Omar Sharif : Portrait d’un seigneur du cinema

Omar Sharif : disparition d’un géant

Vendredi 10 juillet 2015, nous apprenions la mort d’Omar Sharif. Et, réagissant immédiatement à cette annonce, la même référence, la même image, le même nom s’imposent à tous les esprits cinéphiles : Youri Jivago. Rarement un acteur a été autant associé à un rôle précis. Alors qu’Omar Sharif a joué pendant presque 60 ans, depuis 1954 (Le démon du désert, du cinéaste égyptien Youssef Chahine) jusqu’en 2012 (Rock the Casbah, film franco-marocain de Laïla Marrakchi), aussi bien au cinéma qu’à la télévision, il restera, pour l’immense majorité d’entre nous, ce médecin russe pris dans la tourmente de la Révolution de 1917 et de la Guerre Civile.
Omar Sharif s’appelait Michel Demitri Chalhoub. Il est né le 10 avril 1932 à Alexandrie. Il semble vouloir suivre les voies de son père, Joseph Chalhoub, en obtenant un diplôme de mathématiques et de physique à l’université du Caire puis en intégrant l’entreprise familiale, mais ce n’est que pour mieux se diriger vers l’une des plus prestigieuses formations au métier d’acteur, celle de la Royal Academy of Dramatic Arts de Londres.

C’est le grand cinéaste égyptien Youssef Chahine qui lui donnera ses premiers rôles, d’abord dans Le Démon du désert puis dans Les Eaux noires, sur le tournage duquel il rencontrera sa future épouse, Faten Hamama. C’est à ce moment-là que Michel Chalhoub prend le pseudonyme d’Omar el Sharif, simplifié ultérieurement en Omar Sharif, et c’est pour son mariage avec l’actrice égyptienne qu’il se convertira à l’islam. Présenté à Cannes, Les Eaux noires obtiendra un grand succès et Omar Sharif sera alors la grande vedette masculine du cinéma égyptien.
C’est fort de ce succès dans le monde arabe que Sharif se verra proposer le rôle du Sheik Ali ibn el Kharish dans Lawrence d’Arabie, réalisé par le britannique David Lean. Ce rôle sera le tremplin international de la carrière du jeune acteur. À 30 ans, il reçoit deux Golden Globe (meilleur acteur dans un second rôle et meilleure révélation masculine) et est nommé aux Oscars.
« J’ai un physique qui n’est pas trop typé, plutôt passe-partout, latin méditerranéen », a dit l’acteur lors d’un entretien au quotidien Libération en 1988. Omar Sharif, par modestie, attribuait à son esthétique le succès de sa carrière. Mais on ne peut pas laisser de côté son talent, qui lui a assuré des rôles divers et variés, depuis le prince arabe jusqu’à l’archiduc autrichien en passant par le médecin russe et même… Che Guevara !
S’ouvre donc une période royale pour Omar Sharif, avec, pour ne citer que quelques exemples : La Chute de l’empire romain, d’Anthony Mann, Le Docteur Jivago de David Lean, La Nuit des généraux d’Anatole Litvak, La Belle et le Cavalier de Francesco Rosi, Mayerling de Terence Young, Funny Girl de William Wyler ou Le Casse, de Henri Verneuil. Son don pour les langues (il en parle cinq) lui permet de jouer aussi bien en Egypte qu’en France ou dans les pays anglo-saxons. Son talent le met à l’aise dans tous les rôles, dans tous les genres : aventures, comédies musicales, mélodrames, péplum, films historiques, western… Par un judicieux choix de films, Omar Sharif a su éviter de s’enfermer dans des rôles de jeunes séducteurs.
On retrouve l’acteur égyptien aussi bien dans du cinéma intellectuel exigent (Les Possédés, d’Andrej Wajda, d’après Dostoievski) que dans du cinéma à grand spectacle hollywoodien. A ce sujet, il gardera de sa carrière outre-Atlantique une vision désabusée, comme il l’a avoué au magazine Elle en septembre 2003 : «Chaque grand réalisateur américain a fait avec moi le plus mauvais film de sa carrière.» Encore récemment, on a pu le voir au générique du 13e Guerrier, de John MacTiernan.

Par contre, sa vie privée est loin d’être aussi tranquille. Divorcé très vite de la star égyptienne Faten Hamama, il mènera une vie de séducteur qui ne le satisfera pas : «On m’a prêté des aventures multiples, se confie-t-il, un brin désabusé, dans Le Figaro, en 1982, alors que je n’ai pu maintenir aucune liaison stable et régulière avec une femme. Je ne suis qu’un don Juan mythique. Au fond, ma vie est un échec.»
C’est surtout dans le jeu qu’il passera une grande partie de sa vie. S’il est devenu célèbre pour toute une génération, en France, en faisant de la publicité pour le Tiercé, c’est le bridge qui sera sa grande passion. C’est dans les casinos qu’il s’endettera, s’obligeant ensuite à accepter des films « alimentaires » pour régler ses difficultés. «Toute ma vie, je suis allé d’une ville inconnue à une autre. Ne connaissant jamais personne sur place, les seules choses que je pouvais faire pour m’amuser, c’était d’aller dans un casino pour avoir des émotions fortes, voir des gens. C’était un endroit où il y avait du monde et où l’on n’était pas ridicule en étant seul.» (Paris-Match, 28 août 2003)
Omar Sharif était atteint de la maladie d’Alzheimer. C’est au Caire qu’il s’est éteint, de retour dans un pays qui lui a donné sa célébrité, lui a donné un nom et a lancé une carrière internationale importante.

Omar Sharif en quelques dates :

10 avril 1932 : naissance à Alexandrie, en Égypte.
1954 : premier film, Le Démon du désert, de Youssef Chahine.
1955 : mariage avec Faten Hamama (dont il divorcera en 1968)
1962 : Lawrence d’Arabie, de David Lean (deux Golden Globe)
1965 : le Docteur Jivago, de David Lean (un Golden Globe)
1973 : il interprète le Capitaine Némo dans la série télévisée L’ïle Mystérieuse, de Juan Antonio Bardem, d’après Jules Verne.
2003 : Lion d’or pour l’ensemble de sa carrière au festival de Venise.
2004 : César du meilleur acteur pour Monsieur Ibrahim et les fleurs du Coran, de François Dupeyron
10 juillet 2015 : décès au Caire à l’âge de 83 ans.

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Herve Auberthttps://www.lemagducine.fr/
"professeur de français, j'ai découvert le cinéma grâce aux films de Spielberg des années 80, mais je suis vraiment devenu cinéphile avec John Huston (Quand la ville dort) et Akira Kurosawa (Le Chateau de l'Araignée), Humphrey Bogart (Le Faucon Maltais) et Marlon Brando (Sur les quais). Appréciant aussi bien le cinéma classique que moderne, les séries des années 60 que celles des années 2010, c'est de la diversité que je tire mes plaisirs."

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