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DC Extended Universe : classement d’un fiasco de 10 ans

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Avec la sortie d’Aquaman et le Royaume Perdu, le DC Extended Universe (DCEU) a pris fin après 10 ans de mauvais et déloyaux services. Annoncé à la va-vite, préparé et écrit à la va-vite, l’univers DC n’a jamais su égaler le miracle Marvel et son MCU. Désormais, c’est vers un reboot total chapeauté par James Gunn que nous nous dirigeons. Sera-t-il mieux ? En tout cas, il peut difficilement être pire… Malgré tout, quelques films valent le coup d’œil. Lesquels ? Retrouvez notre classement des films du DCEU, du pire au meilleur, sans aucun spoiler.

Cet article ne reflète que l’avis d’un des rédacteurs de l’équipe du MagDuCiné.

17 – Wonder Woman 1984 (2021) – Patty Jenkins

Synopsis : Suite des aventures de Diana Prince, alias Wonder Woman, Amazone devenue une super-héroïne dans notre monde. Après la Première guerre mondiale, direction les années 80 ! Cette fois, Wonder Woman doit affronter deux nouveaux ennemis, particulièrement redoutables : Max Lord et Cheetah.

Pourquoi c’est le pire film du DCEU :  Parce que rien ne va. Nous pourrions nous arrêter là, mais dans le doute, il est de notre devoir d’empêcher d’autres pauvres âmes de s’y frotter. Après un premier opus sympathique et deux apparitions plus ou moins appréciables dans d’autres films, la seconde aventure solo de Diana Price s’effondre et ne se relève jamais. Histoire et dialogues à dormir debout, facilités scénaristiques dignes d’un enfant de 3 ans, effets spéciaux à vomir, rythme en dents de scie, difficile de trouver une seule qualité au projet. La performance médiocre de Gal Gadot ne fait qu’achever la construction du cercueil. Si, bon point malgré tout, le Covid nous a épargné d’une sortie en salle…

16 – Suicide Squad (2016) – David Ayer

Synopsis  : C’est tellement jouissif d’être un salopard ! Face à une menace aussi énigmatique qu’invincible, l’agent secret Amanda Waller réunit une armada de crapules de la pire espèce. Armés jusqu’aux dents par le gouvernement, ces Super-Méchants s’embarquent alors pour une mission-suicide. Jusqu’au moment où ils comprennent qu’ils ont été sacrifiés. Vont-ils accepter leur sort ou se rebeller ?

Pourquoi on a de la peine pour ce projet : Parce que, déjà en 2016, Warner ne savait plus sur quel pied danser. Batman V Superman, charcuté par le studio, a déplu pour son ton et ses thématiques trop sombres. A ses débuts et même durant une grande partie du tournage, c’est vers cette ambiance, noire, malsaine et brutale que se dirigeait le projet. Afin de coller à la formule Marvel, pleine de succès, les équipes ont dû opérer de nombreux changements radicaux. Résultat, Suicide Squad est mal écrit, incohérent, laid, incapable de choisir une direction sur son genre et son ambiance et surtout, terriblement ennuyeux. Deux personnages comptent dans cette équipe, qui relaye une grande partie de son casting au rang de vulgaire caméo. Pire encore, personne n’est méchant, un détail ennuyant quand on nous présente  »les crapules de la pire espèce ». Une très grande partie des scènes tournées ne figurent pas dans le film, quand d’autres ont été rajoutées (souvent des blagues). Un joli ratage.

15 – The Flash (2023) – Andy Muschietti

Synopsis : Les réalités s’affrontent lorsque Barry se sert de ses super-pouvoirs pour remonter le temps et modifier son passé. Mais ses efforts pour sauver sa famille ne sont pas sans conséquences sur l’avenir, et Barry se retrouve pris au piège d’une réalité où le général Zod est de retour, menaçant d’anéantir la planète, et où les super-héros ont disparu. À moins que Barry ne réussisse à tirer de sa retraite un Batman bien changé et à venir en aide à un Kryptonien incarcéré, qui n’est pas forcément celui qu’il recherche. Barry s’engage alors dans une terrible course contre la montre pour protéger le monde dans lequel il est et retrouver le futur qu’il connaît. Mais son sacrifice ultime suffira-t-il à sauver l’univers ?

Pourquoi c’est une honte : Parce que c’est l’un des films les plus chers de l’histoire du cinéma. Déjà. Ensuite, difficile de lui pardonner la laideur de ses effets spéciaux, qui en font l’un des films les plus hideux jamais créés (dans un monde où Ant-Man et la Guêpe : Quantumania existe..). Les quelques idées de mise en scène ne sauvent pas le désastre. Michael Keaton non plus, lui qui offre un ou deux chouettes moments. Toutes les (rares) bonnes choses qu’offre le film sont gâchées par l’un des pires climax que le cinéma nous ait offerts. Une belle catastrophe. Reste la performance d’Ezra Miller, assez impressionnante.

14 – Justice League (2017) – Joss Whedon / Zack Snyder

Synopsis : Après avoir retrouvé foi en l’humanité, Bruce Wayne, inspiré par l’altruisme de Superman, sollicite l’aide de sa nouvelle alliée, Diana Prince, pour affronter un ennemi plus redoutable que jamais. Ensemble, Batman et Wonder Woman ne tardent pas à recruter une équipe de méta-humains pour faire face à cette menace inédite. Pourtant, malgré la force que représente cette ligue de héros sans précédent – Batman, Wonder Woman, Aquaman, Cyborg et Flash –, il est peut-être déjà trop tard pour sauver la planète d’une attaque apocalyptique…

Pourquoi c’était déjà le début de la fin : Parce que, malheureusement pour lui, Zack Snyder n’a pas pu livrer sa version du film. Pour ceux qui l’ignorent, le réalisateur a dû quitter le projet suite à un drame familial. C’est vers Joss Whedon, réalisateur de l’excellent Avengers, que la Warner s’est tourné. Il semble clair que celui-ci préfère de loin Marvel à DC Comics, tant ses ajouts et ses retraits ont dénaturé et abîmé le projet original, pourtant déja essentiellement tourné. Reshoots massifs (seulement 30 minutes ont été gardées), scénario totalement remanié, harcèlement pendant le tournage, moustache effacée en effets spéciaux, ton sombre transformé en univers coloré pour coller à Marvel, difficile de sauver quoi que ce soit dans ce projet. Quelques scènes fonctionnent, essentiellement celles de Snyder. Justice League devait lancer les films solos d’Aquaman, Batman, Cyborg et Flash, on a eu deux films sur les quatre. Marvel avait fait des films solos de ses Avengers avant de les réunir dans un seul film, Warner a voulu faire l’inverse, trop occupé à avoir son cross-over au plus vite. Joli raté dont le DCEU ne se remettra jamais.

13/12 – Shazam! et Shazam! La rage des Dieux (2019/2023) – David F. Sandberg

Synopsis : On a tous un super-héros qui sommeille au fond de soi… il faut juste un peu de magie pour le réveiller. Pour Billy Batson, gamin débrouillard de 14 ans placé dans une famille d’accueil, il suffit de crier « Shazam ! » pour se transformer en super-héros.
Ado dans un corps d’adulte sculpté à la perfection, Shazam s’éclate avec ses tout nouveaux superpouvoirs. Est-il capable de voler ? De voir à travers n’importe quel type de matière ? De faire jaillir la foudre de ses mains ? Et de sauter son examen de sciences sociales ? Shazam repousse les limites de ses facultés avec l’insouciance d’un enfant. Mais il lui faudra maîtriser rapidement ses pouvoirs pour combattre les forces des ténèbres du Dr Thaddeus Sivana…

Pourquoi c’est juste mauvais : Parce que, malgré une réelle envie de bien faire par moment, les deux films ne parviennent jamais à créer la moindre émotion et empathie pour ses personnages. Le plus dramatique restera le traitement de Billy, bien plus mature et adulte dans sa forme adolescente que dans celle de Shazam. Si les deux œuvres savent offrir quelques beaux moments, particulièrement entre les orphelins, leur cruel manque d’originalité font des aventures du jeune super héros deux histoires qui auraient pu sortir au début des années 2000, sans que l’on s’enthousiaste plus que cela. Méchants ratés, effets spéciaux minimalistes parfois dignes de Smallville, humour peinant à décrocher un soufflement de nez (bien plus réussi dans le premier que le second). Dommage…

11 – Birds of Prey (2020) – Cathy Yan

Synopsis : Lorsque Roman Sionis, l’ennemi le plus abominable – et le plus narcissique – de Gotham, et son fidèle acolyte Zsasz décident de s’en prendre à une certaine Cass, la ville est passée au peigne fin pour retrouver la trace de la jeune fille. Les parcours de Harley, de la Chasseuse, de Black Canary et de Renee Montoya se télescopent et ce quatuor improbable n’a d’autre choix que de faire équipe pour éliminer Roman…

Pourquoi c’est moins pire que Suicide Squad : Parce que, pour commencer, le personnage incarné par Margot Robbie est un peu plus intéressant que sa version catastrophique de 2016. L’actrice s’éclate véritablement dans ce rôle et parvient, malgré les problèmes du film, à offrir un vrai travail de composition. Quelques scènes d’action sont réussies, malgré un climax à la hauteur des autres œuvres de l’univers (catastrophiques donc). Si de nombreux points ratent le coche, le film de Cathy Yan dégage une onde insouciante et survoltée pas désagréable. Pas un bon film, seulement un petit moment pas aussi désagréable qu’annoncé.

10- Black Adam (2022) – Jaume Collet-Serra

Synopsis : Dans l’antique Kahndaq, l’esclave Teth Adam avait reçu les super-pouvoirs des dieux. Mais il en a fait usage pour se venger et a fini en prison. Cinq millénaires plus tard, alors qu’il a été libéré, il fait régner sa conception très sombre de la justice dans le monde. Refusant de se rendre, Teth Adam doit affronter une bande de héros d’aujourd’hui qui composent la Justice Society – Hawkman, le Dr Fate, Atom Smasher et Cyclone – qui comptent bien le renvoyer en prison pour l’éternité.

Pourquoi ce projet est drôle : Parce que sa seule raison d’exister, c’est sa scène post-générique. Retour d’Henry Cavill, affrontement à venir entre Superman et Black Adam, imaginez la hype des fans, dans un univers où l’acteur britannique incarnait un homme d’acier absolument parfait. Malheureusement, la fin de l’univers a stoppé net les projets de suite. Black Adam devait relancer l’intérêt des fans, il l’a seulement fait couler de plus belle. Pour le film, on assiste à un ego trip de Dwayne Johnson, figé dans une seule expression durant l’intégralité du long-métrage et totalement invulnérable face aux hordes d’ennemis lancés à son encontre. Quelques passages plutôt bien fichus sauvent le tout. Un mauvais film, un peu drôle malgré lui tant tout semble fait avec le plus grand des sérieux.

09 – Batman V Superman : l’aube de la justice (2013) – version cinéma (Zack Snyder) 

Synopsis : Craignant que Superman n’abuse de sa toute-puissance, le Chevalier noir décide de l’affronter : le monde a-t-il davantage besoin d’un super-héros aux pouvoirs sans limite ou d’un justicier à la force redoutable mais d’origine humaine ? Pendant ce temps-là, une terrible menace se profile à l’horizon…

Pourquoi c’est une énorme occasion gâchée : Parce qu’après un Man of Steel réussi, Warner proposait enfin un cross-over dont rêve n’importe quel fan de DC Comics. Ben Affleck est absolument parfait dans le rôle de Batman, faisant la part belle à un Henry Cavill déjà à son aise. Le projet arrivé en salle n’a pas su convaincre, la faute à une histoire peu claire, terriblement mal rythmée et ennuyeuse. Pour le reste, on pourrait parler de Lex Luthor, critiqué à de très nombreuses reprises, ou encore du climax, raté et en total contraste avec ce qu’avait été le film jusqu’ici. Restent d’indéniables qualités, telles que le jeu des acteurs, le visuel ou encore la partie de l’histoire qui a su échapper au remaniement du studio. Pas un vrai mauvais film, seulement une belle occasion manquée.

08 – Aquaman et Le Royaume Perdu (2023) – James Wan

Synopsis : Black Manta, toujours hanté par le désir de venger son père, est maintenant plus puissant que jamais avec le légendaire Trident Noir entre ses mains. Pour l’anéantir, Aquaman doit s’associer à son frère Orm ancien roi d’Atlantide et actuellement emprisonné. Ensemble, ils devront surmonter leurs différences pour protéger leur royaume et sauver le monde d’une destruction irréversible.

Pourquoi c’est une déception : Malgré quelques qualités, le second film dédié au roi de l’Atlantide ne parvient jamais à égaler son aîné. Véritable surprise, Aquaman premier du nom parvenait à sortir la tête de l’eau, ce que cette suite ne parvient jamais à faire véritablement. Là où le réalisateur avait eu carte blanche en 2018, ce second opus semble crouler sous le cahier des charges, lui qui n’a pourtant aucun film à amorcer, l’univers DC se terminant à ses côtés. Difficile de comprendre le choix de Black Manta en ennemi principal, l’antagoniste ayant le charisme d’une huître et ce n’est pas le scénario cousu de fil blanc qui changera quoi que ce soit. Reste quelques beaux plans et bons moments, particulièrement entre Arthur et Orm, ou quelques scènes d’action bien fichues sur la terre ferme.

07 – Blue Beetle (2023) – Angel Manuel Soto

Synopsis : Fraîchement diplômé de l’université, Jaime Reyes rentre chez lui, plein d’ambitions, mais il découvre que la situation a bien changé depuis son départ. Tandis qu’il cherche sa place dans le monde, le destin s’en mêle : Jaime se retrouve par hasard en possession du Scarabée, une ancienne relique d’une biotechnologie extraterrestre. Dès lors que le Scarabée choisit de faire de Jaime son hôte, le jeune homme se voit revêtu d’une armure hors du commun qui lui octroie des pouvoirs extraordinaires – et imprévisibles. Tout bascule alors pour Jaime qui devient le super-héros Blue Beetle …

Pourquoi c’est juste oubliable : Parce que Blue Beetle, c’est l’origin story que tout le monde a déjà vu des centaines de fois. Le projet DC se suit sans déplaisir, jusqu’à son générique, avant que l’on ne l’oublie aussitôt. Le personnage de Reyes est suffisamment attachant pour donner envie de le retrouver et, tant mieux, ce sera le cas dans le nouvel univers. On espère mieux qu’un film paresseux et trop soucieux de coller à la formule : humour, perte d’un être cher, climax et antagonistes catastrophiques. En revanche, on retrouvera avec grand plaisir cette famille mexicaine soudée, joyeuse et très plaisante à suivre.

06 – Man of Steel (2013) – Zack Snyder 

Synopsis : Un petit garçon découvre qu’il possède des pouvoirs surnaturels et qu’il n’est pas né sur Terre. Plus tard, il s’engage dans un périple afin de comprendre d’où il vient et pourquoi il a été envoyé sur notre planète. Mais il devra devenir un héros s’il veut sauver le monde de la destruction totale et incarner l’espoir pour toute l’humanité.

