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« La Salamandre » : Alain Tanner face à une société en pleine mutation

Disponible chez Tamasa à partir du 8 mai en combo DVD/Blu-ray, La Salamandre est un titre-phare du cinéma suisse. L’ancien documentariste Alain Tanner y met en scène un trio de comédiens talentueux, dans un récit lunaire et ironique jetant une lumière crue sur les mutations en cours dans les années 1970.

Désargenté, Pierre est « obligé de faire des piges » pour un journal. Son ami Paul, romancier, ne baigne pas non plus dans l’opulence : il se livre à de modestes boulots manuels, puis rejoint sa « petite maison » au « loyer de 100 francs » sise dans un « coin perdu ». Le premier avance au second une proposition inespérée : un travail bien payé, « 2000 balles en un mois », consistant à écrire pour la télévision « un scénario sur un fait divers ». Une jeune femme aurait tiré sur son oncle à l’aide d’un fusil militaire. En l’absence de témoins, un non-lieu a été prononcé par le tribunal. Si Alain Tanner avait été Alfred Hitchcock, on aurait appelé cela un MacGuffin. Car force est de constater que le néo-cinéaste suisse se moque de son enquête comme une octogénaire de ses premières règles. La Salamandre est avant tout un portrait de femme et d’époque, filmé dans un noir et blanc des plus classiques.

Le romancier fait appel à l’imaginaire, le journaliste aux faits objectivables. Tous deux échoueront cependant à faire jaillir la vérité, mais se lieront d’amitié avec Rosemonde, la femme sur laquelle ils enquêtent. Bulle Ogier, Jean-Luc Bideau et Jacques Denis se montrent tous impeccables dans un film où les séquences s’étirent jusqu’au grotesque. Rosemonde remplit de boudin une douzaine de condoms dans une allusion sexuelle très explicite. Elle balance sa tête furieusement sur une musique entêtante et continue même lorsque cette dernière est coupée. Elle se promène, traîne un spleen urbain, se montre aguicheuse – et pathétique – dans des scènes brisant les conventions narratives. C’est elle le noeud du film : fille-mère issue d’une fratrie de onze enfants, en butte à un père agressif, engrossée précocement, se rêvant hôtesse tout en se trouvant trop vieille, ayant maille à partir avec la police, incapable de se plier aux diktats de la bourgeoisie et de la société capitaliste. Bulle Ogier irradie tout le film de sa moue boudeuse, contrariée, joviale ou lassée.

Le rapport au rythme, la caractérisation des personnages, les gags, les thèmes musicaux : tout contribue à la réussite de La Salamandre, sur lequel semble s’exercer le souffle de la Nouvelle vague française. Produit avec des moyens chiches, arrimé à une énigme féminine en mouvement, ce long métrage inspiré raconte une idylle avec poésie, une enquête avec absurdité, une époque avec amertume. Le spectateur en ressort fasciné : par les longueurs, par les protagonistes, par les ruptures de ton, par l’élégance de la mise en scène. Un beau morceau de cinéma, injustement méconnu.

BONUS ET RESTAURATION

Trois documents sur Alain Tanner, de courte ou moyenne durée, accompagnent le film. On y évoque sa carrière, ses idées, la liberté de ton de son cinéma, mais aussi Cannes, en tant que tremplin et dans son folklore. Un livret de seize pages, habituel dans le chef de Tamasa, revient sur les particularités du film : la gestion du temps, la description de la Suisse des années 1970, la veine gaucho-anarchiste ou encore le personnage féminin vers lequel tout semble converger. Le travail de restauration est aussi discret qu’efficace : image stable, piqué appréciable, granulation maîtrisée, son parfaitement audible.

Extrait : La Salamandre 

Synopsis : Un romancier et un journaliste enquêtent sur un fait divers vieux de deux ans. Ce faisant, ils rencontrent une femme avec laquelle ils vont se lier d’amitié…

Fiche technique : La Salamandre

Salamandre (La)
Un film de Alain Tanner
Avec Bulle Ogier, Jean-Luc Bideau, Jacques Denis
Suisse – 1971 – 120 min – Noir et Blanc – 1,66
Version restaurée 2K

Scénario : Alain Tanner et John Berger
Production : Alain Tanner et Gabriel Auer
Musique : Patrick Moraz
Photographie : Sandro Bernardoni et Renato Berta
Montage : Marc Blavet et Brigitte Sousselier
Pays d’origine : Suisse
Format : Noir et blanc1 – Mono – 35 mm
Genre : Comédie dramatique
Durée : 124 minutes
Date de sortie : 27 octobre 1971 (France)

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3.5

Miracle en Alabama, Premier Contact par Arthur Penn en Blu Ray

Le temps est décidément le meilleur allié de l’art. Particulièrement dans un domaine comme le cinéma, dont la nature industrielle tend à l’emporter sur toute autre considération à court-terme. Ce qui ne s’est pas révélé préjudiciable pour Miracle Alabama, le film d’Arthur Penn ayant connu la consécration publique et critique dès sa sortie. Pourtant, les 57 ans qui séparent sa conception de sa réédition en blu-ray chez Rimini Editions ajoutent à l’importance d’une œuvre dont l’aura était appelée à prospérer.

Adieu au langage

Adaptation par Penn  de sa propre pièce de théâtre qui lui valut un triomphe à Broadway, Miracle en Alabama suit l’histoire d’Helen Keller, adolescente devenue aveugle et muette peu après sa naissance. Ne réussissant plus à composer avec le handicap de leur fille, ses parents font appel à Anne Sullivan, une éducatrice spécialisée elle-même mal voyante, qui va s’ingénier à apprendre le langage à sa nouvelle élève. Quitte à payer de sa personne…

On imagine la gageure consistant à réaliser sur la communication avec un personnage sourd et aveugle. Or, non seulement Arthur Penn ne contourne pas l’obstacle en se réfugiant derrière la sécurité de codes narratifs éculés, mais en plus l’érige t-il en boussole de ses partis-pris. Sur le postulat d’une héroïne privée des sens de la vue et de l’ouïe, Penn puise dans les propriétés de son médium pour réaliser un film sur le toucher, et traduire l’expérience de ses personnages en termes audiovisuels au spectateur.

Concrètement, cela se traduit par un récit résolument doloriste, à mille lieues du mélodrame érigeant des remparts de bons sentiments entre le spectateur et les aspects les plus déplaisants de son sujet. Difficile de ne pas penser à Lorenzo de George Miller, autre (très) grand film sur la souffrance s’interdisant de placer tout filtre entre le public et l’enfant à l’agonie. De fait, Penn filme des personnages qui vont « au contact » l’un de l’autre et se rentrent dedans pour se faire comprendre.

Boxer avec les images

Le dialogue des corps vire au pugilat des volontés dans ce clash de  personnalités obtuses. Un combat qui culmine dans cet incroyable affrontement de 9 minutes suspendant la narration à celle des deux qui soumettra l’autre la première. Recadrages synchronisés, raccord dans l’axe accompagnant le mouvement, chorégraphie de l’espace : Miracle en Alabama n’est pas un drama familial, c’est un film d’action. Une œuvre physique au sens premier du terme, un duel de buffles où les bovins sont déguisés en femmes faisant feu de tout bois pour marquer leur point. Jean-Pierre Améris saura s’en souvenir pour son courageux Marie-Heurtin, long-métrage aux intentions similaires mais aux fondations malheureusement trop bancales pour supporter la radicalité de ses partis-pris.

A l’inverse, Arthur Penn a toujours maîtrisé la dialectique de la confrontation. Son cinéma ainsi s’est longtemps fait l’antenne d’une génération qui s’est définie dans sa lutte avec les institutions. Qu’il s’agisse du passage à tabac de Marlon Brando dans La poursuite impitoyable (qui renvoie directement à la scène décrite ci-dessus) ou la fin de Bonnie and Clyde, l’envie d’en découdre a toujours accompagné l’expression cinématographique du réalisateur. Cette volonté qui n’a sans doute jamais été aussi manifeste que dans Miracle en Alabama. Le réalisateur ne cède rien à la périphérie du point de vue de ses personnages, quitte à aller au clash avec les habitudes du public d’alors.

Nouvelle école

Ainsi, s’il affirme sa maîtrise des codes du cinéma classique (notamment dans cette ouverture traumatisante, qui rappelle en quoi la durée d’un plan peut en changer la nature), c’est pour mieux les malmener par la suite. On se souviendra longtemps des flash-backs sur l’enfance du personnage d’Anne Bancroft (oscar de la meilleure actrice pour sa prestation, de même que Patty Duke qui obtint celui du meilleur second rôle), véritables visions d’horreurs s’animant dans l’expressionnisme flou de l’image.

La violence de l’échange « physique » constitue un préambule nécessaire au langage chez Penn. Miracle en Alabama est un film sur une famille qui se soustrait à ce contact nécessaire en se réfugiant derrière les conventions. Tout l’inverse du réalisateur donc, qui convoque cette femme qui va au contact comme catalyseur du changement. Ce n’est pas un hasard si le climax du film réside dans ce moment où les Keller prennent leur fille dans leurs bras pour la première fois. Comme s’ils sortaient enfin de leur réserve pour exprimer physiquement l’amour qu’ils portaient à leur fille. On le comprend, l’histoire du film est aussi celle de sa conception et du challenge qui l’articule. C’est peut-être la contribution majeure d’Arthur Penn dans le cinéma américain : le sens du contact.

Miracle en Alabama en Blu-Ray

Plutôt chiche en bonus, cette édition mettra néanmoins entre les mains de l’heureux acheteur un livret de 34 signé Christophe Chavdia. Intitulée  « Un miracle à Hollywood« , l’autre supplément du disque donne la  parole à Frédéric Mercier, critique à Transfuge. 36 minutes pendant lesquelles Mercier revient sur la conception du film, son impact dans le Hollywood de l’époque et sa place dans la carrière d’Arthur Penn. Pour le reste, la qualité de la restauration justifie à elle seule l’achat d’un film  indispensable.

