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Nocturnal Animals, un film de Tom Ford : Critique

Nocturnal Animals est une œuvre déroutante, sublimée par la perfection de son casting et l’audace de ses visuels mais qui ne convainc pas totalement en raison de son absence de subtilité et ses maladresses qui rendent son propos trop nébuleux.

Synopsis : Susan Morrow, une galeriste d’art de Los Angeles, s’ennuie dans l’opulence de son existence, délaissée par son riche mari Hutton. Alors que ce dernier s’absente, encore une fois, en voyage d’affaires, Susan reçoit un colis inattendu : un manuscrit signé de son ex-mari Edward Sheffield dont elle est sans nouvelles depuis des années. Une note l’accompagne, enjoignant la jeune femme à le lire puis à le contacter lors de son passage en ville. Seule dans sa maison vide, elle entame la lecture de l’œuvre qui lui est dédicacée.

L’art de la vengeance

Styliste de renom ayant propulsé l’entreprise Gucci au sommet dans les années 90, Tom Ford est un esthète au goût étrange mais envoûtant qui affirme une identité visuelle forte. Le voir donc se laisser aller à ses envies de cinéma pour son premier film en 2009 était quelque chose d’assez intriguant. Surtout que son A Single Man s’est très vite imposé comme une œuvre à la maîtrise absolue et une très belle proposition de cinéma. De quoi être curieux quant au tournant que prendrait la carrière filmique du cinéaste. Il aura presque fallu attendre 8 ans pour que celui-ci daigne retourner derrière la caméra mais il a l’intention de le faire en marquant les esprits. Réunissant un casting phénoménal et promettant un thriller tortueux et déroutant au style affirmé, tout était réuni pour faire de Nocturnal Animals une des grosses attentes de ce début d’année 2017. Mais les attentes sont malheureusement synonymes de déception, Ford peine ici à marquer l’essai.

Au niveau de la forme, il ne fait aucun doute que l’on est face à un film de Tom Ford, on retrouve le maniérisme obsessionnel du cinéaste dans la construction très symétrique de ses plans. Visuellement le tout est fabuleux, véritable ballet de forme et de couleurs qui offre quelque chose de totalement envoûtant. Nocturnal Animals transmet la laideur par le prisme du beau et construit par ses visuels des images paradoxales, où l’on se retrouve constamment subjugué par la beauté des plans mais révulsé par ce que ceux-ci montrent. Le beau et le laid ne forment qu’un au point que l’on s’interroge sur leurs notions même, soulignés par un générique d’ouverture étrange et fascinant qui s’impose comme une des audaces les plus marquantes vues dans un film ces dernières années. Sur ça, la réalisation flirte souvent avec la virtuosité, jonglant à merveille entre un univers de paraître froid et clinique et un redneck movie crade à la violence sèche tout en parvenant habilement à éviter l’exercice de style. Sur le visuel, les deux univers dépeints par Nocturnal Animals s’entrecroisent et se répondent à merveille, aidés par une photographie somptueuse de Seamus McGarvey qui joue brillamment avec les contrastes de couleurs pour une image léchée et pleine de nuances. Les compositions musicales d’Abel Korzeniowshi pleines de charme et de sensibilité accompagnent aussi parfaitement le récit et on ne déplorera qu’un montage abrupt qui souligne le manque de subtilité de l’œuvre. Les similitudes entre le livre que lit l’héroïne et ce qui lui est arrivé dans son premier mariage sont souvent grossièrement mis en parallèle et le film à la fâcheuse tendance d’entrecouper les scènes chocs du livre par les réactions exagérées du personnage d’Amy Adams, enlevant toute la force de ces passages qui ont pourtant une gestion de la tension proche de la perfection. La première scène au sein du livre est absolument tétanisante.

Mais là où le bât blesse c’est dans l’écriture emplie de maladresses. La partie roman est plutôt bien gérée, elle a ses clichés et apparaît un peu classique mais se montre efficace car elle possède des personnages forts, complexes et qu’on prend plaisir à suivre. Ce qui se passe dans la réalité sera par contre plus problématique. Déjà, le film juge que jongler entre la réalité de l’héroïne et le livre de son ex-mari n’est pas suffisant et rajoute des flashbacks sur leur relation qui viennent alourdir le récit. Il veut tant en montrer et en expliquer qu’il desserre la force de son œuvre et cède aux développements plan-plan et parfois un peu niais. Et l’ensemble n’est pas aidé par certains dialogues tout droit sortis d’un article d’Art de séduire du style « Les 7 phrases pour la faire tomber amoureuse de vous ». Un enchaînement de phrases toute faites et sans émotions qui tranchent avec l’aspect ultra maîtrisé de la forme. On sent un certain laxisme dans l’écriture qui par excès de confiance se croit plus intelligente qu’elle ne l’est. Car lorsqu’elle va tout dire sur le couple au centre du film, elle va se montrer bien trop nébuleuse sur le propos en lui-même, pouvant même laisser croire à une certaine misogynie. Ce n’est évidemment pas le cas, car si l’on pousse la réflexion on se rend compte que le propos est savamment ambigu et même plutôt vrai et audacieux, l’individu n’est qu’un être médiocre et apeuré qui fuit la potentielle lumière du bonheur pour se complaire dans la noirceur de son malheur. D’où le titre du film mais dans sa sur-explication de certaines choses et son manque total d’égard pour d’autres, Nocturnal Animals ne pousse pas forcément le spectateur à faire la démarche de cette réflexion. Le film se veut à la fois accessible et exigeant et place le public dans une fausse zone de confort qui va le faire se référer uniquement à ce qu’il voit et ne va pas chercher à réfléchir à ce que l’on lui montre. L’aspect symbolique paraît du coup évident alors qu’il est biaisé par les maladresses de son traitement, même si toutes les clés sont là pour comprendre le propos. L’attention étant portée ailleurs on peut facilement se dire, à tort, que l’on en n’a pas besoin.

Nocturnal Animals en devient donc un film qui se tire lui-même une balle dans le pied par excès de confiance. L’œuvre reste une réussite car l’on reste subjugué par son ambiguïté audacieuse et envoûtante qui est totalement sublimée par une forme fantasmagorique. C’est un récit vénéneux au propos intéressant qui, même s’il est accompagné d’une mise en scène sophistiquée et d’un excellent casting, est parfois maladroit dans sa construction. Les petits défauts s’accumulent, le pire étant le manque de subtilité et les dialogues ratés, au point que le statut de grand film, dont il avait pourtant le potentiel, échappe à Nocturnal Animals. Pour autant l’œuvre reste efficace et a ses moments de pure virtuosité notamment à travers le jeu parfois habité de ses acteurs. Même si certains restent dans leurs registres, comme Michael Shannon et Amy Adams, tous deux très bons mais dans les prestations graves qui les caractérisent. C’est Jake Gyllenhaal, flamboyant dans un rôle qui lui fait avoir plusieurs facettes qu’il maîtrise toutes à la perfection, mais surtout Aaron Taylor-Johson qui impressionnent. Ce dernier offre une performance phénoménale qui fait totalement changer d’avis sur les capacités de l’acteur qui avant ça manquait de charisme et de profondeur. Mais ici, il est grandiose dans sa prestation vicieuse et animale au magnétisme fascinant.

Nocturnal Animals : Bande annonce

Nocturnal Animals : Fiche technique

Réalisation : Tom Ford
Scénario : Tom Ford, d’après le roman Tony and Susan d’Austin Wright
Interprétation : Amy Adams (Susan Morrow), Jake Gyllenhaal (Tony Hastings / Edward Sheffield), Michael Shannon (l’inspecteur Bobby Andes), Aaron Taylor-Johnson (Ray Marcus), Armie Hammer (Hutton Morrow), Isla Fisher (Laura Hastings),…
Image : Seamus McGarvey
Montage : Joan Sobel
Musique : Abel Korzeniowski
Décors : Shane Valentino
Producteur : Tom Ford et Robert Salerno
Société de production : Fade to Black
Distributeur : Universal Pictures
Durée : 116 minutes
Genre : Thriller
Date de sortie : 4 janvier 2017

Etats-unis – 2016

Un nouveau trailer pour le drame A ceux qui nous ont offensés

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Un Michael Fassbender torturé, un rythme effréné, une tension palpable : la nouvelle bande-annonce du film A Ceux qui nous ont offensés met l’eau à la bouche et promet un long-métrage puissant et angoissant.

Le film britannique réalisé par Adam Smith se dévoile un peu plus à travers une nouvelle et intense bande-annonce. A ceux qui nous ont offensésTrespass Against Us ) s’annonce être un frénétique drame familial et policier. On retrouve au casting Michael Fassbender et Brendan Gleeson, qui ont récemment partagés l’écran dans Assassin’s Creed.

Synopsis :

Les Cutler vivent comme des hors-la-loi depuis toujours dans une des plus riches campagnes anglaises, braconnant, cambriolant les résidences secondaires et narguant la police. Luttant pour faire perdurer leur mode de vie, Chad est tiraillé entre les principes archaïques de son père et la volonté de faire le nécessaire pour ses enfants. Mais la police, les traquant sans relâche, l’obligera peut-être à choisir entre sa culture et le bonheur des siens…

https://www.youtube.com/watch?v=FALj-2h2zQg

Le film est prévu pour une sortie le 1 mars 2017.

Rétro Stephen King : The Dead Zone, un film de David Cronenberg

Lorsqu’un grand nom du roman fantastique rejoint un grand nom du cinéma fantastique, cela donne naissance à The Dead Zone, une œuvre où un enseignant se retrouve avec le destin du monde entre ses mains.

Synopsis : Après un accident de voiture qui le plongera dans le coma pendant 5 ans, Johnny Smith enseignant, se réveille avec un « don ». Il possède en effet la faculté de voir le passé ou l’avenir de la personne qu’il touche. 

Au début des années 80, les adaptations cinématographiques de l’oeuvre de Stephen King se multiplient. L’horreur et le fantastique déployés dans ses romans rendent l’aspect cinématographique particulièrement alléchant, d’autant plus que le succès de l’auteur va en grandissant. Il n’est pas étonnant de voir alors de grands réalisateurs se lancer dans des projets d’adaptation. Si certains sont très éloignés du genre de l’horreur, comme Stanley Kubrick dont Shining restera le seul film d’épouvante de sa filmographie, il est plutôt logique que les pontes du cinéma d’horreur nord-américain apportent leur pierre à l’édifice. Si Romero ouvre le bal en 1982, l’année 1983 sera celle des deux plus grands noms du cinéma de genre à l’époque, John Carpenter et David Cronenberg.

