1-800-hot-nite : grandir au bout de la nuit

Présenté en compétition au Festival de Deauville 2022, 1-800-hot-nite, premier long-métrage de Nick Richey, nous plonge dans les quartiers sombres de Los Angeles. En nous faisant suivre le parcours de trois jeunes adolescents, amis inséparables déambulant dans les rues à la nuit tombée, le film traite avec énergie, justesse et émotion du difficile passage à l’âge adulte. A travers ce parcours initiatique d’un rythme fou, 1-800-hot-nite nous emporte dans une aventure cinématographique riche et touchante.

Aux Etats-Unis, rares sont les films qui abordent la jeunesse avec véracité dans son quotidien. Face à ce constat, le réalisateur Nick Richey, venu présenter son œuvre, a exprimé sa volonté de refléter la réalité du monde adolescent, loin des rôles trop « propres » souvent proposés aux jeunes acteurs américains.

Dès sa scène d’ouverture, 1-800-hot-nite affiche le ton lors d’une conversation au téléphone rose, au cours de laquelle les trois adolescents n’hésitent pas à adopter des propos osés. Leur façon de s’habiller, de s’exprimer, d’agir, reste ainsi toujours authentique, ce qui confère au film un réalisme appréciable au sein duquel rien n’est censuré.

La sortie nocturne de Tommy, Steve et O’Neill prend un tour tragique lorsque le père de Tommy est arrêté par la police. Sans repère, par crainte de finir dans une famille d’accueil, Tommy s’enfuit avec ses deux amis. Dans son parcours effréné pour semer les services sociaux, il affronte des évènements inattendus jusqu’à se retrouver livré à lui-même, guidé par la seule voix sensuelle de la mystérieuse interlocutrice du téléphone rose.

A travers une unité théâtrale, très dramatique, de temps et de lieu, 1-800-hote-nite expose les épreuves du passage à l’âge adulte. Dans son interview, Nick Richey a expliqué qu’il voulait filmer ce moment précis de basculement, « the one night », qui transforme à jamais un enfant acquérant sa maturité. La restriction temporelle et locative du film, qui se déroule en une seule nuit dans les rues sombres de la banlieue de Los Angeles, confère à 1-800-hote-nite une allure folle, sans temps mort ni mot de trop. On se laisse donc volontiers happer par ce récit initiatique qui prend la forme d’une véritable course la montre.

Lors de ce chemin semé d’obstacles et de soutiens surprenants, Tommy perd l’insouciance et l’innocence de son enfance. Même si son cadre familial était déjà difficile, il doit encore faire face à un monde plus abrupt, où rien n’est donné gratuitement et où les meilleurs amis deviennent ennemis. Grâce la femme érotique du téléphone, il apprend également à prendre ses responsabilités et à trouver sa place, car, comme lui précise celle-ci, « dans la vie, on ne peut jouer qu’un seul rôle ».

Dans sa thématique, 1-800-hote-nite rappelle Stand by me, centré sur les aventures de quatre garçons à la recherche d’un cadavre, et Mustang, l’histoire de cinq jeunes orphelines turques aux prises avec une société patriarcale écrasante. Dans tous ces films, c’est une jeunesse libre, indépendante qui se révèle et s’affirme.

Nick Richey s’est d’ailleurs inspiré de sa propre enfance, attribuant ainsi à 1-800-hote-nite un volet éminemment personnel. Il a notamment raconté qu’il lui arrivait d’entretenir secrètement des conversations téléphoniques érotiques. Le réalisateur a également vécu, tout comme Tommy, l’arrestation de son père, et les virées nocturnes à la tombée de la nuit avec ses amis. Ce caractère très intime, qui se ressent beaucoup dans le film, le rend d’autant plus réaliste et émouvant.

Pour son premier film, tourné pendant le Covid en seulement dix-huit nuits, Nick Richey nous offre donc une œuvre prenante, vivifiante, touchante, très prometteuse pour la suite de sa jeune carrière derrière la caméra. Dans les futurs projets du réalisateur, une série portant sur des jeunes dotés de pouvoirs spéciaux donnera encore la part belle aux adolescents. Un thème cher à Nick Richey, qui pour l’instant, laisse admiratif.

L’avis d’Antoine : Ouvrir la compétition d’un festival n’est jamais chose aisée puisque c’est se confronter à un regard certes neuf, mais également exigeant de la part de festivaliers trop impatients de se frotter au cru d’un cinéma parmi les plus prisés de la planète. A ce jeu-là, pas sûr que 1-800-HOT-NITE ait été le plus affûté pour ouvrir la sélection concoctée par Bruno Barde tant derrière son vernis de coming of age movie, la mouture signée Nick Richey s’avère d’une fragilité très (trop ?) appuyée pour convaincre. Si la mise en scène peut se targuer d’emprunter à Scorsese (After Hours) ou aux frères Safdie (Good Time) pour sa volonté d’emballer le tout en une nuit, la seule originalité sera à relever du côté de son trio d’acteurs juvéniles terriblement attachant & son sens du découpage magnétique et enlevé. 

1-800-hot-nite – Bande-annonce

1-800-hot-nite – Fiche technique

Réalisation : Nick Richey
Scénario : Nick Richey
Interprétation : Dallas Young (Tommy), Gerrison Machado (O’Neill), Mylen Bradford (Steve), Ali Richey (interlocutrice du téléphone rose)…
Producteurs : Nick Richey, Ali Richey, Zach Mann, Nathan Presley, Trevor Lee Georgeson
Maisons de production : Les Films Velvet et Baxter Films
Distribution (France) : The Jokers
Durée : 96 min.
Genres : Aventure, Drame
Date de sortie :  prochainement
Etats-Unis – 2022

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Festival

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Ariane Laure
Ariane Laurehttps://www.lemagducine.fr/
Émerveillée par le cinéma depuis le Roi Lion, mon premier film en salle, j’aime les films qui font rêver, qui hantent et ne nous quittent jamais. J’admire particulièrement la richesse des œuvres de Stanley Kubrick, Christopher Nolan et Quentin Tarantino. Je suis également une adepte du cinéma asiatique, de Yasujiro Ozu, Akira Kurosawa à Wong Kar-Wai, Hayao Miyazaki et Park Chan-Wook. Travaillant dans le monde juridique, j'écris des critiques à mes heures perdues.

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