Retrouvez le blog de Guillaume Méral ici: https://critiquetamere.com

FICHE TECHNIQUE :

  • Titre original : The Miracle Workermiracle-en-alabama-blu-ray-rimini
  • Titre français : Miracle en Alabama
  • Réalisation : Arthur Penn, assisté d’Ulu Grosbard (non crédité)
  • Scénario : William Gibson d’après sa pièce, inspirée de Sourde, muette, aveugle : histoire de ma vie (The Story of My Life) par Helen Keller
  • Interprétation: Anne Bancroft (Anne Sullivan), Patty Duke (Helen Keller), Victor Jory (capitaine Keller), Inga Swenson (Kate Keller), Andrew Prine (James Keller)
  • Production : Fred Coe
  • Société de production : Playfilm Productions
  • Société de distribution : United Artists
  • Musique : Laurence Rosenthal
  • Photographie : Ernesto Caparrós
  • Montage : Aram Avakian
  • Direction artistique : George Jenkins

 

 

 

L’équipage, d’Anatole Litvak, en DVD et Blu-ray : entre guerre et mélodrame

L’équipage, film d’Anatole Litvak, avec Charles Vanel et Jean-Pierre Aumont, sort en combo DVD/Blu-Ray chez Pathé : un petit événement qui permettra de (re)découvrir un très beau film.

Litvak et Kessel

Anatole Litvak a eu un parcours très mouvementé. Né à Kiev, il commence sa carrière en URSS, puis s’installe en Allemagne au milieu des années 20, avant de fuir le nazisme vers la France d’abord, puis les Etats-Unis. Cinéaste injustement méconnu de nos jours, il a réalisé quelques très grands films dans différents genres : mélodrames, thrillers (l’excellent Raccrochez, c’est une erreur) et même films de guerre. A chaque fois, il sait apporter sa science du cadrage, du rythme et du montage, une direction d’acteurs irréprochable, une grande intensité dramatique et une certaine profondeur psychologique.
Lors de son passage en France au début des années 30, le cinéaste se lie d’amitié avec le romancier, journaliste, voyageur et aventurier Joseph Kessel. De cette amitié sortiront plusieurs films réalisés par Litvak sur un scénario de Kessel : certains en France (Mayerling, en 1936, avec Danielle Darrieux et Charles Boyer), d’autres aux États-Unis (Un acte d’amour, en 1953, avec Kirk Douglas, et surtout La Nuit des généraux, en 1966, avec Peter O’Toole et Omar Sharif).
L’équipage est la première de ces collaborations. Kessel signe ici le scénario et les dialogues d’un film adapté de son propre roman, sorti une dizaine d’années plus tôt. Le roman s’inspire en grande partie de l’expérience de l’auteur lui-même, qui fut pilote pendant la Première Guerre mondiale. De fait, L’équipage mêle deux films en un : un film de guerre, et un mélodrame.

Le départ au front

La scène d’ouverture, absolument magnifique, fourmille d’idées de mise en scène et de montage, montrant d’emblée le talent de Litvak. On y assiste au départ en train de soldats qui vont au front. La douleur du départ, la crainte inspirée par ce conflit et la peur de ne pas voir revenir son mari ou son fils, tout cela est montré par des moyens purement cinématographiques, entre autres par des superpositions d’images, et non par un épanchement massif de pathos. Le ton est donné, le film sera subtil, toujours juste, et marqué à la fois par un grand art de la réalisation et par un souci de réalisme.
Là, sur ce quai de gare, nous faisons connaissance avec un jeune sous-officier, l’aspirant Herbillon, qui dit au revoir à celle qui est visiblement sa chérie. Dès les premières minutes, cette relation nous paraît étrange, la femme ne connaissant pas le nom de son amoureux ; et surtout, elle semble alarmée lorsqu’elle apprend dans quelle escadrille il est affecté, mais elle refuse de l’admettre.

Un des grands films de guerre français

Suivra ensuite une longue séquence qui se déroulera au front. L’équipage est incontestablement un des rares grands films de guerre français. D’abord par ses scènes de combats aériens, absolument stupéfiantes. Dans ce domaine, le film n’est pas sans rappeler son glorieux prédécesseur, Ailes (Wings), réalisé quelques années auparavant par l’excellent William A. Wellman. Le duel aérien final mérite de figurer dans les annales du genre.
Mais la force de L’équipage ne réside pas que dans ses scènes de combat. Il parvient à décrire la guerre de façon réaliste, avec ses moments plus calmes, ses attentes, et surtout une reconstitution minutieuse de la vie quotidienne à la base aérienne. Le film fourmille de personnages secondaires remarquables, chacun ayant sa propre psychologie, son propre caractère. L’humour est présent également, à travers les dialogues, les chansons ou certaines situations. L’éloge de la camaraderie n’est pas sans rappeler celle que l’on peut rencontrer dans le cinéma de John Ford.
Sauf que dans cette escadrille, il y a un personnage qui est rejeté de tous. Le lieutenant Maury (Charles Vanel, excellent, comme d’habitude), aviateur hors pair, mais de caractère sombre, est l’objet de moqueries. Mais Herbillon va, sans problème, sympathiser avec lui.
Le reste du film va découler de cette situation initiale avec une logique implacable. Le côté prévisible de l’action principale (la maîtresse d’Herbillon n’est autre que la femme de Maury) est largement compensé par le talent avec lequel Litvak déjoue les pièges du mélo, en évitant tout pathos (sauf dans une scène conclusive dont, honnêtement, le film aurait pu se passer, mais qui ne parvient pas à ternir la qualité de l’ensemble).
L’alternance réussie entre scènes de guerre et mélodrame ; la volonté de réalisme ; la finesse de l’écriture des dialogues et de la description des personnages ; la capacité à éviter les pièges du film larmoyant… Tout cela contribue avec bonheur à faire de L’équipage un très beau film, émouvant et émaillé de scènes remarquables.

Une très belle édition

Et, disons-le, un film très bien servi par cette édition. La restauration nous fournit une copie visuellement remarquable, et dotée d’une bande-son impeccable. Quant aux suppléments, ils permettent de remettre L’équipage dans son contexte.
D’abord, l’édition Pathé nous propose de voir des actualités d’époque, qui vont traiter aussi bien de l’aviation pendant la Première Guerre Mondiale que de l’entrée de Joseph Kessel à l’Académie Française.
Ensuite, nous avons un très bel entretien croisé de trois spécialistes du cinéma qui replacent le film dans de multiples contextes : au sein de la filmographie de Litvak, dans la carrière de son actrice Annabella et dans le cadre des films sur la Grande Guerre. C’est aussi passionnant qu’instructif.
En bref, cette édition est à recommander, pour découvrir dans les meilleures conditions possibles un film remarquable un peu oublié de nos jours.

L’équipage : bande annonce

Caractéristiques techniques

DVD • 1.37 • N&B • 99 min
LANGUES : Français mono 2.0 – Audiovision
SOUS-TITRES : Anglais – Sourds et malentendants
Infos techniques Blu-ray :
BLU-RAY • 1.37 • N&B • 104 min
LANGUES : Français DTS mono 2.0 – Audiovision
SOUS-TITRES : Anglais – Sourds et malentendants
Suppléments :
L’éloge du mensonge :
Entretiens autour du films (44 min)
Actualités Pathé d’époque :
“Alerte à un camp d’aviation” – 1916 (3 min) / “Joseph Kessel rentre à l’Académie Française” – 1964 (1 min) / “Les aviateurs” – 1915 (5 min) / “Guynemer, héros de l’aviation” – 1917 (1 min)
Prix : 19.99€ TTC
Sorti du combo : 24 avril 2019

 

La Malédiction de la Dame Blanche : mise en bouche mitigée à Conjuring 3

Avant de s’attaquer à Conjuring 3 et de remplacer le très talentueux James Wan, le réalisateur Michael Chaves gratifie la saga d’un nouveau spin-off avec La Malédiction de la Dame Blanche. Un film d’horreur certes efficace mais classique comme ce n’est plus permis.

Synopsis : 1973, Los Angeles. Après que les garçons d’une mère de famille, accusée de maltraitance, sont retrouvés noyés, Anna, une assistante sociale, et ses deux enfants se retrouvent poursuivis par un spectre blanchâtre connu sous le nom de la Dame Blanche. Voulant à tout prix éviter que le démon ne vienne lui enlever ses enfants et ne les tue, Anna devra faire confiance à un ancien prêtre pour que la Dame Blanche disparaisse…

 

Ce fut un sacré coup de poker pour James Wan. En effet, personne n’aurait misé sur un univers cinématographique horrifique, et ce même si nous vivons à une époque où pullulent sur nos écrans les Marvel, DC Entertainment, Star Wars et autres Transformers. Surtout que sur le papier, rien ne laissait envisager que Conjuring premier du nom donnerait naissance à une saga aussi florissante, qui accumule désormais suites (Conjuring 2) et spins-off (Annabelle 1 et 2, La Nonne). Et pourtant, la franchise se poursuit en cette année 2019 avec ce nouveau film dérivé, à savoir La Malédiction de la Dame Blanche. Un long-métrage qui, jusque-là, était considéré comme un nouveau titre d’horreur avant de dévoiler son appartenance à la série. Mais qui, surtout, se devait de révéler au grand public le savoir-faire de Michael Chaves. Réalisateur choisi par James Wan afin de le remplacer sur le très attendu Conjuring 3 et qui a donc l’occasion de montrer ce qu’il vaut avec ce nouvel opus. De rassurer les spectateurs sur le fait que le Conjuring-verse se retrouve entre de bonnes mains. Tel était le but de cette Malédiction de la Dame Blanche. Malheureusement, si l’ensemble se montre honorable, il n’empêchera pas d’effacer cette impression de banalisation dans laquelle la saga s’engouffre déjà depuis quelques titres…

Dès les premières minutes du film, hormis une introduction des plus plates en termes de frissons (même l’apparition du titre façon Insidious se fait de manière grossière), on sentait pourtant que Michael Chaves était l’homme de la situation. Que James Wan avait trouvé en lui son digne héritier pour reprendre les rênes de sa franchise. Tout comme lui, Chaves révèle un goût pour une caméra dynamique. Une caméra qui préfère se mouvoir dans l’espace plutôt que de rester plantée là à filmer mollement une séquence horrifique. Ce qui confère d’emblée au film une énergie plus que bienvenue qui ne s’amenuisera jamais tout au long du visionnage. Ce qui est déjà une bonne chose. De plus, par le biais de certaines répliques et situations, on devinait également cette envie de Chaves de jouer avec les clichés du genre afin de surprendre le spectateur, de ne pas le prendre pour un parfait abruti. Comme par exemple faire patienter le public jusqu’à un jump scare qui ne se fera finalement jamais (le coup de l’héroïne collant son oreille contre une porte). Rien qu’avec ces constats, La Malédiction de la Dame Blanche se présentait sous de bons augures ! Mais il suffira d’avancer dans le long-métrage pour se rendre compte que tout cela n’était que du vent. Que Michael Chaves n’est rien d’autre qu’un faiseur au service d’un scénario archi balisé et ne pensant qu’à remplir son cahier des charges sans jamais aller au-delà.