Alors pilier  du body horror avec des oeuvres comme Scanners ou Videodrome, David Cronenberg est un cinéaste avec des thèmes très particuliers qui émanent de chacun de ses films. Les deux plus importants étant la chair et la psyché. S’amusant à maltraiter les corps et les esprits, et usant d’effets spéciaux pour la plupart peu ragoûtants, le canadien s’est très vite fait une place dans le monde de l’épouvante. En 1983, même année que son gros succès Videodrome, Cronenberg se lance donc dans l’adaptation de The Dead Zone, un roman de Stephen King. Ce dernier raconte l’histoire de Johnny Smith (Christopher Walken), un instituteur qui suite à un grave accident de voiture et une période de coma, se retrouve à son réveil affublé de pouvoirs psychiques lui permettant de voir le futur ou le passé des personnes avec lesquelles il entre en contact. Au même moment, Greg Stillson (Martin Sheen) est en course pour devenir sénateur des Etats-Unis. C’est un candidat très proche du peuple, mais qui en même temps n’inspire pas vraiment confiance. Lors d’un meeting, Johnny découvre alors le futur de Stillson dans lequel il est président des USA et s’apprête à lancer une salve de missiles.

On remarque très vite la présence de certaines obsessions du cinéaste canadien, et cela malgré le fait que le film ressemble beaucoup à un projet plus commercial. C’est en effet le premier film pour lequel le réalisateur n’est pas également scénariste. Si la chair ne subit pas de modifications (on retrouve cependant une sorte de métamorphose du personnage principal du fait que le pouvoir est accordé à Smith après un grave accident de voiture et une période de coma), c’est surtout la psyché qui est mise en avant ici, faisant de The Dead Zone, un véritable thriller psychologique. Après les protagonistes de Scanners possédant également des pouvoirs psychiques, Cronenberg continue sur cette lancée avec The Dead Zone. Dès que Johnny Smith touche une personne, il reçoit alors une vision de cette personne, cela peut être le passé comme c’est le cas avec son docteur ou avec un cadavre, ou le futur comme c’est plus souvent le cas, lui permettant alors d’empêcher plusieurs drames.

Cronenberg prend clairement le temps de bien implanter son récit. Le personnage de Sheen n’apparaît d’ailleurs quasiment pas dans la première heure du film. Cela va permettre à Cronenberg de véritablement se concentrer sur Johnny Smith et la découverte de ses pouvoirs. Dans un premier temps, cela se fait par la terreur lors de la première apparition des visions au contact d’une infirmière. Une montage rapide de successions de plans entre  Walken et l’infirmière sous le choc des cris poussés par Smith, et des visions d’un incendie quasi-apocalyptique. Cette première séquence possède un certain aspect viscéral qui nous fait basculer directement dans cette nouvelle vie qu’est celle de Johnny. A partir de cette première vision qui va permettre le sauvetage de la fille de l’infirmière, la réputation de « médium » de Johnny va se répandre dans tout Castle Rock.

Le récit se perd alors dans diverses directions, retrouver le contact avec un être perdu de vue depuis longtemps, une petite enquête policière, tout cela avec comme point d’ancrage les nouvelles habiletés de Johnny. C’est agréable à suivre, mais ça manque un peu de consistance, restant assez simple et n’allant pas vraiment au fond d’une réflexion précise. Il faudra vraiment attendre la dernière partie du film et l’arrivée de Martin Sheen pour offrir un aperçu plus réflexif du pouvoir de Johnny Smith. En effet la vision que va obtenir le personnage de Christopher Walken vient à lui se faire poser une question. Une question qui renvoie d’ailleurs à un des principes du voyage temporel. Cette question est : Si tu pouvais retourner dans le passé, irais-tu tuer Adolf Hitler ? Johnny se trouve en prise avec une information capitale pour l’avenir de son pays, voire de l’humanité, mais doit-il agir en conséquence quitte à tout sacrifier.

Cette dernière partie de The Dead Zone est clairement la plus intéressante. Le film de Cronenberg n’est pas mauvais, il reste cependant trop classique, et montre bien qu’il ne s’agit pas d’un projet véritablement personnel du canadien. Il n’est pas étonnant que le roman sera finalement adapté bien plus tard sous forme de série (ce qui était au départ prévu après le film mais Walken et Sheen ont eu des problèmes d’emploi du temps). L’aspect feuilletonnant de la première partie du film où Walken résout plusieurs cas colle à la perfection avec une série télévisée, et apparaît bien trop maigre pour un film d’1h45. Cronenberg a quand même réussi à imprimer sa patte au  long-métrage, et même  s’il est loin d’être le projet le plus marquant de sa filmographie, The Dead Zone reste un film fantastique bien mené, avec un Christopher Walken plutôt bon, et un Martin Sheen sociopathe qui s’en donne à cœur joie.

The Dead Zone : Bande Annonce

The Dead Zone : Fiche technique

Réalisation : David Cronenberg
Scénario : Jeffrey Boam d’après le roman The Dead Zone de Stephen King
Interprétation : Christopher Walken ( Johnny Smith), Brooke Adams ( Sarah Bracknell), Herbert Lom ( Dr Sam Weizak), Anthony Zerbe ( Roger Stuart), Martin Sheen ( Greg Stillson)..
Photographie : Mark Irwin
Montage : Ronald Sanders
Décors : Carol Spier
Musique : Michael Kamen
Production : Debra Hill, Dino de Laurentiis, Jeffrey Chernov
Durée : 105 minutes
Genres : Drame, fantastique, thriller
Date de sortie : 21 octobre 1983

Etats-Unis 1983

Rétro Stephen King : Shining, un film de Stanley Kubrick

Avec Shining, Stanley Kubrick comptait réaliser le film d’horreur parfait. Force est de constater que le long métrage marque le genre et la culture populaire tout en étant, pourtant, une émancipation totale de l’œuvre de Stephen King

Synopsis: Jack Torrance, gardien d’un hôtel fermé l’hiver, sa femme et son fils Danny s’apprêtent à vivre de longs mois de solitude. Danny, qui possède un don de médium, le « Shining », est effrayé à l’idée d’habiter ce lieu, théâtre marqué par de terribles évènements passés…

Précédé par Carrie et Salem, Shining constitue aussi bien le troisième roman de Stephen King que la troisième œuvre à être adaptée de l’auteur sur grand écran. A l’époque best-seller en librairie, il permit à King d’être considéré comme le véritable « Maitre de l’horreur moderne ». Si la situation du romancier est au plus haut, celle de Stanley Kubrick, à l’époque déjà considéré comme l’un des plus grands réalisateurs en activité, est beaucoup moins certaine. Malgré ses quatre oscars, Barry Lyndon, le précédent film du cinéaste, est un échec au box-office, mettant de ce fait son adaptation du roman de Diane Johnson, The Shadow Knows, en suspend. La Warner fait donc parvenir le manuscrit de The Shining sur le bureau de Kubrick avec l’assurance d’un succès commercial assuré grâce à l’adaptation d’un best-seller littéraire. C’est ainsi que Stanley Kubrick, aidé par Diane Johnson au scénario, se lance dans une adaptation très libre de Shining, peut être trop pour en faire une bonne adaptation.

Un très grand cru du génial Stanley Kubrick

Shining le film, est l’œuvre de son auteur. Outre l’exercice de style au sein d’un genre très peu considéré à l’époque (en l’occurrence le cinéma d’horreur), le long métrage s’inclut parfaitement dans la filmographie de son réalisateur, dans sa recherche profonde de l’esthétique cinématographique. On retrouve alors la sève kubrickienne, dans sa conception la plus pure : la froideur de son atmosphère, la fracture mentale de ses protagonistes et la lente construction scénaristique de son intrigue. Le réalisateur a toujours souhaité réaliser le film d’horreur parfait, un genre en pleine émergence, notamment dans la volonté de jeunes grands réalisateurs d’en faire leur marque de fabrique. On citera alors David Cronenberg (Frissons, Chromosome 3), Tobe Hopper (Massacre à la Tronçonneuse), Wes Craven (La colline a des yeux) ou encore George Romero (Zombie), qui, tout comme Stanley Kubrick, ont inclus leur style dans un genre viscéral, propice à marquer le spectateur et la pop culture de leur empreinte. C’est donc dans l’optique d’un labyrinthe mentale que Kubrick axe son récit. A la fois physique avec le jardin construit comme un labyrinthe et psychique, avec la schizophrénie du personnage cérébral de Jack Torrance. Interprété par un Jack Nicholson transcendé, il constitue l’une des plus grandes réussites dans la caractérisation d’un personnage au cinéma. Le reste du casting n’est pas en reste, notamment l’angélique Shelley Duvall et Danny Lloyd, tous deux remarquable de justesse. Ce trio incarne la réussite du long métrage dans la construction de son récit et ses personnages, tous affectés par un sentiment effrayant de mysticisme, dans un hôtel sous forme de catharsis pour eux-mêmes. Le réalisateur utilise alors le mouvement pour tromper le spectateur sur les uniques certitudes qu’il possède. En effet, Kubrick ne donne que très peu de clés d’interprétation, aussi bien pour stimuler l’imaginaire de son public que pour ajouter une aura mystique à sa production. C’est donc dans la psychanalyse que Stanley Kubrick base ses thématiques, afin d’atteindre un surnaturel et une vision du paranormal très froides et presque cliniques. Un point de vue à l’impact redoutable sur la culture populaire, notamment avec la saga Poltergeist initiée par Tobe Hopper ou encore Paranormal Activity d’Oren Peli, sans jamais, pour autant, retrouver le génie kubrickien.

Une adaptation très (trop) libre ?

Cependant, c’est à ce moment-là que le bât blesse. A tellement vouloir imprégner son style visuel au sein de son œuvre, Stanley Kubrick échoue avec Shining, à adapter les thématiques qui faisaient toutes la sève du livre de Stephen King. L’œuvre originelle traitait de paternité, montre une véritable descente aux enfers d’un homme d’une réelle bonté envers sa famille et décrit les ravages de l’alcool dans les relations de l’Homme. De même, son ton était résolument optimiste et plutôt chaud dans son atmosphère. A contrario, Kubrick dépend la folie existentielle de Jack Torrance, semblant schizophrène dès la première scène. De même, le feu tient une place particulière dans le roman de Stephen King, notamment dans un final haletant et dévoilant le véritable pouvoir du shining. A l’inverse, le final de Shining le film se clôt dans le froid quasi polaire des Rocheuses du Colorado, quand l’atmosphère clinique renforce cette sensation de malaise et de claustrophobie chez le spectateur. L’adaptation proposée par Stanley Kubrick néglige donc ce qui faisait l’essence même des thématiques de Stephen King. Ce dernier ayant avoué que le roman était partiellement autobiographique, il constituait une vraie désinhibition pour son auteur. Kubrick préfère s’attacher à son style graphique d’une froideur glaçante, certes parfaitement adapté pour un long métrage de genre, mais supprime de ce fait, toutes thématiques provenant de l’imagination affolante du maître de l’horreur moderne. Malgré tout, cette démarche est-elle pour autant critiquable ? Elle constitue en effet tout le sens de l’expression « adaptation cinématographique » et se justifie par l’apport d’un sens et d’une ambiance propre à son auteur. Quand Stephen King décide de s’attacher à une cause très réaliste qu’est la violence paternelle, Kubrick, avec l’aide de sa scénariste Diane Johnson, souhaite quant à lui établir un mélange entre la psychanalyse sous forme de labyrinthe mental et le surnaturel clinique. Stephen King en viendra à critiquer l’adaptation (tout en louant le film sur ses qualités) et écrire une minisérie intitulée Shining : Les Couloirs de la Peur, pour coller plus à l’ambiance et aux thèmes de l’œuvre d’origine. Dans les faits, l’avis du romancier semble le plus juste : Shining est un chef d’œuvre cinématographique mais une adaptation manquée de l’œuvre qu’il adapte.

