El Reino : un survival politique asphyxiant

El Reino de Rodrigo Sorogoyen, oeuvre qui roule à pleine vitesse sans jamais regarder dans le rétroviseur, place ses pions avec vertige et écrit les ressorts d’une partie d’échec politicienne qui n’a pas fini de nous clouer au siège.

Pourtant, avec ce premier plan, sur les bords d’une plage, bordé par une bande sonore électronique euphorisante, El Reino débute avec douceur et nous immerge dans un repas entre collègues où les rires vont bon train. Mais les sourires et les regards complices n’arrivent pas à dissimuler longtemps ce qui va se passer : les soupçons de corruptions des membres d’un parti politique espagnol. Alors que les révélations vont s’enchaîner très rapidement médiatiquement, un homme va se trouver au cœur de la tempête : Manuel López-Vidal, celui qui va devoir porter le chapeau pour le parti et bien plus.

C’est alors que l’engrenage commence et le film passe la deuxième pour ne plus s’arrêter dans sa course poursuite palpitante. Avec sa mise en scène sèche, physique et sa caméra à l’épaule qui ne cesse de suivre les pas de son personnage principal, El Reino se veut une introspection ravageuse dans le monde de la politique : un monde politique inconscient des conséquence de ses actes, qui profite des beaux jours et de l’argent du contribuable pour se faire dorer la pilule au soleil pendant que le peuple s’épuise à couvrir ses dettes. Mais au delà de cette vision grinçante, virulente mais qui ne verse jamais dans le complotisme fourre tout, Rodrigo Sorogoyen sait parfaitement coordonner son jeu sans révéler toutes ses cartes dès la première partie. Manuel va devoir se sortir d’une situation qui parait compromise pendant que tout le monde, ou presque, lui tourne le dos, et il va devoir se  battre seul face à une horde de politicards opportunistes et manipulateurs. Politicard qu’il est lui même et c’est de là qu’El Reino tire l’une de ses forces principales : il n’est ni question de héros ou d’anti héros concernant le personnage de Manuel. Il est coupable jusqu’au bout des ongles mais il n’est que l’arbre qui cache la forêt d’un système insoupçonné. El Reino ne s’attaque pas tant aux hommes ni aux femmes mais, avec âpreté, à un système qui converge vers la même direction : celui de ces structures politiques autocentrées sur elles-mêmes et qui ne cherchent qu’à s’enrichir mutuellement. Quand on demande à Manuel pourquoi il fait de la politique sa seule réponse est de répondre que son objectif est de mettre à l’abri sa famille et de réussir. Mais alors que la première partie du film s’entête à déchiffrer avec pertinence les arrangements entre politiciens, et ne rechigne pas  à faire tomber les masques tout en mettant en place les enjeux juridiques et politiques qui s’accumulent sur les épaules de l’orgueilleux Manuel, c’est sa deuxième partie qui va faire culminer le film dans des hauteurs inattendues et voir naître des instants de cinéma musclés. Les informations s’additionnent et la tension monte d’un cran à un autre autour de son personnage qui est aussi perspicace que physiquement charismatique avec le jeu magnétique et animal d’Antonio de la Torre.

El Reino, c’est un peu comme si les rouages techniques et architecturaux d’un Margin Call étaient envenimés par l’esprit macabre d’un Gomorra. L’aspect documentariste où se dessine cette furieuse ambiance de portrait en mode « rise and fall » va vite s’effacer pour donner vie à un thriller aux allures de survival. La dernière demi-heure enchaîne les moments de bravoure et d’asphyxie les plus intenses : une scène de braquage dans une maison luxueuse habitée par des jeunes zombifiés, une course poursuite suffocante dans le noir le plus complet et surtout une dernière séquence qui matérialise toute l’intelligence du film : le dialogue forcené à l’antenne télévisuelle entre une journaliste, elle même outil d’un système aux mains sales face à notre Manuel, un politicien attaché à vie à ses casseroles et qui n’a jamais présenté de quelconques regrets mis à part le fait de ne pas vouloir tomber seul : non pas par justice ni vertu sociale mais par orgueil. El Reino est donc un coup de force, un labyrinthe parfois difficile à suivre mais qui se sert du genre pour tacher de sang le mur d’une politique espagnole viciée et aux abois. 

Synopsis : Manuel López-Vidal est un homme politique influent dans sa région. Alors qu’il doit entrer à la direction nationale de son parti, il se retrouve impliqué dans une affaire de corruption qui menace un de ses amis les plus proches. Pris au piège, il plonge dans un engrenage infernal…

El Reino – Bande annonce

El Reino – Fiche technique

Réalisation : Rogrido Sorogoyen
Scénario :  Rodrigo Sorogoyen, Isabel Pena
Interprétation : Antonio de la Torre, Monica Lopez, Josep Maria Pou
Distributeur:  Le Pacte
Durée : 2h11
Genre : Drame/Politique
Date de sortie : 17 avril 2019

 

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Festival

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