Mondwest, un film de Michael Crichton : Critique

Si l’on ne devait ne rattacher qu’un seul et unique film au nom de Michael Crichton, ce serait immanquablement une histoire de parc de loisir dont les attractions vont se retourner contre ses visiteurs.

Synopsis : John et Peter vont passer leurs vacances dans le nouveau parc d’attractions à la mode : Delos, où les visiteurs ont le choix de séjourner dans 3 époques (Rome antique, moyen-âge et far-west) au milieu d’androïdes chargés de rendre la fiction réalité. Leur séjour dans l’Ouest sauvage ne va toutefois pas se passer comme prévu.  

Robotic Park

Mais 20 ans avant que Spielberg n’adapte son roman Jurassic Park, Crichton a lui-même réalisé… une histoire de parc de loisir dont les attractions vont se retourner contre ses visiteurs ! Serait-ce là une thématique qui obsède l’auteur-réalisateur ? Il semble que ce soit surtout pour lui un moyen de parler d’un sujet qui lui tient à cœur, à savoir le rapport du public au cinéma. Si la dimension méta-filmique était sous-jacente dans Jurassic Park, elle était bien plus flagrante dans Mondwest  puisque c’est dans des décors de cinéma que l’action se déroule. Le parc tel que l’a créé Crichton se sépare en trois zones, chacune étant dédiée à un univers fortement cinégénique : le film de costume dans un moyen-âge romanesque, le péplum (où les visiteurs recherchent essentiellement la luxure) et enfin et surtout, car c’est là que se concentrera l’action du film, un ouest sauvage typiquement sorti d’un western. Ce rapprochement cinématographique est rendu palpable par le personnage de pistolero incarné par Yul Bryner, qui endosse pour l’occasion le même costume que 12 ans plus tôt dans Les 7 Mercenaires.

En plus de faire le lien avec le passé (historique comme filmique), ce personnage est aussi extrêmement en avance sur son temps, car comment ne pas voir en ce robot froid et impitoyable mu par son unique obsession de tuer sa cible une inspiration pour ce qui sera, 10 ans plus tard, le Terminator de James Cameron ? C’est en cela que Mondwest est un film précurseur et une référence incontournable du cinéma de science-fiction. Les personnages de John (James Brolin) et Peter (Richard Benjamin) représentent quant à eux ce grand public en quête de réalisme et de sensations fortes, et ayant justement pour cela de reproduire la violence vue dans les films. Ils forment un duo qui fonctionne en ce sens que les explications données par le premier aident son ami, et donc le spectateur, à saisir les règles qui régissent cet univers en carton-pâte.

Peinture avant-gardiste d’une société occidentale sacrifiant tout à l’entertainment et à son artificialité, Mondwest souffre toutefois d’un scénario trop mesuré et d’une réalisation cheap.

Les poncifs cinématographiques assurent même implicitement de faire de John, qui apparait le plus imposant physiquement et le plus expérimenté des deux amis, le héros de l’histoire. Mais justement, il n’en sera rien puisque celui-ci sera abattu à mi-chemin, laissant Peter face à son destin. Ce retournement de situation est une brillante idée de la part de Crichton, qui piétine ainsi les innombrables inspirations sur lesquelles repose son long-métrage. Ce surprenant reniement des codes se ressent également dans l’évolution de la bande-originale, qui, dans la partie finale, se teinte de plus en plus des sonorités électroniques, perdant elle aussi en chemin son humanité. De bonnes idées pour illustrer le glissement entre le contrôle et le chaos de cette humanité ayant trop misé sur sa technologie futuriste.

Malheureusement, si ce glissement est parfaitement retranscrit, on pourra regretter qu’il se fasse quelque peu attendre et plus encore que ce qui va en découler n’ait pas le souffle que l’on en espérait. Sans doute est-ce là une limite due à son budget, mais à trop se concentrer sur la partie western de son parc, le scénario néglige l’impact qu’aurait eu l’exploration des autres décors sur cette brillante notion d’anéantissement du passé par le futur. Tout aussi préjudiciable, le parti-pris de s’aligner sur la construction des classiques du genre va lourdement peser sur le rythme, en particulier lors de la course-poursuite finale qui semble durer une éternité, là où Crichton aurait alors gagné à briser alors la dynamique pour chercher son inspiration du côté du film catastrophe. Entièrement centrée sur la fuite de Peter poursuivi par le robot, la dernière demi-heure ne verra jamais son intensité atteindre son paroxysme et s’achèvera dans un duel décevant. Une heure plus tôt, lorsqu’il filmait une bagarre dans le saloon, Crichton nous avait déjà prouvé qu’il n’était pas adroit pour tirer le meilleur profit de ses scènes d’action, mais cela devient plus gênant encore quand celles-ci reposent sur des effets spéciaux, qu’il avait jusque-là évité de trop mettre en avant, et qui –il faut l’avouer– ont depuis fort mal vieillis.

Après une suite intitulée Futureworld en 1976 (qui restera l’ultime apparition de Yul Bryner), Mondwest va connaitre en octobre 2016 une variation en format sérielle. Souhaitons-lui alors de savoir explorer toute la potentialité thématique et visuelle de cette révolte des robots du Parc Delos, et surtout un meilleur destin que la série  Beyond Westworld avortée après 5 épisodes en 1980.

Mondwest : Bande-annonce (VO)

Mondwest : Fiche technique

Titre original : Westworld
Réalisateur : Michael Crichton
Scénario : Michael Crichton
Interprétation : Yul Brynner (le cow-boy-robot), Richard Benjamin (Peter Martin), James Brolin (John Blane)…
Photographie : Gene Polito
Montage : David Bretherton
Musique : Fred Karlin
Direction artistique : Herman A. Blumenthal
Maquillage :
Production : Paul Lazarus
Société de production : Metro-Goldwyn-Mayer
Budget : 1,25 million de $
Récompense : Prix du meilleur film de science-fiction aux Saturn Awards 1975
Genres : Science-fiction, western, action
Durée : 89 minutes
Date de sortie : 27 février 1974

États-Unis – 1973

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Julien Dugois
Julien Dugoishttps://www.lemagducine.fr/
Sans jamais avoir voulu me prétendre du statut pompeux de cinéphile, je suis un dévoreur acharné de films, de tous genres, de tous horizons. J’admets vouer un culte aux œuvres de Kubrick, Chaplin, les frères Coen, Kurosawa et Jarmusch, pour ne citer qu’eux. De cette passion, devenue addiction, est née mon envie de passer un diplôme en audiovisuel pour poser un regard plus professionnel sur ce que je vois, mais aussi de rédiger des critiques. A l’origine, je n’écrivais que pour moi, me faisant des fiches pour combler ma mémoire défaillante, mais j’essaie aujourd’hui d’étoffer mes écrits pour être lu de ceux avec qui j’aimerai partager mon avis et débattre intelligemment.

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