Shining est une incontestable réussite cinématographique mais se dérobe totalement de l’œuvre de Stephen King. Il témoigne à la fois de la qualité d’une adaptation par un auteur apportant ses propres thématiques et de l’émancipation d’un cinéaste par rapport à une œuvre. Le long métrage comme le livre resteront des monuments, chacun à leur façon, prouvant la difficulté d’adapter cet auteur fantasque, véritable maître de l’épouvante.

Shining : Bande-annonce

Shining : Fiche Technique

Réalisation : Stanley Kubrick
Scénario : Stanley Kubrick et Diane Johnson, d’après le roman Shining, l’enfant lumière de Stephen King
Interprétation : Jack Nicholson, Shelley Duvall, Danny Lloyd, Scatman Crothers…
Musique : Wendy Carlos, d’après la symphonie fantastique de Berlioz ; Rachel Elkind, Gyorgy Ligeti, Bela Bartok, Krzysztof Penderecki
Montage : Ray Lovejoy
Producteurs : Stanley Kubrick et Jan Harlan
Société de production : Hawk Films, Peregrine
Distribution : Warner Bros
Budget : 19 000 000 $
Récompenses : Lauréat du Saturn Awards du meilleur second rôle pour Scatman Crothers
Genre : Horreur, fantastique
Durée : 119 minutes
Date de sortie  : 16 octobre 1980

Etats-Unis- 1980

Rétro Stephen King : Les Vampires de Salem, un téléfilm de Tobe Hooper

Les vampires de Salem, le romancier fantastique Stephen King adapté par le grand cinéaste de l’horreur.

Synopsis : Ben Mears, un auteur revient à la petite ville du Maine, Salem Lot, où il a passé les premières années de sa vie, pour y écrire un livre. Un climat anxiogène s’installe alors que de mystérieuse disparitions touchent les habitants de cette petite ville.

Le berceau de l’effroi

Stephen King a plusieurs fois affirmé que son histoire favorite était celle écrite pour Salem, particulièrement pour ce qu’elle disait des petites villes. Salem est le diminutif de Jerusalem’s Lot, lieu unique du deuxième roman du maître du fantastique et le théâtre d’événements surnaturels dramatiques. C’est donc l’histoire d’un village perdu au milieu du Maine et de ses habitants horrifiés par les disparitions qui secouent soudainement leur ville. Ainsi qui mieux que le réalisateur de Poltergeist pour s’attaquer à son adaptation ? Tobe Hooper réalise en 1979 un téléfilm de près de trois heures intitulée Les Vampires de Salem.

À Jerusalem’s Lot, chacun a son opinion sur leur commune. »Toutes les petites villes ont leur maison hantée » dit l’un, « C’est comme ça que l’on réagit dans une petite ville » dit l’autre. Fidèle à la volonté de King, Salem’s Lot s’évertue à dépeindre le quotidien bouleversé d’une communauté par l’arrivée d’étrangers et d’événements surnaturels. Le policier, le prêtre, l’enseignant, l’agent immobilier, les gosses… tous les habitants sont concernés par les événements qui touchent leur petite société. Hooper ne sacrifie aucun personnage secondaire. Le scénario s’adapte donc parfaitement pour la télévision, avec une durée de près de trois heures, pour pouvoir brasser tout le spectre de cette petite ville.

S’il y a une patte Hooper indéniable, le format télé et une distribution de comédiens sans charisme (à l’exception notable de James Manson, plus mystérieux que jamais dans le rôle de l’étrange étranger) rendent le tout très insipide. Indéniablement aujourd’hui Les Vampires de Salem a très mal vieilli . Si le réalisateur a tenu à rester au plus près de l’histoire de King, l’excellente dramaturgie de ce roman de 600 pages ne transparaît pas dans cette adaptation. Dans le roman il faut bien attendre quelques centaines de pages pour que le mystère sur ces disparitions soient levées. Nul ne peut alors se douter à la lecture qu’il détient un livre de vampires dans les mains. Tobe Hooper ne peut pas cacher bien longtemps le mystère en ressortant l’imagerie vampirique dès la première disparition… Ainsi le suspect colis glacé qui apparaît dès la première heure n’a plus rien de mystérieux. Les traducteurs français ont fait plus fort en déflorant l’intrigue dès le titre : Les Vampires de Salem.

D’abord imaginée pour le cinéma, cette adaptation préféra le format de mini-série pour rester le plus fidèle au roman d’origine. Mais ce parti-pris se retourne contre lui car le roman, fort de ses 600 pages, nécessitait plus de deux épisodes de 90 minutes pour retranscrire sa dramaturgie, son suspense et toute son épouvante.

Les Vampires de Salem : Bande-annonce

Les Vampires de Salem : Fiche Technique

Réalisation : Tobe Hooper
Scénario : Paul Monash d’après le roman Salem de Stephen King
Interprétation : David Soul, James Manson, Lance Kerwin, Bonnie Bedelia
Photographie : Jules Brenner
Montage : Tom Pryor, Carroll Sax
Décors : Mort Rabinowitz
Musique : Harry Sukman
Production : Richard Kobritz
Distributeur : CBS
Durée : 184 minutes
Genre : Horreur
Date de sortie : 17 novembre 1979 /24 novembre 1979

États-Unis – 1979

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Rétro Stephen King : Carrie, un film de Brian de Palma

Carrie c’est la puissance de la norme, ce moule unique dans lequel sont forgées les civilisations modernes, rejetant à la marge tous les anormaux, ces handicapés sociaux « qui aimeraient bien avoir l’air, mais qui ont pas l’air du tout ».

Synopsis: Carrie White vit seule avec une mère austère qui, entièrement dévouée à Dieu, entend bien faire de sa fille une dévote comme elle. Cela vaut à Carrie brimades et moqueries au collège, du fait de son ignorance totale de la vie sociale. Le jour où, ignorant ce que sont les menstruations, elle va être ridiculisée sous la douche par ses camarades, Carrie va laisser grandir en elle un pouvoir qui n’en était jusqu’ici qu’à ses balbutiements.

Tout à la fois premier roman de Stephen King et première adaptation d’un de ses romans, Carrie fait partie de ses quelques romans qui ont eu la chance de rencontrer un grand réalisateur même si, à l’époque, Brian De Palma n’en était qu’à ses débuts. Mais quels débuts prometteurs puisqu’avec Carrie, dont les droits n’avaient encore été acquis par personne (même si les candidats se bousculaient), il trouvait une matière à sa main: une trame narrative pleine de promesse et un fond qui donnait du sens à l’histoire. C’est peut dire que Brian De Palma a été fidèle au roman (contrairement à de nombreux massacres cinématographiques ou télévisuels dont Stephen King a été victime par la suite), il parvient à respecter le livre, tout en faisant du film une oeuvre personnelle. Carrie est une seule et même oeuvre, qui appartient à deux auteurs.

Comme cela deviendra son habitude, Brian De Palma innove, s’amuse avec les possibilités techniques de l’époque pour tenter de traduire visuellement ce que raconte le scénario. Même s’il a regretté cet écran divisé au moment du drame final car cela ruinait l’action, il reste le talent: Carrie sous la douche découvrant la menstruation est un prodige et le sang sera présent tout le film, comme un fil rouge. C’est là toute l’intelligence de ce cinéaste: il ne joue pas avec la caméra pour épater la galerie, mais la met toujours au service de son histoire, pour lui apporter un supplément d’âme. L’âme de ce film (comme du livre d’ailleurs), son sens profond, n’est pas la télékinésie qui est, comme souvent chez King, un prétexte. Ni même forcément la religion. Carrie est un film sur la norme et sa transgression (proscrite évidemment) et qui pose une question: la perfection est-elle dans la norme ? Une transgression qui trouve son origine dans la tyrannie religieuse de cette mère possédée par Dieu, une bigoterie qui met mal à l’aise ses voisins. Une mère hors norme qui engendre une fille hors norme, réservée, mal dans sa peau, à part et laissée pour compte par ses camarades de classe. Eux sont souvent beaux, sortes d’americans dreams incarnés. Des jeunes normaux, eux, qui trouvent la pleine satisfaction dans le martyre qu’ils infligent à Carrie, souillon timide et laide: elle les rassure sur qui ils pensent être. La rejeter c’est repousser ce qu’ils ont peur de devenir.

Si le casting est excellent, on peut tout de même sans honte le résumer à deux actrices: Piper Laurie et Sissy Spacek. Si Piper Laurie n’a pas eu une immense carrière (tout de même nominée aux Oscars pour ce film), elle a eu cet immense rôle de mère, croyante et pratiquante jusqu’à la folie, rejetant tiout l’aspect matériel et surtout charnel de la société dans laquelle elle vit. Et il y a Sissy Spacek, en début de carrière à l’époque, jusque là surtout cantonnée aux films TV. Pour son audition, elle prit une vieille robe et couvrit ses cheveux d’huile. Elle obtint le rôle et reste aujourd’hui la seule Carrie mémorable. Rarement une actrice aura tant frôlé la perfection, sachant incarné la fille recluse, laide et timide, puis sublime aux yeux d’une étrange beauté, pour finir en ange exterminateur, qui comprend que ce monde n’est pas ouvert aux anormaux comme elle. Poignante et touchante, puis fracassante de beauté, puis terrifiante. Sa nomination aux Oscars devint alors une évidence, mais la concurrence fut rude en 1977.

Il y a bien un petit reproche que l’on pourrait faire à De Palma, c’est d’avoir escamoté tout le passage de la destruction de la ville de Chamberlain par Carrie, il y avait là matière à du grand spectacle. Mais ce film fait tout de même partie des plus belles adaptations de Stephen King, de celles pour lesquelles le réalisateur s’est donné la peine de comprendre l’auteur, d’écouter ses mots, d’aller au-delà des apparences du fantastique. Brian De Palma a eu le talent d’imaginer comment  nous lecteurs, nous avions bien perçu les personnages, leurs émotions et l’histoire que voulait raconter l’auteur. Après le mot fin la question reste posée: Dieu a-t-il donné ce pouvoir à Carrie ? Quant à Brian De Palma, il aura compris qu’être fidèle et infidèle tout à la fois, là réside le secret d’une bonne adaptation.

