War Pony : odyssée de l’enfance amérindienne

Après 1-800-hot-nite, la compétition du Festival de Deauville offre un deuxième film sur l’enfance et le passage à l’âge adulte. Loin des rues de Los Angeles, War Pony nous plonge dans la réserve indienne de Pine Ridge, dans le Dakota du Sud. Premier long-métrage des co-réalisatrices Gina Gammel et Riley Keough, War Pony relate les aventures tumultueuses de deux jeunes hommes qui peinent à tracer leurs voies. Si le thème est déjà un peu rabâché, le film parvient à trouver quelques idées intéressantes.

Des sentiers battus…

War Pony présente avec réalisme le quotidien au sein de la réserve indienne de Pine Ridge. Le film expose alors une communauté de trocs, de marchandages, au sein de laquelle tout peut s’échanger et se négocier. Les résidents amérindiens, sans emploi stable, subsistent tant bien que mal par de menus travaux et la vente de drogues. Alors que les hommes tentent désespérément de faire vivre leur famille, les femmes s’occupent des jeunes enfants. Quant aux adolescents, pas toujours scolarisés, ils traînent en bande dans les rues, fument et n’ont pour seule perspective que la même existence pénible de leurs parents. 

Dans ce milieu difficile, War Pony s’attache aux parcours de deux jeunes hommes de la tribu Oglala Lakoya. Matho, douze ans, recherche la reconnaissance de son père. Dans l’espoir de gagner de l’argent, il prend des initiatives irréfléchies qui ne feront que compromettre progressivement son avenir. Bill, de onze ans son aîné, montre une détermination sans faille pour dépasser sa propre condition. Il enchaîne plusieurs petits boulots, se lance dans l’élevage de caniches, et devient même l’homme à tout faire d’un blanc afin de grimper les échelons d’une société prédestinée à lui fermer ses portes. Bill croit donc encore au rêve américain, à la possibilité de réussir en dépit de ses origines grâce à son courage et ses efforts. Mais il se montre naïf, immature et n’assume pas encore ses responsabilités.

War Pony, tiré de faits réels, s’attache ainsi, par ces deux personnages, à mettre en lumière une jeunesse désœuvrée, oubliée, sans avenir et condamnée. Une jeunesse qui ne peut que songer, comme Bill, à un succès illusoire, ou comme Matho, à un refuge irréel construit sur un livre de magie. Le film peut donc rappeler Les chansons que mes frères m’ont apprises de Chloé Zhao, ou encore Wind River sur le volet de l’exploitation sexuelle des Amérindiennes. Matho et Bill, malgré leur dizaine d’années d’écart, restent confrontés aux mêmes obstacles pour se forger leurs identités d’adulte. 

A la nature retrouvée

War Poney s’intéresse également à la culture amérindienne et aux rares manifestations qu’il en reste dans la réserve de Pine Ridge : les costumes traditionnels, les danses, les cérémonies. Cette culture, moquée par les Blancs, semble sur le point de s’évanouir dans le vent. Ainsi, lorsque Bill demande à son patron comment il doit capturer des animaux, on lui répond qu’il peut toujours essayer une danse indienne. Pour Halloween, un homme blanc va jusqu’à se maquiller et se déguiser en indien, révélant par là même que l’inverse demeure impossible. Le rêve de Bill d’obtenir la même réussite que les Blancs n’est qu’un désir irréalisable. Il doit alors accepter sa propre nature.

En outre, à travers l’image du bison qui apparaît à Matho, War Poney rappelle le lien si particulier que les Amérindiens entretiennent avec la nature et la terre. Lors de son premier passage au début du film, il est chassé par les enfants. Le rejet de cet animal ancestral coïncide dans le récit avec les épreuves et les souffrances traversées par le jeune Matho. Sa vision finale signifie à l’inverse l’harmonie retrouvée entre Matho et son environnement. L’adolescent, qui a brûlé tous les objets liés à sa fuite et ses forfaits, part pour un nouveau départ avec une âme regénérée.

Au-delà de sa symbolique, War Poney adopte lui-même cette approche naturaliste dans sa construction et sa réalisation. Qu’il s’agisse des dialogues, du jeu des acteurs ou de sa mise en scène, tout se déroule de manière très simple, spontanée, ce qui renforce l’authenticité de cette histoire de jeunesse. Si War Poney n’apporte pas d’innovation cinématographique, dans son sujet et son traitement, il reste un premier film intéressant et plutôt prometteur.

War Pony – Extrait

War Pony – Fiche technique

Réalisation : Gina Gammell, Riley Keough
Scénario : Gina Gammel, Franklin Sioux Bob, Bill Reddy
Interprétation : Jojo Bapteise Whiting, Ladainian Crazy Thunder, Jesse Schmockel, Wilma Colhoff…
Producteurs : Wil White, Bert Hamelinck, Ryan Zacarias, Sacha Be Harroche, Riley Keough, Gina Gammell
Maisons de production : Caviar, Felix Culpa
Durée : 114 min.
Genres : Drame
Date de sortie :  prochainement
Etats-Unis – 2022

Note des lecteurs4 Notes

Festival

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Ariane Laure
Ariane Laurehttps://www.lemagducine.fr/
Émerveillée par le cinéma depuis le Roi Lion, mon premier film en salle, j’aime les films qui font rêver, qui hantent et ne nous quittent jamais. J’admire particulièrement la richesse des œuvres de Stanley Kubrick, Christopher Nolan et Quentin Tarantino. Je suis également une adepte du cinéma asiatique, de Yasujiro Ozu, Akira Kurosawa à Wong Kar-Wai, Hayao Miyazaki et Park Chan-Wook. Travaillant dans le monde juridique, j'écris des critiques à mes heures perdues.

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