Rétro Stephen King : Stand by Me, un film de Rob Reiner

Adapté d’une nouvelle de Stephen King intitulée Le Corps, ce teen-movie bon enfant nous plonge efficacement au coeur de l’Amérique rurale des fifties mais peine à nous captiver sur la longueur.

Synopsis : Oregon, été 1959. Quatre amis d’enfance décident de partir à l’aventure sur les routes pour trouver le cadavre d’un de leur camarade disparu, écrasé par un train quelques jours plus tôt. Entre souvenirs, anecdotes au coin du feu, confidences et franche rigolade, leur petit périple va mettre leur volonté à l’épreuve et les changer à jamais. 

Oeuvre considérée comme culte par bien des cinéphiles, Stand by Me fait partie de ces films sympathiques et agréables qui fleurent bon la nostalgie et la douceur de vivre. A la croisée des chemins entre Les Goonies, la Guerre des Boutons, Breakfast Club ou le plus récent Moonrise Kingdom, le long métrage nous fait retomber en enfance en louant des valeurs intemporelles comme l’amitié et le sens de l’aventure, tout en vantant l’importance de l’imaginaire et en soulignant la difficulté du passage à l’âge adulte. Road-movie rural, teen-movie, buddy-movie, feel-good-movie: les qualificatifs sont nombreux pour définir ce voyage cinématographique doux-amer qui nous fait passer du rire aux larmes avec un charme désuet. Pourtant, le vide scénaristique, l’interprétation approximative des jeunes acteurs et l’univers champêtre 100% américain peuvent rapidement nous laisser sur le bord de la route.

Mémoires d’enfance

Le film met en scène quatre jeunes teenagers, plus vraiment enfants mais pas réellement adolescents non plus, à une époque charnière de leur vie, comme suspendus entre deux étapes de leur existence. Alors que l’été bat son plein, ils cherchent à tromper l’ennui en partant sillonner la campagne de leur petite bourgade paumée et se mettent en tête de retrouver le corps d’un garçon de douze ans, disparu dans la nature quelques jours avant, renversé par un train. C’est ainsi qu’animés par une forme de curiosité morbide, Gordie, Teddy, Vern et Chris décident de braver l’autorité parentale et les dangers en vaquant sur les routes, seuls. Téméraires et insouciants, ils s’enfoncent dans l’inconnu et traversent des champs, des forêts et des voies ferrées en se racontant des histoires ; se charrient, se baignent dans un étang, dorment à la belle étoile et testent leurs limites. En ce sens, Stand by Me s’apparente à un road-movie pour enfants et s’adresse essentiellement à ceux qui ont gardé leur âme de gosse : on se fait peur, on se chamaille, on s’invente des bobards, on se fait croire qu’on est autonome et responsable, on joue aux adultes, ainsi de suite. A l’échelle des personnages, cette escapade bucolique de deux jours représente l’interdit, la transgression, l’imprévu. C’est la grande aventure. En dépit de sa sincérité et de sa démesure candide consistant à nous faire passer une mini-fugue de 48 heures pour un long périple chaotique et semé d’embûches, le film souffre d’un vide scénaristique incontestable. Il ne se passe rien, et le manque de péripéties s’en ressent d’autant plus qu’il n’est pas compensé par de quelconques émotions ni par une nature magnifiée. On ne s’émeut que rarement ; le reste du temps, on s’ennuie à force de suivre les pérégrinations stériles de quatre gamins qui n’ont rien d’autre à faire pour s’occuper. C’est bien dommage : Rob Reiner ne transcende jamais son propos et nous offre une mise en scène plate qui devient vite lassante. Difficile donc de se laisser porter ou de s’identifier.