Carrie : Bande-annonce

Carrie : Fiche Technique

Réalisation : Brian De Palma
Scénario : Lawrence D. Cohen d’après l’œuvre de Stephen King
Interprétation : Sissy Spacek, Piper Laurie, Amy Irving, William Katt, John Travolta
Musique : Pino Donaggio
Montage : Paul Hirsch
Producteurs : Brian De Palma, Paul Monash et Louis A. Stroller
Société de production : Redbank Films
Distribution : Carlotta Films
Budget : 1 800 000 $
Récompenses : Grand Prix au Festival international du film fantastique d’Avoriaz en 1977
Genre : Horreur, fantastique, drame
Durée : 98 minutes
Date de sortie  : 22 avril 1977

Etats-Unis- 1976

Diamond Island, un film de Davy Chou: critique

Primé à Cannes (Prix SACD, Semaine de la Critique) l’hypnotique Diamond Island de Davy Chou est une immersion au cœur du Cambodge, à mi-chemin entre réalisme social et expérience visuelle.

Les insulaires

Diamond Island, ou le nom un peu kitsch d’un projet immobilier destiné à un tourisme de luxe. Une cité démesurée bâtit sur une île et qui parvient à mêler bidonville et 5 étoiles. Ignorée de Phnom Penh par une rivière mais reliée par un pont, Diamond Island est un archétype; drainant la jeunesse paysanne dans ses chantiers insalubres afin d’ériger des caryatides flambant neuves. Davy Chou qui se plonge dans la fiction pour la première fois (après un documentaire remarqué en 2012 : Le sommeil d’Or) utilise ce cadre à des fins esthétisantes plus que sentencieuses et signe un film d’une beauté rare.

Dans un pays ou 50% de la population a moins de 24 ans, l’adolescent est roi en sa demeure; un jeunisme  que l’on retrouve forcément en toile de fond du discours du cinéaste français (d’origine cambodgienne). Davy Chou s’adonne à une contemplation quotidienne de la vie de Bora (Sobon Nuon) un garçon de 18 ans qui quitte sa ferme et sa famille afin de travailler dans la capitale. Une capitale qu’il commence par éviter, comme le font les autres habitants de son quartier.  Cantonné dans ce complexe qui profite à sa manière aux locaux puisque le travail y est continu, relai infernal d’ouvriers diurnes puis nocturnes. Bora et ses amis, noctambules sur les chantiers comme dans les parcs de loisirs qu’ils ont bâtis, errent dans un espace que le réalisateur poétise d’une manière inattendue. L’amoncellement de tôles, de poutres, de machineries est une sphère à part où la ligne et la couleur priment sur le matériau ; les plans imprégnés d’un certain pop art évoquent alors nos jeux de mécano, sorte d’infantilisation du cadre qui dédramatise autant qu’il indigne. Ces instants de beauté purement plastique s’immiscent dans la construction ondulante du film qui rappelle, sur ce point, la déambulation de Kaili Blues (Bi Gan). Avec une mise en scène mouvante où le véhicule abonde, le film distille les scènes motorisées : que ce soit sur la moto clinquante de son frère retrouvé, ou dans la nouvelle voiture de sa petite amie. Une fracture que Davy Chou s’amuse à souligner dans un contexte moins heureux, lorsque Bura se retrouve à pousser un cortège funèbre dans sa campagne qu’il redécouvre.

Oeuvre tentaculaire autour d’une jeunesse à deux vitesses, Diamond Island est un film émancipatoire sur une société rongée par le déracinement. La vie urbaine ne semble être animée que par les festivités occidentales, la Saint-Valentin est commercialisée, sexualisée, le canon coréen admiré, le langage anglicisé. Très vite Bura se lasse de sa tâche mécanique et de ses potes malhabiles, et cède à un nouveau monde que lui entrouvre son frère. Excursions nuiteuses, nouvelles rencontres, Iphone 6 la vie du jeune homme s’électrise ; comment assumer alors une réalité qu’il ne peut s’empêcher de jugée inférieure ? Sa famille face à l’Amérique, son amoureuse du ghetto ou la fille branchée de Phnom Penh ? Les dilemmes crèvent rapidement son mode de vie illusoire lorsqu’il réalise qu’il ne gagnera pas sans perdre, l’écart est grand et il a déjà changé. Davy Chou reprend une inquiétude que l’on avait aussi vu chez Jia Zhang Ke l’année dernière (Au-delà des montagnes), une observation mêlée d’appréhension et d’excitation vis-à-vis du chemin emprunté par leur pays. Où le tout-développement dresse des murs entre, et dans, les générations. Une alerte qui relève plus du murmure dans le dispositif du jeune cinéaste, ce dernier préférant exposer un romanesque moderne.

Diamond Island joue sur les contraires, charnel et pudique, monotone et furtif ; le film dépeint avant tout une société changeante. La nuit n’existe plus, les chantiers illuminent le ciel, et les néons le sol ; des tours sans fin surplombent les quartiers terreux,  la ville s’étale sans élégance pourtant Davy Chou la rend séduisante. Aidé sans doute par les traits androgynes des cambodgiens, dont l’envie est palpable. Ce premier long métrage est un brassage identitaire et esthétique d’une grande finesse, le film parfait pour terminer (ou commencer) l’année.

Diamond Island : Bande-annonce

Diamond Island : Fiche technique

Réalisation: Davy Chou
Scénario: Davy Chou,Claire Maugendre
Interprétation: Nuon Sobon, Nov Cheanick, Chhem Madeza, Korn Mean, Nut Samnang, Meng Sophyna, Min Jany, Khim Samnang, Oun Batham, Hang Sreyleap, Dom Sreyroth
Photographie: Thomas Favel
Montage: Laurent Leveneur
Décors: Samnang Pak
Costume: Samphors Chorn
Musique: Jérémie Arcache, Christophe Musset
Producteurs: Charlotte Vincent
Production: Aurora Film
Distribution: Les films du losange
Durée: 1h39
Genre: Drame

Récompense: Prix SACD, semaine de la critique, Cannes 2016/  Grand Prix festival du film de Cabourg/ Golden Gateway du meilleur film, festival international du film de Mumbai

Date de sortie: 28 décembre 2016

 

Bilan séries 2016 : les meilleures saisons

Une année 2016, certes, marquée par de nombreuses nouveautés qui présentent un bel avenir, mais n’oublions pas non plus les meilleures saisons des séries plus anciennes. Il est temps de dresser le bilan, dont voici le verdict.

À la veille de 2017, qui s’annonce prospère en terme de séries avec les retours de Sense8, Prison Break, ou d’autres fictions inédites telle que Legion ou American Gods, revenons sur ces nombreuses saisons qui auront marqué notre imaginaire télévisuel. Ainsi, comme pour le bilan des nouveautés, vous retrouverez ici les 5 meilleures saisons de l’année selon la rédaction, à travers un classement non hiérarchisé.

Séries US : Bilan saisons 2016 selon la rédaction

Black Mirror Saison 3

Véritable dénicheur de pépite, Netflix achète à la chaîne britannique Channel 4, six nouveaux épisodes de Black Mirror, toujours chapeauté par Charlie Brooker. Le réseau social devenu ascension social et dépendance, la réalité virtuelle comme prison dorée ou le chantage virtuel sont des thématiques qui viennent marquer d’une pierre pas si blanche la plus réussie des saisons de l’anthologie anticipative…

Antoine Mournès : « Une des plus puissantes anthologie qu’il ait été donné d’exister. Apocalyptique sans jamais être surmoralisateur, la fiction côtoie dangereusement la réalité pour un plaisir sériephilique pleinement satisfait… On en redemande ! »

Kévin List : « Les craintes se sont rapidement dissipées. Netflix a réussi un hold-up en reprenant la série d’anticipation de la BBC et offre l’un des grands moments audiovisuels de l’année. Anxiogène, bouleversant, implacable et qui ne peut laisser indifférent, chaque épisode s’achevant sur un ultime plan qui amène la réflexion. Une série passionnante et nécessaire ! »

Maxime Thiss : « Changement de diffuseur, mais toujours même recette pour Black Mirror. Parfois racoleuse, parfois oppressante, souvent cynique, cette saison 3 de Black Mirror reste toute aussi inégale que ses prédécesseurs mais aura le mérite d’offrir avec San Junipero son meilleur épisode pourtant très éloigné du ton habituel de la série. »

 Daredevil saison 2

https://www.youtube.com/watch?v=x0thlIO3GBw

Alors qu’ABC patauge avec ses Agents of SHIELD depuis 4 ans, on ne peut pas en dire autant pour Netflix qui, au contraire, crée une vraie mythologie de qualité, en parallèle du Marvel Cinematic Univers, avec ses Defenders : Daredevil, Jessica Jones, Luke Cage, et prochainement Iron First.
La première saison de Daredevil était déjà parfaitement maîtrisée, mais la saison 2 fait l’exploit d’être encore meilleure. Deux parties de saisons distinctes qui sont en parfaites symbioses en intégrant deux nouveaux personnages, le Punisher et Elektra, apportant toujours plus de profondeur au personnage de Matthew Murdock. Il nous tarde de voir notre 4 super-héros réunis dans une même série…

Julien Dugois : « Heureusement que Netflix, et en particulier Dardevil, est là pour tirer le meilleur de la cinégénie propre à la mythologie Marvel. »

Antoine Mournès : « Une continuité équilibrée qui assure une force toujours plus certaine à la série grâce à l’arrivée de deux personnages clés joués brillamment. Le trio Charlie Cox, Deborah Ann Woll et Elden Henson est magique et la frenchie Elodie Yung assure la relève… »

Perrine Mallard : « Une premiere partie de saison somptueuse avec The Punisher, un antagoniste des plus réjouissant, incarné par le talentueux Jon Bernthal, qui vole la vedette à Daredevil. Suivit malheureusement d’une deuxième partie beaucoup moins palpitante qui pâtit du manque de crédibilité d’un héros fade. »

Maxime Kasparian : « La première saison pose de bonnes bases narratives pour une saison 2 qui explose. Première partie consacrée au Punisher, et seconde partie sur l’arrivée de Elektra. Dans les deux situations, la réalisation, la mise en scène, nous accroche, et nous donne toujours plus envie de revenir à chaque épisode. »

Game of Thrones Saison 6

Une saison 5 qui avait beaucoup divisé, surement car elle s’étirait trop sur les livres de George R. R. Martin. Heureusement la 6ème saison, diffusée en Mai dernier a su apporter un nouveau souffle dans son univers en s’émancipant des œuvres littéraires. Les Starks reprennent peu à peu le pouvoir, et Daenerys se lance enfin dans la conquête de son trône. Avec l’un des meilleurs épisodes 9 réalisé depuis le début, et un épilogue magistral annonçant officiellement les prémices des derniers combats avant de savoir qui accédera sur le Trône de Fer. Après avoir vu une saison 6 exceptionnelle, il nous tarde que visionner la saison 7 qui n’arrivera que durant l’été 2017.