Pourquoi c’était pas mal : Parce qu’Henry Cavill était un Superman absolument parfait. Oui, un film repose en grande partie sur son personnage principal et Snyder réussissait l’introduction de son héros. Humain, vulnérable, amoureux, torturé, puissant, le retour de l’homme d’acier au cinéma avait plu. Chose rare dans l’univers du DCEU, Man of Steel peut se vanter de réussir son antagoniste, en la présence du général Zod. Les affrontements entre les deux kryptoniens ont marqué les mémoires, assurant un grand spectacle. Le souci, c’est qu’en dehors de ces indéniables qualités, le premier opus de la trilogie souffre d’immenses problèmes de rythme et d’un scénario bancal, voire terriblement ennuyeux. Contrairement aux deux autres films de la trilogie, il ne peut pas compter sur une Snyder Cut pour se sauver.

05 – Wonder Woman (2017) – Patty Jenkins 

Synopsis : C’était avant qu’elle ne devienne Wonder Woman, à l’époque où elle était encore Diana, princesse des Amazones et combattante invincible. Un jour, un pilote américain s’écrase sur l’île paradisiaque où elle vit, à l’abri des fracas du monde. Lorsqu’il lui raconte qu’une guerre terrible fait rage à l’autre bout de la planète, Diana quitte son havre de paix, convaincue qu’elle doit enrayer la menace. En s’alliant aux hommes dans un combat destiné à mettre fin à la guerre, Diana découvrira toute l’étendue de ses pouvoirs… et son véritable destin.

Pourquoi ce projet est agaçant : Parce qu’il est irréprochable, pendant près de deux heures. Avec Wonder Woman, Jenkins offrait enfin au monde un film réussi avec une super-héroïne, bien loin des immondices Catwoman et Elektra, sorties des années plus tôt. Personnages travaillés, ambiance réussie, scènes d’action impactantes et très bien menées, il était difficile d’imaginer à quel point le dernier acte allait tout gâcher. Précipité, incohérent, laid et en totale contradiction avec les précédents messages du film, impossible de comprendre les choix qui mènent à une conclusion aussi ratée. Vraiment dommage, tant Wonder Woman frôlait l’excellence, pendant près de deux tiers de sa durée.

04 – Batman V Superman : l’aube de la justice, Définitive Edition (2015) – Zack Snyder

Synopsis : Craignant que Superman n’abuse de sa toute-puissance, le Chevalier noir décide de l’affronter : le monde a-t-il davantage besoin d’un super-héros aux pouvoirs sans limite ou d’un justicier à la force redoutable mais d’origine humaine ? Pendant ce temps-là, une terrible menace se profile à l’horizon…

Pourquoi c’est infiniment mieux : Après une version cinéma très décevante, Snyder a proposé sa version du film, plus longue de 30 minutes et aidé d’un montage alternatif. Résultat ? BvS passe d’énorme déception à l’un des meilleurs films de super-héros depuis le début des années 2010. Si le climax reste encore et toujours catastrophique, tout le reste du film gagne en rythme, en richesse, en cohérence, en développement de personnages. La fresque est complète. Les plans de Lex Luthor sont plus clairs, l’opinion publique autour de Superman plus détaillée, Bruce Wayne plus cohérent et attachant. En bref, cette version est définitivement celle qui aurait dû sortir en salles, celle en qui Warner aurait dû avoir confiance.

03 – The Suicide Squad (2021) – James Gunn

Synopsis : Rassemblez une équipe !  Armez-les lourdement et jetez-les (littéralement) sur l’île lointaine et bourrée d’ennemis de Corto Maltese. Traversant une jungle qui grouille d’adversaires et de guerilleros à chaque tournant, l’Escouade est lancée dans une mission de recherche et de destruction, avec le seul Colonel Rick Flag pour les encadrer sur le terrain… et la technologie du gouvernement dans leurs oreilles, afin qu’Amanda Waller puisse suivre le moindre de leurs mouvements. Comme toujours, un faux pas est synonyme de mort (que ce soit des mains de leurs opposants, d’un coéquipier ou de Waller elle-même). Si quelqu’un veut parier, mieux vaut miser contre eux – et contre eux tous.

Pourquoi c’est vraiment chouette : Parce que James Gunn a pu s’imposer face à Warner et ne les a pas laissé bousiller son film. Humour barré bien plus réussi, idées de mise en scène en veux-tu en voilà, gore à souhaits, la nouvelle version de l’équipe de choc est infiniment meilleure que l’hybride difforme de 2016. Les personnages fonctionnent tous  mieux, ont chacun de l’espace et des moments pour briller, l’esprit d’équipe marche véritablement au sein de cette team de bad-guys. On reprochera encore cet aspect Harley Queen show ou cette manie de les faire tous gentils, mais on pardonnera bien facilement en voyant l’avalanche de propositions offertes par James Gunn.

02 – Aquaman (2018) – James Wan

Synopsis : Les origines d’un héros malgré lui, dont le destin est d’unir deux mondes opposés, la terre et la mer. Cette histoire épique est celle d’un homme ordinaire destiné à devenir le roi des Sept Mers.

Pourquoi c’est beaucoup trop cool : Parce que, enfin, un réalisateur a eu carte blanche pour réaliser son film. En résulte un long-métrage généreux, visuellement impressionnant, flirtant avec Star Wars et Le Seigneur des anneaux, drôle et très bien mis en scène. Si l’écriture reste terriblement classique, Aquaman est le blockbuster détaché qui s’assume parfaitement, se permettant même un détour horrifique à l’origine d’une des plus grandes séquences visuelles de tout le DCEU. Un vrai bon divertissement et un excellent film de super-héros.

01 – Zack Snyder’s Justice League (2021) – Zack Snyder 

Synopsis : Bruce Wayne est déterminé à faire en sorte que le sacrifice ultime de Superman ne soit pas vain; pour cela, avec l’aide de Diana Prince, il met en place un plan pour recruter une équipe de métahumains afin de protéger le monde d’une menace apocalyptique imminente. La tâche s’avère plus difficile que Bruce ne l’imaginait, car chacune des recrues doit faire face aux démons de son passé et les surpasser pour se rassembler et former une ligue de héros sans précédent. Désormais unis, Batman, Wonder Woman, Aquaman, Cyborg et Flash réussiront-ils à sauver la planète de Steppenwolf, DeSaad, Darkseid et de leurs terribles intentions ?

Pourquoi c’est excellent : Parce qu’on tient ici un film de 4h qui appartient corps et âme à son auteur. Il est également la preuve vivante qu’il faut laisser le réalisateur maître de son projet et que, de toute évidence, lui mettre des bâtons dans les roues n’a jamais mené à quelque chose de positif. Cette version de Justice League frôle la perfection. Les 4h passent à une vitesse folle tant l’intrigue se déroule de manière très fluide. Tout est plus clair et les personnages sont infiniment plus travaillés. Visuellement magnifique, le film foudroie la version cinéma de Warner/Whedon sans le moindre effort. Avec ce projet et si l’on prend en compte la version définitive de Batman V Superman, Zack Snyder livre l’une des meilleures trilogies de super héros de tous les temps. Oui oui.

Vermines : à épargner ou à exterminer

Ce qu’il y a de plus terrifiant dans les films de monstres, c’est l’attente qui précède le coup fatal. Vermines est généreusement rempli de ce genre de séquences angoissantes et a de quoi faire pâlir tout cinéphile qui estimerait avoir tout vu. Avec les codes du film catastrophe dans les gènes, tout en brossant le portrait de banlieusards sacrifiés, Sébastien Vaniček nous piège dans un nid de parasites qu’il ne faudrait pas secouer. Arachnophobes avertis, frissons garantis !

Synopsis : Face à une invasion d’araignées, les habitants d’un immeuble vont devoir survivre.

« L’angoisse n’est pas supportable sans l’humour. C’est le mélange qui fait le plaisir. » On en revient encore à la célèbre devise du maître du suspense, Alfred Hitchcock. Une leçon brillamment retenue par Frank Marshall lorsqu’il a rendu hommage aux créatures classiques d’Hollywood dans sa première réalisation, une comédie horrifique culte, Arachnophobie, sous la tutelle d’Amblin et d’Hollywood Pictures (une filiale de Disney). Ce dernier déclarait que les gens aiment avoir peur mais en riant, comme des montagnes russes. Personne ne veut être terrifié au point d’en faire une crise cardiaque. Sébastien Vaniček y a forcément pensé lorsqu’il a commencé à tisser sa propre toile cauchemardesque au sein d’un immeuble emblématique de Noisy-le-Grand, lieu de rencontre adéquate pour celles et ceux qui sont appelés à revêtir le masque de vermines.

Une cité à régner

Non sans rappeler l’expédition archéologique du père Merrin dans L’Exorciste, nous comprenons que l’antre du mal sera importé depuis un désert ardent du Moyen-Orient. L’obscurité qui cache une espèce d’arachnide, rare et mortelle, trouve la parfaite symbiose avec un complexe HLM délabré situé en Seine-Saint-Denis. L’entretien limité du bâtiment constitue également un terrain de jeu idéal lorsqu’il s’agit d’incorporer une dimension politique au film de monstre. Tout cela est d’abord vu à travers les yeux de Kaleb (Théo Christine), qui enchaîne les petites combines en espérant un jour restaurer son foyer qui tombe en ruine, tel Youri dans Gagarine. Sa sœur Manon (Lisa Nyarko) entend le contraire et cherche désespérément à trouver un nouveau point de chute. L’entraide et le partage des locataires des lieux ne suffisent pas non plus à apaiser les tensions qui y règnent, entre un énergumène un tantinet xénophobe et une concierge qui en a ras-le-bol de nettoyer les dégâts derrière les incivilités dans les espaces communs.

C’est un portrait tout chaud d’une population blasée et laissée à l’abandon dans une impasse sociale qu’il nous est donné d’observer. On rejoue la carte de l’auto-confinement, évidemment accéléré par la présence de bestioles tueuses, qui prennent d’assaut les chambres saturées en bricoles et autres souvenirs de famille, en passant par la salle de bains. Imaginez simplement où ces insectes rampants pourraient se planquer et vous les trouverez. Le film en fait une liste non exhaustive et s’en sert pour aligner des instants de frissons garantis. Les plans fixes laissent ainsi les araignées captiver toute notre attention et le cinéaste ne lésine pas sur les jeux de miroirs ou du hors champ pour atteindre sa cible, le public. Chaque plan est pensé et façonné avec énergie, afin d’immerger le spectateur dans la même cage entoilée où évoluent une bande d’amis hétéroclites, à laquelle il est possible de s’identifier. Et le travail sonore de Douglas Cavanna et Xavier Caux contribue à bousculer nos repères. Le visionnage est plus actif que jamais et promet des sensations fortes une fois que les proies sont jetées dans les arènes du Picasso.

Faire volte-face

Le premier long-métrage de Sébastien Vaniček a déjà fait le tour du monde en festival (Mostra de Venise, Sitges Film Festival, Chicago International Film Festival) avant de revenir tranquillement sur les écrans français (L’Étrange Festival, PIFFF, Les Arcs Film Festival). Moins géantes que grand-mère Tarantula, plus agressives qu’Arachnophobie, mais aussi casse-cous que Arac Attack, les créatures à huit pattes de Vermines constituent une belle promesse du cinéma de genre français. De véritables spécimens rampants ont été mêlés à des versions numériques pour les besoins de cette production. L’enveloppe de l’heteropoda maxima semble ainsi tout indiquée pour qu’elle ressemble à celles que l’on peut croiser dans nos appartements, déclare Vaniček. La photographie nébuleuse d’Alexandre Jamin aide également beaucoup ces créatures photoréalistes à devenir aussi vivantes et démoniaques que jamais.

Pour repousser cette invasion, pas question de jouer les héros comme dans Attack the block. La coalition des locataires n’a plus d’intérêt dans un moment de crise aussi mortel. Lorsque les filles hurlent de terreur, les messieurs voient leur virilité s’effriter devant une menace qu’ils ne comprennent pas. Ce décalage apporte d’ailleurs beaucoup d’humour en surface. Florent Bernard, scénariste émérite du format web-série (Bloqués, La Flamme, Le Flambeau : les aventuriers de Chupacabra), est un soutien précieux pour s’oxygéner au milieu d’une atmosphère nerveuse et anxiogène. Cette touche de légèreté est notamment bien amenée par le premier degré d’un Jerôme Niel que l’on croirait perdu dans un mauvais sketch. Que nenni. Il accapare tout le capital sympathie que l’on a pour ces héros de l’ombre, de simples personnes vulnérables qui cherchent une échappatoire à leurs conditions de vie.

Cousin des « parasites » de Bong Joon-ho, Vermines laisse également ses sujets se dévorer entre eux. Ce qui souligne d’ailleurs une défaillance dans la communication, que ce soit entre un frère et sa sœur, deux vieux amis ou encore les jeunes et la police. Et ce dernier cas pointe les effets secondaires de la peur, générés par les valeurs institutionnelles ou bien par le manque de considération. Il s’agit d’un commentaire social loin d’être aussi séduisant que les séquences dédiées aux arachnides. La dramaturgie et le divertissement qui en découlent mettent ainsi à l’honneur le point commun qui existe entre les deux espèces qui s’affrontent à l’écran. Ce sont des êtres enfermés dans une boîte et leur réflexe, c’est d’en sortir. Alors si vous êtes obstiné à vous chausser des mêmes Nike TN jusqu’à la mort, laissez-vous tenter par cette piqûre de rappel, foudroyante et jubilatoire.

Bande-annonce : Vermines

Fiche technique : Vermines

Réalisation : Sébastien VANICEK
Idée originale : Sébastien VANICEK
Scénario : Sébastien VANICEK, Florent BERNARD
Production : Harry TORDJMAN
Image : Alexandre JAMIN
Son : César MAMOUDY, Samy BARDET
Mixage : Vincent COSSON
Musique originale : Douglas CAVANNA, Xavier CAUX
Mise en scène : Robin PLESSY, Amonlath PHOLYOTHA
Casting : Constance DEMONTOY
Scripte : Mayliss DESAINT-ACHEUL
Montage : Nassim GORDJI-TEHRANI, Thomas FERNANDEZ
Décors : Arnaud BOUNIORT
Costumes : Marie-Lola TERVER, Marlène HERVÉ
Maquillage : Stéphanie GUILLON, Lucky NGUYEN
Coiffure : Nicolas CUEFF
SFX : Pascal LARUE, Sarah PARISET, Pierre PARRY
VFX : Thierry ONILLON, Léo EWALD
Direction de production : Samuel AMAR
Direction de post-production : Chloé BIANCHI
Production : MY BOX FILMS
Distribution France : TANDEM
Durée : 1h45
Genre : Epouvante-horreur
Date de sortie : 27 décembre 2023

Vermines : à épargner ou à exterminer
Note des lecteurs1 Note
3.5

Dream Scenario : les gifs de la nuit

La frustration chronique est désormais une réalité pour le commun des mortels, surtout à l’ère d’Internet, un espace où les vérités se forment et se déforment sans raison. Dream Scenario est teinté de cette problématique, où un monsieur tout-le-monde est soudainement propulsé dans les fantasmes et les cauchemars de son entourage et au-delà. Une comédie satirique truculente ! Pas la plus aiguisée, mais portée par un Nicolas Cage possédé.

