Fallen Angels : l’anthologie de polars noirs débarque en DVD chez Elephant Films

Retour sur Fallen Angels et son édition DVD à l’occasion de sa récente sortie vidéo chez Elephant Films (Magnum, Miami Vice). Au programme : la découverte d’une série d’anthologie de polars noirs surprenante, servie par un casting cinq étoiles tant devant que derrière l’écran.

Brochettes de stars devant et derrière la caméra pour Fallen Angels, une série d’anthologie méconnue portée & marquée par Propaganda Films

Diffusée entre 1993 et 1995, Fallen Angels n’a hélas pas connu le succès escompté. Deux saisons constituent cet intriguant objet télévisuel, développé en collaboration avec Mirage Enterprises, Showtime Networks par Steve Golin, ici aussi producteur pour Propaganda Films, la fameuse société co-crée par David Fincher, Nigel Dick, Sigurjón Sighvatsson et lui-même. Pour rappel, Propaganda Films est célèbre tant pour les talents qui y ont mûri – Antoine Fuqua, Michael Bay, Spike Jonze, entre autres – que ses travauxautour du clip et sa volonté d’allier narration et stylisation/expérimentation de l’image. Comme le rappelle Benoit Marchisio dans son essai Génération Propaganda (disponible aux éditions Playlist Society) :  plusieurs « séries verront le jour dans les bureaux de Propaganda Films : Hotel Room, encore avec David Lynch(cf. l’équipe a en effet travaillé sur la conception de Twin Peaks), pour HBO (…) ; Fallen Angels (…) « packagé » pour Showtime ; ou encore Salute your shorts, programme culte de la chaîne Nickelodeon. »

fallen-angels-brendan-fraser-copyright-elephant-films-sony-pictures-home-entertainment
Brendan Fraser formidable dans « Professional Man » – Copyright : Elephant Films / Sony Pictures Home Entertainment

Ce n’est pas tout, la série a été produite par Sydney Pollack, cinéaste à qui l’on doit Les Trois Jours du condor, On achève bien les chevaux, ou encore Tootsie. La présence de grands noms américains de l’image se retrouve aussi à la réalisation : ainsi retrouve-t’on aussi au génériques de jeunes talents comme Steven Soderbergh ou encore Emmanuel Lubezki à la photographie de l’épisode réalisé par le jeune Alfonso Cuaron, et d’autres déjà bien installé dans le paysage hollywoodien : Tom Hanks, Tom Cruise – à sa première et unique réalisation. Ce n’est pas tout, devant la caméra s’exercent une quantité de talents reconnus – Gary Oldman, Alan Rickman, Gary Busey, Danny Glover – et à leurs débuts : Brendan Fraser, Benicio Del Toro, John C. Reilly, Danny Trejo entre autres.

En bref, Fallen Angels possède un casting de luxe, autant derrière que devant l’écran. Ce fait n’est pas juste l’illustration d’une unique volonté d’attirer le spectateurs et les profesionnels devant cette vitrine de talents. La série a partagé, on le sait, et comme on l’a découvert, certains épisodes sont plus faibles que d’autres, malgré l’équipe devant et derrière l’objectif. Parce-que tous ces beaux noms au générique sont surtout synonymes d’une promesse : celle de l’expérimentation, marque de Propaganda Films. L’imagerie du film noir se retrouve ici vivace avec une histoire pleine de rebondissements et la réalisation tout en mouvement de Tom Cruise (saison 1 – épisode 4), distordue et hyper-stylisée avec l’esthétique « clip » de Phil Joanou (saison 1 – pilote), et renouvelée avec un découpage néo-classique d’une exigence formidable sous la direction de Steven Soderbergh (saison 1 – épisode 3 & saison 2 – épisode 2). Comme pour toute série d’anthologie, certains épisodes sont plus faibles que d’autres, et comme pour toute œuvre privilégiant l’expérimentation, quelques essais donnent d’étranges rendus. On pense au pilote de Joanou dont l’imagerie du clip noie le spectateur dans un trip nostalgique plus qu’elle ne l’investit dans un récit.

fallen-angels-coffret-dvd-elephant-films-sony-picturesImparfaite donc mais toujours intéressante, Fallen Angels se présente ici dans une édition DVD soignée par Elephant Films. Du côté de l’image, le rendu video est propre même si l’on regrette quelques edge effects ou ghost effects au niveau de titres et de certaines formes. Quant au niveau sonore, les deux pistes sont propres même si la version française privilégie les dialogues aux effets. En termes de compléments, on retrouve des bandes-annonces pour les autres produits de l’éditeur, les crédits, et un unique mais intéressant document-interview d’une quinzaine minutes pendant lequel l’intervenant revient sur la genèse, le contexte et la conception du show. Même si l’édition est peu trop maigre du côté des compléments et qu’on aurait apprécié un coffret Blu-ray pour cette série qui se doit d’être (re)découverte, on vous conseille de vous jeter vers ce bel objet sorti des esprits curieux et petites mains travailleuses d’Elephant Films disponible dans les rayons dédiés au prix éditeur fort raisonnable de vingt-quatre euros et quatre-vingt dix centimes.