Julien Dugois : « La série culte a de moins en moins à offrir. Seules quelques scènes épiques maintiennent cette saison dans le haut du panier. »

Kévin List : « Une fin de saison en apothéose, une maitrise visuelle et narrative sans faille, des acteurs à leur sommet et à l’arrivée, la confirmation que Game of Thrones est l’une des plus grandes séries de tous les temps. Te foire pas sur la 7eme ! »

Perrine Mallard : « Après une saison 5 éreintante, les intrigues avancent et l’hiver est enfin là, annonçant une suite poignante. On retiendra surtout l’épisode “Battle of the Bastards”, magnifiquement mis en scène, qui est à ce jour le meilleur épisode de la série. »

Maxime Thiss : « En s’émancipant complètement du livre, Game of Thrones offre l’une de ses meilleures saisons et confirme son statut de leader de la télévision. »

Maxime Kasparian : « Alors que la saison 4 était l’une des meilleures, la suivante a beaucoup déçu. Au contraire, la saison 6 relance toute son intrigue à travers la revanche des Starks, en attendant l’arrivée de la Khaleesi. Mise en scène et scénario impeccable, la fin n’a jamais été aussi proche… »

House of Cards Saison 4

Dernière saison dirigée par le showrunner et créateur Beau Williamson, la quatrième d’House of Cards est probablement la plus dense et froide qu’il soit. En centrant la première partie sur une lutte impitoyable avec sa femme, plus redoutable ennemi, pour terminer sur une nouvelle mécanique politique visant à sa réélection au travers d’intrigues qui ont pris naissance dans les saisons précédentes, l’adaptation us fait de Kevin Spacey et Robin Wright (qui réalise 4 épisodes) de véritables héros shakespeariens, probablement les plus passionnants anti-héros qu’il ait été donné de voir sur le petit écran…

Antoine Delassus : « Beau Willimon continue inlassablement à sonder les dérives du pouvoir, magnifié par les performances habitées de K.Spacey et R.Wright. »

Julien Dugois : « On continue à regretter le temps où les Underwood étaient de vrais figures maléfiques. Leur soap-opera à la Maison Blanche n’a rien de subversif. »

Antoine Mournès : « Un face à face glaçant et toujours impeccable dans lequel Robin Wright déploie une force de jeu sans précédent ».

Kévin List : « Girl Power dans cette saison qui aurait pu trouver une résonance particulière si Hilary Clinton avait gagné la Présidence. Robin Wright est incroyable tandis que Kevin Spacey reste magistral. Le plus grand couple macbethien tout média confondu et une saison 4 qui confirme la maîtrise exceptionnelle de cette série politique. »

Orange Is the New Black Saison 4

https://www.youtube.com/watch?v=93KMTU2ESd0

Orange is the new black nous a toujours offert des saisons de qualités, mais nous sommes définitivement passé au stade au dessus l’été dernier. Des personnages toujours plus fascinants et parfaitement interprétés (mention spécial aux talents de Uzo Aduba, Samira Wiley et Lori Petty). La série fascine en nous faisant rire, nous agaçant parfois ou nous attendrissant, mais la réalité et la violence n’en sont pas oubliées bien au contraire. La fin de saison est poignante avec la disparition d’un personnage aimé du public et des autres protagonistes en s’inspirant du Black Lives Matter. Netflix a offert une année 2016 exceptionnelle grâce à ses nouveautés, sans pour autant oublier ses ainées qui sont House of Cards et Orange is the new black.

Zoran Paquot : « Magnifique rattrapage de la saison 3. Une fin fantastique, même si triste. »

Perinne Mallard : « Une saison plus sombre et suffocante à chaque épisode, la série nous prend aux tripes, plus violente que jamais avec un final qui nous hantera longtemps. Orange is the New Black ne nous avait jamais autant bouleversé. »

Maxime Kasparian : « Après une saison 3 portée sur la religion et l’humour, la saison 4 est tout aussi intense à travers une dramaturgie plus soutenue au fil des épisodes de plus en plus prenant. Nous somme face à une fin crescendo des plus marquantes et violentes, et c’est grâce à ça que la série tire son épingle du jeu. »

American Pastoral, un film d’Ewan McGregor : Critique

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En adaptant un excellent roman de Philip Roth, American Pastoral paru en 1997 et récompensé d’un prix Pulitzer, Ewan McGregor s’essaie à la réalisation avec un bien trop classique drame historique qui ne réussit guère à atteindre son cœur de cible.

Synopsis : Fin des années soixante, Seymour Levov, un riche homme d’affaires, est marié à une très belle femme, miss New Jersey, et mène une vie paisible jusqu’au jour où sa fille devient une militante pacifiste contre la guerre du Vietnam et fait exploser un bureau de poste.

Un récit impersonnel sur fond historique

Philip Roth, marqué par des thèmes aussi puissants que les tumultes de la sexualité et de la psychologie masculines, le poids de l’Histoire et de l’héritage, la hantise de la désagrégation du corps et de la mort, et la place du judaïsme, a trouvé en l’acteur britannique récompensé, un long métrage qui ne trouvera jamais la poésie de la rupture. En effet, attiré par une bande annonce percutante aux thématiques précises telles que la lutte historique et l’émancipation familiale, on se rue dans les salles obscures en cette fin d’année glacée. Mais force est de constater qu’au bout d’une demi-heure de film, les rouages sont inexistants au profit d’une émotion sans cesse tirée à quatre épingle. Présenté presque sans grand bruit au 41ème TIFF, American Pastoral s’échine à peindre la fin d’un rêve américain.

Le trio formé par Ewan McGregor en père bienveillant ancien sportif et soldat, Jennifer Connelly en miss New Jersey vindicative, et leur fille jouée toujours à la limite du cliché par Dakota Fannings (qu’on retrouvera dans Ocean’s Eight prévu pour 2018), a tout d’un christmas movie engageant. Très rapidement, le genre glisse de manière attendue vers le drame historique en surexploitant les images d’archive. Mais ce récit est amené par un autre et inutile (le piège de l’adaptation littéraire) d’un point de vue externe et sans lien direct. Un ami d’enfance rencontre à la 45ème rencontre d’une promotion, le frère incarné par Rupert Evans, vieilli par un maquillage grossier, qui raconte les péripéties de Swede Levov. La plongée est lente et maladroite. Rien ne favorise l’attention, une mise en scène convenue, une photographie impersonnelle et un récit linéaire dont on s’extrait à chaque fois que l’émotion est soulignée par des yeux humides en gros plan. Le spectateur reconnaît un certain classicisme hollywoodien cher aux premières œuvres de Clint Eastwood en tant que réalisateur, mais n’identifie aucune subjectivité tant la portée du message vient anéantir l’absence de poésie. Ce qui est fort dommage, puisque le poids du travail est conséquent et palpable, mais ne ressort guère dans cette traduction visuelle au premier degré. La notion de « héros », qui plus est, joué par Ewan en personne, par un excès de naïveté qui lui est propre, car on lui reconnait le rôle du « jeune premier », ne concorde aucunement avec ce père perdue dans la tourmente d’une histoire qui le dépasse par les engagements de sa propre fille.

Heureusement que certains seconds rôles créent la surprise comme Uzo Aduba (Orange Is The New Black) en assistante dévouée et Molly Parker (House of Cards) en pédopsychiatre éclairée, mais tout est effleuré, les conditions salariales, le poids patriarcal, la crise de l’adolescence, la guerre du Vietnam, la folie, les convictions politiques… pour réussir correctement à captiver l’auditoire et divertir intelligemment. Il est délicat d’endosser plusieurs casquettes lors d’un premier long métrage et malheureusement, Ewan McGregor peine à briller devant et derrière. (Même la musique d’Alexandre Desplat est vite oublié après la séance!!!) On l’attend malgré tout de pied ferme pour sa double interprétation des frères Stussy dans la saison 3 de Fargo et la reprise de Renton dans la suite de Transpotting

American Pastoral : Fiche Technique

Réalisation : Ewan McGregor
Scénario : John Romano, d’après Pastorale américaine de Philip Roth
Interprétation : Ewan McGregor (Swede Levov), Jennifer Connelly (Dawn Levov), Dakota Fanning (Merry Levov), Peter Riegert (Lou Levov), Rupert Evans (Jerry Levov), Uzo Aduba (Vicky), Molly Parker (Sheila Smith), David Strathairn (Nathan Zuckerman)…
Photographie : Martin Ruhe
Direction artistique : Gregory A.Weimerskirch
Décors: Daniel B. Clancy
Costumes : Lindsay McKay
Montage : Melissa Kent
Musique : Alexandre Desplat
Production : Sidney Kimmel, Gary Lucchesi, Tom Rosenberg
Société de production : Lakeshore Entertainment et Sidney Kimmel Entertainment
Distribution : Lionsgate (USA), Mars Distribution (France)
Budget : NC
Genre : drame historique
Durée : 126 minutes
Date de sortie : 9 septembre 2016 (TIFF), 21 octobre (USA), 28 décembre 2016 (France)…

Etats-Unis – 2016

Bilan séries 2016 : les meilleures nouveautés

2016, une année riche en nouveautés, voici le compte rendu de notre top des meilleurs séries TV Westworld, This is us, The Night Of, The Young PopeStranger Things et plein d’autres encore.

Après 366 jours marqués par un début assez macabre (morts de célébrités en chaîne) ou des événements tout aussi troublants qui ont affectés l’actualité internationale tels que Trump, Orlando, Alep, les Panama Paper, le Brexit, maintenant George Michael et Carrie Fisher… etc , il nous faut faire le point sur une autre actualité que nous pouvons et devons couvrir : ce qui a marqué l’année séries 2016. La rédaction s’est penchée sur 5 meilleures nouveautés qui méritent le projecteur. L’ordre est aléatoire et ne représente aucunement un top hiérarchisant. Les votes ont concerné 28 nouveautés principalement américaines et européennes.

Bilan séries 2016 selon la rédaction

 This is us

Actuellement 10 épisodes sur 18 ont été diffusés, elle reprendra le 10 janvier. Créée par Dan Fogelman (scénariste de Crazy Stupid Love et Raiponse), elle marque le retour de Milo Ventimiglia (Heroes, Gotham, Chosen) et Justin Hartley (Gilmore Girls, Revenge, Mistresses) et déroule sur deux temporalités, trois générations d’une famille de triplés… Plus grand succès NBC depuis des décennies, This is us est une comédie dramatique de 45 minutes.