Synopsis : Paul Matthews, un banal professeur, voit sa vie bouleversée lorsqu’il commence à apparaître dans les rêves de millions de personnes. Paul devient alors une sorte de phénomène médiatique, mais sa toute nouvelle célébrité va rapidement prendre une tournure inattendue…

Kristoffer Borgli nous donne assez de matières pour débattre autour d’un excès d’attention, l’antithèse de son film précédent, Sick of Myself. Pourtant, on lui attribuerait bien le même titre pour d’autres raisons. Le point de départ se situe dans un fait divers, devenu un phénomène d’actualité. Identifié et nommé plus tard comme la cancel culture, le cinéaste revient sur l’épisode médiatique qui a entraîné une vague de hashtags incendiaires sur les réseaux sociaux. Le cas d’un enseignant en éthologie à l’université qui a dû renoncer à son poste cache bien des surprises. Mais l’idée n’est pas d’en faire un biopic factuel, mais d’en transcrire le commentaire le plus cynique sur la société connectée actuelle.

Rêver sa vie…

Gare à ce que l’on désire, car le souhait de Paul Matthews va bel et bien se réaliser. Ne rêvant que de reconnaissance et qu’on le publie avant que ses idées ne finissent par être plagiées, c’est ironiquement dans le rêve d’autres personnes qu’il apparaît, sans que l’on trouve d’explications scientifiques à ce phénomène. Reste qu’il est intimement connecté à de nombreux adorateurs dans leur sommeil. Étudiants, ex-copine et autres amis perdus de longue date, de parfaits inconnus et sa propre fille cadette. Tous sont soumis à la passivité de Paul dans leurs rêves assez incongrus et portés par une certaine violence. Chacun idéalise alors son propre Paul, de passage dans des rêves où il va peu à peu passer à l’action, pour le meilleur et pour le pire.

Nicolas Cage enfile donc le masque d’un père de famille, tout à fait anonyme, mais cela reste compliqué de ne pas observer un miroir symbolique quant à sa cote de popularité. Devenu un même viral et ambulant sur les réseaux sociaux, du fait de ses nombreuses interprétations explosives à l’écran, le comédien et son personnage semblent bien engagés pour prendre leur revanche sur celles et ceux qui ont longtemps ignoré ses compétences. Armé de ses mimiques légendaires et d’un premier degré ravageur, Borgli tire de sa prestation une comédie noire assez hilarante par moment. Sous ses airs de fable hautement pessimiste, il nous est permis de rire aux décalages comiques générés par les blagues pas drôles de ce cher Paul. De quoi gonfler son anxiété au maximum dans une première partie réussie, car les maladresses du personnage viennent nourrir son incapacité à prendre conscience de l’effet domino qu’il a initié.

…vivre ses cauchemars

Le dormeur doit se réveiller, comme disait un certain prophète et la tâche s’annonce compliquée pour celui qui est rapidement comparé au fantôme nocturne d’Elm Street, Freddy Krueger, qui torture et assassine ces mêmes personnes qui l’ont déjà croisé au pays de Morphée. L’occasion de détourner les codes de l’horreur, bien connus des internautes. S’ajoute à cela une collaboration avec une marque de boisson qui tourne mal, en référence à la docu-fiction du cinéaste norvégien, Drib. Malgré une considération tardive, elle n’appartient plus à Paul, car l’image qu’il renvoie au pays des songes est devenue une malédiction dans le cauchemar qu’il vit éveillé. La désolidarisation de son entourage est aussi brusque et violente que les différentes mises à mort appliquées par la projection de Paul. Il est d’ailleurs assez frustrant de ne pas discuter davantage la réception de ces visions morbides, car la seconde partie de l’intrigue s’échine à enterrer le protagoniste sous une avalanche de haine, une étude souvent effleurée et rarement disséquée.

Il s’agit également d’un sous-texte grinçant sur le bonheur manqué, celui que l’on ne voit pas au quotidien. Pensez à La vie est belle de Frank Capra, qui n’est pas sans rappeler le mauvais rêve du personnage de Cage dans Family Man, une déclinaison du célèbre film de Noël. Mais ce sera un aller simple pour ce père de famille désaxé, incapable de satisfaire les pulsions d’une idole ou de garder le contrôle sur ses étudiants. Les lois de l’imaginaire sont plus fortes que lui et il l’apprend à ses dépens, jusqu’à ce qu’il craque pour de bon. En témoigne cette vidéo qu’il tourne en solitaire, tel un influenceur qui cherche à se racheter une conduite. Mais encore une fois, Paul n’a rien fait et Paul n’a pas grand-chose à se reprocher, si ce n’est un profond sentiment de lâcheté qui le poursuit et qu’il distribue sans le vouloir à sa femme Janet (Julianne Nicholson), perdant à la fois sa raison et sa maison.

Il a fallu les soutiens précieux de A24 et d’Ari Aster comme producteurs pour réaliser le premier rêve tourmenté de Kristoffer Borgli à Hollywood, malgré des similitudes avec le cinéma cérébral de Spike Jonze (Dans la peau de John Malkovich, Adaptation, Her). Avec un comédien à la trajectoire en dents de scie, ce rôle était forcément taillé sur-mesure pour Nicolas Cage, qui affine son jeu comme pour demander l’approbation de son public. L’ascension et la chute seront les deux seuls chapitres de son histoire, de son dream scenario. On n’avait pas vu le comédien aussi poignant émotionnellement depuis Pig, comme quoi le rôle d’outsider qui intériorise sa détresse lui va comme un gant.

Bande-annonce : Dream Scenario

Fiche technique : Dream Scenario

Réalisation et Scénario : Kristoffer Borgli
Directeur de la photographie : Benjamin Loeb
Cheffe décorateur : Zosia Mackenzie
Montage : Kristoffer Borgli
Musique originale : Owen Pallett
Costumes : Natalie Bronfman
Directeur de casting : Ellen Lewis
Producteurs : Lars Knudsen, Ari Aster, Tyler Campellone, Jacob Jaffke, Nicolas Cage
Production : A24, Square Peg TV
Pays de production : Etats-Unis
Distribution France : Metropolitan FilmExport
Durée : 1h41
Genre : Comédie, Fantastique
Date de sortie : 27 décembre 2023

Dream Scenario : les gifs de la nuit
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3

Les colons, un magistral premier film du chilien Felipe Gálvez Haberle

Les colons, de Felipe Gálvez Haberle : des pionniers génocidaires dans le Chili du début du  XXe siècle dans un western revisité qui met à l’honneur les Indiens et la beauté sauvage de la Terre de Feu.

Synopsis :  Terre de Feu, République du Chili, 1901. Un territoire immense, fertile, que l’aristocratie blanche cherche à « civiliser ». Trois cavaliers sont engagés par un riche propriétaire terrien, José Menendez, pour déposséder les populations autochtones de leurs terres et ouvrir une route vers l’Atlantique. Sous les ordres du lieutenant MacLennan, un soldat britannique, et d’un mercenaire américain, le jeune métis chilien, Segundo, découvre le prix de la construction d’une jeune nation : celui du sang et du mensonge…

La chevauchée sauvage

Aller voir Les Colons du chilien  Felipe Gálvez Haberle sans aucun a priori et en ressortir estomaqué. Avoir été attiré par une image, une seule, qui fait penser au magnétique Jauja de l’argentin Lisandro Alonso, et être immédiatement persuadé qu’on tient là un film hors du commun.

La ressemblance avec Jauja s’avère finalement mince. Les deux films, tournés au format 1:33,  magnifient d’une manière extraordinaire leurs paysages respectifs, la Terre de feu de la Patagonie chilienne pour les Colons, la verte Pampa – pour  une partie avant que tout ne devienne minéral et gris – pour le film argentin. Pour le reste, alors que Jauja part dans le délire onirique, voire métaphysique, le chilien embrasse un genre western revisité pour narrer un pan important de l’histoire du Chili : revisité car le sauvage y est clairement le colon et non l’Indien.

Nous sommes en 1901 ; le pouvoir chilien vient de donner à des Européens la possibilité de s’accaparer des terres du sud du pays ; Jose Menéndez (le toujours excellent Alfredo Castro), un colon espagnol venant des Asturies et faisant fortune dans l’élevage ovin règne sur une grande partie de ces terres. L’histoire nous apprend que ces familles de colons du Sud seront en tout et pour tout au nombre de cinq, à régner sur des millions d’hectares. Son homme de main est le « lieutenant » britannique Alexander MacLennan (Mark Stanley), qui  ouvre le film avec une séquence où il tire sur un homme qu’il estime inutile puisque venant de perdre  sa main dans un accident. La scène est violente, mais les gesticulations grotesques de l’homme ensanglanté à terre nous arrachent un sourire, et cet humour grinçant et caustique teintera le film de loin en loin.

Menéndez ordonne à MacLennan de partir « ouvrir » la route vers l’océan pour ses moutons . Ce dernier part avec Segundo (Camilo Arancibia), un métis dont le seul mérite à ses yeux est d’être un très bon tireur. Son patron lui adjoint Bill (Benjamin Westfall), un mercenaire américain bas de plafond, tueur de Comanches, qui sait « renifler un indien à des kilomètres ». Parce  qu’ « ouvrir » une route , c’est ça : exterminer les Indiens qui se trouvent sur leur chemin, les Selknam qui sont une des ethnies peuplant la Patagonie.

Le film est divisé en de larges tableaux qui recoupent les rencontres  faites par ce trio peu aimable, mal assorti, se méprisant les uns les autres, à l’exception de Segundo. Des rencontres mettant en exergue la veulerie et la bêtise de MacLennan et de Bill. Le focus est plutôt sur Segundo, un homme taciturne qui pose le même regard accusateur que le spectateur sur les deux autres et leurs exactions. Mais c’est aussi le regard terrorisé d’un homme à moitié indien, qui a dû accepter cette  mission en craignant pour sa vie à tout instant. Les scènes d’extermination ou de viol se passent dans une pénombre et une purée épaisses, à peine les distingue-t-on quand ils lavent le sang qui les a éclaboussés. Segundo fait ce qu’il peut pour tenir les Indiens à distance de la folie meurtrière de ses « compères». Felipe Gálvez Haberle  montre très peu, mais très bien, toujours dans le cadre d’un sens esthétique exacerbé.

Si le film avait besoin d’être encore plus explicite quant à ses ambitions de rétablir la vérité sur le programme génocidaire de ces colons – noms de rues et statues à la gloire de Menéndez et ses semblables fleurissent toujours au Chili  – sa deuxième partie, se déroulant quelques années plus tard au domicile cossu du grand propriétaire, achève d’enfoncer le clou. Sous couvert de sermonner le colon, un représentant du gouvernement s’invite chez Menéndez pour maquiller la réalité des massacres, en tentant de filmer Segundo et son épouse Selknam, une survivante, en les érigeant en témoins. Tentative vaine puisqu’elle montre le peu de résistance qui est en son pouvoir, en refusant de boire le thé le petit doigt en l’air, engoncée dans la robe européenne dont on l’a attifée.

La résistance est aussi dans la caméra du cinéaste, qui réussit de manière impressionnante non seulement à contribuer au rétablissement de cette vérité taboue, de ce génocide qui à ce jour n’a jamais été reconnu comme tel, mais également à opérer un vrai geste de cinéma en détricotant avec brio et humour le genre du western tout en en gardant tous les codes (telle que la musique). Pas mal pour un premier long-métrage !

Les Colons – Bande annonce

Les Colons – Fiche technique

Titre original : Los Colonos
Réalisateur : Felipe Gálvez Haberle
Scenario : Antonia Girardi, Felipe Gálvez Haberle, en collaboration avec Mariano Llinás
Interprétation : Sam Spruell (Colonel Martin), Mark Stanley (Alexander MacLennan), Alfredo Castro (José Menéndez), Marcelo Alonso (Vicuña), Benjamin Westfall (Bill), Camilo Arancibia (Segundo), Mishell Guaña (Kiepja), Adriana Stuven (Josefina Menéndez)
Photographie : Simone D’Arcangelo
Montage Matthieu Taponier
Musique : Harry Allouche
Producteurs : Stefano Centini , Santiago Gallelli, Thierry Lenouvel, Anthony Muir, Matias Roveda, Giancarlo Nasi, Benjamín Domenech ; Coproducteurs : Fernando Bascuñán, Kristina Börjeson, Eva Jakobsen, Mikkel Jersin, Katrin Pors, Ingmar Trost
Maisons de production : Quijote Films, Rei Cine, Quiddity Films, Volos Films Co, Maisons de co-production : Film i Väst, Ciné-Sud Promotion, Cinema Inutile, Snowglobe Films, Sutor Kolonko
Distribution (France) : Sophie Dulac Distribution
Durée : 97 min.
Genre : Drame
Date de sortie : 20 Décembre 2023
Chili|Argentine|Royaume-Uni|Taïwan|Allemagne|Suède|France|Danemark– 2023

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4.5

La flamboyance nerveuse de Munch, un film inspiré et habité

Munch de Henrik Martin Dahlsbakken restitue dans un portrait diffracté tout en vibrations voluptueuses l’incandescence, la gravité folle et la mélancolie de l’artiste norvégien.

Décidément la vie d’Edvard Munch rend les cinéastes inspirés.

La Danse de la vie de Joel Peter Watkins est un chef d’œuvre indépassable arrivant à mêler des dispositifs très hétérogènes( le procédé documentaire investiguant la vie de Munch et donnant à voir de manière tactile, fébrile et sensorielle son geste pictural s’entrelaçant à un film sur l’artiste, son époque, ses fièvres existentielles autant qu’à une fiction totale) pour faire jaillir une œuvre foisonnante de 3h30, passionnante et terriblement marquante.

Munch de Henrik Martin Dahlsbakken a vu son prédécesseur. C’est sûr. C’est bien. Cela donne envie de revoir La Danse de la vie. De rester 1h30 de plus. C’est excellent. Et cela n’ôte en rien à l’incandescence et au feu de ce Munch ci, diffracté et éthéré, égaré et lucide.

Henrik Martin Dahlsbakken choisit tout en voluptés vitales et clairvoyances crâniennes la topologie Freudienne pour fabriquer le clivage scénaristique et le portrait polymorphe de l’artiste norvégien. 

