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The Deleted, une série de Bret Easton Ellis : Critique Saison 1

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Le site de streaming Fullscreen se lance dans la création de séries et fait pour cela appel à l’auteur américain Bret Easton Ellis ( Les lois de l’attraction, American Psycho) pour nous offrir The Deleted. Mêlant une intrigue mystérieuse avec un témoignage d’une jeunesse désabusée et perdue, cette très courte série reprend bien des ingrédients habituels des oeuvres de Bret Easton Ellis.

Auteur subversif s’il en est, comme en témoignent ses romans à succès tels que Moins que zéro et American Psycho, Bret Easton Ellis est également un grand cinéphile. Après avoir écrit le scénario du film de Paul Schrader, The Canyons, il n’est pas étonnant de voir l’écrivain passer pour la première fois derrière la caméra. Certes ce ne sera pas sur le grand écran, mais pour une série que Bret Easton Ellis va prendre la triple casquette showrunner/réalisateur/scénariste. C’est le site de streaming peu connu Fullscreen qui va lui offrir cette chance, et permettre à sa série The Deleted d’être diffusée aux Etats-Unis.

Youthorama

Pour peu qu’on soit familier de l’œuvre de Bret Easton Ellis, The Deleted ne va pas nous emmener dans des terrains inconnus. On y suit donc un groupe de jeunes personnes, toutes belles et superficielles, que l’on peut facilement rapprocher avec les protagonistes de ses premiers livres Moins que zéro et Les lois de l’attraction. Ces jeunes gens vont évoluer dans un Los Angeles ensoleillé au magnifique ciel bleu. Encore une fois, on reste dans un univers typique de Ellis. La cité des anges est une véritable carte postale et va être un cadre propice aux déambulations et errances de ses protagonistes rongés par un certain mal intérieur. Bien évidemment sexe, drogue et violence seront de la partie comme dans tous bons récits de Bret Easton Ellis.

The Deleted se démarque par son format très particulier. En effet, la série est particulièrement courte, seulement 8 épisodes dont la durée oscille entre 12 et 15 minutes. Cela laisse très peu de temps pour bien instaurer son récit et développer les personnages. Ellis s’en sort avec les honneurs même si on ressent assez vite un manque de substance. Le pilot est par ailleurs assez confus. Les personnages se succèdent très rapidement, les scènes de sexe sont nombreuses et on a du mal à voir un semblant d’histoire dans ces 15 premières minutes. Ellis va cependant réussir à instaurer un certain mystère dans les épisodes suivants, on remarque deux groupes qui se détachent. L’un est composé de cinq personnes : Ryder, Logan, Garrett, Mason et Agatha. Ces jeunes gens ont réussi à s’enfuir d’une sorte d’institut énigmatique. L’autre groupe est composé de Parker et Breeda qui eux semblent encore faire partie de cet institut/secte et essaient de remettre la main sur les fugitifs.

Si il y a bien une chose qui se dégage de tous ces personnages, c’est le mal-être qu’ils ressentent, et notamment pour les 5 « fugitifs ». Plus encore, on dirait que leurs émotions semblent avoir disparu. Garrett passe son temps à se scarifier dans l’espoir de ressentir quelque chose, Mason et Agatha enchaînent les parties de jambes en l’air. Seul Ryder semble être encore lucide et arrive à prendre son destin en main. Logan quant à lui est l’instigateur de cette fuite, et se trouve dans le même état d’esprit que ses camarades, mais reste à l’écart, et n’entre pas en contact avec eux. De leur côté Parker semble vivre une belle vie, et Breeda ressemble à un Terminator dont les émotions n’ont jamais existé. Ces différents comportements contribuent à épaissir de plus en plus le mystère autour de cet institut dont les 5 jeunes gens se sont échappés.

Moins que quinze

Malgré ce petit mystère qui enveloppe toute la saison, la série peine à convaincre réellement, et sa courte durée est un avantage à ce point. Bret Easton Ellis a dans ses romans érigé la vacuité de l’existence comme l’un de ses thèmes favoris. On retrouve bien évidemment cela dans The Deleted, avec un nombre important de scènes ne contribuant pas vraiment à l’intrigue. Les enchaînements de scènes de sexe pourraient par ailleurs paraître injustifiés pour la plupart des spectateurs. Les premiers épisodes donnent vraiment une impression de surplace et il n’est pas rare de se demander à la fin des 14 minutes : « c’est tout ? ». La série n’est cependant pas aussi radicale que certains romans de son auteur.