Antoine Mournès : « Une ode sensible à la vie, des contradictions existentielles qui nous sont à chacun propre, la métaphore de l’ambition dans un des meilleurs shows jamais réalisés »

Maxime Kasparian : « Une nouveauté NBC drama-familiale sans le côté dramatisation à tout va célèbre dans ce genre de network. Simple, sincère, riche en émotion. Il peut ne rien se passer de trépident, et pourtant on apprécie ces relations, ces valeurs et convictions (certes très américaines parfois dans le cliché) mais qui fait très vite chaud au cœur et nous oblige à continuer »

Louis Verdoux : « Une fable émouvante, sensible et humaniste remarquable. Jamais cliché ni larmoyante. Une grande œuvre »

Pascal J-h C Topige : « Une série d’extrême qualité, du propos tenu au dialogue/monologue/déroulé. Un jeu d’acteur à cru pour un casting à point et une réalisation rarement excessif et omniprésente, mais souvent valorisant le scénario. La série brille par sa simplicité, son authenticité, l’audace et le courage d’évoluer sur une Network à l’heure du grand élitisme apporté par les plateformes de streaming et les papis du câble! Bravo! »

Perrine Mallard : « Une série “feel good” qu’on a pu déguster entre les fêtes de famille, humaine et optimiste, This Is Us fait chaud au cœur et émeut. Si honnête et simple qu’on lui pardonne ses quelques manques de subtilité. »

 Westworld

Le projet HBO, qui selon la rumeur a comme ambition de contrer l’arrêt de Game of Thrones prévu pour 2018 et une saison 8, est connu depuis plus d’un an, ce qui nous a tous permis de nous replonger dans Mondwest, le film original de Crichton. J.J. Abrams à la production, Jonathan Nolan (petit frère prodige de Christopher) et son épouse scénariste Lisa Joy aux commandes pour une pléiade d’acteurs confirmés : Anthony Hopkins, Sidse Babett Knudsen, Ed Harris, Thandie Newton, Evan Rachel Wood… Lorsque le scénario de Jurassic Park côtoie l’anticipation, la science-fiction et le western. On obtient un succès assuré…

Antoine Mournès : « Bien que trop discursif, cette adaptation a su déployer une énergie monstre en créant l’addiction… »

Grégoire Lemaitre : « HBO frappe (très) fort avec cette première saison, où l’on assiste fasciné à la naissance d’une conscience décortiquée. »

Clément Fauré : « Portée par des acteurs exceptionnels, mais sans être totalement novatrice la série ouvre tout de même de superbes perspectives dans l’anticipation »

William Ducrois : « Une série ambitieuse, à l’esthétisme soigné, à la thématique riche et captivante. Une première partie d’exposition un peu longue mais une seconde partie riche en révélations. »

Louis Verdoux : « Un scénario plutôt intéressante notamment dans son uchronie plutôt bien traitée. L’esthétique est très soignée, que ça soit dans les décors, la photographie et les effets visuels. Malgré tout, comme toutes productions HBO, elle souffre d’un rythme bâtard, parfois longuet et effréné. »

Jimmy Martin : « La série la plus ambitieuse vue depuis Lost. Une direction artistique au top qui égale d’ores et déjà la super machine Game of Thrones. »

Perrine Mallard : « Bien que pas révolutionnaire dans son sujet, la série intrigue et les acteurs, notamment la captivante Thandie Newton, sont remarquables mais Westworld déçoit par un rythme inégal et des twists scénaristiques parfois grossiers et superflus. »

Vincent Baudart : « Après un début qui augurait le meilleur, la séries s’enlise dans des développement superflus, du spectaculaire outrancier et une intelligence de façade. Jonathan Nolan à son meilleur, avec tout les avantages et les inconvénients que cela implique. »

Maxime Thiss : Comme on pouvait s’y attendre de la part d’un Nolan, Westworld est une série qui se croit plus intelligente qu’elle n’est et qui marquera les esprits que par sa deuxième partie de saison où les twists s’enchaînent en mode roue libre. A côté de ça, on se demande où est passé le budget tellement la direction artistique est pauvre.

The Night Of

L’événement sériel de l’été était cette mini-série HBO de 8 épisodes entre 57 et 96 minutes. Le rappeur et acteur Riz Ahmed n’en est pas à son premier passage à l’écran, mais il est évident que son rôle de l’étudiant « naïf » Nasir Khan l’a révélé au grand public. Débutant comme un rapide road movie urbain et nocturne, le show nous propose une mécanique subtile sur le système judiciaire américain.

Julien Dugois : « Grâce à son écriture soignée qui assure un réalisme et une portée sociologique fascinantes, The Night Of s’impose comme la meilleure série judiciaire de ces dernières années »

Marush Ka : « Comment la machine judiciaire et ses rouages implacables font basculer le destin d’un homme. Bluffant et génial »

Kévin List : « Manque parfois de finesse, mais les différentes strates de l’administration judiciaire et du processus d’enquête policière rend cette série fascinante, aidée par un style visuel froid et anxiogène qui donne matière à réflexion. Excellente performance des acteurs, Riz Ahmed et John Turturro en tête. »

Maxime Thiss : « La plus belle réussite de HBO de l’année. Une mini-série judiciaire rudement efficace desservi par un casting impeccable. »

Sara Art : « Porté par un casting incroyablement talentueux, TNO radiographie les lents engrenages d’un système judiciaire à la dérive. Cette mini-série en mode “true crime” ne fait pas que vous inviter dans une cellule de prison elle en verrouille aussi la porte. »

The Young Pope

En compétition au festival de Cannes depuis son 2ème long-métrage, Paolo Sorrentino a obtenu une notoriété internationale depuis son oscar du meilleur film étranger avec La grande bellezza en 2011. Après David Lynch, Hitchcock, Barry Levinson, Altman, Tarantino, Cameron, Soderberg… Sorrentino se lance à la conquête du petit écran avec cette série franco-italo-espagnole qui a divisé la rédaction. Judd Law incarne un nouveau Pape dans une peinture noire de la religion, aux côtés de Cécile de France, Diane Keaton, James Cromwell et Ludivine Sagnier.

Antoine Mournès : « Apathique, lent et grossier, c’est un comble de devoir survivre à 4 épisodes avant d’apprécier le potentiel qui reste encore à défendre »

Marush Ka : « La perle de cette fin d’année. Parfait en tous points (esthétique, dialogues, interprétation, ton). Dommage que les derniers épisodes s’égarent »

Julien Dugois : « Aucune portée théologique ni morale, juste l’histoire d’un connard habillé en blanc. Quel intérêt ? »

Sara Art : « Une série somptueuse, décalée et déroutante avec au centre ce « Jeune Pape » complètement hallucinant, machiavélique et rock n’roll. Décrit par Sorrentino comme un personnage «rusé et naïf, à l’ancienne et pourtant très moderne, à la fois doutant et résolu, ironique, pédant, blessé et impitoyable», un paradoxe intriguant à suivre dans la prochaine saison. »

Alexandre Léaud : « The Young Pope est une œuvre à part entière de Paolo Sorrentino. Il traite complètement ses thèmes (le divin, la mort) tout en faisant une série de qualité. Jude Law y est à son meilleur, épatant à chaque nouvel épisode. »

Stranger Things

Netflix bouleverse une fois de plus le petit écran avec cette série estivale de 8 épisodes créé par les frères Duffer, jeunes scénaristes de science-fiction et films d’horreur. Après leur premier long-métrage Hidden tourné en 2012 et sorti 3 ans plus tard, M. Night Shyamalan les engage pour écrire la saison 2 de Wayward Pines. Ils s’approprient l’univers de Spielberg, Carpenter, Stephen King ou encore George Lucas avec Stranger Things qui rend hommage à la pop culture des années 80. Une deuxième saison est en préparation…

Julien Dugois : « Un splendide hommage au cinéma des années 80, mais trop limité par ce seul concept. »

Maxime Kasparian : « Un chef-d’œuvre proposé par le célèbre Netflix qui enchaîne les succès et petites pépites. Plaisir de replonger dans les références SF des années 80, à Spielberg, tout en apportant de l’originalité, de la créativité au format long-télévisuel »

Louis Verdoux : « Ou la preuve que pomper allègrement sans aucune once de créativité n’est pas gage de qualité. Jamais on n’en reparlera »

Kévin List : « Une série délicieusement référencée, parfois à outrance empêchant la série de trouver son style, autre que dans l’hommage. Ça manque de singularité mais cette dose de rétro fait un bien fou et redonne ses lettres de noblesse aux « films avec des gamins confrontés au monde adulte ». »

Clément Fauré : « Agréable retour enfantin dans les années 80 d’une esthétique très soignée »

Gabriel Mabille : « Une série pour les nostalgiques des eighties, sur l’imaginaire, le pouvoir de la suggestion et le monde de l’enfance. […] Une version un peu plus mainstream du tout aussi étonnant et très étrange It Follows de David Robert Mitchell. Les frères Duffer permettent à Netflix d’avoir enfin un argument de poids dans son catalogue avec cette création originale récente qui a marqué l’année 2016 de son empreinte. »

Perrine Mallard : « Une très bonne surprise de la part de Netflix, qui certes, manque peut être d’une personnalité propre mais qui tient la route et nous captive jusqu’a la dernière minute. Mention spéciale pour les enfants qui jouent toujours juste. »

William Ducros : « Un rythme sans temps mort, des personnages attachants, une histoire maîtrisée. Même si la série reprend les codes et l’ambiance année 80 avec des enfants héros, les tenants et aboutissements sont bien trouvés. »

Mentions Spéciales 

Encore plus de séries U.S.

La première saison d’une nouvelle anthologie signée Larry Karaszewski (scénariste de Ed Wood, récompensé pour Larry Flynt en 1996, et Big Eyes) et produite par Ryan Murphy retrace relativement habilement, entre tumulte historique et réalisme poignant, les affres du procès d’O.J.Simpson, célèbre joueur de base-ball et acteur, accusé d’avoir tué son ex- femme et son amant.

Quarry
Inspirée par les romans éponymes écrits par Max Allan Collins et diffusée à la rentrée 2016 sur Cinemax et OCS en France, la série, à la manière de Rectify, conte le retour d’un soldat en 1972 à Memphis qui subit le rejet de ceux qu’il aime… Le réalisateur Greg Yaitenes a collaboré sur des séries de renom telles que Dr House, Lost, Prison Break, Heroes ou encore Bones ou Les Experts. Seul deux des douze romans de la collection ont été traduits en français : Primary Target (Un candidat de choc) et The Last Quarry (Un dernier pour la route). Tout porte à croire qu’une deuxième saison serait en route..?

En cette fin d’année, pour les fêtes, Netflix est une fois de plus au coeur de l’actualité. The OA, créée par Brit Marling (I Origin, Babylon, Another Earth) et Zal Batmanglij, mélange les genres pour faire vivre au spectateur une expérience de synesthésie sans précédent. Malgré quelques fuites et maladresses qui nous décroche du récit principal, la série suit les traces sensitives de Sense8 pour nous proposer un combat épique pour sa propre survie de l’ordre du « divin ».