Qui n’a jamais éprouvé cette dérangeante et démente sensation de ne pas se ressembler, de ne pas reconnaitre celui qu’on a été, ou plus exactement de se sentir autre à des époques de sa vie? Qui ne s’est jamais remémoré sa jeunesse en éprouvant une distanciation déstabilisante face au souvenir de «  soi-même »?

C’est sur cette sensation d’inquiétante étrangeté, universelle et désarçonnante que le réalisateur construit son axe narratif.

Nous allons suivre Munch, sa vie plurielle, son identité torturée et cohérente à travers 4 époques: sa jeunesse, sa vieillesse, scansions stables et sûres, et deux autres plus nerveuses et labiles, la vie créative jaillissante adulte à Berlin et son corollaire l’hospitalisation à Copenhague dans une clinique pour fous. 

L’audace forte du réalisateur est d’aller jusqu’au bout de cette idée que nous soyons des modalités différentes de nous-mêmes en choisissant pour les 4 époques 4 acteurs différents.

Cet éclatement des personnes restitue à merveille la fragmentation de la psychè de Munch: le jeune Munch languide et tourmenté, amoureux et mélancolique, le Munch mature de Berlin humilié, incompris et tout près de l’effondrement, le Munch de l’hôpital psychiatrique réflexif et psycho-analyste de son psy, le Munch vieillard ayant traversé toutes ces secousses, douloureux, solitaire et apaisé.

Le film se tisse sur les fréquences et vibrations émotionnelles de ces mois étrangers et pourtant identiques, enchevêtrant chacun des âges et des fragments de soi de Munch, les faisant dialoguer avec le passé et l’avenir du personnage comme cela se passe en vérité dans toute vie humaine tissée de tous nos hapax, de tous ces moments de chavirement où la vie bascule et où plus rien ne s’avère semblable

Sismographie des états d’âmes et de la vie sensible d’un homme voyant, portraits de l’artiste en homme génial et élu, Munch saisit avec profondeur, fulgurance et fièvre les angoisses et « déséquilibres spirituels » de toute vie appelée par la création. 

Quelques scènes sont ratées insistant sur la déstructuration psychique du peintre. Qu’importe lorsqu’on fait un film d’une aussi belle tenue. Sachons « sans ironie et sans sarcasme » accepter tout le maëlstrom de cette vie, de cet homme sachant regarder de toute son humanité fébrile sous les masques des êtres.

Bande-annonce : Munch

Fiche technique : Munch

De Henrik Martin Dahlsbakken
Par Mattis Herman Nyquist, Gine Cornelia Pedersen
Avec Alfred Ekker Strande, Mattis Herman Nyquist, Ola G. Furuseth
20 décembre 2023 en salle / 1h 45min / Biopic, Drame
Distributeur Kinovista

Peinture Algorithmique : Quand les Machines Apprennent à Rêver en Couleurs

Dans son atelier d’Istanbul en 2008, Refik Anadol coinça le terme « data painting » en découvrant que les données constituent une forme de mémoire collective. Il commence à peindre avec des algorithmes, transformant des millions d’images en cascades liquides de couleur. À Charleston, Caroline du Sud, Mike Winkelmann (Beeple) crée une œuvre chaque jour depuis le 1er mai 2007 — aujourd’hui plus de 6800 jours sans interruption —, 5000 images dystopiques devenues NFT vendu 69 millions de dollars. Sur nos écrans, les épisodes de Love, Death & Robots explorent des dizaines d’esthétiques digitales impossibles en peinture traditionnelle. Dans les jeux vidéo, Red Dead Redemption 2 recrée l’Hudson River School en temps réel, pixel par pixel. Et sur TikTok, des millions d’utilisateurs appliquent des filtres IA qui repeignent leurs visages selon des algorithmes de beauté. La peinture a quitté la toile. Elle est devenue flux — circulation infinie d’images dégradées que la théoricienne Hito Steyerl nomme « poor images », copies en mouvement qui se compriment, se remixent, se propagent. Du data painting aux deepfakes, des avatars personnalisés aux prompts Midjourney, nous vivons l’ère de la peinture algorithmique : l’image n’est plus surface fixe mais processus vivant, mutation permanente, hallucination contrôlée. Bienvenue dans le monde où les machines apprennent à rêver en couleurs, où chaque écran devient toile potentielle, où peindre signifie écrire du code ou formuler des mots pour qu’une intelligence artificielle génère ce que l’imagination humaine seule ne pourrait concevoir.

I. De la toile à l’écran : l’image flux

Pendant des siècles, la peinture a signifié une chose simple : appliquer du pigment sur une surface. La toile attendait, inerte, que l’artiste vienne y déposer sa vision. L’œuvre achevée restait fixe, immuable, unique. Un Vermeer de 1665 existe toujours dans sa matérialité d’origine — les mêmes pigments sur la même toile, accrochée dans le même espace physique. Mais aujourd’hui, la peinture a quitté ce régime de permanence pour entrer dans celui du flux perpétuel.

La théoricienne allemande Hito Steyerl a nommé ce phénomène dans son essai fondateur In Defense of the Poor Image (2009). Elle y décrit un nouveau type d’image qui circule sur nos écrans :

« L’image pauvre est une copie en mouvement. Sa qualité est mauvaise, sa résolution médiocre. En accélérant, elle se dégrade. C’est un fantôme d’image, un aperçu, une vignette, une idée errante, une image itinérante distribuée gratuitement, compressée à travers des connexions digitales lentes, reproduite, arrachée, remixée, copiée et collée dans d’autres canaux de distribution. »
— Hito Steyerl, In Defense of the Poor Image, 2009
(« The poor image is a copy in motion. Its quality is bad, its resolution substandard. As it accelerates, it deteriorates. »)

Cette « image pauvre » n’a plus rien à voir avec l’original précieux conservé dans un musée. Elle existe dans sa circulation même, dans son passage d’écran en écran, de plateforme en plateforme. Steyerl poursuit :

« L’image pauvre ne concerne plus la chose réelle — l’original originel. Au lieu de cela, elle concerne ses propres conditions d’existence réelles : la circulation en essaim, la dispersion digitale, les temporalités fracturées et flexibles. »
— Hito Steyerl, In Defense of the Poor Image

Le pixel a remplacé le pigment, mais pas seulement sur le plan matériel. C’est toute la logique de l’image qui a changé. Lev Manovich, théoricien des nouveaux médias, l’explique dans The Language of New Media (2001) :

« La culture visuelle de l’ère informatique est cinématographique dans son apparence, digitale au niveau de son matériau, et computationnelle — c’est-à-dire pilotée par logiciel — dans sa logique. »
— Lev Manovich, The Language of New Media, 2001

Pourtant, Manovich note aussi une continuité troublante : nous regardons toujours des surfaces rectangulaires et plates. L’écran a remplacé la toile, mais la fenêtre demeure. Ce qui a changé, c’est ce qui se passe derrière cette fenêtre : non plus une image fixe, mais un flux permanent, une mutation constante, un processus vivant. Des artistes aux plateformes sociales, des musées aux jeux vidéo, la peinture numérique infiltre désormais tous les écrans de notre quotidien.

II. Artistes numériques : nouveaux gestes, nouvelles matières

Refik Anadol : data painting

Dans son studio de Los Angeles, Refik Anadol ne touche pas de pinceaux. Né en 1985 à Istanbul, cet artiste turco-américain peint avec des données. Son médium : des millions d’images transformées par des réseaux de neurones artificiels. Son résultat : des cascades liquides de couleur qui ne sèchent jamais, des hallucinations visuelles générées par des machines qui rêvent.

« Data is a form of memory, and memory can take any shape, form, or color. »
— Refik Anadol

En 2022, le MoMA de New York confie à Anadol sa collection entière : 320 000 œuvres numérisées. L’artiste entraîne un modèle d’intelligence artificielle sur cet immense corpus visuel. Le résultat, Unsupervised, est projeté sur la façade vitrée du musée : un flux continu d’images hallucinées qui ne ressemblent à aucune œuvre spécifique de la collection, mais qui portent en elles la mémoire visuelle de toute l’histoire de l’art moderne. Des formes abstraites émergent, se dissolvent, se métamorphosent — Kandinsky fondu avec Pollock, Mondrian liquéfié en Rothko.

Anadol décrit son processus comme une collaboration active avec la machine. Il rejette l’idée d’un art autonome généré par l’IA :

« Je ne m’intéresse pas à la réalité. Je pense que les collaborations humain-machine sont plus pertinentes et positives pour l’avenir. »
— Refik Anadol

Son équipe compte quinze personnes : architectes, ingénieurs en IA, musiciens, designers. Ensemble, ils collectent des datasets massifs — 70 millions de photos de la nature pour Large Nature Model, des données météorologiques pour Wind of Boston, l’archive complète d’une bibliothèque pour Archive Dreaming (2016), sa première œuvre d’intelligence artificielle dans un espace public. Le processus est précis : collecte de données, nettoyage, entraînement de réseaux de neurones, génération d’images, projection sur des surfaces architecturales.

Mais la question reste ouverte :

« Si une machine peut apprendre, peut-elle rêver ? »
— Refik Anadol

Au printemps 2026 (mars-avril), Anadol ouvre Dataland au Grand LA (conçu par Frank Gehry), le premier musée entièrement dédié à l’art généré par intelligence artificielle. Un espace où les pigments traditionnels n’existeront pas, remplacés par ce qu’il appelle des « molécules qui ne sèchent jamais » — des flux de données en perpétuelle mutation.

Beeple : l’everyday et le NFT

Mike Winkelmann, connu sous le nom de Beeple, suit une discipline d’une rigueur monacale : depuis le 1er mai 2007, il crée une œuvre numérique chaque jour. Pas un seul jour manqué en plus de dix-huit ans. Naissance d’enfants, voyages, maladie — rien ne l’arrête. Le projet Everydays est devenu un journal visuel dystopique de notre époque : Mickey Mouse déformé, Donald Trump en cyborg obèse, paysages post-apocalyptiques saturés de néons.

« Ce que je fais n’est pas vraiment différent de quelqu’un qui peint un tableau ; j’utilise juste des outils différents. Je crois qu’à l’avenir, bien plus de gens créeront de l’art sur ordinateur qu’avec un pinceau. »
— Beeple

En mars 2021, Christie’s vend Everydays: The First 5000 Days — un collage de 5000 images quotidiennes — pour 69,3 millions de dollars sous forme de NFT (token non fongible). L’acheteur, Vignesh Sundaresan, acquiert un certificat numérique prouvant sa propriété de l’œuvre, mais pas le copyright de l’image elle-même. Beeple insiste sur cette distinction :

« Les gens ne comprennent pas que quand vous achetez un NFT, vous avez le token. Vous pouvez afficher le token et montrer que vous possédez le token, mais vous ne possédez pas le copyright de l’art représenté par le token. »
— Beeple

Cette vente record a déclenché une frénésie spéculative autour des NFT, suivie d’un effondrement du marché. Beeple, lucide, observe :

« Les NFT ont été détestés bien plus longtemps qu’ils ont été aimés. Il y a eu cette fenêtre très brève où les gens disaient « Oui, c’est le futur », puis c’est revenu à « Oh, espèce de merde, ne me mets pas ce mal sur le dos. » »
— Beeple, Royal Academy of Arts, Londres, 2024

Pourtant, il continue de créer chaque jour dans son studio de 4650 mètres carrés à Charleston. Son travail pour Justin Bieber, Katy Perry, Louis Vuitton finance cette discipline obsessionnelle. L’art numérique, pour lui, n’est pas une mode passagère mais le langage visuel dominant de notre époque — celui des applications, des publicités, des films, des jeux vidéo que nous consommons quotidiennement.

TeamLab, Ian Cheng, Sougwen Chung : variations sur le vivant

D’autres artistes explorent différentes facettes de la peinture numérique vivante. Le collectif japonais TeamLab crée des installations immersives où des cascades digitales réagissent aux mouvements des spectateurs, où des fleurs virtuelles éclosent au passage des visiteurs. À Tokyo comme à Paris, leurs expositions transforment des salles entières en tableaux interactifs — la nature digitale comme organisme vivant.

Ian Cheng pousse plus loin l’autonomie de l’œuvre avec ses « simulations vivantes » : des écosystèmes virtuels qui évoluent sans intervention humaine. L’intelligence artificielle peint en temps réel, créant des paysages qui ne se répètent jamais. Chaque visiteur voit une version unique de l’œuvre — la peinture comme organisme qui respire, qui décide, qui existe indépendamment de son créateur.Sougwen Chung, elle, explore la collaboration littérale entre humain et machine. Sur scène, elle dessine en duo avec un bras robotique qu’elle a entraîné sur son propre style. Qui dessine vraiment ? La main humaine ou son double mécanique ? La série Drawing Operations brouille volontairement cette frontière, posant la question de l’authorship dans un monde où les machines apprennent nos gestes.

III. Cinéma et séries : esthétiques en mutation

Love, Death & Robots : anthologie des possibles

Sur Netflix, l’anthologie Love, Death & Robots (2019-présent), produite par Tim Miller et David Fincher, fonctionne comme un catalogue expérimental des possibilités esthétiques de l’animation CGI. Chaque épisode adopte un style visuel radicalement différent, explorant des territoires impossibles pour la peinture traditionnelle ou même le cinéma live-action.

Zima Blue (Saison 1, épisode 14) raconte l’histoire d’un peintre robot en quête de l’origine de sa créativité. Le bleu Zima — sa couleur signature — se révèle être la première mémoire de sa conscience : le carrelage bleu d’une piscine qu’il nettoyait avant de devenir artiste. L’épisode explore la question même de la création : qu’est-ce que créer ? D’où vient l’art ? Le style semi-réaliste aux tons froids renforce cette méditation mélancolique.The Witness (Saison 1, épisode 3), réalisé par Alberto Mielgo, plonge dans un Hong Kong néon où une femme poursuit son meurtrier dans une boucle temporelle infinie. Le photoréalisme extrême des reflets sur l’asphalte mouillé, la saturation cyberpunk des enseignes lumineuses — chaque frame pourrait être un tableau. La poursuite circulaire devient métaphore visuelle : l’image qui se mord la queue, le loop éternel de nos écrans.Jibaro (Saison 3, épisode 9), qui a remporté l’Emmy 2022, pousse l’expérimentation encore plus loin. Une sirène dorée liquide séduit des conquistadors dans un ballet quasi-abstrait où le son et l’image fusionnent. L’or coule comme de la peinture vivante sur les corps, transformant la violence en chorégraphie esthétique troublante.À l’opposé, The Secret War (Saison 1, épisode 18) atteint un photoréalisme si parfait que l’animation devient indiscernable du live-action. Des soldats soviétiques combattent des démons dans la neige — les ombres, le feu, les expressions faciales sont capturés avec une précision qui défie la réalité. Chaque épisode de Love, Death & Robots prouve que l’animation CGI offre désormais une liberté totale : du cartoon au photoréalisme, de l’abstrait au documentaire, toutes les esthétiques sont possibles. La question se pose : ces expérimentations influencent-elles le cinéma « réel » ? Ou créent-elles un nouveau langage visuel, propre au numérique ?

