Stanley Kubrick : sa vie, son œuvre en citations

  Il était une fois Stanley Kubrick

Kubrick : l’autodidacte, le cérébral, le visionnaire

Issu d’une famille juive et cultivée, originaire d’Europe centrale, Sanley naît en 1928 à New York, et grandit dans le Bronx.

Stanley Kubrick demeure indéniablement un artiste complet et indépendant, à la fois scénariste, photographe, producteur ou encore monteur, mais surtout un grand réalisateur multi-récompensé, qui a expérimenté tous les genres cinématographiques.

A l’instar de David Lynch, dont LeMagduCiné vous a proposé une rétrospective complète, le jeune Kubrick autodidacte, affiche très tôt un amour indéfectible pour la photographie. Dès son adolescence, son perfectionnisme apparaît : pour une image parfaite, il peut prendre plusieurs centaines de clichés! Il passe quatre ans au magazine Look, où il perfectionne la composition d’une image, les éclairages, l’usage des extérieurs et l’art de saisir le mouvement. Autre point commun avec Lynch, Stanley Kubrick a toujours été réticent à s’entretenir sur ses œuvres, laissant au spectateur la liberté de formuler sa propre interprétation, et préférant que l’image et la bande-son racontent l’histoire: « Quand vous dites les choses directement, elles ont moins de poids que si vous laissez les gens les découvrir par eux-mêmes ». Et si Lynch s’est battu toute sa vie pour défendre sa liberté de création artistique, notamment envers ses producteurs, c’est la censure que Kubrick doit affronter : en 1962, pour la réalisation de Lolita, son premier film polémique, et chef-d’œuvre de sensualité, adapté du roman éponyme et sulfureux de Vladimir Nabokov, le réalisateur cherchant à éviter la censure et le puritanisme américain, se tourne vers l’Angleterre pour le tournage. Il prévoit de revenir ensuite aux États-Unis pour son projet suivant, Docteur Folamour (ou : Comment j’ai appris à cesser de m’inquiéter et à aimer la bombe), véritable bijou d’humour noir sur la Guerre Froide, mais son acteur principal, Peter Sellers, ne peut pas quitter le territoire car il est au milieu d’une procédure de divorce. De même, Les sentiers de la Gloire ne sortent en France qu’en 1975, parce que le cinéaste a jugé inutile de le présenter à la censure. Enfin, Kubrick doit demander à la Warner de retirer Orange mécanique de l’affiche en Angleterre, en 1974, après les critiques fustigeant la violence du film, l’apparition de crimes s’inspirant d’Alex, mais également la réception de lettres de menaces de mort à son domicile. Pourtant :

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« Il n’y a aucun doute qu’il serait agréable de voir un peu de folie dans les films, au moins ils seraient intéressants à regarder. Chez moi la folie est très contrôlée ! » 

« J’ai une certaine faiblesse pour les criminels et les artistes; ni les uns ni les autres ne prennent la vie comme elle est. Toute histoire tragique doit être en conflit avec les choses comme elles sont. »

« Les grandes nations ont toujours agi en gangsters, les petites en prostituées. »

Mais fermons à présent ce parallèle, car si Lynch admirait et citait volontiers Lolita plus que 2001 d’ailleurs, il demeure un auteur intuitif (et sans influences), tandis que Kubrick est beaucoup plus cérébral. Pour ce dernier, le « quoi » doit toujours précéder le « comment ».

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Revenons plutôt au jeune Kubrick. Il aime la photographie, mais fréquente aussi assidûment les salles de cinéma. Ses goûts sont éclectiques (avec une préférence toutefois pour le cinéma d’auteur européen) : Ingmar Bergman, Michelangelo Antonioni, Fellini, mais aussi Orson Welles et Max Ophüls. Il s’impose, des meilleurs films aux pires navets. « Je ne peux pas faire pire » se dit-il, et décide de se lancer au cinéma à l’âge de 22 ans, avec une conviction forte: « Dans le cinéma, il n’y a jamais d’idées stupides ».

Kirk-Douglas-Stanley-Kubrick-Spartacus-filmLe jeune Kubrick a l’art de la débrouille. Dans ses premiers documentaires (dont The Day of the Fight), Kubrick fait tout lui-même : il est à la fois scénariste, cadreur, ingénieur du son, monteur et réalisateur. Plus tard, il avouera: «Même si mes deux premiers films étaient mauvais, ils étaient bien photographiés». Pour réaliser son premier long métrage Fear and Desire, Kubrick emprunte à son oncle 9000$, mais demeure très critique envers cette première œuvre, qu’il qualifiera de «tentative inepte et prétentieuse», et reniera définitivement.

C’est en 1954 dans Le Baiser Du Tueur  (Killer’s Kiss), que Kubrick insère pour la première fois une voix off.

Ce n’est que deux ans plus tard, en 1956, lors de son incursion dans le film noir, avec L’ultime Razzia (The Killing), que Kubrick dispose d’un budget honorable de 320 000 $, financé en partie par Harris et les United Artists. Pour la première fois le réalisateur dispose d’acteurs professionnels et d’une équipe technique complète.

