppressant.

Entre l’Espagne et la France, Arantxa Echevarría nous infiltre dans l’existence angoissante de Monica. Au contact de militants basques, dont l’implaccable Sergio Polo Escobés, interprété par un bluffant Diego Anido, déjà effrayant dans As bestas, la jeune femme prend des risques inconsidérés pour mener son objectif à son terme. Undercover met ainsi en exergue le poids psychologique d’une vie sous couverture, de la terreur perpétuelle d’être découverte à la perte progressive d’identité, avec le piège de ne plus réussir à décrocher d’un rôle devenu vital et obsessionnel.

Par ce fardeau psychique, Undercover installe une tension croissante qui nous tient constamment haleine. Avec un rythme endiablé, la réalisatrice espagnole compose un thriller palpitant et renseigne sur une opération de police aussi dangereuse qu’audacieuse. Il reste assez rare qu’un film d’infiltration nous captive autant. Le Mélange des genres, présenté en clôture du Festival, a traité le sujet de façon bien plus légère.

Ce film est présenté en compétition au festival Reims Polar 2025.

Undercover – Fiche technique

Titre original : La Infiltrada
Réalisation : Arantxa Echevarría
Scénario : Arantxa Echevarría & Amèlia Mora
Interprètes : Carolina Yuste, Luis Tosar, Iñigo Gastesi, Diego Anido, Nausicaa Bonnín, Pepe Ocio
Photographie : Javier Salmones
Montage : Victoria Lammers
Musique : Fernando Velázquez
Producteurs : María Luisa Gutiérrez, Mercedes Gamero, Pablo Nogueroles & Álvaro Ariza
Sociétés de production : Bowfinger International Pictures, Beta Fiction Spain, Esto también pasará, Infiltrada LP AIE
Pays de production : Espagne
Distribution France : Wild Bunch Distribution
Durée : 1h58
Genre : Drame, Policier

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Ariane Laure
Ariane Laurehttps://www.lemagducine.fr/
Émerveillée par le cinéma depuis le Roi Lion, mon premier film en salle, j’aime les films qui font rêver, qui hantent et ne nous quittent jamais. J’admire particulièrement la richesse des œuvres de Stanley Kubrick, Christopher Nolan et Quentin Tarantino. Je suis également une adepte du cinéma asiatique, de Yasujiro Ozu, Akira Kurosawa à Wong Kar-Wai, Hayao Miyazaki et Park Chan-Wook. Travaillant dans le monde juridique, j'écris des critiques à mes heures perdues.

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