Spider-Man, The Creator, Everything Everywhere : mutations du regard

Spider-Man: Into the Spider-Verse (2018, Sony Pictures Animation) a révolutionné l’animation en capturant enfin l’esthétique d’un comic book en mouvement. Les points Benday des bandes dessinées imprimées bougent à l’écran, les frame rates se mélangent (12 et 24 images par seconde simultanément), des lignes dessinées à la main sont ajoutées sur la CGI 3D. Le résultat : la texture même du papier imprimé devient animation fluide. L’Oscar de la meilleure animation 2019 a validé cette approche radicale.

Chaque Spider-person possède son propre style visuel : Miles Morales évoque le graffiti urbain, Spider-Gwen baigne dans une palette pastel aquarelle, Spider-Noir existe en pur noir et blanc, Peni Parker incarne l’anime japonais. Un seul film contient cinq esthétiques distinctes qui coexistent — la peinture en mouvement, démultipliée. The Creator (2023) de Gareth Edwards adopte une approche inverse : avec un budget relativement modeste (80 millions de dollars), le film utilise la caméra Sony FX3 accessible et des effets visuels pour créer un univers de science-fiction photoréaliste. Comment représenter visuellement l’intelligence artificielle ? Edwards choisit la fusion organique-synthétique, des androïdes dont les crânes transparents laissent voir des circuits luminescents. L’IA devient visible, incarnée, presque humaine. Everything Everywhere All at Once (2022) des Daniels embrasse le chaos visuel comme principe narratif. Le multivers devient prétexte à jongler entre tous les styles : du cartoon 2D au photoréalisme, de l’esthétique TikTok/meme à l’absurde pur (les doigts en hot-dogs, les yeux googly). Le low-fi devient choix délibéré contre le polish des blockbusters — une esthétique de l’overflow, du trop-plein visuel qui reflète notre saturation médiatique. Blade Runner 2049 (2017) de Denis Villeneuve propose encore une autre voie : le sublime froid de Joi, l’intelligence artificielle holographique incarnée par Ana de Armas. Le chef opérateur Roger Deakins sculpte la lumière (palette orange et bleu signature) pour créer une beauté synthétique parfaite. Les hologrammes géants de Joi qui flottent sur Los Angeles posent la question : peut-on aimer une IA ? Les effets visuels sont si seamless qu’ils deviennent invisibles — la fusion totale du réel et du généré.

IV. Jeux vidéo : tableaux interactifs et jouables

Si le cinéma explore des esthétiques en mutation, le jeu vidéo va plus loin : il rend ces tableaux jouables. Le spectateur devient acteur, le cadrage devient choix, la contemplation devient interaction.

Red Dead Redemption 2 : paysages Hudson River School en temps réel

Red Dead Redemption 2 (Rockstar Games, 2018) transpose la tradition picturale américaine du 19ᵉ siècle — l’Hudson River School de Thomas Cole et Frederic Church — en monde ouvert interactif. Les paysages de l’Ouest américain sont rendus avec une attention maniaque à la lumière naturaliste : chaque coucher de soleil, chaque aube brumeuse, chaque orage utilise un système météorologique dynamique et une photogrammétrie qui capture la réalité pour la transformer en espace jouable.

Le mode photo intégré au jeu transforme les joueurs en photographes-peintres. Ils cadrent, ajustent la profondeur de champ, appliquent des filtres, capturent des instants. Instagram regorge de milliers de « tableaux » extraits de RDR2 — chaque frame devient potentiellement une œuvre. Soixante heures de gameplay offrent une exposition infinie de paysages que le joueur traverse, habite, photographie. Le jeu vidéo devient-il un musée interactif où chaque joueur est à la fois visiteur et commissaire d’exposition ?

Ghost of Tsushima : estampes japonaises vivantes

Ghost of Tsushima (Sucker Punch, 2020) transpose les estampes ukiyo-e de Hokusai et Hiroshige en 3D temps réel. Le Japon féodal devient toile interactive où le vent fait danser les herbes hautes et les feuilles d’automne — le vent lui-même agit comme un pinceau invisible qui guide le joueur à travers des compositions visuelles soigneusement orchestrées.

Le mode Kurosawa pousse l’hommage à son paroxysme : tout le jeu peut être joué en noir et blanc avec un grain film, référence directe au cinéma de samouraï d’Akira Kurosawa. Un choix esthétique radical qui transforme le gameplay en expérience cinématographique — la palette automnale dorée disparaît au profit d’un monochrome contemplatif.

The Last of Us Part II, Death Stranding, Cyberpunk 2077 : trois visions

The Last of Us Part II (Naughty Dog, 2020) se concentre sur le portrait émotionnel. La motion capture pousse le réalisme des expressions faciales à l’extrême : chaque ride, chaque larme, chaque grimace de douleur est capturée. Les visages deviennent toiles d’émotion pure, portraits psychologiques en temps réel. La violence du jeu est représentée avec un réalisme brutal — la destruction de l’environnement comme geste pictural, questionnement implicite : la violence esthétisée dénonce-t-elle ou célèbre-t-elle ?

Death Stranding (Hideo Kojima, 2019) utilise la photogrammétrie pour scanner des acteurs réels (Norman Reedus, Mads Mikkelsen) et des paysages islandais. Chaque rocher existe dans sa précision géologique. Le résultat : un sublime désolé où la marche elle-même devient performance artistique. Traverser ces espaces vides, c’est habiter un tableau en mouvement — la contemplation comme gameplay.Cyberpunk 2077 (CD Projekt Red, 2020) adopte l’approche inverse : Night City est une toile urbaine saturée de néons roses, bleus, violets. L’esthétique Blade Runner est poussée à son paroxysme avec une pluie réfléchissante constante et des publicités holographiques qui deviennent coups de pinceau lumineux. L’open world comme galerie sans fin où chaque rue est une composition visuelle différente.Trois visions du futur : la désolation contemplative de Kojima, le portrait émotionnel brutal de Naughty Dog, la saturation néon de CD Projekt Red. Le jeu vidéo devient laboratoire esthétique où chaque studio développe son langage pictural propre.

V. Filtres et réseaux sociaux : la peinture du quotidien

Instagram, TikTok, Snapchat : nouveaux pinceaux

Si les artistes et les studios explorent les frontières de la peinture numérique, les filtres de réseaux sociaux la démocratisent radicalement. Chaque jour, des milliards d’utilisateurs appliquent des algorithmes de beauté sur leurs visages — lissage automatique de la peau, agrandissement des yeux, modification de la structure faciale. Le selfie devient autoportrait digital quotidien, l’application d’un filtre devient geste pictural banal.

Les filtres de réalité augmentée (AR) vont plus loin. Spark AR (Meta/Instagram), Lens Studio (Snapchat), Effect House (TikTok) permettent à des créateurs indépendants de développer leurs propres filtres. Une nouvelle catégorie d’artistes émerge : les designers de filtres, dont certaines créations deviennent virales et sont utilisées des millions de fois. Le filtre « Bold Glamour » de TikTok en 2023 a fasciné par sa capacité à modifier les visages en temps réel avec une précision troublante — les algorithmes de beauté deviennent standards esthétiques universels.Mais ces pinceaux démocratiques posent des questions inquiétantes : assiste-t-on à une homogénéisation des visages ? Les mêmes nez, les mêmes lèvres, les mêmes proportions dictées par des algorithmes entraînés sur des datasets biaisés ? La facilité d’accès à ces outils permet-elle une créativité nouvelle ou impose-t-elle un conformisme esthétique algorithmique ? Chaque utilisateur devient-il peintre de son propre visage ou prisonnier d’un modèle standardisé ?Le corps « instagrammable » — lisse, symétrique, conforme — devient-il la nouvelle norme ? Et dans ce processus, où se trouve le visage « authentique » ? Existe-t-il encore, ou sommes-nous déjà tous devenus nos versions filtrées ?

Deepfakes : peindre le réel

Si les filtres modifient en temps réel, les deepfakes permettent de « repeindre » entièrement un visage existant. Cette technologie d’intelligence artificielle remplace un visage par un autre dans une vidéo avec un réalisme parfois troublant.

Certains artistes explorent ce territoire avec des intentions critiques ou poétiques. Le projet Dalí Lives (2019) au Musée Dalí de Saint-Pétersbourg, Floride, utilise un deepfake de Salvador Dalí pour accueillir les visiteurs — l’artiste surréaliste ressuscité numériquement, commentant ses propres œuvres. Une résurrection digitale qui pose la question de l’identité post-mortem : qui contrôle l’image d’un artiste après sa mort ?Bill Posters, artiste activiste, crée des deepfakes de Mark Zuckerberg pour critiquer le capitalisme de surveillance. Son projet Spectre détourne la technologie même développée par les géants de la tech pour questionner leur pouvoir. Jordan Peele et BuzzFeed ont créé en 2018 un deepfake d’Obama mettant en garde contre la désinformation : « Stay woke, bitches » — une sensibilisation aux dangers par l’utilisation même de l’outil.Le collectif Corridor Crew, spécialisé en effets visuels sur YouTube, produit des deepfakes expérimentaux tout en discutant ouvertement de leurs implications éthiques. Leur approche pédagogique montre comment la technologie fonctionne, rendant le public plus conscient de ce qu’il regarde.Mais la question demeure : les deepfakes sont-ils une nouvelle forme d’art ou une menace pour la vérité de l’image ? Si n’importe quel visage peut être « repeint » sur n’importe quelle vidéo, comment distinguer le réel du faux ? Qui contrôle notre image digitale ? Et dans un monde où voir ne signifie plus croire, quel statut accorder aux images ?

VI. Avatars et identités digitales : devenir image

VTubers et idoles virtuelles : abandonner le corps

En 2007, un logiciel vocal japonais nommé Vocaloid crée Hatsune Miku, une chanteuse virtuelle aux cheveux turquoise. Depuis, elle a donné des concerts holographiques devant des milliers de fans, « chanté » des milliers de chansons créées par sa communauté, et existe comme idole sans corps physique. Hatsune Miku n’a jamais eu de corps — elle est pure image animée, pure voix synthétique, et pourtant son existence culturelle est totalement réelle.

Les VTubers (Virtual YouTubers) poussent ce concept plus loin : des streamers humains réels abandonnent leur apparence physique au profit d’avatars animés en temps réel. Kizuna AI, pionnière en 2016, a lancé une industrie désormais évaluée à plusieurs milliards de dollars. Ces créateurs diffusent pendant des heures avec des avatars qui réagissent à leurs mouvements et expressions faciales grâce à la motion capture. Le corps physique devient invisible, remplacé par une identité digitale choisie.La question se pose : sommes-nous plus « nous-mêmes » en avatar qu’en corps physique ? L’avatar offre-t-il une liberté identitaire totale — changer de genre, d’espèce, de proportions — ou crée-t-il une nouvelle performance permanente, une version idéalisée qui nie le corps réel ?

Metaverse et gaming : s’acheter soi-même

En 2021, Balenciaga lance une collection de vêtements pour avatars dans Fortnite. Des millions de joueurs achètent ces tenues virtuelles avec de l’argent réel. Gucci, Louis Vuitton suivent. Une économie virtuelle se développe où les skins (apparences des personnages) valent parfois des centaines, voire des milliers de dollars.

Dans Fortnite, League of Legends, Valorant, le choix d’un skin devient expression identitaire. La rareté digitale crée de la valeur : certains skins limités deviennent objets de collection. Mais pourquoi payer pour des vêtements qui n’existent pas physiquement ?Parce que ces espaces virtuels sont habités des heures durant. Dans Les Sims, GTA Online, Red Dead Online, les joueurs passent parfois plus de temps à customiser leur avatar qu’à jouer. Les MMOs comme Final Fantasy XIV ou World of Warcraft offrent des systèmes de customisation tellement détaillés que certains joueurs y consacrent des dizaines d’heures.Nos avatars sont-ils des autoportraits idéalisés ? Des versions « peintes » de nous-mêmes, corrigées, améliorées, fantasmées ? Ou sont-ils des identités entièrement nouvelles, des performances de soi dans un espace où les contraintes physiques n’existent plus ?

Profils réseaux sociaux : curation de soi

Chaque photo de profil est un autoportrait digital soigneusement choisi. Elle représente une version contrôlée de soi, changeant selon le contexte — professionnelle sur LinkedIn, personnelle sur Instagram, anonyme sur Twitter. Les « finstas » (fake Instagram, comptes secondaires) permettent de multiplier les identités : un compte public poli, un compte privé authentique.

Nous sommes devenus nos propres commissaires d’exposition. Nous choisissons quelles images de nous montrer, construisons un narratif visuel de nos vies, effaçons ce qui ne correspond pas à l’image que nous voulons projeter. Chaque profil est une galerie personnelle, une collection d’autoportraits fragmentés. Sommes-nous encore nous-mêmes, ou sommes-nous devenus les conservateurs de musées dédiés à nos propres personnes ? L’authenticité existe-t-elle encore quand chaque moment partagé est cadré, filtré, optimisé pour la visibilité algorithmique ?

VII. IA générative : peindre avec des mots

Les outils : Midjourney, DALL-E, Stable Diffusion, Sora

En 2022, l’intelligence artificielle générative devient accessible au grand public. Midjourney, DALL-E, Stable Diffusion permettent soudain à n’importe qui de créer des images complexes en tapant simplement des mots. Le « prompt » — instruction textuelle donnée à l’IA — devient le nouveau pinceau. « Prompt engineering » devient une compétence : savoir formuler précisément ce qu’on veut voir généré.

Midjourney, lancé par David Holz via Discord, développe rapidement une esthétique distinctive — souvent « trop belle », saturée, léchée. Sa version 6 (2024) atteint un photoréalisme troublant. DALL-E, développé par OpenAI et intégré à ChatGPT, permet l’inpainting (modifier des parties spécifiques d’image) et l’outpainting (étendre une image au-delà de ses bords). Stable Diffusion, open source développé par Stability AI, peut tourner localement sur un ordinateur personnel, ce qui génère une communauté active de modifications et de forks. Puis en 2024, OpenAI dévoile Sora : génération de vidéos de 60 secondes à partir de descriptions textuelles. « Cinéma sans caméra » — il suffit d’écrire « un chien golden retriever jouant dans un parc enneigé » pour obtenir une vidéo cohérente, fluide, photoréaliste. La progression est vertigineuse : en 2022, les images générées par IA étaient floues, déformées, avec des mains à six doigts ; en 2025, elles sont parfois indiscernables de photographies réelles. La barrière d’entrée à la création visuelle a presque disparu. Des millions d’images sont générées chaque jour. Mais cette démocratisation radicale pose une question : trop d’images tue-t-il l’image ? Quand n’importe qui peut générer n’importe quelle vision en quelques secondes, l’image conserve-t-elle de la valeur ?

Artistes et IA : collaboration ou remplacement ?