Le film a beau nous présenter une légende urbaine mexicaine – rien à voir avec la Dame Blanche, que nous connaissons en France, celle arpentant les routes la nuit et terrorisant les automobilistes –  qui aurait justement pu jouer de sa nationalité dans ce cinéma américain, il n’est finalement qu’un titre horrifique de plus. Un long-métrage qui reprend pour la énième fois le postulat de la famille poursuivie par une entité démoniaque tout en enchainant sans se cacher les poncifs du genre. Que ce soit « l’angoisse facile » avec des jumps scares jamais originaux et pour le coup prévisibles, des personnages débiles au possible, des clichés dont l’exploitation en est devenue insultante (l’absence de musique quand quelque chose va se passer, le manque de lumière…) et un final réalisé un grand renfort d’effets spéciaux pour un rendu spectaculaire dispensable pour ce type de production. En clair, tout ce que James Wan avait su éviter ou exploiter comme il fallait avec ses Conjuring ! Michael Chaves, lui, ne se foule nullement. Il ment même aux spectateurs en montrant cette envie de casser les codes et clichés mais ne le faisant finalement jamais ou que bien trop timidement. Laissant une amère appréhension en ce qui concerne Conjuring 3. Car il y a une différence entre jouer avec le public et se jouer du public, et cela, le cinéaste ne semble pas l’avoir compris.

Mais ce qui peut sauver son étiquette de remplaçant de Wan, c’est l’efficacité dont le réalisateur confère à La Malédiction de la Dame Blanche. Malgré une angoisse revue à la baisse et cette banalité parasitant le film, celui-ci possède toutefois deux atouts qui en font un opus regardable de la saga Conjuring. À commencer par son rythme effréné, qui ne laisse aux spectateurs que très peu de moments de répit. Un rythme qui sait doser entre les situations horrifiques et les instants plus posés (histoire des personnages, explications sur la légende du démon…), parvenant à faire du long-métrage une sorte d’attraction divertissante. Peut-être pas un train fantôme de haute volée mais un bon manège sachant amuser. L’autre atout, c’est bien la Dame Blanche elle-même. Alors oui, le démon n’est pas aussi charismatique que la poupée Annabelle, le burtonien The Crooked Man (Conjuring 2) ou encore le terrifiant Valak (La Nonne). Mais il possède une histoire et une iconisation qui lui permettent de porter le métrage sur ses épaules et de mériter sa place dans la franchise. Et cela, Michael Chaves l’a cependant compris au point de ne miser que sur son exploitation et non le travail qu’il devait effectuer autour pour valoriser son savoir-faire.

Conjuring 3, sans James Wan à la barre (bien qu’il en reste le producteur), nous l’appréhendions déjà. Mais de savoir que c’est Michael Chaves qui s’en chargera n’a fait que monter notre doute en ce qui concerne la qualité du troisième opus principal de la saga horrifique. Car si Chaves démontre avec La Malédiction de la Dame Blanche qu’il sait divertir, il terrifie à l’idée que le « bébé » de Wan devienne ce qu’il n’a jamais été, à savoir un film d’horreur lambda. Et si les limites du Conjuring-verse se posaient là, avec ce nouveau spin-off ? Et si la franchise devait prendre fin, car n’ayant plus d’idée digne de ce nom pour établir des histoires originales et concocter des séquences angoissantes jamais vues ? Peut-être qu’Annabelle 3, attendu pour juillet prochain, rehaussera la barre. Affaire à suivre !

La Malédiction de la Dame Blanche – Bande-annonce

La Malédiction de la Dame Blanche – Fiche technique

Titre original : The Curse of La Llorona
Réalisation : Michael Chaves
Scénario : Mikki Daughtry et Tobias Iaconis
Interprétation : Linda Cardellini (Anna Garcia), Roman Christou (Chris Garcia), Jaynee-Lynne Kinchen (Samantha Garcia), Raymond Cruz (Rafael Cruz), Patricia Velásquez (Patricia Alvarez), Marisol Ramirez (la Dame Blanche), Sean Patrick Thomas (détective Cooper), Tony Amendola (père Perez)…
Photographie : Michael Burgess
Décors : Melanie Jones
Costumes : Megan Spatz
Montage : Peter Gvozdas
Musique : Joseph Bishara
Producteurs : James Wan, Gary Dauberman et Emile Gladstone
Productions : New Line Cinema et Atomic Monster
Distribution : Warner Bros.
Budget : 19 M$
Durée : 93 minutes
Genre : Horreur
Date de sortie : 17 avril 2019

États-Unis– 2019

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2.5

Cannes 2019 : Annonce de la sélection officielle, Malick, Dolan, Almodovar…

On l’attendait depuis des semaines… Jeudi 18 avril, le Festival de Cannes, représenté par Thierry Frémaux et Pierre Lescure, a enfin tenu sa conférence de presse pour annoncer les films en lice pour la Palme d’Or en mai prochain ainsi que les noms de ceux figurant dans la section Un Certain Regard et Hors Compétition. Retour sur cette sélection officielle qui, on l’espère, offrira de grands moments de cinéma du 14 au 25 mai 2019.

« Romantique et politique sera cette sélection », c’est comme cela que Thierry Frémaux entame la longue liste des films sélectionnés. Politique parce que l’année 2019 fait écho à l’édition avortée de 1939, mais aussi parce que la soirée de clôture aura lieu la veille des élections européennes. Politique, le Festival de Cannes l’est chaque année dans les films choisis et les sujets traités par ceux-ci.  Du terrorisme dans le film des frères Dardenne à l’exil dans celui d’Elia Suleiman en passant par le cinéma social de Ken Loach, le public cannois aura en effet bien sa dose de politique sur la Croisette.

« Vous verrez des réalisatrices, des premiers films, des américains, des zombies, des manipulations génétiques, des peintres, des chanteurs, des flics, des parasites, des mafiosos violents et des juges intègres, des chômeurs, des migrants. Voilà tous ces personnages là qui peuplent la sélection officielle 2019. »

Comme chaque année, la sélection promet de s’agrandir mais offre pour l’instant 19 films en compétition et 15 dans la section Un Certain Regard. C’est pour l’instant 5 réalisateurs et réalisatrices français qui seront en compétition pour la Palme d’Or de la 72ème édition du Festival de Cannes alors que Bruno Dumont et Christophe Honoré présenteront leurs films à Un Certain Regard. Les séances hors compétition promettent également de belles émotions françaises avec notamment Claude Lelouch qui fera son grand retour avec Les plus belles années d’une vie, suite de Un homme et une femme, et Nicolas Bedos qui montrera sa belle époque dont le casting fera saliver les fans du tapis rouge. Mais les deux évènements de cette sélection hors compétition seront probablement surtout le biopic sur Elton John réalisé par Dexter Fletcher, Rocketman, qui viendra d’ailleurs faire un tour au Palais du Festival le jour de la projection, mais aussi les deux épisodes de la série de Nicolas Winding Refn Too old to die young, qui devraient faire leur effet.

La sélection a aussi son lot de, on l’espère, jolies surprises en mettant en avant des talents souvent inconnus du public même affuté. Monia Chokri (Les Amours Imaginaires) passera du côté de la réalisation pour La Femme de mon frère, mais aussi Michael Covino, la sénégalaise Mati Diop pour la compétition, Ladj Ly avec Les Misérables ou même Jessica Hausner et Little Joe. Le Festival de Cannes participe chaque année à l’éclosion de nouveaux noms, espérons qu’ils en feront partie.

Si cette édition est marquée par le retour de grandes têtes d’affiche comme Terrence Malick avec A Hidden Life, huit ans après sa Palme d’or pour The Tree of life. ou encore Pedro Almodovar, Président du Jury en 2017, avec Douleur et Gloire, et Xavier Dolan, pour son 8ème film (6ème présenté à Cannes) Matthias et Maxime dans lequel il sera également acteur, les comités de sélection ont pris un malin plaisir à retenir des films de gangsters. Que ce soit Bellochio et la mafia sicilienne dans Le Traître ou encore la séance de minuit consacrée The Gangster, the cop, the devil, du coréen Lee Won-Tae, sans oublier Les Siffleurs de Corneliu Porumboiu, les flingues et la drogue auront leur place toute particulière sur les fauteuils du Grand Théâtre Lumière.

Comme chaque année, la sélection ne pourra satisfaire tous les esprits mais pour les déçus, rendez vous les lundis 22 et mardi 23 avril pour l’annonce de la sélection de la Semaine de la Critique et de la Quinzaine des Réalisateurs dans laquelle on espère voir apparaître les noms d’Abdellatif Kechiche, Guillaume Nicloux, Rebecca Zlotowski et Bertrand Bonello. On sait en tout cas que pour l’instant, le film de Quentin Tarantino n’est pas encore prêt et que pour le prochain film de Kore-Eda, il sera sans doute à la Mostra de Venise.

Mise à jour 2 mai 2019 :

Alors que Thierry Frémaux avait annoncé que Once Upon A Time in Hollywood ne serait pas prêt à temps, Tarantino sera bien présent à Cannes en mai, de retour 25 ans après Pulp Fiction.