Les apparences et la superficialité dictent bien évidemment la direction artistique de la série. Avec son esthétique flirtant entre le porno chic et la télé réalité et ses acteurs aux corps d’Apollon, on peut se dire que la beauté intérieure a été laissée sur le carreau. Bret Easton Ellis s’est constamment amusé de ces éléments dans ses romans. Ici, ça peine à transparaître même si connaissant la personne on se doute bien que l’intention est là. C’est peut-être l’un des gros problèmes de la série, c’est qu’elle ne laisse pas de place à la dérision. Tout est trop sérieux, même si ce n’est pas forcément ce que veut Bret Easton Ellis. La plume de Ellis n’est pas aussi incisive et cynique qu’à son habitude, elle fait même preuve de fainéantise. Il ressasse des thèmes qui lui sont chers, sans vraiment en faire quelque chose de consistant . L’aspect thriller essaie de cacher un peu le tout avec l’énigme de l’institut mais c’est au final un écran de fumée qui n’arrive pas à masquer les défauts évidents.

The Deleted marque donc le premier essai de Bret Easton Ellis à la télévision, et ne s’avère pas réellement convaincant. La durée est clairement un avantage et un inconvénient, elle empêche à la fois d’aller au fond des choses mais d’un autre côté permet de rendre la série plutôt digeste comparé à ce qui aurait pu être fait si elle avait duré plus longtemps. Bret Easton Ellis tombe cependant dans un travers dont il s’est toujours amusé, la superficialité. Superficiel est vraiment le mot qui décrit le mieux The Deleted, et malheureusement pas dans un bon sens ( si tant est qu’il y ait un bon sens à ce mot, mais qui renvoie bien évidemment à la façon dont Ellis a l’habitude de traiter de la chose). La série aurait gagné à s’attarder un peu plus sur ses personnages, tout en offrant un once de paranoïa supplémentaire (autre élément que Ellis maîtrise très bien comme en témoigne le tétanisant Glamorama). La série ne possède pas que des défauts et tout le mystère qui englobe l’institut est intéressant et plutôt bien mené, notamment dans la seconde partie de saison. La bande-son est elle aussi très agréable qui contribue énormément à cette ambiance pesante de mystère. The Deleted laisse cependant un goût amer dans la bouche, surtout quand on connait le talent de la personne derrière.

Synopsis :  Deux jeunes personnes mystérieuses viennent de récupérer une maison près de la plage de Malibu. Pendant ce temps, Ryder, Mason, Agatha, Garreth et Logan essaient de reprendre le cours normal de leur vie après une expérience traumatisante. Très vite, ils commencent à se faire kidnapper les uns après les autres.

The Deleted : Fiche Technique

Créateur : Bret Easton Ellis
Réalisation : Bret Easton Ellis
Scénario : Bret Easton Ellis
Interprétation : Madeline Brewer (Agatha), Amanda Cerny (Breeda), Ian Nelson (Parker), Spencer Neville (Garrett), Daniel Zovatto ( Logan), Nash Grier (Ryder), Will Peltz ( Mason)…
Production : Bret Easton Ellis, Kurt Kittleson, Ross Levine, Braxton Pope
Société de production : Prettybird Pictures
Genre : Drama, thriller
Format : 8 épisodes de 15 minutes
Chaîne d’origine : Fullscreen
Diffusion aux USA : 4 décembre 2016

Etats-Unis – 2016

 

Le fondateur, un film de John Lee Hancock : Critique

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Le fondateur commence comme une publicité édulcorée de la malbouffe fabriquée à la chaine pour se poursuivre comme une apologie de l’avidité et de la malhonnêteté, devenant alors plus écœurant encore.

Synopsis : Au milieu des années 50, un ambitieux vendeur d’accessoires de cuisine fait la rencontre de deux frères qui ont monté en Californie un restaurant de hamburgers à la rapidité révolutionnaire. Il leur propose de s’associer pour les aider à monter une franchise qu’il espère fructueuse.

Une affaire de milk-shakes et de gros sous

Deux ans et demi après Walt Disney avec Dans l’Ombre de Mary, John Lee Hancock s’en prend à une autre figure du capitalisme et de l’exploitation du travail à la chaine, celui de Ray Kroc, le fondateur de la franchise McDonald’s. Un personnage qu’il pouvait sembler bon d’évoquer pour illustrer le rêve américain. Le choix d’un ancien acteur comique de la trempe de Michael Keaton, après le come-back fulgurant que lui a permis Birdman, ferait de ce rôle celui d’un fringant magouilleur caricatural dont le cynisme serait propice à une peinture acide du pouvoir de l’argent-roi. Mais, cela impliquerait que le film de Hancock soit affublé d’un sous-texte un tant soit peu subversif. Bien au contraire, c’est dans la voix de la success-story la plus consensuelle que s’enfourne le scénario signé par Robert D. Siegel (The Wrestler, Turbo…). La prestation de Keaton se retrouve alors limitée à afficher un sourire idiot du début à la fin, certainement pas de quoi lui faire espérer concourir à l’Oscar du meilleur acteur. Son jeu crispé s’accorde en fin de compte avec la superficialité de l’ensemble de ce long-métrage aussi impersonnel que la recette d’un Big Mac.

