Bullet Train : cluedo ferroviaire déjanté

Pur blockbuster estival, Bullet Train propose un concentré d’action, de violence et d’humour noir sur un fond japonais savoureux. Huis clos ferroviaire où surgit un véritable nid d’assassins, le film lance un jeu de piste meurtrier au sein du train le plus rapide au monde. Malgré ses longueurs verbeuses, Bullet Train offre un divertissement très délirant et plutôt convaincant. 

Bullet Train : Synopsis : Coccinelle est un assassin malchanceux et particulièrement déterminé à accomplir sa nouvelle mission paisiblement après que trop d’entre elles aient déraillé. Mais le destin en a décidé autrement et l’embarque dans le train le plus rapide au monde aux côtés d’adversaires redoutables qui ont tous un point commun, mais dont les intérêts divergent radicalement… Il doit alors tenter par tous les moyens de descendre du train.

Qui a tué le fils de la Mort Blanche ?

Après John Wick (2014), Atomic Blonde (2017) et Deadpool 2 ( 2018), David Leitch est passé maître dans la réalisation de films d’action endiablés, violents et décalés. Il apprécie les scènes d’action brutes, les personnages combatifs livrés à eux-mêmes dans un milieu hostile, et surtout l’humour noir, utilisé pour se distancer du réel et ajouter à ses films une touche comique déroutante. Ses héros solitaires et badass, inébranlables face aux menaces, nous offrent toujours de belles séquences d’affrontements. 

Dans la même lignée, Bullet Train nous embarque dans un voyage ferroviaire effréné où le sang et les balles jaillissent à chaque wagon. La particularité et l’intérêt du film tiennent à sa structuration en jeu d’enquête et de traque dans un espace clos, qui devient rapidement un terrain de chasse et de mort pour les personnages. Contrairement au simple récit de vengeance, Bullet Train ménage son suspense par son côté Cluedo. Il s’agit pour l’assassin Ladybug (Coccinelle en français), comme pour le public, de découvrir qui est chaque protagoniste, quelles sont ses intentions, et quel rôle il occupe dans la trame générale. 

Ladybug, incarné par un Brad Pitt survolté, se retrouve ainsi malgré lui dans un guêpier d’assassins aux motivations obscures. Au fil d’évènements imprévisibles et de circonstances ubuesques, le tueur à gage doit abattre ses ennemis et former des alliances totalement inattendues pour mener à bien sa mission et descendre du train en vie. Bien que le film soit loin de posséder une égale intensité et la même qualité d’écriture, Bullet Train peut ainsi faire penser à Les 8 salopards de Quentin Tarantino. 

Ladybug, assassin à l’esprit et aux méthodes singulières, reste le personnage le plus intéressant du film. Adepte de la diplomatie et de la paix, doté d’une âme zen, Ladybug est loin de posséder les traits des tueurs traditionnels. Rempli de paradoxes, réputé pour sa malchance chronique et ses objectifs avortés, il se retrouve par hasard dans ce train infernal où il pense mener une mission simple en remplacement d’un collègue plus expérimenté. C’est ce qui fera une grande part du comique des situations mises en scène. Ladybug apparaît au début comme un véritable touriste, un débutant au sein d’une troupe d’assassins aussi professionnels que traditionnels. Brad Pitt l’interprète avec une énergie folle et s’impose sans conteste comme la locomotive de Bullet Train. 

Si Bullet Train est adapté du livre de Kotaro Isaka, un auteur japonais renommé de romans policiers, David Leitch confère à son film le même traitement cartoonesque que John Wick et Deadpool 2. En témoignent en particulier le duo d’assassins Lemon/Tangerine, tout droit sorti d’une BD, les scènes de combat, les flashbacks et bien sûr le visuel global du film. Sur ce dernier point, Bullet Train réussit plutôt bien son contrat. La photographie, les décors, les chorégraphies des combats sont assez jouissifs. En y ajoutant les passages comiques, Bullet Train coche donc toutes les cases du blockbuster d’été divertissant. 

Pour autant, Bullet Train a le mérite de ne pas prendre le spectateur pour un imbécile. Si l’intrigue demeure simple, le film propose quelques surprises et rebondissements qui permettent de maintenir un certain suspense jusqu’au bouquet final. Certes, Bullet Train n’est pas dénué de facilités scénaristiques, mais il parvient malgré tout à nous tenir en haleine. 

Des lenteurs tuent l’action

En dépit de ses scènes d’action, Bullet Train souffre parfois d’un manque de rythme, surtout dans sa première partie. La mise en place d’une trentaine de minutes, très verbeuse, reste beaucoup trop longue et pourrait même laisser certains spectateurs sur le carreau. Les dialogues du duo Lemon/Tangerine s’éternisent et n’apportent strictement rien à l’histoire ni aux personnages, déjà assez peu développés. Cette première demi-heure un peu poussive écoulée, le Bullet Train commence à s’élancer et gagne nettement en vitesse dans sa deuxième partie jusqu’à un crescendo final spectaculaire. 

Monter dans le Bullet Train, c’est donc prendre le temps de s’offrir un voyage déjanté très divertissant, tout aussi réjouissant qu’oubliable. A l’heure des blockbusters aoutiens, pourquoi bouder ce petit plaisir cinéphile avec un Brad Pitt survitaminé ?

Bullet Train – Bande-annonce

Bullet Train – Fiche technique :

Réalisation : David Leitch
Casting : Brad Pitt (Ladybug), Joey King (The Prince), Hiroyuki Sanada (The Elder), Michael Shannon (The White Death), Aaron Taylor-Johnson (Tangerine), Brian Tyree Henry (Lemon) etc.
Scénario : Zak Olkewicz, d’après l’œuvre de Kotaro Isaka
Producteurs : David Leitch, Antoine Fuqua, Kelly McCormick
Pays d’origine : Etats-Unis
Genres : action, thriller
Durée : 127 minutes
Date de sortie : 3 août 2022

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Ariane Laure
Ariane Laurehttps://www.lemagducine.fr/
Émerveillée par le cinéma depuis le Roi Lion, mon premier film en salle, j’aime les films qui font rêver, qui hantent et ne nous quittent jamais. J’admire particulièrement la richesse des œuvres de Stanley Kubrick, Christopher Nolan et Quentin Tarantino. Je suis également une adepte du cinéma asiatique, de Yasujiro Ozu, Akira Kurosawa à Wong Kar-Wai, Hayao Miyazaki et Park Chan-Wook. Travaillant dans le monde juridique, j'écris des critiques à mes heures perdues.

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