Du côtés hexagonal

Les Grands
Triplement récompensé à La Rochelle au Festival de la fiction tv (deuxième plus grand événement après Monaco), cette comédie dramatique de 10×20′ OCS retrace la dernière année scolaire de 5 collégiens en classe de troisième. Drôle, incroyablement touchant et percutant, cette nouveauté française touche en plein coeur. On attend impatiemment la saison 2, dont le tournage s’est terminé en novembre dernier.

Les créateurs suédois dont on leur connait la cultisme Bron (/Tunnel/The Bridge) s’associent avec Canal + pour un thriller sophistiqué en plein été arctique. Contredire le clair obscur remet en question nos certitudes et le voyage est saisissant. Meilleur démarrage depuis Tunnel et portée par une Leila Bekthi époustouflante, cette nouveauté franco-suédoise à la frontière du fantastique, dont une saison 2 est déjà sur papier, reste à être validée par la chaîne câblée française. Si vous avez aimé Occupied, X-Files et la saga Millenium

Au-delà des murs
La mini-série franco-belge Arte au format exceptionnel, 3×45′ est une prouesse du genre. Jamais les français n’auront réussi à nous reconstitué une atmosphère visuelle aussi pesante, entre Lovecraft et Edgar Allan Poe, depuis Maupassant, Prospère Mérimé ou Victor Hugo. Véritable puzzle psychologique, escape game et conte intemporel créé par Hervé Hadmar et Marc Herpoux…

Outre-Manche

Fleabag
2016 aura été une année propice pour Phoebe Waller-Bridge, jeune dramaturge, actrice et scénariste/réalisatrice anglaise, car depuis son apparition dans La Dame de Fer au côté de Meryl Streep en 2011 et la saison 2 de Broadchurch en 2015, elle a créé deux sitcoms d’un nouveau genre à succès : Crashing et Fleabag. La deuxième est une véritable perle d’humour noir et d’autodérision par les studios Amazon. Quelle plaisir d’ailleurs de revoir Olivia Colman en belle-mère exécrable. A voir et revoir sans modération !

The Collection
Oliver Goldstick, producteur exécutif sur Pretty Little Liar et Ravenswood (oui l’amitié avec I. Marlene King est certaine!), a réussi à réunir la BBC, Amazon et France 3 pour une série historique à l’élégance tirée entre quatre épingles. Sombrement soyeuse, malgré quelques maladresses, The Collection recontextualise les heures de gloire de la mode et du luxe sur fond de soap policier. Avec Alix Poisson (Parents Mode d’emploi, Disparue), Alexandre Brasseur, Sarah Parish, Tom Riley (Da Vinci’s Demons) et Richard Coyle (The Fall).

Brief Encounter
Adaptée d’une histoire vraie, celle de Jacqueline Gold qui est devenue riche femme d’affaire avec sa marque de produits érotiques Ann Summers, la comédie dramatique, créée par le duo féminin Oriane Messina et Fay Rusling, a des allures de soap opéra, mais n’en que le générique. Brief Encounter déploie des personnages touchants et une sensible histoire qui ne peut guère nous laisser indifférent au travers cette mère célibataire trompée, à l’ambition contredite par des mentalités trop étriquées. On retrouve la sublime Penelope Wilton (Downton Abbey, Doctor Who…) !

Passengers, un film de Morten Tyldum : Critique

Après le biopic à Oscars, le réalisateur Morten Tyldum se lance avec Passengers dans le blockbuster estampillé SF. Avec savoir-faire, il livre une romance classique mais sympathique pour finalement tomber très vite dans le grand n’importe quoi.

Synopsis : L’Avalon est un vaisseau faisant route vers une lointaine planète colonisée. À son bord, plus de 5 000 passagers sont plongés dans un coma artificiel, afin de supporter ce périple de 120 ans. Mais durant le voyage, une capsule d’hibernation dysfonctionne et réveille son occupant, James Preston, 90 ans trop tôt. Devant faire face à l’incapacité de se « rendormir » et donc à une dure réalité, il va devoir y mener sa vie en solitaire. Au bord de la déprime, il décide de réveiller Aurora Dunn, une jeune femme dont il est tombé éperdument amoureux. Ainsi commence pour les deux passagers une longue existence isolée de tous, que menacent les nombreuses avaries du vaisseau…

Une rafraîchissante romance spatiale qui part à la dérive

Pour son premier long-métrage en langue anglophone (Imitation Game), Morten Tyldum était entré par la grande porte. Et pour cause, le cinéaste norvégien a su se faire remarquer par les studios hollywoodiens en livrant un biopic à Oscars (huit nominations, dont Meilleur scénario adapté en poche), mené d’une main de maître par Benedict Cumberbatch. Une œuvre certes imparfaite mais qui convainquit les producteurs de lui donner les rênes d’un projet bien plus ambitieux. Un blockbuster à gros budget (120 millions de dollars) se déroulant dans l’espace tiré d’une nouvelle de Philip K. Dick. Mais le bonhomme avait-il suffisamment d’épaules pour y porter un tel projet ? Si le savoir-faire est au rendez-vous de ce Passengers, Tyldum n’aura pas su se démarquer de la machine hollywoodienne pour permettre à son film de s’envoler au-delà des étoiles.

En même temps, de la part du producteur Neal H. Moritz (Fast & Furious, xXx, Urban Legend, Souviens-toi… l’été dernier), il ne fallait vraiment pas s’attendre à monts et merveilles !  Les nombreuses bandes-annonces annonçaient la couleur, en dévoilant un divertissement alliant romance et action spectaculaire qui préfère en mettre plein la vue plutôt que de mettre en avant les thématiques propres à Philip K. Dick. S’il existe des exceptions (Blade Runner, Total Recall et Minority Report), les adaptations de l’auteur n’ont jamais réussi à lui faire honneur au cinéma. Et Passengers ne déroge pas à la règle en se présentant au public tel un film d’une banalité scénaristique désespérante. Pire, le script ne reprend que les premières lignes de la nouvelle (un homme se réveillant lors d’un voyage spatial de plusieurs décennies) pour emmener le tout en pleine foire des clichés hollywoodiens : romance prévisible, répliques téléphonées… Si vous pensiez avoir de l’intelligence ou même ne serait-ce qu’une once de suspense, vous vous êtes tout bonnement trompés de séance !

Pourtant, le film captive, du moins dans sa première partie. Malgré son classicisme aussi gros qu’une maison, Passengers possède suffisamment d’atouts en poche pour être un blockbuster efficace dans ce qu’il entreprend. À savoir mettre en scène une romance qui tient la route, notamment grâce à un couple vedette diablement glamour. Si Chris Pratt a encore du chemin à parcourir au niveau de son jeu d’acteur en matière de dramatisation, il sait y faire en matière de décontraction. Quant à Jennifer Lawrence, elle n’a décidément plus rien à prouver quant à ses talents de comédienne tout-terrain. À eux deux, ils forment un duo attachant que l’on a envie de voir évoluer dans ce somptueux vaisseau, mis en images par le biais de très bons décors et effets spéciaux. Le tout plongé dans une ambiance hypnotisante, se balançant entre les compositions mystérieuses de Thomas Newman et de la légèreté plus que bienvenue (principalement amenée par le personnage de Michael Sheen). Bref, vous l’aurez compris : Passengers se révèle être une romance très sympathique et touchante, par moments envoûtante avec ces plans spatiaux et qui mérite l’achat du ticket.

Malheureusement, la seconde partie vient tout gâcher, et pas qu’un peu ! Jusque là cantonné à son histoire d’amour, Passengers dévie vers l’action pure et dure mais surtout le grand n’importe quoi n’ayant tout simplement aucun sens. Tentant de régler les problèmes rencontrés par le vaisseau le conduisant à sa perte, les deux héros vont alors enchaîner des péripéties d’une invraisemblance grotesque. L’ensemble a beau se montrer tendu avec ses effets spéciaux et sa musique, c’est plutôt l’ennui qui pointera le bout de son nez, à cause d’un montage sans génie, de répliques qui feront plus rire qu’autre chose et de tant de clichés délivrés à la pelle que cela en devient indigeste. Et même si la romance reprend le dessus sur la fin, elle ne fonctionne plus du tout, Passengers étant tombé dans le ridicule le plus abyssal qui soit. Il suffit de voir les dernières minutes du film pour s’en rendre compte, ce dernier proposant un rôle très minimaliste à Andy Garcia (même pas 5 secondes à l’écran) et nous jetant à la figure une morale écologiste sortie de nulle part. « Quel beau gâchis » seront sans nul doute les mots qui vous viendront à l’esprit aussitôt le générique de fin commencé.

Surtout qu’à la vue de sa première partie, Passengers avait tout ce qu’il fallait pour finir l’année 2016 non pas en beauté (n’exagérons rien !) mais avec savoir-faire. Cependant, bien qu’il ait eu le talent nécessaire à mener ce blockbuster à bien, Morten Tyldum n’aura pas su se défaire d’un cahier des charges hollywoodien imposant action démesurée et happy end niaiseux, avec lesquels il n’est pas encore habitué. Peut-être pour la prochaine fois ! Mais ne vous inquiétez pas : si vous voulez une nouvelle adaptation de Philip K. Dick qui promet, nous vous conseillons de patienter jusqu’au 4 octobre prochain, date à laquelle sortira le très attendu Blade Runner 2049 de Denis Villeneuve. Car là, comme peut déjà en témoigner la première bande-annonce, le chef-d’œuvre de science-fiction est quasiment à portée de mains !

Passengers : Bande-annonce

Passengers : Fiche technique

Titre original : Passengers
Réalisation : Morten Tyldum
Scénario : Jon Spaihts, d’après la nouvelle Le voyage gelé de Philip K. Dick
Interprétation : Jennifer Lawrence (Aurora Dunn), Chris Pratt (James ‘Jim’ Preston), Michael Sheen (Arthur), Lawrence Fishburne (Gus Mancuso), Andy Garcia (Morris), Kimberly Battista (l’officier Fitzgerald), Jamie Soricelli (une passagère), Aurora Perrineau (Céleste)…
Photographie : Rodrigo Prieto
Décors : Guy Hendrix Dyas
Costumes : Jany Temime
Montage : Maryann Brandon
Musique : Thomas Newman
Producteurs : Stephen Hamel, Michael Maher, Ori Marmur et Neal H. Moritz
Productions : Columbia Pictures, LStar Capital, Village Roadshow Pictures, Original Film, Company Films, Start Motion Pictures et Wanda Pictures
Distribution : Sony Pictures Releasing
Budget : 120 M$
Durée : 116 minutes
Genre : Science-fiction
Date de sortie : 28 décembre 2016

États-Unis – 2016

 

Les meilleurs films 2016 : Notre top 20

Chacun a fait son top 10 annuel de ses films préférés, et une fois cumulés il apparaît que The Revenant, The Neon Demon ou encore Les 8 Salopards sont les plus cités, sans forcément être aimés de tous.