Certains artistes embrassent l’IA comme un nouvel outil créatif. Refik Anadol, déjà mentionné, utilise des modèles sur mesure entraînés sur des datasets spécifiques. Holly Herndon, musicienne et artiste visuelle, a créé « Holly+ » — un clone vocal IA d’elle-même, open source, que n’importe qui peut utiliser. Elle explore la question de l’ownership et de l’identité : que signifie « posséder » sa voix quand une machine peut la reproduire parfaitement ?

Anna Ridler adopte une approche hybride fascinante : elle peint à la main des milliers de tulipes, crée un dataset visuel entièrement manuel, puis entraîne une IA dessus. Son projet Mosaic Virus (2018) génère des tulipes uniques qui n’existent pas, mais qui portent en elles le geste de sa main — un processus où l’humain et la machine collaborent à chaque étape. Memo Akten, avec sa série Learning to See, visualise comment l’IA « voit » le monde. Ses œuvres de deep learning art sont pédagogiques autant qu’esthétiques — elles montrent les processus internes des réseaux de neurones, rendant visible l’invisible.Le spectre est large : certains gardent un contrôle total, d’autres laissent l’IA décider partiellement. La question reste ouverte : où se trouve la créativité ? Dans le choix du dataset ? Dans la formulation du prompt ? Dans la sélection du résultat ? Ou la créativité existe-t-elle maintenant dans la collaboration même entre humain et machine ?

Controverses : copyright, emploi, éthique

Greg Rutkowski, artiste concept polonais, est devenu malgré lui le symbole d’une controverse majeure. Son nom est le mot-clé le plus utilisé sur Midjourney : « in the style of Greg Rutkowski » génère instantanément des images qui imitent son style distinctif. Le problème ? Rutkowski n’a jamais consenti à cela. Les IA génératives ont été entraînées sur des millions d’œuvres trouvées en ligne, sans permission des artistes.

En 2023 et 2024, plusieurs class action lawsuits sont lancées contre Stability AI, Midjourney et DeviantArt. L’argument : entraîner des modèles sur des œuvres protégées par copyright sans permission constitue un vol. Le contre-argument : l’IA apprend comme les humains apprennent, en observant des œuvres existantes — c’est du fair use. Getty Images poursuit Stability AI pour avoir utilisé 12 millions d’images de sa base de données, watermarks visibles dans certaines images générées. Les procès sont en cours sans résolution claire. L’impact sur l’emploi des illustrateurs est réel. Certains studios de jeux vidéo et d’animation utilisent désormais l’IA pour générer des concepts préliminaires, réduisant les commandes d’illustration commerciale. Des illustrateurs doivent s’adapter, apprendre à utiliser l’IA comme outil ou se spécialiser dans ce que l’IA ne peut pas faire. Le débat fait rage : l’IA remplace-t-elle ou augmente-t-elle le travail créatif ?Les questions éthiques se multiplient : génération de contenu NSFW non consensuel, deepfakes malveillants, désinformation via images fausses mais crédibles, biais dans les datasets (sous-représentation de certaines ethnies, stéréotypes genrés). Les IA reflètent les biais de leurs données d’entraînement — et ces données, c’est l’internet entier, avec toutes ses problématiques. Il est important de présenter ces controverses factuellement, sans jugement moral prématuré. La technologie elle-même est neutre ; ses usages sont multiples. La tension entre innovation et droits des artistes est réelle et légitime. Quelle régulation mettre en place ? Qui doit décider ? Ces questions restent ouvertes.

Questions philosophiques ouvertes

Au-delà des controverses légales et économiques, l’IA générative pose des questions philosophiques fondamentales sur la nature même de l’art et de la créativité.

Qui est l’artiste ? L’ingénieur qui a codé l’algorithme ? La personne qui écrit le prompt ? La machine qui génère l’image ? Les millions d’artistes dont les œuvres ont servi à entraîner le modèle ? Peut-être tous à la fois ? Ou aucun ?L’IA peut-elle être créative ? La créativité implique-t-elle nécessairement une conscience, une intentionnalité, une subjectivité ? Ou peut-elle être définie comme un processus mécanique de génération de nouveauté ? L’IA recombine l’existant — mais les humains aussi, puisqu’aucune création n’émerge du vide. Où tracer la ligne ? L’histoire offre des précédents instructifs. La photographie, à son invention, fut accusée de « tuer » la peinture. Elle ne l’a pas tuée — elle l’a transformée, libérée de la contrainte de représentation fidèle, permettant l’émergence de l’impressionnisme, du cubisme, de l’abstraction. Les synthétiseurs devaient « tuer » les musiciens ; ils ont créé de nouveaux genres musicaux. L’IA « tuera »-t-elle l’art humain, ou est-elle simplement un nouvel outil qui transformera radicalement notre façon de créer ?Dans vingt ans, comment créerons-nous des images ? L’IA rendra-t-elle l’art traditionnel fait main plus précieux, comme objet rare dans un monde d’abondance digitale ? Émergera-t-il de nouveaux métiers artistiques — curateurs de datasets, designers de prompts complexes, entraîneurs de modèles sur mesure ? Comment définirons-nous le mot « artiste » en 2050 ? Ces questions n’ont pas de réponses définitives. Elles invitent à la réflexion collective, au débat, à l’expérimentation prudente. L’authorship elle-même devient hybride — non plus l’artiste solitaire face à sa toile, mais une collaboration entre intention humaine et exécution algorithmique.

VIII. Vers des images vivantes

De la toile fixe à l’écran changeant, de la contemplation à la circulation, de l’unique au reproductible infiniment, la peinture a quitté son régime traditionnel. Le pigment est devenu pixel, puis algorithme. L’image n’est plus surface mais processus vivant — flux qui se compresse, se remixe, se propage à travers nos écrans.

Nous sommes devenus images. Nos avatars dans les jeux vidéo, nos visages filtrés sur Instagram, nos identités multiples sur les réseaux sociaux — autant de versions peintes de nous-mêmes qui circulent, qui existent parallèlement à nos corps physiques. La frontière entre chair et code se dissout : nos identités digitales sont aussi réelles que nos présences physiques. La question de l’authorship se complexifie. Qui crée vraiment ? Dans un monde où Refik Anadol entraîne des machines à rêver, où Beeple crée quotidiennement depuis dix-huit ans, où des millions d’utilisateurs génèrent des images par prompts textuels, où se trouve l’artiste ? Peut-être que la collaboration humain-machine est le futur — non pas le remplacement de l’un par l’autre, mais une fusion où l’intention humaine et l’exécution algorithmique deviennent indissociables.Le présent proche (2025-2027) verra la démocratisation continue de l’IA générative, l’intégration de ces outils dans les logiciels standard, probablement des régulations sur le copyright, et l’émergence de nouveaux métiers artistiques. Le futur plus lointain (2030-2040) pourrait voir la génération vidéo et 3D en temps réel, la réalité augmentée permanente, des avatars photoréalistes universels, une frontière de plus en plus floue entre réel et virtuel.L’image a-t-elle encore de la valeur quand elle est infiniment reproductible, instantanément générée ? Reviendrons-nous à valoriser le fait main, l’objet unique, la trace physique d’un geste humain ? Ou embrasserons-nous totalement le synthétique, acceptant que l’art peut émerger de processus algorithmiques ? La peinture traditionnelle survivra-t-elle comme artisanat de luxe, rare et précieux dans un monde d’abondance digitale ?Lev Manovich écrivait :

« Le logiciel est devenu notre interface au monde, aux autres, à notre mémoire et notre imagination — un langage universel à travers lequel le monde parle, et un moteur universel sur lequel le monde tourne. »
— Lev Manovich, Software Takes Command

La peinture ne meurt pas. Elle mute, elle évolue, elle s’adapte aux nouveaux médiums. Du pigment au pixel, du pixel à l’algorithme, elle continue d’exister comme tentative humaine de capturer, de créer, de communiquer des visions. Les machines apprennent à rêver en couleurs, mais ce sont les humains qui leur enseignent à rêver. La question n’est peut-être pas « l’IA va-t-elle remplacer les artistes ? » mais « comment les artistes vont-ils utiliser l’IA pour créer ce que nous ne pouvons même pas encore imaginer ? »

Les images vivantes sont là. Elles mutent sur nos écrans, elles circulent dans nos réseaux, elles habitent nos imaginaires. Nous vivons dans l’ère de la peinture algorithmique — et nous n’en sommes qu’au début.

Aquaman et le Royaume perdu : siphonnage en cours

Le retour de l’homme-poisson a la lourde tâche de maintenir à flots toute une saga qui file droit vers un reboot intégral. Est-ce tout de même suffisant pour nous faire patienter jusqu’au pinacle de James Gunn chez DC ou est-ce qu’il est grand temps de noyer le poisson pour de bon ? Autant prévenir que notre avis est aussi salé que la tasse qu’Aquaman et le Royaume perdu nous a fait avaler !

Synopsis : Black Manta, toujours hanté par le désir de venger son père, est maintenant plus puissant que jamais avec le légendaire Trident Noir entre ses mains. Pour l’anéantir, Aquaman doit s’associer à son frère Orm ancien roi d’Atlantide et actuellement emprisonné. Ensemble, ils devront surmonter leurs différences pour protéger leur royaume et sauver le monde d’une destruction irréversible.

L’honneur est-il sauf après une chute libre interminable dans l’écurie super-héroïque de la Warner ? Les dernières propositions n’ont pas été encourageantes et il faudra encore attendre un petit peu pour que l’arrivée bénéfique de James Gunn soit significative. Après la désastreuse odyssée de The Flash et l’introduction anecdotique de Blue Beetle, difficile de débarquer sereinement face à ce nouvel épisode, initié et poursuivi par James Wan (parrain de la saga Saw et du Conjuring-verse). Malheureusement, le DCEU s’achève avec le même constat que l’on a pu faire pour les précédents films, sacrifiés dans un douloureux baroud d’honneur.

En pleine tempête

Aux armes ! C’est l’heure de reprendre du service pour le super-héros de l’Atlantide. N’ayez crainte si vous n’avez rien suivi jusque-là, la voix off de Jason Momoa viendra vous rafraîchir la mémoire ou trouvera le moyen de vous déprimer d’entrée de jeu. À la manière des Gardiens de la Galaxie Vol.3, ce Aquaman n’est pas directement connecté aux autres films du DCEU. De quoi repartir sur de nouvelles fondations. « Aquaman était un film d’action-aventure romantique, Aquaman 2 sera un film d’action-aventure bromance ». Selon les dires de James Wan, ce volet n’est pas non plus un prétexte pour achever Amber Heard, suite à son procès médiatique. Toutefois, nul doute que ces souvenirs remonteront à la surface, sachant que la comédienne possède un temps plus que limité à l’écran en souveraine de la cité de l’Atlantide.

Passé cette observation, il reste cette curieuse bromance qui n’est pas sans rappeler celle de Thor et Loki chez le concurrent Marvel. Cependant, avec une révision complète de la franchise, Wan joue avec ce qu’il a déjà en main, dont un Orm (Ocean Master pour les intimes) peu caractérisé et incarné, toujours campé par Patrick Wilson. Il en va de même pour toute la galerie de personnages qui l’entoure et c’est pour ces mêmes défauts que la complicité-rivalité entre les demi-frères semble bidon.

Reste le scénario comme bouée de sauvetage. Mais encore faut-il la tester avant de la mettre à l’épreuve. Sur fond de réchauffement climatique comme un enjeu ouvertement explicite, une catastrophe météorologique cause de la libération de créatures emprisonnées dans la glace. Cette menace venue du passé ne met pourtant pas nos héros en difficulté plus que ça, Black Manta (Yahya Abdul-Mateen II) non plus. Avec un peu de chance, de timing par-ci par-là, entre deux punchlines qui se diluent comme deux gouttes dans l’océan, le film évacue toute notion tragédique et dramatique. Alors passez votre tour, si vous espérez du spectacle émotionnel. Au lieu de ça, c’est la chasse aux trésors à travers des mers inexplorées, mais dont certaines ressemblent à s’y méprendre à du Star Wars. Petit zoom sur cette escale dans un repaire de pirates, avec à sa tête une monstruosité des mers bien trop lisse pour faire de l’ombre à Jabba le Hutt. Si on continue dans les références, ajoutons du Seigneur des Anneaux, mais cette fois-ci avec un trident maléfique et une armée de squelettes morts-vivants. Dommage que ce soit aussi apparent, alors que l’on peut également relever du Jules Verne, de Vingt Mille lieues sous les mers à l’Île Mystérieuse. Malheureusement, malgré ces deux heures à ramer sur place, l’intrigue ne prend jamais le temps de se poser sur les nouveaux environnements qu’elle introduit.

Tonnerre de Brest

Il s’agit d’une saga qui s’est beaucoup trop reposée sur ses reshoots et ce n’est pas une information bien dissimulée par la Warner, car le film a subi maintes retouches depuis les projections tests, de plus en plus désastreuses. Si personne ne semble savoir où ça coince véritablement, le produit fini donne tout de même un aperçu du délai infernal des studios d’effets visuels. Les décors sont inachevés, à l’appel de la castagne, les mouvements paraissent moins fluides et tout ce qui nécessite l’utilisation massive de particules n’aurait pas été validé en temps normal. Ce film baigne dans la même tambouille que Black Panther : Wakanda Forever et ce faux concours de nullité est épuisant à suivre. Quand bien même on peut douter de la conjugaison de Renaud, ses paroles se révèlent pleines de sagesse au cœur de cette tempête aquatique : « c’est pas l’homme qui prend la mer, c’est la mer qui prend l’homme ».

Il a également dû manquer d’esprit critique dans la salle de montage, car ce charcutage en règle n’est point de la narration. Au mieux on se rapproche d’une succession de cases d’une bande dessinée, mais sans le panache que Gunn a eu sur The Suicide Squad par exemple. Tout cela relève du bon sens, mais la sortie expéditive de ce naufrage est une réalité punitive pour la mythique boîte de production centenaire, tout comme un certain Mickey qui n’a pas pu réaliser son vœu avec Wish.

Ces studios sont plus que jamais devenus des machines à créer de la série Z, ce qui est en décalage complet avec les promesses de cet univers qui n’a désormais plus rien de super-héroïque. Pourtant, quand les mouettes ont pied, il est temps de virer. Sans assez d’eau pour faire avancer le navire, Aquaman et le Royaume perdu s’échoue inévitablement sur l’autel de ses ambitions. Mieux vaut nager vers d’autres horizons pour éviter de se noyer dans ces eaux, à l’esthétique inutilement trouble esthétiquement et au scénario lamentablement pollué.