« On a craint que le film, ne sortant que fin juillet, ne soit pas prêt mais Quentin Tarantino, qui n’a pas quitté sa salle de montage depuis quatre mois, est un vrai enfant de Cannes, fidèle et ponctuel ! »

Le comité de sélection a également annoncé que la suite de Mektoub my love : canto uno rejoignait la compétition aux côtés donc de ces 20 autres films. Kechiche connaitra-t-il le même destin que sa dernière venue sur la Croisette pour La Vie d’Adèle ? Réponse le 25 mai. La sélection Un Certain Regard s’est elle aussi agrandi de 2 films et plusieurs séances spéciales ont été annoncées. Evènement important aussi de ces nouvelles annonces : le retour de Gaspard Noé, déjà présent l’an dernier pour Climax avec une séance de minuit « aussi hype que mystérieuse » annonce le comité.

Compétition officielle (présidé par Alejandro González Iñárritu)
The Dead Don’t Die – Jim Jarmusch
Douleur et Gloire – Pedro Almodovar
Le Traître – Marco Bellocchio
Nan Fang Che Zhan De Ju Hui (Le lac aux oies sauvages) – Diao Yinan
Parasite – Bong Joon Ho
Le jeune Ahmed – Jean-Pierre et Luc Dardenne
Roubaix, une lumière – Arnaud Desplechin
Atlantique – Mati Diop
Matthias et Maxime – Xavier Dolan
Little Joe – Jessica Hausner
Mektoub my love : Intermezzo – Abdellatif Kechiche
Sorry we missed you – Ken Loach
Les Misérables – Ladj Ly
Une vie cachée – Terrence Malick
Bacurau – Kleber Mendonça Filho et Juliano Dornelles
La Gomera – Corneliu Porumboiu
Frankie – Ira Sachs
Portrait de la jeune fille en feu – Céline Sciamma
It must be heaven – Elia Suleiman
Once Upon a Time… in Hollywood – Quentin Tarantino
Sibyl – Justine Triet

Hors Compétition 
Les plus belles années d’une vie – Claude Lelouch
Rocketman – Dexter Fletcher
Too old to die young – Nicolas Winding Refn
Diego Maradona – Asif Kapadia
La belle époque – Nicolas Bedos

Un certain regard (présidé par Nadine Labaki)

Invisible life – Karim Aïnouz
Beanpole – Kantemir Balagov
Les Hirondelles de Kaboul – Zabou Breitman et Eléa Gobé Mévellec
La Femme de mon frère – Monia Chokri
The Climb – Michael Covino
Jeanne – Bruno Dumont
Viendra le feu – Oliver Laxe
Chambre 212 – Christophe Honoré
Port Authority – Danielle Lessovitz
La famosa invasione degli orsi in Sicilia – Lorenzo Mattotti
Papicha – Mounia Meddour
Adam – Maryam Touzani
Zhuo Ren Mi Mi – Midi Z
Odnazhdy v Trubchevske – Larissa Sadilova
Liberté – Albert Serra
Bull – Annie Silverstein
Summer of Changsha – Zu Feng
Evge – Nariman Aliev

Séances spéciales 

Share – Pippa Bianco
Pour Sama – Waad Al Kateab et Edward Watts
Family Romance, LLC. – Werner Herzog
Tommaso – Abel Ferrara
Étre vivant et le savoir – Alain Cavalier
Que ce soit la loi – Juan Solanas
Chicuarotes – Gael García Bernal
La Cordillera de los sueños – Patricio Guzmán
Ice on Fire – Leila Conners
5B – Dan Krauss

Séances de minuit
The Gangster, The Cop, The Devil -Lee Won-Tae
Lux Æterna – Gaspar Noé

Ce que l’on sait : The Dead Don’t Die de Jim Jarmush sera le film d’ouverture du Festival. Edouard Baer sera à nouveau maître de cérémonie. Alain Delon recevra la Palme d’honneur.

Retrouvez notre rétrospective spéciale Cannes 2019 qui revient sur les plus belles Palme d’or.

El Reino : un survival politique asphyxiant

El Reino de Rodrigo Sorogoyen, oeuvre qui roule à pleine vitesse sans jamais regarder dans le rétroviseur, place ses pions avec vertige et écrit les ressorts d’une partie d’échec politicienne qui n’a pas fini de nous clouer au siège.

Pourtant, avec ce premier plan, sur les bords d’une plage, bordé par une bande sonore électronique euphorisante, El Reino débute avec douceur et nous immerge dans un repas entre collègues où les rires vont bon train. Mais les sourires et les regards complices n’arrivent pas à dissimuler longtemps ce qui va se passer : les soupçons de corruptions des membres d’un parti politique espagnol. Alors que les révélations vont s’enchaîner très rapidement médiatiquement, un homme va se trouver au cœur de la tempête : Manuel López-Vidal, celui qui va devoir porter le chapeau pour le parti et bien plus.

C’est alors que l’engrenage commence et le film passe la deuxième pour ne plus s’arrêter dans sa course poursuite palpitante. Avec sa mise en scène sèche, physique et sa caméra à l’épaule qui ne cesse de suivre les pas de son personnage principal, El Reino se veut une introspection ravageuse dans le monde de la politique : un monde politique inconscient des conséquence de ses actes, qui profite des beaux jours et de l’argent du contribuable pour se faire dorer la pilule au soleil pendant que le peuple s’épuise à couvrir ses dettes. Mais au delà de cette vision grinçante, virulente mais qui ne verse jamais dans le complotisme fourre tout, Rodrigo Sorogoyen sait parfaitement coordonner son jeu sans révéler toutes ses cartes dès la première partie. Manuel va devoir se sortir d’une situation qui parait compromise pendant que tout le monde, ou presque, lui tourne le dos, et il va devoir se  battre seul face à une horde de politicards opportunistes et manipulateurs. Politicard qu’il est lui même et c’est de là qu’El Reino tire l’une de ses forces principales : il n’est ni question de héros ou d’anti héros concernant le personnage de Manuel. Il est coupable jusqu’au bout des ongles mais il n’est que l’arbre qui cache la forêt d’un système insoupçonné. El Reino ne s’attaque pas tant aux hommes ni aux femmes mais, avec âpreté, à un système qui converge vers la même direction : celui de ces structures politiques autocentrées sur elles-mêmes et qui ne cherchent qu’à s’enrichir mutuellement. Quand on demande à Manuel pourquoi il fait de la politique sa seule réponse est de répondre que son objectif est de mettre à l’abri sa famille et de réussir. Mais alors que la première partie du film s’entête à déchiffrer avec pertinence les arrangements entre politiciens, et ne rechigne pas  à faire tomber les masques tout en mettant en place les enjeux juridiques et politiques qui s’accumulent sur les épaules de l’orgueilleux Manuel, c’est sa deuxième partie qui va faire culminer le film dans des hauteurs inattendues et voir naître des instants de cinéma musclés. Les informations s’additionnent et la tension monte d’un cran à un autre autour de son personnage qui est aussi perspicace que physiquement charismatique avec le jeu magnétique et animal d’Antonio de la Torre.

El Reino, c’est un peu comme si les rouages techniques et architecturaux d’un Margin Call étaient envenimés par l’esprit macabre d’un Gomorra. L’aspect documentariste où se dessine cette furieuse ambiance de portrait en mode « rise and fall » va vite s’effacer pour donner vie à un thriller aux allures de survival. La dernière demi-heure enchaîne les moments de bravoure et d’asphyxie les plus intenses : une scène de braquage dans une maison luxueuse habitée par des jeunes zombifiés, une course poursuite suffocante dans le noir le plus complet et surtout une dernière séquence qui matérialise toute l’intelligence du film : le dialogue forcené à l’antenne télévisuelle entre une journaliste, elle même outil d’un système aux mains sales face à notre Manuel, un politicien attaché à vie à ses casseroles et qui n’a jamais présenté de quelconques regrets mis à part le fait de ne pas vouloir tomber seul : non pas par justice ni vertu sociale mais par orgueil. El Reino est donc un coup de force, un labyrinthe parfois difficile à suivre mais qui se sert du genre pour tacher de sang le mur d’une politique espagnole viciée et aux abois. 

Synopsis : Manuel López-Vidal est un homme politique influent dans sa région. Alors qu’il doit entrer à la direction nationale de son parti, il se retrouve impliqué dans une affaire de corruption qui menace un de ses amis les plus proches. Pris au piège, il plonge dans un engrenage infernal…

El Reino – Bande annonce

El Reino – Fiche technique

Réalisation : Rogrido Sorogoyen
Scénario :  Rodrigo Sorogoyen, Isabel Pena
Interprétation : Antonio de la Torre, Monica Lopez, Josep Maria Pou
Distributeur:  Le Pacte
Durée : 2h11
Genre : Drame/Politique
Date de sortie : 17 avril 2019

 

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Alain Delon recevra la Palme d’or d’Honneur du 72ème Festival de Cannes

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Acteur de légende et mythe du cinéma, Alain Delon fait partie de la grande histoire du septième art. Pour récompenser son talent, le Festival de Cannes 2019 a décidé de lui dédier sa Palme d’or d’Honneur.

Il succède donc à Jeanne Moreau, Woody Allen, Bernardo Bertolucci, Jane Fonda, Clint Eastwood, Manoel de Oliveira, Jean-Paul Belmondo, Agnès Varda et Jean-Pierre Léaud.

Thierry Frémaux, délégué général du Festival, déclare à ce propos:

« Avec Pierre Lescure, nous sommes heureux qu’Alain Delon ait accepté d’être honoré par le Festival. Il a pourtant longuement hésité, lui qui nous a longtemps refusé cette Palme d’or car il estimait ne devoir venir à Cannes que pour célébrer les metteurs en scène avec lesquels il a travaillé. »

Alain Delon a travaillé pour de nombreux réalisateurs reconnus, notamment Luchino Visconti, qui a d’ailleurs obtenu la Palme d’or de 1963 avec le Guépard, mais aussi Melville, Antonioni, Godard, Deray… Il est très populaire et choisit de s’investir dans de grosses productions ainsi que dans des petits films d’auteurs. Il est extrêmement populaire dans le monde depuis qu’il est apparu dans le long-métrage Plein Soleil de René Clément, qui révèle aussi bien son talent que son charisme. Le phénomène Delon était né.