Un récit d’apprentissage un peu léger 

En plus d’être un road-movie enfantin, Stand by Me s’impose également comme un récit d’apprentissage incontestable, puisque les quatre amis vont grâce à leur brève fuite mûrir et grandir, pour s’en trouver changés à jamais. D’emblée, on remarque que le cinéaste met vite en place un parallèle entre le parcours des quatre copains et celui, moins sympathique, d’une bande de bad boys d’environ vingt ans, voyous sans scrupules qui se lancent eux-aussi à la poursuite du fameux cadavre. Alors que Gordie et ses complices parcourent les champs à pied en se construisant des souvenirs ; les autres, eux, font le voyage en voiture et saccagent les environs au passage, destructeurs. Finalement, petits et grands arrivent devant le corps du défunt au même moment ou presque, et la confrontation qui s’en suit est révélatrice d’un enjeu dramatique crucial puisqu’elle met les jeunes en face de ce qu’ils pourront potentiellement devenir plus tard. Ce face-à-face, hautement symbolique, les pousse à faire un choix en prenant conscience de la direction qu’ils voudront bien emprunter dans la vie en vieillissant : se tourner vers la violence, ou prendre leur destin en main et s’en sortir ? Ébranlés par leurs aventures et leurs découvertes, Chris, Vern et les autres remettent leurs perspectives en question et perdent progressivement leur insouciance. Certains pleurent et se confient, d’autres dévoilent leurs craintes et leurs faiblesses, et au final, tous se confrontent à la mort, la vraie. Ce qui était jusque là abstrait devient concret, et en l’espace d’un instant, ils laissent leur enfance derrière eux pour devenir des hommes, en quelque sorte. Moins naïfs, plus graves, Gordie et ses amis ont vécu et partagé des moments formateurs qui resteront à jamais gravés en eux et qui forgeront leur identité future. Si l’on appréhende Stand by Me de la sorte, on peut alors y trouver un certain attrait, mais là encore, sa portée est très limitée et le message éducateur s’adresse une fois de plus aux enfants. Amitié, souvenirs, entraide, solidarité, sens de l’écoute, tolérance : tant de notions qui apprennent aux plus jeunes à développer des qualités de franche camaraderie, un esprit d’équipe et à cultiver un goût pour l’imaginaire.

En conclusion, Stand by Me est un joli récit d’apprentissage qui exalte le sens de l’aventure et qui met en scène une bande d’amis tout aussi amusants qu’attachants ; malheureusement, cette épopée bucolique très candide et naïve souffre d’un manque d’approfondissement et ne véhicule que très peu d’émotion, ce qui amoindrit l’impact de l’oeuvre sur les spectateurs, du moins chez les adultes n’ayant pas conservé leur âme d’enfant et n’ayant pas de souvenirs champêtres auxquels se rattacher pour se laisser porter par cette histoire somme toute très américaine, rétro et rurale. 

Stand by Me : Bande Annonce (VO)

https://www.youtube.com/watch?v=oYTfYsODWQo

Stand by Me : Fiche Technique

Titre original : Stand by Me
Réalisateur : Rob Reiner
Scénario : Raynold Gideon et Bruce A. Evans, d’après la nouvelle Le Corps de Stephen King
Interprètes : River Phoenix (Chris Chambers) ; Wil Wheaton (Gordie Lachance) ; Corey Feldman (Teddy Duchamp) ; Jerry O’Connell (Vern Tessio) ; Kiefer Sutherland (Ace Merrill) ; Casey Siemaszko (Billy Tessio)…
Montage : Robert Leighton
Photographie : Thomas Del Ruth
Musique : Jack Nitzsche
Producteurs : Bruce A. Evans, Raynold Gideon, Andrew Scheinman
Sociétés de production :  Columbia Pictures, Act III, The Body
Sociétés de distribution : Columbia Pictures (USA), Columbia Tristar (France)
Budget : 8 millions de dollars
Genre : Comédie dramatique, teen-movie, road-movie
Date de sortie : 25 février 1987
Durée : 89 minutes

Etats-Unis- 1986

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Marushka Odabackian
Marushka Odabackianhttps://www.lemagducine.fr/
Cinéphile depuis ma naissance, j'ai vu mon premier film dans les salles obscures à 2 ans, puis je suis tombée en amour devant "Forrest Gump" à 4 ans, avant d'avoir le coup de foudre pour Leo dans "Titanic" à 8 ans... Depuis, plus rien ne m'arrête. Fan absolue des acteurs, je les place au-dessus de tout, mais j'aime aussi le Septième Art pour tout ce qu'il nous offre de sublime : les paysages, les musiques, les émotions, les histoires, les ambiances, le rythme. Admiratrice invétérée de Dolan, Nolan, Kurzel, Jarmusch et Refn, j'adore découvrir le cinéma de tous les pays, ça me fait voyager. Collectionneuse compulsive, je garde précieusement tous mes tickets de ciné, j'ai presque 650 DVD, je nourris une obsession pour les T-Shirts de geeks, j'engrange les posters à ne plus savoir qu'en faire et j'ai même des citations de films gravées dans la peau. Plus moderne que classique dans mes références, j'ai parfois des avis douteux voire totalement fumeux, mais j'assume complètement. Enfin, je suis une puriste de la VO uniquement.

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