Bande-annonce : Aquaman et le Royame perdu

Fiche technique : Aquaman et le Royame perdu

Réalisation : James Wan
Scénario : David Leslie Johnson-McGoldrick
Direction artistique : Gary Jopling
Décors : Bill Brzeski
Costumes : Richard Sale
Photographie : Don Burgess
Montage : Kirk Morri
Musique originale : Rupert Gregson-Williams
Producteurs : Peter Safran, James Wan
Producteurs délégués : Michael Clear et Walter Hamada
Production : DC Films, The Safran Company, Atomic Monster
Pays de production : Etats-Unis
Distribution France : Warner Bros. France
Durée : 2h04
Genre : Fantastique, Action, Aventure
Date de sortie : 20 décembre 2023

Aquaman et le Royaume perdu : siphonnage en cours
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Wonka de Paul King : un déluge de douceur

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Après le succès de Paddington, Paul King signe avec Wonka une nouvelle aventure familiale. En s’attachant à la jeunesse de l’extraordinaire chocolatier de l’oeuvre de Roald Dahl, le réalisateur anglais nous offre un film coloré, gourmand et réconfortant. Même si l’innovation ne coule pas vraiment à flot, Wonka se savoure sans modération.

Charlie et la Chocolaterie, roman écrit par Roald Dahl publié en 1964, a déjà été adapté au cinéma par Mel Stuart et plus récemment par Tim Burton. Ces films mettent tous deux en scène un Willy Wonka adulte, qui a fermé boutique et propose à cinq enfants chanceux, ayant mis la main sur l’un des précieux tickets d’or, de venir découvrir sa chocolaterie. Dans Wonka, Paul King adopte une autre temporalité en imaginant les débuts du célèbre chocolatier, jeune homme sans le sou mais plein de fantaisie et d’inventivité. Le film expose les défis de l’entrepreneuriat tout en composant une fable amusante, chantante et touchante.

L’entrepreneuriat : entre rêve américain et douce-amère réalité

Tout juste débarqué en ville, Willy Wonka ne possède rien. Inventeur fantasque à la tête garnie de rêves, il ne compte que sur son talent et une étrange valise dissimulant une fabrique de chocolat miniature. Désargenté, il loue une chambre à prix modique et espère s’attirer renommée, gloire et fortune au moyen de chocolats aux saveurs et aux effets tout à fait singuliers. Des chocolats qui font planer, redonnent espoir, énergie, ou replongent dans le passé. Des chocolats qui lui permettraient surtout d’ouvrir son propre magasin au sein de la prestigieuse galerie commerçante. Mais dans Wonka, le jeune génie n’agit pas que pour la célébrité. Il espère ainsi renouer avec le souvenir d’une mère disparue, dont il ne lui reste qu’une inestimable tablette de chocolat.

Confronté à des logeurs arnaqueurs, des policiers corrompus, des concurrents chocolatiers sans scrupules et un mystérieux Oompa Loompa chapardeur à la peau orange, Willy suit un parcours semé d’obstacles et de déceptions, dans un monde commercial où même la rêverie est punie d’une amende. Si toutes les plus belles choses commencent par des rêves, comme l’affirme la mère du chocolatier, il est donc loin d’être simple de les réaliser. Wonka montre alors l’entrepreneuriat comme un idéal américain, rapidement rattrapé par une réalité qui n’encourage pas le renouveau ni l’innovation. Dans cet univers figé et mercantile, un personnage brillant et un peu naïf, campé par un Timothé Chalamet plutôt convaincant, a rarement la tâche facile.

C’est ainsi grâce à l’aide de joyeux et fidèles camarades que Willy Wonka obtient une chance de réussir son entreprise.  Assisté par une jeune orpheline pleine de ressources, un comique ou encore une opératrice de téléphonie, le magicien chocolatier s’emploie à faire fondre un système entier de monopole chocolatier.

Un conte familial au coeur tendre

En cette période de Noël, Wonka, avec son histoire émouvante, ses décors chatoyants et ses chansons agréables, jamais entêtantes, se laisse volontiers déguster sous un plaid avec une bonne boisson chaude. Bon divertissement, il rappelle également l’importance de la générosité, de l’entraide, du partage, à l’heure d’une société trop souvent individualiste et matérialiste. En effet, le jeune Willy n’hésite pas à donner son dernier florin à une femme dans le besoin ou à faire des sacrifices pour sauver ses amis.

Malheureusement, le film conserve un traitement relativement classique. Wonka s’épanouit entre le conte féérique et la comédie musicale sans prendre de véritable risque créatif. Si l’innovation, l’imagination demeurent des traits d’esprit essentiels à Willy, ils ne ressortent pas vraiment dans ce film un peu lisse. Si l’univers de Paul King ne saurait se comparer à celui de Tim Burton, une touche de fantaisie ou de folie aurait donné au film un brin d’originalité.

Wonka – Bande-annonce

Wonka – Fiche technique

Réalisation : Paul King
Scénario : Paul King, Simon Farnaby, Simon Rich
Casting : Timothée Chalamet (Willy Wonka), Calah Lane (Noodle), Sally Hawkins (la mère de Willy), Rowan Atkinson (père Julius), Hugh Grant (Oompa Loompa)…
Musique : Joby Talbot
Photographie : Chung-Hoon Chung
Montage : Mark Everson
Producteurs : David Heyman, Alexandra Ferguson-Derbyshire, Luke Kelly
Société de production : Warner Bros.
Société de distribution : Warner Bros. France
Genre : aventure, fantastique
Durée : 1h57
Etats-Unis – Sortie France le 13 décembre 2023

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The Winning Streak : le film qui défie tous les pronostics

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Prenez un soupçon d’Ocean Eleven, une pincée de Casino et une louche de Casa Del Papel et vous obtiendrez The Winning Streak (Les Pelayos en français), le film inspiré de la véritable histoire des Garcia-Pelayo, une famille de braqueurs espagnols. Sortie en 2012, cette ode aux célèbres films de gangster hollywoodiens nous raconte l’histoire rocambolesque de ce clan qui a défrayé la chronique, en son temps.

Un peu de contexte : les jeux d’argent en Espagne

En Espagne, les salles de jeux et casinos terrestres sont largement répandus à travers les nombreux endroits touristiques que compte le pays. Mais depuis la révolution numérique, c’est le secteur des jeux d’argent en ligne et des paris sportifs qui ont la “cote” auprès des joueurs. La filière génère plusieurs milliards d’euros chaque année et des millions de joueurs connectés tentent leur chance quotidiennement dans les meilleurs casinos en ligne. Bien qu’il soit sorti en 2012, le film d’Eduard Cortés, The Winning Streak est toujours d’actualité et nous retranscrit parfaitement l’ambiance qui règne dans les casinos ibériques. L’histoire de cette famille de braqueurs, inspirée du livre “La fabuleuse histoire des Pelayos”, a même inspiré la série Netflix au succès mondial, la Casa Del Papel. 

“The Winning Streak”: synopsis du film

Dans les années 1990, le patriarche du clan Pelayo-Garcia, Gonzalo (Lluis Homar), écume les salles de jeux de sa ville natale de Torrelodones, et notamment celles du Casino de Madrid, véritable institution des jeux d’argent de la capitale espagnole. Si l’homme à la barbe blanche proéminente passe la majeure partie de son temps dans les casinos, c’est qu’il est en train de mettre au point une technique qui va changer le cours de sa vie. 

Aidé de son fils, Ivan (Daniel Brühl), de sa fille Vanessa (Marina Salas) et de quelques-uns de ses neveux, Gonzalo fait sauter la banque du prestigieux casino madrilène, à plusieurs reprises. Sa technique : analyser les imperfections physiques du jeu de roulette afin de prédire quels numéros sortent le plus souvent. Gonzalo réussit son coup de maître et le clan Pelayo réussit à accumuler plus de 250 millions de pesetas grâce à cette combine bien ficelée. 

Leur périple les amènera dans les plus grandes salles de jeux du monde : Tenerife, Copenhague, Londres, Macao, Paris, Amsterdam et bien sûr Las Vegas !

La véritable histoire de la famille Garcia-Pelayos

La tradition des films mélangeant gangster et monde du casino a souvent mis en scène des personnages charismatiques et fortunés, qui affichent volontiers leurs signes extérieurs de richesse. On se rappelle des punchlines de Tommy de Vito (Joe Pesci) dans les Affranchis ou de la scène du film Casino, où Ace Rothstein (Robert de Niro) réprimande un employé pour ne pas avoir mis le même nombre de myrtilles dans les muffins du buffet. 

Les membres de la famille Garcia-Pelayo, eux, ont fait dans la sobriété ; sans armes ni violence, Gonzalo, Ivan et les autres ont réussi à gagner des millions à la roulette dans les plus grands casinos du monde entier.

Une technique pour gagner à la roulette bien huilée

Si une grande partie de la fratrie des Pelayos est impliquée dans cette affaire, c’est bien le patriarche, Gonzalo qui a été l’instigateur de la combine. Passionné de philosophie à ses heures perdues, l’homme a aussi travaillé dans le monde de la musique et du cinéma. On est donc loin du profil habituel de gangster aux cheveux gominés des films de gangsters des années 70. 

Cependant, Gonzalo cherche à se faire un nom et décide de mettre au point une méthode légale pour gagner de l’argent au casino. Sa cible : la roulette. Selon lui, les tables de roulette auraient des imperfections physiques qu’il pourrait tirer à son avantage. Les défauts de fabrication font que les espacements entre les numéros peuvent différer de quelques millimètres, et de ce fait, augmenter la probabilité de tirer certains numéros. 

Une fois sa méthode mise au point, Gonzalo l’a testé des milliers de fois dans le Casino de Madrid. Après avoir collecté les données dans un logiciel informatique qu’il a créé à cet effet, il lui était facile de voir quels numéros avaient la plus grande chance de sortir. Mais la tâche s’avéra plus fastidieuse que prévu, et le doyen du clan Garcia-Pelayo a dû s’attacher les services de son fils Ivan et sa fille Vanessa. 

Après avoir recueilli un très grand nombre d’informations, les Garcia-Pelayo vont commencer à jouer assidûment aux tables de roulette du Casino de Madrid. En moins d’un an, ils collectent pas moins de 70 millions de pesetas (environ 420 000 euros) mais se font repérer et “blacklister” du casino de la capitale. Peu importe, la bande a réussi son coup et part à l’assaut des plus grands casinos du monde. En tout, les Pelayos ont récolté l’équivalent d’un million et demi d’euros, une coquette somme pour l’époque. Cette folle aventure s’est conclue sur une fin moins heureuse et la famille a dû faire face à la justice de son pays et à de nombreux “coups de pressions” des casinos qu’ils ont extorqués. Après un procès qui a duré plus de dix ans, la famille Garcia-Pelayo a finalement été blanchie par la justice espagnole. 

Le réalisateur Eduard Cortés a réussi à nous narrer l’incroyable aventure de cette famille espagnole dans un film captivant mêlant action, comédie et suspense. À ce jour, The Winning Streak a déjà généré plus de 2 millions de dollars au box-office américain et le livre “La fabuleuse histoire des Pelayos” s’est vendu 20 000 exemplaires. 

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Énigmes et Adrénaline : L’Expérience Unique des Escape Games

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Énigmes et adrénaline se fusionnent dans l’expérience unique des Escape Games. Qu’est-ce qui rend cette aventure si captivante ? Plongez dans des mondes mystérieux, résolvez des énigmes complexes, et ressentez l’excitation de la course contre le temps. Les Escape Games offrent bien plus qu’un simple. Découvrez le frisson de l’inconnu et une expérience qui défie les esprits et éveille l’adrénaline. 

Les secrets des Escape Games

Les Escape Games dévoilent un monde où l’imagination rencontre la stratégie. Enfermés dans des univers énigmatiques, les participants se retrouvent confrontés à des défis complexes et captivants. Chaque énigme devient une porte vers l’inconnu, révélant des secrets bien gardés. 

Les Escape Games comme clapescape.com offrent une expérience immersive où la collaboration, la logique, et parfois une pointe de courage, sont essentielles. Les décors minutieusement conçus plongent les joueurs dans des scénarios palpitants, allant de mystérieuses chambres secrètes à des mondes fantastiques.  Ces jeux ne sont pas simplement une évasion, mais une exploration de l’esprit et du cœur, mettant à l’épreuve la résolution de problèmes et renforçant les liens entre les participants. 

Décrypter les Énigmes des Escape Games

Décrypter les Énigmes des Escape est une véritable aventure intellectuelle. Dans cet univers, chaque énigme est une épreuve d’ingéniosité, exigeant une réflexion aiguisée et une approche méthodique. Les Escape Games mettent à l’épreuve la capacité des participants à déchiffrer des codes, résoudre des casse-têtes complexes et connecter les pièces du puzzle. 

L’art de la réflexion devient une danse mentale, où la logique et l’intuition se mêlent harmonieusement pour révéler des solutions cachées. Les participants sont immergés dans des scénarios où chaque indice est une clé pour avancer, et chaque erreur est une leçon apprise. C’est un défi où le succès dépend autant de la communication d’équipe que de la clarté individuelle de pensée. 

En déchiffrant les énigmes, les participants découvrent un sentiment de satisfaction profonde et la joie de surmonter des obstacles intellectuels. Ces Escape Games deviennent ainsi des terrains d’expression pour l’ingéniosité humaine.

Les clés de la réussite dans les Escape Games

C’est une dimension où la réussite repose sur l’alliance entre la réflexion stratégique et la cohésion d’équipe. Ces jeux captivants ne se limitent pas à la résolution d’énigmes individuelles, mais mettent en lumière l’importance cruciale de la collaboration. Chaque participant, un maillon essentiel, apporte sa propre expertise pour résoudre des défis complexes. 

La stratégie consiste à planifier, coordonner et optimiser les compétences individuelles au service de l’équipe. La cohésion, quant à elle, émerge de la communication fluide, de la confiance mutuelle et de la capacité à travailler sous pression. Les Escape Games deviennent ainsi des arènes où la réussite est le fruit d’une symbiose entre les esprits stratégiques et les cœurs solidaires. Chaque décision stratégique influence le déroulement du jeu, tandis que la cohésion d’équipe devient le ciment qui scelle le succès. 

La Victoire Palpitante 

Celle-ci Résume l’essence même des Escape Games. Lorsque l’horloge compte à rebours s’égrène et que les énigmes se dévoilent, une atmosphère électrique s’installe. C’est dans ces précieux instants que la collaboration et la stratégie prennent tout leur sens. Les participants, concentrés et unis, se lancent dans une course contre la montre. L’adrénaline monte à mesure que chaque énigme est dévoilée, chaque obstacle surmonté. 

La victoire n’est pas seulement le résultat de la résolution d’énigmes, mais aussi du sentiment de réaliser quelque chose de grand en équipe. Quand l’adrénaline de l’instant rencontre la satisfaction de résoudre une énigme complexe, l’expérience devient inoubliable. La victoire palpitante dans un Escape Game n’est pas simplement un aboutissement, mais une célébration collective où l’esprit d’équipe triomphe, et où la fierté de surmonter les défis résonne bien au-delà de la salle immersive. 