Le Festival de Cannes souligne dans son Communiqué de Presse qu’il a également été toujours très présent lors de la montée des marches ou bien dans des événements comme Cannes Classics qu’il soutient pour la restauration de films qui lui tiennent à cœur. Ce n’est donc pas un hasard si cette Palme lui est remise.

Pour rappel, le 72ème Festival de Cannes se déroulera du 14 au 25 mai 2019, avec un jury présidé par Alejandro González Inárritu. Le film qui ouvrira la Compétition sera The Dead Don’t Die de Jim Jarmusch.
Quant à l’annonce de la Sélection Officielle, elle se déroulera en direct sur Youtube, Dailymotion, Twitter, Facebook et www.festival-cannes.com le jeudi 18 avril 2019 à partir de 11 heures.

Agnès Varda : et après ?

Agnès Varda nous a quitté le 29 mars 2019. On lui reconnait l’espièglerie, la légèreté, les films aussi riches et inattendus que son arrivée dans le monde du cinéma. Elle a été tour à tour l’œil du monde en marche, féministe, avant-gardiste, amoureuse, grande pédagogue. Elle a transmis, elle a écouté, elle a regardé. Elle n’était pas facile à résumer, à mettre dans une case. Et tant mieux. Mais que reste-t-il de Varda aujourd’hui ? Qui aura cette capacité d’émerveillement, de création, de bricolage et au final redonnera toutes ses lettres de noblesse à l’artisanat que Varda représentait si bien ? On a beau chercher, le cinéma français semble quand même un peu orphelin.

Cannes l’a mise à l’honneur sur son affiche. Que pouvait faire de plus un festival international de cinéma, se déroulant en France, tout près d’une plage, comme Agnès les affectionnait tant ? Sur l’affiche, on voit la réalisatrice juchée sur le dos d’un technicien pour mieux avoir l’œil dans l’objectif. Tout au fond, la mer qui scintille. Il s’agit-là d’un souvenir du tournage de son tout premier film La pointe courte (1955). Pourtant, à Cannes, Varda venue à de nombreuses reprises, n’a reçu qu’une Palme d’Or, une Palme honorifique pour l’ensemble de sa carrière. Cette photographie a quelque chose d’une essence du cinéma de la réalisatrice : un côté incongru d’abord, puisqu’elle a débarqué dans le cinéma de manière plus qu’inattendue, sans y avoir été formée, sans avoir  baigné dedans. Pas de cinéphilie obsessionnelle qui s’inscrit à l’écran, mais l’envie de mettre en images ses idées, la petite folie qui tourne dans sa tête, les mots aussi.

D’art et d’essai

Ce premier film est autoproduit, on n’en fait plus tant que ça aujourd’hui des films ainsi. Il met déjà en avant les obsessions futures d’Agnès Varda : l’art et l’essai littéralement. On ne peut pas mieux résumer cette appellation. Sur la photographie de l’affiche cannoise, on voit aussi la mer donc, ce sera le sujet des Plages d’Agnès, mais aussi de ce premier film, qui se déroule à Sète où Varda la belge de naissance a vécu une partie de son enfance. Sur l’affiche encore, la position de l’actrice, sa taille, son corps tout entier, paraissent si petits et si grands à la fois, qu’une fois le personnage mieux cerné, on y sent toute l’espièglerie que la scène contient. L’inventivité avant tout, quitte à monter sur le dos d’un technicien, quitte à faire déverser du sable dans une rue du XIVe arrondissement de Paris (la rue Daguerre) pour faire venir la plage à elle, même quand elle en est éloignée pour son film Les plages d’Agnès (2008). Le plateau de cinéma ressemble ainsi à la scène d’un théâtre où tout est pris sur le vif, où l’on paraît si artificiel et si naturel à la fois. C’est d’ailleurs au théâtre que Varda a commencé, au TNP (Théâtre National Populaire) fondé par Jean Vilar. Du théâtre, elle a aussi gardé l’idée que tout se déroule sous nos yeux, sans coupure ou presque, que la vie est là, surgit et que les mots ont une importance capitale. Elle a transmis cet amour des mots dans presque tous ses films, à l’aide d’une voix off reconnaissable entre mille. C’est ensuite Cléo de 5 à 7 (1962) qui a retransmis au mieux l’idée de mouvement, de durée. Se déroulant sur deux heures, le film suit en temps réel le trajet, les déambulations de Cléo (alias Corinne Marchand) qui attendant un verdict effrayant sur sa santé, erre dans Paris, se modifie, se transforme, devient celle qui observe, qui bouge, qui agit. 

Une réalisatrice en mouvement …

Car oui, le féminin est un autre élément clé du cinéma de Varda, qu’il se soit invité dans la fiction avec L’une chante et l’autre pas (1977) ou encore Sans toit, ni loi (1985), mais aussi dans ses nombreux courts métrages ou essais cinématographiques devrait-on plutôt les appeler.  En fait, Varda n’a jamais bien défini, malgré un sens du cadre assez marqué, la frontière qu’elle a voulu poreuse, entre fiction et documentaire. Il y a donc eu sans cesse, au sein parfois d’une même oeuvre, des allers-retours entre les deux univers. Ainsi, si on a un temps voulu la caser du côté de la nouvelle vague (notamment avec Cléo de 5 à 7), elle a vite échappé à cette catégorisation. Pour elle, les films ressemblaient bien plus à la vie, la transmettaient bien plus, que la vie elle-même. Cette transmission était d’ailleurs au cœur de son cinéma, de sa vie aussi, avec la petite boutique Ciné-Tamaris, qui si on en croit le site : « a un nom de plante et qui s’occupe de faire vivre les films d’Agnès Varda et de Jacques Demy ». Ciné-Tamaris est d’ailleurs la coopérative créée en 1954 par Agnès Varda pour produire son premier film. Ses films ont été comme des plantes : des objets éclatés, se répandant dans les yeux des spectateurs comme dans le monde du cinéma, avec des récoltes plus ou moins bonnes, mais surtout une perméabilité certaine au monde , teintée d’une grande créativité. Agnès Varda ne se contentait pas de raconter le monde, elle l’écoutait, elle le retransmettait avec une subjectivité dont elle seule avait le secret.

… permanent

On se souviendra longtemps dans son avant-dernier film Visages villages (2017 co-réalisé avec JR), d’Agnès Varda s’indignant devant une pratique qu’elle jugeait cruelle : retirer aux chèvres leurs cornes afin qu’elles ne puissent pas se blesser entre elles en se battant et soient plus productives. Son indignation se transformait en création, via les affiches/photos géantes qui sont la marque de fabrique de JR. La colère de Varda, si tant est qu’elle ait existé au-delà du bonheur brut qu’elle pouvait retransmettre d’une vie libre, se dessinait à l’écran à travers une grande bienveillance. Mais sans qu’Agnès Varda n’ait laissé sa langue dans sa poche pour autant. En effet, Le Bonheur, tel qu’elle l’a théorisé (si l’on peut parler ainsi quand il s’agit d’Agnès Varda) dans son film de 1965, ressemble à une violente après-midi ensoleillée où les personnages sont entiers, brûlants, les couleurs vives, les sentiments aussi. Idem dans Sans toit, ni loi, la liberté de Mona ne va pas sans la solitude, le corps qui peut repousser, car sale, peu stéréotypé. Quand Varda regardait dans Visages, villages, c’était avec minutie, même si elle ne voyait presque plus.

Elle a continué toute sa vie à faire un cinéma que l’on pourrait qualifier de vagabond tant il se promenait sur les chemins, en tendant un miroir, parfois politique, parfois poétique. On pourrait donc reprendre pour parler de Varda, l’insaisissable, les mots de Stendhal à propos du roman et dire que son cinéma est : « un miroir qui se promène sur une grande route. Tantôt il reflète à vos yeux l’azur des cieux, tantôt la fange des bourbiers de la route. Et l’homme [la femme] qui porte le miroir dans sa hotte sera par vous accusé‚ d’être immoral(e) ! ». Tout au contraire, Varda est admirée par beaucoup, elle est comme une passeuse d’images qui a mis tant de « laisser pour compte » à l’honneur. Elle a pu faire parfois scandale, mais se gardait bien, pour sa part, de tout jugement moral sur ses personnages, sur ceux qu’elle filmait.

Et après ?

Faire du cinéma sans presque rien, avec ce qui se présente avec « inspiration, création et partage » comme elle le théorisait (encore une fois le mot ne saurait lui convenir) dans sa dernière œuvre datée de 2019 : Varda par Agnès. Peut-on aujourd’hui imaginer, dans le paysage cinématographique actuel, des héritiers à cette créativité permanente ? On craint que peu de gens aujourd’hui regardent avec un tel émerveillement, un flou aussi artistique, le monde qui les entoure. En France cependant, on fait reposer nos espoirs sur des artistes comme Claire Simon qui oscille sans cesse entre fiction et documentaire (on pense à Gare du nord notamment), ou encore Claire Denis (Un beau soleil intérieur, Beau travail) et ses films radicaux, féminins, engagés parfois aussi, sans tous les poncifs que cela pourrait entraîner. Mais aussi Mia Hansen-Love (Maya, L’avenir), Céline Sciamma  (Tomboy, Bande de filles) et leurs héroïnes en mouvement. On entrevoit qu’à leur manière, elles puissent être dans l’éclectisme le plus total, les dignes héritières de cette petite dame du cinéma, qui a su le faire si grand et si personnel qu’il en est devenu universel et si particulier. Parce qu’il était inventif, subjectif et délicieux, délicat, dérangeant… Autant de qualificatifs qui nous laissent aujourd’hui bien seuls devant l’affiche ensoleillée du prochain festival de Cannes.

