Daredevil saison 2, une série de Drew Goddard: critique

La série Daredevil, qui peut être considérée comme étant à ce jour, la plus brillante des mises en images de l’univers Marvel, est aussi devenue le moyen de réconcilier les fans de Stan Lee et de DC Comics.

Synopsis: La suite des aventures de Matt Daredevil Murdock, le démon de Hell’s Kitchen, cette fois confronté à des Yakuzas, au Punisher et à son amour pour Élektra et…une autre femme.

Man In Red

Sombre, âpre et d’une brutalité crue comme on en voit peu ailleurs, Drew Goddard fait le pari de sortir l’adaptation super-héroïque de la mécanique des films pornographiques. On a trop pris l’habitude en effet, de vivre ce genre en tenant peu compte de scènes parfois plates, pour n’attendre que de voir le héros et ses super-pouvoirs en pleine action. Faute aux fans et faute à la production qui parfois, mise tout sur l’action et les effets spéciaux.

Daredevil va beaucoup plus loin, on croyait avoir atteint un sommet avec la première saison, reçue comme un étonnant coup de poing dans l’estomac, on n’arrive pas à croire que la deuxième est encore meilleure. La violence tellement marquée, donne cette fois dans le glauque et le malsain, retournant les estomacs peu préparés, les personnages secondaires prenant de l’épaisseur et gagnant en intérêt. Surtout, le diable de Hell’s Kitchen et désormais bien lui-même, de rouge vêtu et déchiré par des principes moraux, parfois peu en adéquation avec la mission qu’il s’est donnée: protéger New-York.

Cette deuxième saison résonne comme une amplification des qualités de la première, ce qui était une ébauche fait sens. On descend plus profondément dans l’esprit du héros, qui prend des coups comme aucun autre avant lui. Plus que tout autre, Drew Goddard parvient à faire de cette histoire une mythologie, rendant la « normalité » de Matt presque divine, rendant son sacrifice pour sa ville presque biblique. Il lui offre deux apôtres: Elektra et le Punisher, tous deux déjà adaptés sur grand écrans, qui trouvent ici leur idéal télévisuel. Elektra, c’est la française Élodie Yung (Gods Of Egypt). Féline, charnelle et sensuelle, elle devient rapidement le côté obscur de Matt, sa mauvaise conscience. Le Punisher est interprété par Jon Bernthal (Le Loup De Wall Street, Sicario), trainant parfaitement sa tristesse, sa mélancolie et surtout une soif de vengeance sans égale, comme autant de chaines à ses pieds. Si la série est brillante, le casting l’est tout autant.

Mais le tour de force de Daredevil la série, c’est peut-être sa construction, sa narration. Tout en la laissant exister pour elle-même, Drew Goddard parvient à faire de chaque saison (car c’est valable également pour la première) une transition vers la suivante. Dès la première minute du premier épisode, qui se suffit à lui-même, on est déjà dans la transition, dans la mise en place de la saison suivante. Rien d’artificiel là-dedans, rien de rébarbatif non plus, ça marche totalement et, cette soif d’une suite qu’on ressent généralement au dernier épisode, on la sent monter lentement comme une marée jusqu’à la dernière scène du dernier épisode, synonyme de jouissance de ce qu’on a vu et qu’on verra.

Daredevil confirme ses qualités de joaillerie haute-couture, l’ennui en moins. On sent la volonté de Goddard de faire un chef-d’oeuvre mais sans arrogance, avec juste la prétention du plaisir à offrir. Soignant autant les dialogues que l’esthétique des combats, autant les images que la bande-originale, il refuse de prendre les fans du devil pour de sombres crétins simplement assoiffés de sang. Il les sait fans de culture mythologique et persuadés qu’un jour, après la mythologie grecque, on apprendra à l’école la mythologie Marvel. Le temps dira s’ils se sont trompés.

Dardevil, saison 2 : bande-annonce

Daredevil Saison 2 : Fiche Technique

Titre original : Marvel’s Daredevil
Création : Drew Goddard
Réalisation : Peter Hoar, Phil Abraham, Stephen Surjik, Marc Jobst, Floria Sigismondi, Andy Goddard, Ken Girotti, Michael Uppendahl, Euros Lyn
Showrunners : Marco Ramirez et Douglas Petrie (saison 2)
Interprétation : Charlie Cox (Matt Murdock / Daredevil), Deborah Ann Woll (Karen Page), Elden Henson (Foggy Nelson), Jon Bernthal (Frank Castle / Punisher), Élodie Yung (Elektra Natchios), Rosario Dawson (Claire Temple)…
Décors : Loren Weeks
Costumes : Kevin Draves
Photographie : Matthew J. Lloyd
Montage: Jonathan Chibnall, Monty DeGraff, Michael N. Knue
Musique : John Paesano
Casting : Laray Mayfield et Julie Schubert
Producteurs délégués : Dan Buckley, Jim Chory, Steven S. DeKnight, Alan Fine, Peter Friedlander, Drew Goddard, Allie Goss, Kris Hennigman, Cindy Holland, Stan Lee, Jeph Loeb, Joe
Genre : Super-héros, action, thriller
Format : 13 épisodes de 42 minutes
Diffusion: Netflix

Etats-Unis – 2016

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Thierry Jacquet
Thierry Jacquethttps://www.lemagducine.fr/
Bressan d'origine, littéraire raté de formation, amateur de bonne chère et de bons vins, sans oublier le corps des femmes (de la mienne en fait). Le cinéma meuble mes moments perdus, et ils sont nombreux. Pas sectaire pour deux sous je mange à tous les râteliers, passant du cinéma d'auteur au blockbuster sans sourciller. En somme un homme heureux de voir et écrire sur le cinéma.

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