Bande-annonce – Fallen Angels – édité par Elephant Films

CARACTÉRISTIQUES TECHNIQUES DVD

Couleur – PAL – 4:3 – 1.33:1 – Region free – langues : English (Dolby Digital 2.0), French (Dolby Digital 2.0) – Sous-titres : Français – Durée : 477 minutes (15×30 min + compléments) – 3 disques – Sortie le 24 juillet 2019

COMPLÉMENTS

Fallen Angels : une série d’un autre temps

Bandes-annonces

Crédits

Prix indicatif public : 24,90 €

Note des lecteurs0 Note
4

Festival

Festival Lumière 2026 : Ray Gunn, le miracle de Brad Bird

Avec "Ray Gunn", Brad Bird ressuscite un projet vieux de trente ans dans un polar animé rétro-futuriste où l’héritage du film noir rencontre une société rongée par le racisme, la corruption et les faux-semblants. Entre virtuosité visuelle, richesse thématique et grand spectacle, le réalisateur des Indestructibles signe un bonbon à l’amertume néo-noir, aussi foisonnant que réjouissant.

Festival Lumière 2026 : Peking Opera Blues, Tsui Hark en maestro

Quarante ans après sa sortie hongkongaise, "Peking Opera Blues" arrive enfin dans les salles françaises le 21 octobre, restauré en 4K. Dans le Pékin chaotique de 1913, trois femmes que tout oppose se retrouvent à l’opéra pour une aventure où le vaudeville bouscule le pouvoir. Un classique survolté, tendre et irrésistible, (re)découvert au Festival Lumière 2026, dont Tsui Hark était l'un des grands invités.

Deauville 2026 : La Gradiva, la jeunesse pétrifiée

Grand Prix de la Semaine de la Critique à Cannes, "La Gradiva" relate le voyage scolaire d'une classe de terminale dans la région de Naples. En transcendant les codes du "teen movie", Marine Atlan brosse le portrait vibrant d’une génération inquiète et sensible. Un drame mélancolique plein de grâce et de poésie.

Deauville 2026 : Teenage Sex and Death at Camp Miasma, la petite mort comme grand art

Une jeune cinéaste queer est engagée pour relancer une franchise horrifique vieillissante et part convaincre l'actrice recluse qui incarnait la survivante du premier film culte. Entre elles naissent fascination, désir et vertige, dans un jeu de miroirs où le genre devient territoire de liberté.

Newsletter

À ne pas manquer

Clayface : le visage de l’autre

"Clayface" est le film du renouveau du DCU : un body horror organique et romantique qui assume son héritage — Cronenberg, Carpenter, Todds jusqu’à "The Substance" — pour faire du visage mutilé le théâtre même de l’identité.

Héros (2007) : Une séquestration sur les nerfs

Et c'est peut-être là que le film trouve sa plus belle idée : faire de la solitude un personnage à part entière, invisible mais omniprésent, qui hante chaque recoin de l'appartement. Pierre Forêt ne cherche pas tant à être aimé qu'à être enfin entendu, et c'est cette nuance qui donne au personnage sa fragilité touchante. On en sort avec l'impression étrange d'avoir ri à des choses qui ne font pas rire, et d'avoir pleuré à des choses qui ne font pas pleurer non plus. Tout le paradoxe de ce Héros, et sans doute sa plus grande force.

L’Île des souvenirs : jamais deux sans toi

Jo et Raissa, amies depuis l'enfance, se retrouvent propulsées sur Nakali, île mythologique nourrie du folklore philippin, la veille de leur séparation. Pour rentrer chez elles, elles risquent de perdre leurs souvenirs communs. Une amitié touchante et une animation ambitieuse, freinées par un rythme trop pressé.

Minotaure : nourrir l’ogre

Exilé en France, Andreï Zviaguintsev est de retour, neuf ans après le mémorable Faute d'amour. Reprise de La Femme infidèle de Chabrol, cette chronique d'un adultère virant au drame fait écho à la Russie de 2022 qui entamait alors son "opération spéciale". Analyse d'un film aussi riche que stimulant.

Les Misérables (2026) : Victor Hugo sous anesthésie

Après Dumas, le cinéma français s’attaque à Victor Hugo. Avec Vincent Lindon et Tahar Rahim, Fred Cavayé livre des "Misérables" léchés, bien interprétés, mais sans souffle ni colère. Une fresque qui ne saisit pas l’âme du roman et ne se l’approprie pas non plus, à l’inverse de Ladj Ly.

Le Cuirassé Potemkine (1925), de Sergueï Eisenstein : de la propagande au firmament du septième art

Le talent d’Eisenstein fut initialement mis au service de la machine propagandiste soviétique. Un siècle plus tard, le temps a débarrassé ce film de toute la dimension polémique attachée au régime criminel. Ne reste aujourd’hui plus que la substantifique moelle du génie de son metteur en scène.

Le Grand Duel (1972), de Giancarlo Santi : pour quelques plans de Leone

Non dépourvu de plans géniaux – notamment son duel final – et illuminé par le magnétisme de Lee Van Cleef, le film est néanmoins écrasé par le modèle leonien, dont tous les codes sont scrupuleusement respectés. Les suppléments sont généreux et sympathiques… mais eux aussi très imparfaits.

A Prairie Home Companion (2006), de Robert Altman : adieu d’un maître, élégie du Midwest

Film testamentaire qui ne cède jamais au sentimentalisme, A Prairie Home Companion est un pot-pourri du cinéma de l’auteur de John McCabe : personnages multiples, nostalgie, valeurs du Midwest, amour de la musique. A travers un récit dédié à l’ultime émission d’un show radio, c’est en réalité au cinéma qu’Altman rend hommage avec cette œuvre profondément humaine.