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Vers une éthique de la vindicte – Interrogations sur le « Complément d’enquête » consacré à Gérard Depardieu

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« Nous sommes tous responsables de tout et de tous devant tous, et moi plus que les autres. » Dans cette vindicte Depardieu réfléchissons à l’aune de cette co-responsabilité, celle d’un système complice de mutisme, celle d’une société renversant ses manières de dire et façons de faire, questionnons et inspectons notre absence d’impunité et condition d’otage.

« Nous sommes tous responsables de tout et de tous devant tous, et moi plus que les autres. »

C’est la phrase de Dostoïevski dans les Frères Karamazov et la thèse de Emmanuel Lévinas reprise dans Éthique et infini : on est responsable non seulement de soi-même mais également de l’autre. De ce qui lui arrive. De sa responsabilité même. Cette thèse est suffisamment intransigeante et démocratique pour éclairer ce que devient la vindicte Depardieu .

Nous prenons la parole aujourd’hui pour interroger la vindicte dont fait l’objet un homme. Nous ne sommes pas juristes, ni victimes, ni techniciens de plateau, ni producteurs, ni amis ou ennemis de Depardieu. Ou plutôt nous sommes tout cela. Co- actifs et responsables. Nous sommes au milieu de l’opinion publique qui le met à mort symboliquement et nous nous interrogeons.

Nous sommes spectateurs de ces images délivrées par France Télévision générant une condamnation de l’acteur sans appel, sans justice. Nous assistons à la vengeance publique de tout un système dont nous faisons partie et nous sentons monter ce que Lévinas appelle une Responsabilité pour tous. Ou plus exactement « une incondition d’otage ». Nous sommes toujours et d’abord responsables pour l’autre, du fait de l’autre. L’autre m’oblige, écrit Lévinas, et je m’incombe le devoir de lui être digne. Je m’oblige à cette loi morale où je dois bien saisir que ma responsabilité pour autrui va jusqu’à supporter l’injustice que comporte cette condition d’otage.

Les mots dans leur antinomie sont clairs : nous sommes otages de cette co-responsabilité et cette lucide prise en considération est notre condition fondamentale, insupportable mais condition tout de même. Il semble qu’en attendant que justice soit faite, face à la correction que tout un peuple adresse à un seul homme, c’est là l’unique correction et impératif moral qu’il nous appartient d’adopter.

Comment, face à la vindicte, comment sans affaiblir la parole des femmes qui portent plainte contre l’acteur, mais au contraire pour tenter d’y rétablir un tant soi-peu de rigueur rationnelle, comment ne pas tenter de construire une éthique de cette vindicte ?

Reprenons. Interrogeons. Soumettons à l’épreuve du seul tribunal viable, celui de la raison critique.

Depuis la diffusion du magazine Complément d’enquête sur Gérard Depardieu, où on le voit (invité en Corée du Nord avec l’écrivain Yann Moix) s’adonner à son activité familière la jouissance du verbe, l’opinion publique déverse fiel, ressentiment, jugement et châtiment. L’opinion publique tient son nouveau bouc-émissaire, lâche sa rage et soutient par là même sa cohésion pour punir avant la Justice.

Or, a-t-on même questionné une seule fois le statut de ces images passées sur France Télévision ? À qui appartiennent-elles ? Qui les a montées ? Pour quelle finalité ? Qui en jouit en dernier ressort ? 

Proposons des pistes : prendre la star en flagrant délit de satyriasis (dénomination ancienne pour qualifier l’exacerbation des pulsions sexuelles), la piéger ? Alors dans ce contexte comment comprendre que Gérard Depardieu ait accepté allègrement, et si l’on peut dire loyalement, de se prêter à ce jeu de saccage ? Puisque c’est tout de même quelqu’un qui joue, cabotine et fait rire la galerie de celui-ceux (?) qui le filment à quoi l’on assiste ! Quelqu’un en pleine complicité et bienveillance d’humeur, avec comme observateur privilégié l’un de nos polémistes habituellement acerbe, prolixe et prompt à la réplique, – Yann Moix, qui ici ne dit mot, mais est constamment celui à qui, pour qui, l’acteur joue cet histrionisme d’une langue sexuée.

On apprend (rumeur ou vérité ?) qu’il s’agit d’images personnelles filmées par l’écrivain Yann Moix (on le voit effectivement tenir un moment une caméra pour ensuite être l’interlocuteur privilégié des propos tenus par Depardieu). Images qui lui auraient été volées ! Yann Moix a lui-même porté plainte. Or dans le même temps, on apprend que ces images n’auraient jamais dû être montrées. À quelle entreprise de mystification le spectateur de France Télévision est-il ici convié ? Qui entend-t-on duper, Depardieu, Moix, nous tous regardeurs-voyeurs d’images au statut douteux ? A qui profite en dernier ressort de la prise de ces images ? Il est assez surprenant que personne ne pointe cet état de fait.

Et que voit-on au juste, ou plutôt qu’entend-t-on ?

Entre remarques salaces et propos limite, la langue de Depardieu est de part en part hypersexualisée, érotomaniaque, outrancière, borderline.
Mais cette langue a-t-elle vraiment changé de nature depuis que l’opinion publique connaît le personnage de Depardieu ? Et que se joue-t-il réellement dans la classification de ses paroles depuis quelques jours ?

Naguère qualifiées de grivoises lors des Valseuses où il était roboratif et applaudi de déstabiliser des mœurs pudibondes, de les narguer avec une licence décoinçante, l’époque est à la libération de la parole, à la dénonciation des abus de toute forme.

À l’ère de metoo l’époque est au remaniement sémantique : le grivois est devenu harcèlement, satyriasisme, exagération maladive du désir sexuel chez l’homme. La langue système d’aliénation notoire est traquée, séquestrée. Le progrès est une idole barbare, écrit Marx, qui boit son sang sur le crâne de ses victimes.

Ces renversements de qualification sont certes nécessaires. Il est donc également nécessaire de les prendre en compte et d’aller observer l’état d’une société qui s’en empare.

Nous assistons donc au renversement de toute la hiérarchie d’un système, celui du cinéma, d’une société, jadis partie prenante et/ou témoin de la même langue employée par la star qui décide aujourd’hui de la déclarer intenable, immonde, abjecte, « monstrueuse ».

Dans les images de Complément d’enquête il n’est question que de ça : une langue, un type de langage, celui que l’acteur n’a jamais cessé d’avoir. Une langue offense, une langue viole. Cette langue-symptôme de la perdition du personnage aurait la vertu concomitante d’être preuve des faits de viols dont on l’accuse ?!

Nous ne cherchons pas à réfuter la parole des femmes qui portent plainte contre Depardieu, nous cherchons à comprendre l’indécence d’une opinion publique qui se prétend innocente d’avoir acclamé ce que maintenant elle disqualifie. Nulle impunité pour nous tous. « Non pas à cause de telle ou telle culpabilité effectivement mienne, à cause de fautes que j’aurais commises ; mais parce que je suis responsable d’une responsabilité totale », écrit Lévinas toujours.

La langue elle-même serait en état de viol permanent d’autrui.
Qu’il y ait ce renversement des qualifications tyranniques, violentes d’une langue et progression d’une société voulant s’affranchir de la domination d’un patriarcat obsolète ou se désaliéner d’une allégeance peureuse et subjuguante à la figure du père-totem, représenté ici par notre star nationale, soit ! Mais il faut reconnaître alors que cela nous condamne tous à reconnaître notre piteuse, humaine et pérenne responsabilité.

Qui exprime cela, qui se vit dans l’acceptation de sa responsabilité, qui se vit dans ce volontariat d’otage ?

« Cette « incondition d’otage » a une certaine gloire, continue Levinas, dans la mesure où savoir qu’on est l’otage de l’autre c’est savoir qu’on court le risque d’être capté, ravi symboliquement, tué par l’autre et en accepter la misère. Misère du fait d’autrui. Misère de l’injustice. Et dignité suprême de cet acte de la patience face à l’autre. Misère et sainteté d’être sous le risque de l’autre. »

Se responsabiliser face au statut des images montrées dans Complément d’enquête. Interroger leur statut et valeur, laisser la justice peser des raisons et non des forces, patienter dans cette éthique de la vindicte et de la personne humaine serait un progrès vital et notre juste obligation de citoyen. Une sorte de grâce que nous nous accordons à tous.

Chicken Run : La Menace nuggets, quand les poules ont des dents

Se faire pousser des ailes, c’est ce qui a permis aux volailles d’un élevage dictatorial de gagner leur liberté dans Chicken Run. L’appétit vorace des humains écourte pourtant cette douce utopie et une nouvelle confrontation semble inévitable. Les poulets contre-attaquent de nouveau et ça se passe sur Netflix ! Que reste-t-il de cette vigueur 23 ans après la célébration du premier opus ?

Synopsis : Face aux manigances suspectes de la ferme voisine, une bande de poulets audacieux se fédère pour se protéger d’une nouvelle et inquiétante menace… au risque d’y perdre quelques plumes.

Après avoir réussi La Grande Evasion, le studio Aardman n’as pas dit son dernier mot. La maison mère des séries animées Wallace et Gromit et Shaun le mouton s’était autrefois alliée à l’expérience de DreamWorks pour mettre en chantier Chicken Run, l’évasion iconique de ce début de siècle. Une suite n’a été que récemment envisagée pour relancer la machine à pâte à modeler, car la technique d’animation du studio anglais reste le stop-motion. Ce savoir-faire du plan par plan propulse Sam Fell comme l’artisan de confiance pour des œuvres notables (Souris City, L’Étrange Pouvoir de Norman). S’il est encore difficile de conquérir le public en salle avec un tel argument esthétique, exception faite de la surprise Marcel le coquillage (avec ses chaussures) de Dean Fleischer-Camp, mélangeant animation en volume et prises de vues réelles, on ne peut reprocher le souci de perfection visuelle qui nous en met plein les mirettes.

Quand les poules aux œufs dorment

Passé un double récapitulatif clipesque, nous retrouvons la même bande de poulettes, aux côtés de deux coqs qui n’ont pas fini de se prendre le bec. C’est au beau milieu d’une oasis utopique que la jeune Molly est en proie aux activités routinières. Cocorico, tricot, dodo. Il s’agit pourtant d’une liberté durement acquise par les anciennes captives de la ferme Tweedy. C’est une chose que Ginger et Rocky ont bien du mal à transmettre à leur enfant, aussi rebelle que son père et aussi déterminé que sa mère. Le calcul est vite fait. Il suffit qu’un convoi étrange passe non loin de leur habitat pour que Molly s’engage dans une aventure en solitaire. S’ensuit une mission de sauvetage initiée par une famille inquiète et qui les amène tous vers un complexe à la pointe de la technologie, où on y fait de tendres et délicieux nuggets de poulet.

Tous les feux étaient au vert pour nous rassurer, en attendant de retrouver le poulailler le plus loufoque d’Angleterre. Hélas, difficile de ne pas voir venir les grandes ficelles scénaristiques, tirées l’une après l’autre et sans grande conviction. À partir de là, le film ne semble plus rien proposer d’innovant et puise dans des références outrancières, dignes de la troupe d’Ocean’s Eleven, de la force Mission Impossible ou des premières missions de l’agent 007. Les films d’évasion et de casse partagent globalement la même structure narrative. Pourtant, côté animation, Toy Story 3 était parvenu à transformer l’essai grâce aux énergumènes qui composaient la garderie Sunnyside.

Nid-de-poule en vue

À force de multiplier les péripéties, il reste peu de temps pour développer toute la galerie de personnages, afin de trouver la bonne alchimie. Cela n’aurait pas été un grief conséquent si la mise en scène parvenait à être captivante et innovante. Le compositeur Harry Gregson-Williams, sans John Powell pour l’épauler, ne parvient pas non plus à compenser ce manque d’inspiration. Ni la tension, ni l’humour ne sont entretenus comme il se doit. Avec une technique d’animation unique, ce vaudeville manque de tirer parti de ses gags essentiellement visuels. Seul le recyclage des objets du quotidien comme gadgets à forcer les serrures ou à tromper la vigilance des caméras permet une lecture écologique assez maline. Une idée que le scénariste des deux Chicken Run, Karey Kirkpatrick, a su mettre à profit dans Nos voisins, les hommes. Mais au lieu de chercher à cohabiter (une configuration impossible avec le retour de la cruelle madame Tweedy), c’est un jeu de celui qui parviendra à manger l’autre en premier qui commence.

Après avoir survécus à quelques pirouettes, les poulets doivent résister à la machine de la surconsommation, les fast-foods étant les premiers ciblés dans cette affaire. Il ne s’agit pas d’en faire un procès à la Super Size Me 2 : Holy Chicken, mais simplement d’offrir une nouvelle perspective aux jeunes spectateurs, en remontant la chaîne de production jusqu’à la source. Le message a l’air d’être assez clair, mais pas de quoi nous donner la chair de poule pour autant. Les tons grisâtres et boueuses du premier film sont remplacés par une explosion de couleurs, notamment lorsque l’on découvre cette prison artificielle pour volailles. Tout est filmé à plat, sans saveur ni virtuosité. Au même moment, Molly disparaît de l’intrigue, de même pour les nouvelles têtes qui l’accompagnent. Ginger et Rocky tiennent le devant de la scène, mais on peut également regretter l’absence du casting vocal original (Mel Gibson et Julia Sawalha), car le ton n’y est pas. L’alchimie n’est plus et l’émerveillement semble bien avoir disparu.

Plus un divertissement occasionnel qu’un événement à célébrer en famille, Chicken Run : La Menace Nuggets se dévore sur le pouce, tel un fast-food. À la fin de ce repas visuel, le goût n’y est plus et les pupilles sont aussi graisseuses que les poulets frits que l’on a encouragé une heure et demie durant. Sans prises de risques, a contrario de ce que Shaun le Mouton Le Film : La ferme contre-attaque nous a permis de découvrir, le verdict est sans appel. Nous avons affaire à un récit malheureusement convenu et au burlesque tout en retenu. Pour un morceau plus croustillant, appétissant et mémorable, il faut remonter à l’époque où Nick Park et Peter Lord nous récompensaient d’une folle aventure d’émancipation, maintes fois imitée et jamais égalée.

Bande-annonce : Chicken Run – La Menace nuggets

Fiche technique : Chicken Run – La Menace nuggets

Titre original : Chicken Run – Dawn of the Nugget
Réalisation : Sam Fell
Scénario : Karey Kirkpatrick, John O’Farrell, Rachel Tunnard
Directeur de la photographie : Charles Copping
Montage : Sim Evan-Jones, Stephen Perkins
Décors : Darren Dubicki
Direction artistique : Matt Perry, Sarah Hauldren, Richard Edmunds
Musique originale : Harry Gregson-Williams
Producteurs : Steve Pegram, Leyla Hobart
Production : Aardman Animations, StudioCanal, Pathé Films
Pays de production : France, Royaume-Uni, Etas-Unis
Distribution France : Netflix
Durée : 1h41
Genre : Animation, Comédie, Famille
Date de sortie : 15 décembre 2023 (sur Netflix)

Chicken Run : La Menace nuggets, quand les poules ont des dents
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