Agnès Varda : Filmographie

Longs-métrages
1955 : La Pointe courte
1962 : Cléo de 5 à 7
1965 : Le Bonheur
1966 : Les Créatures
1969 : Lions Love
1977 : L’une chante, l’autre pas
1981 : Documenteur
1985 : Sans toit ni loi
1987 : Jane B. par Agnès V.
1987 : Kung-fu Master
1991 : Jacquot de Nantes
1995 : Les Cent et Une Nuits de Simon Cinéma

Documentaires
1958 : Du côté de la côte
1966 : Elsa la rose
1967 : Loin du Vietnam (documentaire collectif avec Chris Marker, Jean-Luc Godard, Alain Resnais, Joris Ivens, William Klein, Claude Lelouch)
1968 : Black Panthers
1975 : Daguerréotypes
1981 : Mur murs
1984 : Les Dites cariatides
1993 : Les demoiselles ont eu 25 ans
1995 : L’Univers de Jacques Demy
2000 : Les Glaneurs et la Glaneuse
2002 : Deux Ans après
2004 : Ydessa, les ours et etc.
2004 : Cinévardaphoto
2005 : Quelques veuves de Noirmoutier
2005 : La Rue Daguerre en 2005 (supplément DVD aux Daguerréotypes)
2008 : Les Plages d’Agnès
2017 : Visages, Villages (coréalisé avec JR)
2019 : Varda par Agnès

Courts-métrages
1957 : Ô saisons, ô châteaux
1958 : L’Opéra-Mouffe
1958 : La Cocotte d’Azur
1961 : Les Fiancés du pont Mac Donald ou (Méfiez-vous des lunettes noires)
1963 : Salut les Cubains
1967 : Oncle Yanco
1975 : Réponse de femmes
1976 : Plaisir d’amour en Iran
1982 : Ulysse
1984 : 7p., cuis., s. de b., … à saisir
1985 : Histoire d’une vieille dame
1986 : T’as de beaux escaliers, tu sais
2003 : Le Lion volatil
2004 : Der Viennale ’04-Trailer
2015 : Les 3 boutons

Game of Thrones, saison 8 : Le jeu des femmes de fer

La sortie de la saison 8, est l’occasion de revenir sur la progression des personnages toujours vivants avant l’affrontement ultime. En effet, le jeu du trône a eu son lot de victimes et étonnamment les derniers joueurs à s’affronter sont des joueuses. Retour rapide sur les personnages féminins de Game of Thrones et leur évolution en 7 saisons.

Durant 7 saisons, Game of Thrones s’est imposé comme la série culte d’HBO, réunissant toutes sortes de publics. Pourtant loin d’être une comédie familiale, la série de fantasy a fortement été critiquée pour sa démonstration excessive de violence et de sexes Aujourd’hui, même les non-spectateurs de la série connaissent certaines des scènes de meurtre, de viol, de mutilation ou de torture devenues cultes. Au fil des épisodes, ce matraquage de violence s’est majoritairement tourné contre les femmes, poussant même la presse et le public à qualifier la série de misogyne, quand d’autres, au contraire, parviennent à percevoir la série comme féministe en démontrant que même les femmes peuvent retourner la violence plutôt que simplement la subir.

Série misogyne ou féministe ?

Paradoxalement, la série d’HBO présente des personnages féminins forts et diversifiés dans un milieu totalement patriarcal. Ainsi, qu’elles soient très féminines ou plutôt androgynes, bonnes ou méchantes, téméraires ou calculatrices, toutes se battent sans relâche contre un ennemi commun : l’homme. Or cette ultime saison confirme la maxime de la série « Valar Morghulis » (« Tout homme doit mourir ») car l’affrontement final a bien lieu entre deux femmes : Cersei Lannister et Daenerys Targaryen.

Nous allons voir que ce qui a permis à ces deux femmes de pouvoir – ou presque – accéder  au trône est leur parcours très similaire. En effet, toutes deux sont passées par différents rôles semblables assez stéréotypés. Petite explication.

Game of Thrones : Archétypes et stéréotypes , quelle différence ?

Les stéréotypes sont des rôles de personnages préconçus, selon des critères physiques et moraux, qui sont connus du grand public mais pas forcément avérés. L’archétype est un stéréotype qui se confirme dans la vie réelle et qui ne peut être nié. Par exemple, si on peut qualifier de stéréotype « les femmes brunes sont des femmes fatales », on ne peut nier que « les femmes fortes sont perçues comme masculines ».

Ainsi, certains stéréotypes – notamment dans Game of Thrones – ne sont pas forcément une mauvaise représentation. Il faut parfois en passer par des rôles préconçus de personnages pour les faire mieux évoluer. Mieux encore, faire de ces personnages des stéréotypes au début, pour mieux casser les codes au fil de l’intrigue, permet de surprendre le spectateur dans ses idées reçues.

Le problème général est que ce sont souvent les personnages féminins ou racisés qui subissent ces rôles stéréotypés. Les créateurs et scénaristes se cantonnent à des rôles peu développés, les rendant à la fois peu identifiables et éloignés de la réalité. Il devient important de créer de nouveaux types de rôles moins clichés. Des exemples de rôles subversifs, qui pourraient servir d’exemples pour changer les mœurs sexistes ou discriminantes.

Dans Game of Thrones, les femmes ont des rôles qui correspondent à leur milieu social et la société patriarcale dans laquelle elles vivent. Cependant, c’est aussi à cause du milieu dangereux, fait d’intrigues et de complots politiques, que certains personnages féminins vont développer des compétences en dehors de leurs archétypes. On peut facilement cataloguer les différents types de personnages féminins présentés dans la série pour mieux voir en quoi ils peuvent être subversifs.

Toni Wolff et les types de personnages féminins

Dans la littérature, Toni Wolff, psychothérapeute et disciple de C. C. Jung a établi un catalogue de personnages féminins qui représentent parfaitement les stéréotypes présents dans Game of Thrones.

L’Amazone : C’est une guerrière, indépendante, que l’on assimile aux hommes pour sa force et son intelligence. Elle est incarnée à la fois par Brienne et Arya Stark.

Heteara : C’est l’image de courtisane ou la femme fatale qui offre son amour, utilise ses charmes et s’entoure d’autres femmes. Elle est incarnée par Margaery Tyrell.

La Mère : C’est la figure maternelle, souvent surprotectrice, dont les actions sont tournées vers sa famille et ses enfants. Elle est incarnée par Catelyn Stark et Cersei Lannister.

La Medium : Femme mystique ou guide, elle possède des dons magiques qui peuvent à la fois aider ou détruire, elle est plutôt perçue comme une menace. Elle est incarnée par Melisandre, la sorcière rouge.

En analysant les types de personnages féminins de la série, on peut diviser les caractéristiques en deux catégories. Les personnages féminins qui adoptent les caractéristiques dites « féminines », comme l’Heteara et la Mère, et celle qui adoptent les caractéristiques dites « masculines », l’Amazone et la Medium.

Dans cet univers genré, ces personnages féminins aux caractéristiques « féminines » sont perçus comme faibles car émotionnels. Pour combattre leur condition, ces personnages doivent utiliser leurs attraits féminins comme arme de manipulation ou comme moyen d’échange de faveurs.

Alors que les personnages plus « masculins » possèdent des armes ou des pouvoirs surnaturels et doivent parfois renoncer à leur apparence « féminine » pour être considérés à l’égal des hommes. Les femmes représentées sont perçues comme fortes car elles adoptent les caractéristiques dites « masculines » comme le courage, la combativité et usent aussi de violence.

Daenerys et Cersei, femmes fortes et féminines

Cependant, parmi les femmes dans Game of Thrones, certaines s’accaparent aussi le pouvoir face aux hommes sans pour autant renoncer à leur féminité. C’est le cas de Daenerys Targaryen et Cersei Lannister, qui tout au long des sept saisons, adoptent plusieurs archétypes féminins et masculins. Ce qui les distinguera l’une de l’autre sera leur manière, bonne ou mauvaise, d’accéder au pouvoir.

Le personnage de Cersei est plutôt représenté comme mauvais, Cersei étant manipulatrice, jalouse et vengeresse. Alors que le personnage de Daenerys a une quête de pouvoir plus pacifique, faisant preuve de sagesse, d’esprit de justice et de générosité envers son peuple.

Deux reines, un parcours similaire

Daenerys et Cersei proviennent toutes deux de familles royales considérées comme puissantes. Elles apprennent à leur dépens que leur sang noble et leur corps servent de monnaie d’échange. D’abord princesses sous le joug de leurs pairs masculins, elles passent ensuite sous la domination de leur mari en tant qu’épouses et reines.

Princesses innocentes, forcées au mariage et victimes de violences conjugales

Même si on connaît plus Cersei dans son rôle de marâtre, dans l’historique du royaume, elle fut également une princesse belle et innocente, à l’image de Sansa Stark. Fille du puissant et riche Tywin Lannister, elle était destinée à devenir reine en épousant Rhaegar Targaryen. Cependant, après la chute du roi fou, elle est forcée à se marier avec Robert Baratheon, le nouveau roi. Leur mariage n’est qu’une alliance politique et Cersei subit la violence et les viols de son mari. Elle ne connaîtra le véritable amour qu’auprès de son frère jumeau, Jaime, avec qui elle aura quatre enfants illégitimes.

De son coté aussi, Daenerys nous apparaît dès le premier épisode dans son rôle de princesse ingénue. En exil et dépossédée de ses biens, elle est forcée par son frère Viseryon à épouser Khal Drogo, le chef des Dothraki, en échange de son armée. Même si elle finit par tomber amoureuse de lui, leur nuit de noces n’a rien de romantique et la scène de viol de Daenerys est restée mythique.

Elles n’arrivent pas à avoir d’héritier au trône.

En tant que reines, leur rôle devient celui d’assurer une descendance, mais le destin semble leur refuser ce statut de mère légitime. Daenerys fera une fausse couche à cause d’un sortilège et Cersei avouera tuer tous les enfants conçus avec Robert. Ses enfants seront le fruit de son amour incestueux avec son frère Jaime, et donc seront finalement reconnus comme des bâtards.

Elles deviennent veuves par le meurtre de leur mari.

Cersei complotera contre son mari, à l’aide d’un complice et cousin éloigné, pour faire passer la mort de Robert pour un accident de chasse. Daenerys sera aussi la cause indirecte de la mort de son mari, pour avoir fait confiance à la sorcière responsable de l’état léthargique de Khal Drogo. Elle finira par l’étouffer pour abréger ses souffrances.