Et voilà, 2016 s’achève. Cette année laisse derrière elle le souvenir de fortes émotions, bonnes comme mauvaises. Parmi elles, on retiendra notamment les longues conversations endiablées entre spectateurs assidus car, contrairement aux dernières années, aucun des plus gros succès au box-office n’a su faire l’unanimité. Au contraire, il semble même que plus un film soit haut placé dans nos votes individuels et moins il ait fait consensus à l’échelle collective.

Top 20 des meilleurs films 2016 selon la rédaction:

N°1 : THE REVENANT
D’Alejandro González Iñárritu
(sorti le 24 février)

Antoine D. : Un survival doloriste sublimé par DiCaprio mais dont la propension à l’autosatisfaction de tourner d’Iñarritu empêche le spectacle total ou le chef d’œuvre.
Antoine M. : Sublimé par la caméra fluide et légère de Lubezki qui vient capter tel un papillon l’instinct de survie d’un Occidental en terre inconnue, The Revenant déploie sa force naturelle, telle un volcan en constante irruption, par le jeu d’un très très grand acteur.
Hervé : Une première heure formidable dans l’opposition entre des Blancs carnassiers et des Indiens proches de la nature. La partie « survival » vient hélas plomber le film.
Louis : Summum d’immersion et d’esthétique, The Revenant crève l’écran pour fusionner avec le spectateur, lui faisant vivre mille maux. Photographie exceptionnelle, performance et réalisation jusqu’au boutiste, un film de malade !
Marushka : Un film immersif et éprouvant où tout le monde donne tout, des acteurs au réal en passant par le chef op’…

N°2 : THE NEON DEMON
De Nicolas Winding Refn
(sorti le 8 juin)

Hervé : Un film surtout intéressant pour tous les mystères qu’il met en scène, toutes ces questions sans réponse qui troublent le spectateur.
Julien : Un exercice de style aussi insipide que le jeu de son actrice principale. On a définitivement perdu l’auteur de Pusher, tombé du coté obscur du cinéma tape-à-l’œil!
Kévin L. :
Cette maîtrise visuelle refnienne couplée à une critique -certes simpliste- du monde de la mode est l’un des plus beaux moments de subversion de l’année.
Maxime T.
: L’égotrip fantasmagorique de NWR. La radicalité et l’esthétisme poussés à leurs extrêmes pour nous offrir l’œuvre la plus marquante de l’année et de son réalisateur, le tout teinté d’un aspect autobiographique.
Sébastien
: NWR est Jessy et Jessy est NWR. Un ego surdimensionné qui court à sa perte dans un déluge visuel et thématique proche de la sorcellerie fascinant. Film malade incroyable.

N°3 : LES 8 SALOPARDS
De Quentin Tarantino
(sorti le 6 janvier)

Jimmy : Plus de sang, plus de huis-clos, plus de salopards : le plus tarantinesque des Tarantino n’en reste pas moins un Tarantino !
Kévin L. : Trois heures de grand spectacle pour un film dans la pure tradition des films de Tarantino : Jubilatoire, d’un cynisme noir absolu et d’une profondeur remarquable.
Louis : Image magnifique mais récit en roue libre. Tantôt jouissif dans sa seconde partie mais désespéramment long dans sa première partie. Les acteurs sont parfaits.
Marushka : Énorme déséquilibre. Beaucoup trop long dans sa première partie, trop gore et expéditif dans la seconde. Et Tim Roth cabotine!
SébastienL’histoire de l’Amérique et sa relation à la violence vue et revue par Tarantino. Un film somme, qui à défaut d’être passionnant, a une qualité divertissante dont seul l’américain a le secret, par un mélange des genres fluides et des ruptures de tons caustiques.

 

N°4 : MADEMOISELLE
De Park Chan-Wook
(sorti le 1er novembre)

Hervé : Un souci esthétique certain mais une volonté trop manifeste de choquer, un pseudo-érotisme qui se révèle être une coquille vide.
Kévin L. : La violence psychologique qui se dégage de cette arnaque triangulaire est la réussite de ce film. Park Chan-Wook nous offre une nouvelle œuvre au scénario retors et à la sensualité folle.
Marushka : Trop de twist tue le twist. Difficile de ne pas décrocher avant la fin de la troisième partie malgré une grande beauté formelle et une esthétique sublime.
Sébastien : Une mise en scène et une direction artistique inventive, un récit surprenant mais le mauvais goût parfois potache enlève toute trace d’émotion ou de poésie.
Vincent : Flamboyant film d’arnaque ou Park Chan Wook développe une narration en gigogne délirante tout en mettant en avant son amour manifeste pour le « mauvais goût ».

N°5 : ELLE
De Paul Verhoeven
(sorti le 25 mai)

Jimmy : D’une liberté folle et d’un réalisme cru, Verhoeven réussit une fois de plus à mettre en doute toutes nos convictions les plus profondes. Le retour d’un immense artiste avec, en prime, la plus grande de notre actrices !
Kévin L. : Un thriller bourgeois magnifié par la force et l’esprit tordu de Paul Verhoeven. S’il manque un chouia de tension et de suspense, on peut compter sur la perversité d’une Isabelle Huppert magistrale.
Louis : Intéressant pour le fond jouant sur la perversion des individus mais filmé comme un téléfilm France 3 avec une tension ridicule et des acteurs froids comme la glace. Pas agréable.
Sébastien : Verhoeven qui contamine de son emprise et de sa perversité les clichés du cinéma français. Imparfait, mais emmené par une Isabelle Huppert toujours aussi féline et froide.
Zoran : Une tension bien trop superficielle pour un casting mitigé. Une résolution bien trop rapide, une énumération de faits au final inabouti.

 

N°6 : THE STRANGERS
De Na Hong-Jin
(sorti le 6 juillet)

Antoine M.  : Ahurissant par la multitude des tons toujours en parfaite équilibre, ébouriffant par la nature grossière du personnage principal pris dans une spiral descendante jusqu’à l’enfer de Dante.
Hervé : Film éblouissant, mélangeant les genres (de la comédie burlesque à l’horreur en passant par le drame familial) pour créer une œuvre unique, dérangeante, un labyrinthe sans sortie.
Jimmy : Dans le genre du thriller coréen poisseux, Na Hong-Jin fait preuve d’une imperfectible maîtrise formelle. The Strangers en est la plus belle preuve.
Julien : Tout ce que le cinéma fantastique peut offrir de meilleur en un seul et même film. Mieux qu’un chef d’oeuvre : la quintessence d’un genre.
Sébastien : Au départ, on pense se taper un énième polar sud-coréen bien troussé. Mais l’abime du fantastique chamanique surgit et on se prend une grosse gifle de suspense.

 

N°7 : ZOOTOPIE
De Byron Howard, Rich Moore et Jared Bush
(sorti le 17 février)

Antoine D. : Les génies de Disney assènent avec la grâce de l’animation, une belle attaque contre les inégalités de notre société. Très réjouissant.
Antoine M. : La personnification comme leitmotiv pour une adresse aux enfants sommes toutes attendrissantes, mais malheureusement peu singulière. Preuve en est, le seul sourire est repris dans la bande annonce…
Kévin L. : La construction de cet univers anthropomorphique donne toute la saveur de ce nouveau Disney. Sans compter son intrigue policière détonante qui renouvelle la patte du studio aux deux grandes oreilles.
Maxime K. : Un dessin animé qui mélange modernité et nostalgie en traitant de notre actualité en se réinventant et en ramenant à la mode l’animation animalière qui a fait le succès des années 90.
Zoran : Même si plutôt commun sur la forme, toutes les références sont magiques, notamment celle du Parrain. Des punchlines de partout, des touches humoristiques justes.

 

N°8 : PREMIER CONTACT
De Denis Villeneuve
(sorti le 7 décembre)

Antoine D. : Villeneuve tisse avec un sujet de pure science-fiction, une analyse pertinente sur l’importance du langage. Solide et puissant.
Béa : Un questionnement philosophique sur le temps. De la SF intelligente ET jubilatoire qui ne prend pas le spectateur pour des chèvres…
Grégoire : Quête discursive et stylisée, Premier Contact est un grand film sur les liens si spéciaux qui unissent pensée et langage.
Hervé : A une esthétique remarquable et très travaillée se rajoute une réflexion sur le langage et la communication. Dans le genre, pas vu mieux depuis Rencontres du 3ème Type de Spielberg.
Kévin L. : Denis Villeneuve confirme qu’il est l’un des cinéastes actuels les plus intéressants de sa génération. Premier Contact est une œuvre de SF grandiose, complexe et traitée avec justesse.

N°9 : NOCTURAMA 
De Bertrand Bonello
(sorti le 31 août)

Béa : Plus qu’un film, Nocturama c’est du cinéma avec de multiples propositions de la part de Bertrand Bonello qui joue de manière incroyable sur le temps, la lumière, la musique et offre une œuvre puissante sur un sujet casse-gueule.
Julien
: Un casting prometteur et une mise en scène virtuose qui nous immergent dans un suspense haletant qui atteint son paroxysme dans un final ahurissant dont on ne ressort pas indemne.
Louis : On voudrait plus de films sur le terrorisme, mais pas de cet acabit. La tension est mal dosée tandis que le montage anarchique n’arrange rien. Malgré le charisme des interprètes, le fond reste survolé et le manque de budget se fait ressentir.
Marushka : Intrigant et original. On a envie de se laisser porter mais on ne comprend pas réellement où le film veut en venir dans son propos. Belle construction scénaristique, visuel solide.
Sébastien : Du vrai cinéma. Bonello ne tombe pas dans le piège du film pédagogique et établit une véritable œuvre à contre-courant qui voit le terrorisme comme acte de communion des communautés.

 

N°10 : JUSTE LA FIN DU MONDE
De Xavier Dolan
(sorti le 21 septembre)

Antoine D. : Dolan innove, perturbe, choque et assoit un florilège d’émotions à travers une banale querelle familiale. Brillant.
Béa : Égal à lui-même, Dolan est dans l’outrance, et ça marche. Ici, ce sont les (très) gros plans qui traduisent l’incommunicabilité et l’étouffement. En tous points fidèle à la pièce de Jean-Luc Lagarce, il a réussi à en traduire les hésitations, les réécritures, et à sublimer les dialogues quasi-fragmentaires du dramaturge.
Chloé : Clairement pas un grand Dolan. Une tendance à se caricaturer. De beaux plans, mais du vide globalement. « Dolan est mort, vive le cinéma ».
Louis : On ressent une certaine puissance sur le final, malgré un début ridicule et grossier. Evidemment, ça ne plaira pas à tout le monde.
Sébastien : Un huis clos rébarbatif, un récit creux qui peine à émouvoir. Tout cela entremêlé d’une direction d’acteur outrancière.

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