La flamboyance nerveuse de Munch, un film inspiré et habité

Munch de Henrik Martin Dahlsbakken restitue dans un portrait diffracté tout en vibrations voluptueuses l’incandescence, la gravité folle et la mélancolie de l’artiste norvégien.

Décidément la vie d’Edvard Munch rend les cinéastes inspirés.

La Danse de la vie de Joel Peter Watkins est un chef d’œuvre indépassable arrivant à mêler des dispositifs très hétérogènes( le procédé documentaire investiguant la vie de Munch et donnant à voir de manière tactile, fébrile et sensorielle son geste pictural s’entrelaçant à un film sur l’artiste, son époque, ses fièvres existentielles autant qu’à une fiction totale) pour faire jaillir une œuvre foisonnante de 3h30, passionnante et terriblement marquante.

Munch de Henrik Martin Dahlsbakken a vu son prédécesseur. C’est sûr. C’est bien. Cela donne envie de revoir La Danse de la vie. De rester 1h30 de plus. C’est excellent. Et cela n’ôte en rien à l’incandescence et au feu de ce Munch ci, diffracté et éthéré, égaré et lucide.

Henrik Martin Dahlsbakken choisit tout en voluptés vitales et clairvoyances crâniennes la topologie Freudienne pour fabriquer le clivage scénaristique et le portrait polymorphe de l’artiste norvégien. 

Qui n’a jamais éprouvé cette dérangeante et démente sensation de ne pas se ressembler, de ne pas reconnaitre celui qu’on a été, ou plus exactement de se sentir autre à des époques de sa vie? Qui ne s’est jamais remémoré sa jeunesse en éprouvant une distanciation déstabilisante face au souvenir de «  soi-même »?

C’est sur cette sensation d’inquiétante étrangeté, universelle et désarçonnante que le réalisateur construit son axe narratif.

Nous allons suivre Munch, sa vie plurielle, son identité torturée et cohérente à travers 4 époques: sa jeunesse, sa vieillesse, scansions stables et sûres, et deux autres plus nerveuses et labiles, la vie créative jaillissante adulte à Berlin et son corollaire l’hospitalisation à Copenhague dans une clinique pour fous. 

L’audace forte du réalisateur est d’aller jusqu’au bout de cette idée que nous soyons des modalités différentes de nous-mêmes en choisissant pour les 4 époques 4 acteurs différents.

Cet éclatement des personnes restitue à merveille la fragmentation de la psychè de Munch: le jeune Munch languide et tourmenté, amoureux et mélancolique, le Munch mature de Berlin humilié, incompris et tout près de l’effondrement, le Munch de l’hôpital psychiatrique réflexif et psycho-analyste de son psy, le Munch vieillard ayant traversé toutes ces secousses, douloureux, solitaire et apaisé.

Le film se tisse sur les fréquences et vibrations émotionnelles de ces mois étrangers et pourtant identiques, enchevêtrant chacun des âges et des fragments de soi de Munch, les faisant dialoguer avec le passé et l’avenir du personnage comme cela se passe en vérité dans toute vie humaine tissée de tous nos hapax, de tous ces moments de chavirement où la vie bascule et où plus rien ne s’avère semblable

Sismographie des états d’âmes et de la vie sensible d’un homme voyant, portraits de l’artiste en homme génial et élu, Munch saisit avec profondeur, fulgurance et fièvre les angoisses et « déséquilibres spirituels » de toute vie appelée par la création. 

Quelques scènes sont ratées insistant sur la déstructuration psychique du peintre. Qu’importe lorsqu’on fait un film d’une aussi belle tenue. Sachons « sans ironie et sans sarcasme » accepter tout le maëlstrom de cette vie, de cet homme sachant regarder de toute son humanité fébrile sous les masques des êtres.

Bande-annonce : Munch

Fiche technique : Munch

De Henrik Martin Dahlsbakken
Par Mattis Herman Nyquist, Gine Cornelia Pedersen
Avec Alfred Ekker Strande, Mattis Herman Nyquist, Ola G. Furuseth
20 décembre 2023 en salle / 1h 45min / Biopic, Drame
Distributeur Kinovista

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