Femmes de pouvoirs, femmes dangereuses

Après la mort respective de leur mari, elles n’en demeurent pas moins reines. Cersei n’attendait que cette occasion pour placer son fils Joeffrey sur le trône et le manipuler en tant que régente. Alors que Daenerys tombe en politique par défaut. A la tête de la tribu des Dothraki, elle espère toujours récupérer le trône de fer. Elle s’engage alors à la conquête de Westeros, et réunit les peuples des pays libres qu’elle délivre du joug des esclavagistes.

Toutes deux manifestent une soif de pouvoir, résultant principalement de la condescendance de leurs ennemis masculins. En effet, Cersei et Daenerys seront sous-estimées et se révéleront très malignes. Par exemple, Cersei provoquant l’explosion de la chapelle avec son feu grégeois ou encore la célèbre scène où Daenerys récupère son dragon à un esclavagiste (voir dans le top 3 des meilleures scènes de Daenerys).

Mères à tout prix, la madone et la marâtre

Toutes les deux sont surtout reconnues dans leur rôle de mère qui n’a cependant pas la même signification.

Cersei est maintes fois comparée à une lionne quand il s’agit de ses petits, prête à sortir les griffes pour les protéger. Elle dira d’elle-même que sa seule faiblesse est l’amour qu’elle accorde à ses enfants. Cependant, son emprise trop castratrice sur ses fils, se retournera contre elle. Par soif de pouvoir, elle perd un à un chacun de ses enfants. Deux seront cruellement assassinés (Myrcella et Joeffrey), et le dernier (Tommen) se suicidera. L’annonce de sa grossesse, à la fin de la saison 7, sera la dernière chance pour Cersei d’assurer la descendance des Lannister et d’assurer sa place sur le trône…

« Mhysa », « Mère des dragons », Daenerys est connue sous divers titres la qualifiant de mère, sans avoir jamais donné naissance. Si ce n’est la très célèbre scène où Daenerys sort des flammes accompagnée de ses bébés dragons. Drogon, Viserion et Rhaegar deviennent alors comme ses propres enfants, dont l’éducation laissera parfois à désirer… Elle sera également qualifiée de « Mhysa », signifiant « mère », par les peuples d’esclaves qu’elle libérera.

L’amour pour elle est un sacrifice

Au long de 7 saisons, les prétendants n’ont pas manqué pour nos deux reines. Cependant, aucun n’a été assez téméraire pour leur correspondre ou, simplement pour rester en vie…

Daenerys, de par sa beauté mais aussi son titre, a reçu beaucoup de propositions de lords. Sauf que certains étaient surtout intéressés par ses dragons. Après la mort de son premier mari, Khal Drogo, plus aucun homme ne trouve grâce à ses yeux. Même si parmi ses hommes de main, Jorah Mormont éprouve un amour sincère et sans relâche qui restera à sens unique. Puis le beau Dahario Naharis, devient son amant, jusqu’à ce qu’il lui propose le mariage. Sauf que la véritable motivation de notre Kalheesi demeure celle de récupérer le trône. Elle est alors prête à sacrifier le romantisme pour un mariage politique. Peut-être que Jon Snow, son neveu et dernier amant en date, deviendra celui qui parviendra à conquérir son cœur. Chez les Targaryen, les mariages incestueux sont de coutume alors pourquoi pas ?

En ce qui concerne Cersei, son seul et véritable amour restera Jaime, son frère jumeau. Elle ne cachera jamais ses aventures avec des suivantes ou des domestiques, mais elle restera toujours dévouée au père de ses enfants. Après la mort de Robert, le père de Cersei prévoit de la remarier à Sir Loras Tyrell. Mais elle ne se laisse pas dicter si facilement et refusera obstinément. Heureusement pour elle, son père meurt et la voilà de nouveau libre. Elle tourne principalement tout son amour vers ses enfants. Ce sont eux son véritable sacrifice. Alors, quand elle se retrouve sans enfant, avec seulement sa soif de vengeance pour la nourrir, son frère ne la reconnaît plus. A la fin de la saison 7, il décide même de la quitter. Cersei se retrouve de nouveau seule, mais avec son futur bébé à protéger coûte que coûte.

Daenerys VS Cersei : Qui gagnera le jeu du trône ?

En conclusion, nos deux femmes fortes auront suivi un parcours très semblable : de princesse docile à épouse dévouée, de reine puis de veuve, de mère mise à rude épreuve, de conquérante et de guerrière, pour s’affronter dans un objectif commun, la conquête du trône.

Pourtant, tout les oppose à cause de la manière dont elles exercent leur pouvoir. Quand Daenerys fait preuve de justice, Cersei préfère se venger. Dans une vision manichéenne, on qualifierait Daenerys de « bonne reine » et Cersei de « méchante reine ». Cependant, on ne peut réellement prédire qui remportera le combat final, dans un jeu où c’est la stratégie plus que la morale qui détermine le vainqueur.

Top 3 des meilleures scènes de Daenerys

3 – Daenerys brûle vivants les khals (épisode 4, saison 6)

https://www.youtube.com/watch?v=6a14slJy92A

2 – Daenerys rassemble son khalasar (épisode 6, saison 6)

https://www.youtube.com/watch?v=8_dIpnuZC34

1- Daenerys récupère son dragon (épisode 4, saison 3)

https://www.youtube.com/watch?v=Q2a80uZgyZg

Top 3 des meilleures scènes de Cersei

3 – Cersei menace Littlefinger (épisode 1, saison 2)

https://www.youtube.com/watch?v=X4JLwem8oMU

2 – Cersei remet Margaery à sa place (épisode 3, saison 8)

https://www.youtube.com/watch?v=olDsY-j8W1U&t=4s

1 – Cersei brûle le septuaire (épisode 10, saison 6)

https://www.youtube.com/watch?v=M3YBctvRr3Y

 

Philippe Durant : rafales de mots sur cibles pixelisées

Philippe Durant est un collectionneur comme les cinéphiles les affectionnent tant. L’un de ceux qui ne regardent un film qu’après s’être précieusement munis d’un cahier et d’un stylo. Toujours à l’affût d’une tirade fusante, d’un bon mot, d’une citation bien troussée. Des répliques, l’historien du cinéma en a répertoriées quelque 4000 dans une encyclopédie foisonnante parue chez LettMotif.

« Nous touchons au but ! Nous avons passé deux immeubles, il n’en reste plus que dix-neuf ! » – Toy Story 2

Classées par thème, indexées par film, les répliques sélectionnées par Philippe Durant s’offrent au lecteur selon deux modalités pratiques : soit on brode autour d’un mot-clé, soit on se plonge dans les dialogues d’un film préalablement identifié. Ergonomique, l’encyclopédie se montre en outre d’une pluralité fort appréciable : à la vingtaine de citations issues de la saga L’Arme fatale se juxtaposent celles, à peine moins nombreuses, de Scarface, American Beauty, Fight Club, Pulp Fiction ou Sherlock Holmes. Les amoureux de cinéma français iront papillonner du côté de François Truffaut, Bertrand Blier ou Jean-Luc Godard, tandis que les plus baroudeurs se satisferont avec Trainspotting, Cosa Nostra, Old Boy ou Les Sept samouraïs.

« Ce fils de pute est tellement cool que quand il compte les moutons, c’est d’abord eux qui s’endorment. » – Braquages

Les Affranchis, Psychose, Apocalypse Now, Pépé le Moko, Mélodie en sous-sol, Le Dictateur, Blade Runner : de nombreux classiques se voient mis à l’honneur par le truchement du verbe. Il suffit parfois d’une réplique dûment sélectionnée pour s’immerger à nouveau dans une œuvre : « Nous, on fait dans le massacre de nazis et, crois-moi, ces derniers temps l’activité est en plein boom » (Inglorious Basterds) ; « La vie trouve toujours son chemin » (Jurassic Park) ; « On se shooterait à la vitamine C si cela avait été illégal » (Trainspotting) ; « Sous ce masque, il y a plus que de la chair. Sous ce masque, il y a une idée… Et les idées sont à l’épreuve des balles » (V pour vendetta). En appendice, ce recueil nous livre en sus les cent tirades les plus célèbres du cinéma américain, selon l’American Film Institute.

« Je te dévisse la tête et je te chie dans le cou. » – Full Metal Jacket

Cette Encyclopédie des répliques de films porte un double témoignage : sur l’importance trop souvent négligée des dialoguistes, mais aussi sur l’immense impact du cinéma sur la culture populaire. En parcourant les citations compilées par Philippe Durant, le lecteur, souvent amusé, parfois interpellé, prend la pleine mesure de l’influence ineffable d’un peu moins d’un siècle de cinéma parlant. Annie Hall, Star Wars, Le Parrain, E.T. L’extra-terrestre, Taxi Driver : nombreux sont les films ayant percé les cultures et les consciences. Car au cinéma, ce qui ne vient pas de l’image, il faut souvent l’extraire du verbe. C’est précisément cela qui est démontré patiemment, à plus de 4000 reprises dans cet ouvrage. Une somme précieuse, si pas indispensable.

« Enfin, où va-t-on dans ce pays si une raclure de bidet se permet d’escroquer un docteur en journalisme ? » – Las Vegas Parano

Caractéristiques

Auteur : Philippe Durant
Editeur : Lett Motif
Date de parution : 07/12/2018
EAN : 978-2367162577
ISBN : 2367162573
Illustration : Photos couleur
Format : 17 x 24

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Peur sur pellicule : Godzilla ou le traumatisme nucléaire

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Après la colère, place à la peur dans ce mois spécial sur le Mag du ciné. Si on aurait pu aisément s’attarder sur des figures du cinéma d’horreur, certains films d’autres genres ont su créer des personnages mythiques capables à eux seuls de personnifier une peur très précise. C’est ce qu’a fait dans les années 50, Ishiro Honda en donnant naissance au roi des Kaijus, Godzilla. Dans un Japon encore affecté par les bombardements de 1945, Honda cristallise toute cette terreur du nucléaire au travers d’un dinosaure cracheur de flammes.