Il faut cependant attendre 1957 et Les sentiers de la Gloire (The Paths of Glory) avec Kirk Douglas, véritable pamphlet antimilitariste, pour avoir le premier film majeur du cinéaste, qu’il jugera pourtant comme son plus impersonnel. On retrouvera le même acteur deux ans plus tard dans Spartacus, un péplum qui fait encore autorité dans le genre :

« La mort est la seule liberté que connaisse l’esclave». (dialogue du film)

« Les films historiques ont ceci en commun avec les films de science-fiction qu’on tente d’y créer quelque chose qui n’existe pas … »

« Innover, c’est aller de l’avant sans abandonner le passé. »

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C’est ainsi que les années 60-70 sont pour le cinéaste les plus prolifiques avec essentiellement, 2001 : l’odyssée de l’espace, peut-être son projet le plus ambitieux et visionnaire, à la fois métaphysique et envoûtant, qui constitue une véritable révolution dans l’histoire de la SF, et qui l’imposera définitivement comme l’un des cinéastes majeurs du XXème siècle :

« Ce qu’il y a de mieux dans un film c’est lorsque les images et la musique créent l’effet (…). Je serais intéressé de faire un film sans aucun mots (…). On pourrait imaginer un film où les images et la musique seraient utilisées d’une façon poétique ou musicale, où une série d’énoncés visuels implicites seraient faits plutôt que des déclarations verbales explicites. Je dis on pourrait imaginer car je ne peux pas l’imaginer au point d’écrire vraiment une telle histoire, mais je pense que si cela se faisait, ce serait utiliser le cinéma au maximum. Il serait alors totalement différent de toute autre forme d’art (…).

Ou encore :

« J’ai essayé de créer une expérience visuelle, qui contourne l’entendement et ses constructions verbales, pour pénétrer directement l’inconscient avec son contenu émotionnel et philosophique. »

Il innove ensuite avec Barry Lyndon, fresque historique et romanesque, d’une esthétique pure, entièrement filmée à la lumière naturelle et à celle des bougies. 

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En 1980, son adaptation de Shining, le livre de Stephen King, avec un Jack Nicholson halluciné, marque sa première et magistrale incursion dans le film fantastique à tendance horrifique. Une nouvelle fois, il s’y démarque par l’utilisation novatrice de la steadycam. Shining va consolider sa réputation de « mégalomane perfectionniste ». Kubrick considère ce film comme son œuvre la plus personnelle.

Ce perfectionnisme de l’image, et son extrême rigueur, parfois qualifiée d’autoritarisme (il pouvait, par exemple, effectuer plus de cinquante prises pour tourner une seule scène), se retrouveront dans sa mise en scène parfaite et particulièrement méticuleuse, et dans son cinéma en général, et ce tout au long de sa vie :

Exigence pour les scénarios et les thèmes abordés :

« La question est de savoir si l’on donne au public quelque chose qui vise à le rendre plus heureux, ou quelque chose qui corresponde à la vérité du sujet ».

Exigence pour la réalisation :

« Quiconque a eu le privilège de réaliser un film est conscient que c’est comme vouloir écrire Guerre et Paix dans l’auto-tamponneuse d’un parc d’attraction, mais lorsqu’enfin la tâche est bien accomplie, peu de choses dans la vie peuvent se comparer à ce que l’on ressent alors ».

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Avec le temps, Kubrick qui s’est expatrié en Angleterre depuis Lolita, devient de plus en plus discret et méticuleux : 12 ans se passeront ainsi entre Full metal jacket, un film de guerre intense, pour lequel il reconstitue le Vietnam dans une usine désaffectée de Londres, et son dernier film, Eyes Wide Shut, adaptation d’un court roman d’Arthur Schnitzler, avec comme couple vedette Tom Cruise et Nicole Kidman. Si l’« un des charmes du mariage est de causer des déceptions aux deux », on retrouve essentiellement dans ce film, ce qui a toujours fasciné Kubrick : le thème du double qui envahit tout et qui engendre la perte d’identité, l’angoisse existentialiste en somme, « nos pulsions les plus intimes, derrière les apparences ». Kubrick considére Eyes Wide Shut comme son « meilleur film », selon une révélation faite à son ami Julian Senior la veille de sa mort (« It’s my best film ever, Julian. »)

Kubrick s’éteint en 1999, chez lui, à Londres, à la stupéfaction générale.

Y aurait-il malgré tout dans la filmographie hétéroclite du ce génie un thème central ? Certainement celui de notre condition humaine, mais en réfutant toute analyse freudienne :

«  J’estime que ceci est essentiel : si un homme est bon, de savoir par où il est mauvais et de le montrer ; si un homme est fort, de décider à quel moment il est faible et de le montrer. Et je crois qu’il ne faut jamais tenter d’expliquer pourquoi il en arrive là ou pourquoi il fait ce qu’il fait ».

« Il y a un thème dont je suis conscient et qui se retrouve dans tous mes films : l’échec de la communication ».

De part sa créativité, Kubrick impose indéniablement le respect. CineSeriesMag vous propose donc une rétrospective complète de ses films majeurs.

Filmographie sélective de Stanley Kubrick :

1953 : Fear and Desire
1954 : Le Baiser du tueur
1956 : L’Ultime Razzia
1957 : Les Sentiers de la gloire
1960 : Spartacus
1962 : Lolita
1964 : Docteur Folamour
1968 : 2001 : l’odyssée de l’espace
1971 : Orange mécanique
1975 : Barry Lyndon
1980 : Shining
1987 : Full Metal Jacket
1998 : Eyes Wide Shut

Source principale des citations : Kubrick, Michel Ciment, éd. Calmann Lévy, 2004.

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