Si aujourd’hui le gigantesque saurien est devenu une véritable icône du blockbuster américain, en témoigne le tant attendu Godzilla King of Monsters, il est important de rappeler que le monstre puise ses origines dans le cinéma japonais et notamment ce qu’on appelle le Kaiju Eiga. Signifiant littéralement film de monstres, le Kaiju Eiga est un genre typiquement nippon qui a fleuri dans les années 50, avec bien sûr la figure de Godzilla, mais également de Gamera la monstrueuse tortue, Rodan le ptérodactyle acolyte de Godzilla ou encore la grosse mite Mothra. Si au cours des années, le film de Kaiju va devenir un divertissement misant avant tout sur des affrontements entre colosses en latex, comme en témoigne la longue saga Godzilla où notre cher reptile va affronter des adversaires en tout genre allant du mythique dragon à 3 têtes King Ghidorah à Mechagodzilla (une version robotique de Godzilla) en passant par Hedora, créature répugnante née de la pollution, il a été avant tout ça un cinéma inscrit dans une période importante de l’histoire japonaise, celle du traumatisme post-Hiroshima/Nagasaki.

Alors que les bombes atomiques avaient causé entre 155 000 et 250 000 morts en 1945, la peur du nucléaire était encore dans tous les esprits en 1954, année de sortie du premier Godzilla. Avec ce film révolutionnaire, Ishiro Honda (qui restera longtemps rattaché au Kaiju eiga) donne vie au trauma au travers d’un monstre surgissant des profondeurs et semant le chaos dans la baie de Tokyo. Issu d’une légende provenant d’une île de pêcheur au large de la capitale nippone, Godzilla est en réalité réveillé par des essais nucléaires. Mais pas uniquement : la créature montre des signes de radioactivité dans son organisme, ce qui suggère qu’il serait le résultat d’expériences atomiques. Avec cette approche, Honda conjugue cette peur du désastre nucléaire au folklore japonais, montrant que ce danger n’est jamais très loin, et n’est parfois même pas étranger. Tandis que Godzilla piétine la métropole japonaise et que la population cède à la panique, l’armée nippone tente coûte que coûte de détruire le monstre à l’aide d’armes toutes plus sophistiquées les unes que les autres. C’est une véritable guerre qui prend alors place au sein de Tokyo, montrant une armée acculée par la force dévastatrice du monstre.

On pourrait sourire de certains effets de mises en scènes aujourd’hui, mais ils offrent une lecture intéressante avec le recul.  Godzilla étant interprété par un homme revêtu d’un costume en latex, tous les décors sont fait à partir de maquettes que l’acteur va pouvoir saccager avec plaisir. Certains plans montrant des véhicules militaires ne font d’ailleurs pas illusion une seconde et trahissent très vite le fait qu’il s’agisse de jouets. Effet peu coûteux pour l’époque, mais qui témoigne de l’impuissance de ces éléments face à la bête. Pour Godzilla, tous les chars d’assauts du monde ne sont en effet que des jouets inoffensifs. Alors que depuis la Seconde Guerre Mondiale, le Japon ne dispose plus que d’une armée servant à l’autodéfense, elle se retrouve ici incapable de remplir son devoir. Au travers de cette créature insurmontable, Honda exprime parfaitement la peur d’un peuple face à un envahisseur d’une nature inconnue comme l’ont été les bombes ayant ravagé Hiroshima et Nagasaki. Une force meurtrière inédite qui ne fait aucun distinguo entre militaires et civils.

Mais si l’armée est inoffensive face à Godzilla, la bête n’est pour autant pas invincible. Les armes étant devenues obsolètes, Honda offre au travers du personnage du docteur Serizawa, une nouvelle piste pour anéantir le monstre. Le scientifique a en effet mis au point une technologie d’un genre nouveau, répondant au nom de « Destructeur d’oxygène ». C’est au travers de cette invention que Honda pointe du doigt quelque chose qui peut s’avérer au final plus dangereux et plus terrifiant que Godzilla lui-même : le rôle de l’Homme dans la création d’engin de mort. Tout comme Godzilla issu d’essais atomiques, ce qui se cache derrière cette machine destructrice est bien l’esprit scientifique d’un homme, et tout cela renvoie encore et toujours à l’invention terrible de la Bombe A, sortie des cerveaux de plusieurs grands esprits, dont le plus connu reste Oppenheimer, regrettant son implication dans cette création. Au vu de tous ces éléments, Godzilla de Honda est une œuvre qui respire la peur, la peur d’un avenir incertain, la peur d’un monde où la course à l’armement prend des dimensions considérables. Si Godzilla est, au fil des longs-métrages, devenu un allié des hommes éliminant toute menace, il aura symbolisé tout ce climat anxiogène dans lequel s’était mué le Japon de l’après-guerre. Plus de 50 ans après, la figure mythique du plus célèbre des Kaiju aura connu une nouvelle résonance dans le film d’Hideaki Anno, Shin Godzilla, près de 5 ans après le terrible incident de la centrale Fukushima. Dans cette nouvelle itération du Kaiju, Anno pointe d’ailleurs du doigt la bureaucratie, seule responsable d’un incident dramatique qui aurait pu être évité.

https://www.youtube.com/watch?v=suURUXGLJRQ

Les plus belles Palmes d’or : Le Poison de Billy Wilder

Le Poison, adaptation du livre du même nom de Charles R. Jackson, constitue le plus grand succès de Billy Wilder, son oeuvre la plus récompensée avec quatre Oscars, dont celui du meilleur film, et une Palme d’Or en 1946. C’est également le premier film à ouvertement traiter de l’alcoolisme comme d’une maladie.

Le Poison est un film éblouissant pour plusieurs aspects. Déjà de par son écriture, passée entre les mains de Charles Brackett et également de Billy Wilder lui-même. Les deux scénaristes font un très beau travail de narration, car ils réussissent à jouer sur la corde sensible de l’alcoolisme en allant pleinement dans le tragique, mais sans juger le personnage principal auquel le spectateur arrive à s’attacher. Car ils n’utilisent pas le thème de l’alcoolisme pour le juger, ni pour s’en moquer mais pour le prendre en pitié. Pour l’époque, représenter l’alcoolisme comme une maladie est une première. On assiste à une véritable descente aux enfers où se côtoient whisky et rêves perdus. Mais là où le film aurait pu sombrer dans un trop lourd pathos, la plume suffisamment délicate des deux auteurs réussit à concilier tragique et espoir. Bien sûr, l’histoire du long-métrage est triste, et il est traité comme tel, mais sans remuer le couteau dans la plaie de manière tire-larmes.

Le personnage de Don Birnam est agaçant, mais il est suffisamment bien écrit (et interprété) pour que ses tiraillements intérieurs se ressentent. C’est un personnage au visage humain, qui souhaiterait au plus profond de lui-même réussir à concilier sa vie amoureuse avec sa chère et tendre Helen et son succès littéraire. Sa terrible addiction à l’alcool, dont il souffre depuis de longues années, l’en empêche. Devant un tel drame, ses proches réagissent chacun à leur façon, eux aussi avec beaucoup d’humanité. Helen St. James s’accroche à son amour, refuse de le voir comme perdu à jamais, essaie tant bien que mal de soigner ses démons avec toute son affection, jusqu’à dormir sur son palier. Son frère Wick le considère comme un être impossible à sauver, lui qui lui a donné plusieurs chances et s’occupe de lui depuis tant d’années. Les dialogues laissent entendre que Don vit à ses crochets, alors il finit par abandonner, non sans désespoir. Finalement, qui réagirait autrement ? Ces personnages sont touchants car ils paraissent normaux.

Un autre aspect éblouissant est bien sûr la photographie du long-métrage, comme toujours chez Billy Wilder, qui a encore une fois collaboré avec John F. Seitz, ce qui lui vaudra une nomination aux Oscars. Il joue avec le noir et le blanc, symboliquement représentant le bien et le mal, ce qui donne lieu parfois à des jeux de lumières sublimes, d’autant plus mis en avant par la réalisation toujours très intelligente du réalisateur.  Il utilise des gros plans et inserts pour souligner l’alcoolisme de son personnage. Par exemple quand celui-ci se ressert, la caméra insiste sur les marques rondes que laissent les verres sur le bar. Cependant Wilder sait parfois rendre cette réalisation discrète, notamment dans la scène de la « révélation », dans laquelle Don Birnam avoue à sa compagne le problème qui le ronge. Le but ici est d’arriver à illustrer le scénario d’une manière simple et pas tape-à-l’œil. Ce qui prédomine dans cette scène est surtout le jeu des acteurs, qui frôle la perfection, Ray Milland en alcoolique désespéré, Jane Wyman en femme aimante, surprise par de telles révélations, sans oublier Phillip Terry, très juste.

Le réalisateur réussit à créer des scènes marquantes, comme celle de la « révélation », mais on retient le plus celle de l’hôpital, ou du delirium tremens, avec les hallucinations de Don qui voit une souris se faire tuer par une chauve-souris. Elles soulignent l’importance de sa maladie et le fait que c’est un sujet très sérieux, dont on peut ne pas se relever.

En somme, Le Poison est un pionner en matière de traitement des addictions (dans une Amérique où c’est une des premières causes de mortalité), mais également un maître en ce qui concerne l’écriture du scénario et des personnages, et une des meilleures réalisations de Billy Wilder, même si ce n’est pas sa plus connue (on pense plus souvent à Boulevard du Crépuscule). Une Palme plus que méritée.

Le Poison : Bande-annonce

Le Poison : Fiche Technique

Titre original : The Lost Weekend
Réalisation : Billy Wilder
Scénario : Charles Brackett, Billy Wilder d’après l’oeuvre de Charles R. Jackson
Interprétation : Ray Milland, Jane Wyman, Phillip Terry
Image : John F. Seitz
Montage : Doane Harrison
Musique : Miklos Rozsa
Société de distribution : Paramount Pictures
Budget : 1, 25 million $
Récompenses : Oscars du meilleur film, meilleur réalisateur, meilleur scénario, meilleur acteur. Palme d’or 1946 du Festival de Cannes.
Durée : 101 minutes
Genre : Drame
Date de sortie : 14 février 1947 (France)