La rencontre entre Kroc et les deux créateurs du concept qui fera la réussite de leur restaurant est déjà l’occasion d’un flashback aux allures de success-story plein de complaisance, allant jusqu’à réussir à donner à McDonald l’image d’une honnête affaire de famille. Dans cette première partie du film, l’élément formel le plus saisissant est certainement la direction artistique dont profite la reconstitution des années 50 dans les scènes en extérieur. La suite de ce biopic insignifiant allant ensuite rapidement se réduire à des décors intérieurs, cet argument s’effacera aussitôt. N’en restera qu’un récit mou du genou car pauvre en éléments dramaturgiques, ceux-ci n’apparaissant de plus que comme de grosses ficelles scénaristiques qui assurent un minimum de rythme à l’avancée de l’histoire. Si encore l’humour avait permis de prendre un peu de recul vis-à-vis de cet individu aussi déloyal envers ses partenaires professionnels qu’envers sa femme, Le Fondateur aurait pu se construire sur une interrogation morale autour de ses agissements. Mais jamais son comportement antipathique n’est remis en cause. Au contraire, son enrichissement est porté dans les dernières minutes comme un modèle à suivre, aboutissant à une œuvre politique américaine platement conservatrice et surtout éthiquement détestable.

Le fondateur : Bande-annonce

Le fondateur : Fiche technique

Réalisation : John Lee Hancock
Scénario : Robert D. Siegel
Interprétation : Michael Keaton (Raymond Kroc), Nick Offerman (Dick McDonald), John Carroll Lynch (Mac McDonald), Laura Dern (Ethel Fleming), Linda Cardellini (Joan Smith)…
Photographie : John Schwartzman
Montage : Robert Frazen
Direction artistique : Michael Corenblith
Musique : Carter Burwell
Producteurs : Don Handfield, Jeremy Renner, Aaron Ryder
Productions : FilmNation Entertainment, The Combine
Budget : 7 millions $
Distribution : EuropaCorp Distribution
Durée : 115 minutes
Genre : Biopic
Date de sortie : 28 décembre 2016
États-Unis – 2016

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Portrait : Brie Larson, évoquée mais pas divulguée

Brie Larson : A ne pas confondre avec Alison Brie de par sa presque paronymie ou encore moins avec Alicia Vikander de par la similitude de leurs montées en gloire en 2015/2016. Ce « disclaimer » est important à édicter avant tout portrait, que dis-je, historiographie de la nouvelle future icône du cinéma américain. Certes, au delà d’être oscarisée à 26 ans, ce qui rend singulière Brie Larson c’est cet effet de “Girl next door / Who’s that girl?” accolé à sa personne. Comment s’est elle élevée au rang de « personnalité de l’année » avec une telle singularité ? Mystère ou évidence ?

Piqûre de rappel : souvenez-vous en 2012, c’est elle qui donnait la réplique à Jonah Hill dans 21 Jump Street. C’est elle aussi en 2013 qui a fait les beaux jours des critiques de cinéma dans le très réussi mais moins connu Short Term 12 au coté de Rami Malek. Pourtant, Brie à commencé sa carrière très tôt comme bon nombres de futures stars hollywoodiennes de la génération Y. De parents divorcés et assez progressistes, elle est élevée en Californie à coup de American Conservatory Theater et d’auditions juniors pour diverses campagnes de publicités et sitcoms américaines. Brie est ce que l’on peut appeler une enfant précoce des écrans.

Si elle s’essaie a sa profession depuis l’âge de 11 ans à travers des sitcoms pour la WB et plus tard, sur The Tonight Show With Jay Leno dans sa troupe d’improvisation, elle ne décrochera son premier grand rôle qu’à l’age de 18 ans en 2009. Elle joue l’adolescente stéréotypée, un peu volage et très en colère, de Toni Colette dans l’excellent et mémorable United States of Tara pour Showtime. Et oui, la petite blonde qui déteste sa mère et sa condition et qui passe son temps à changer de copain, à se droguer, et à énerver tout le monde, c’était Brie ! Durant ces 3 saisons, elle nous montre un talent inné pour le « dramédie ». Toutefois, l’actrice adulescente ne rencontre pas le même succès public qu’une Amanda Seyfried ou qu’une Shailene Woodley, qui ont toutes deux percé en même temps qu’elle. Elle se fait plus discrète et choisit consciemment ses projets, entre deux blockbusters et séries à succès (Trainwreck, Community).

Brie s’attaque aux cinéma indépendant en 2013 de par sa collaboration avec Destin Daniel Cretton, jeune réalisateur inconnu à l’époque. Ce projet de moyen métrage transformé en long métrage, permet à Brie de pouvoir explorer un jeu beaucoup plus à cru et proche de la méthode Stanislavsky et « strasbergienne ». Le matériel lui permettant cela, elle s’octroie une transformation fulgurante à l’écran. On est loin de la « comique de service » ou de la « peste détestable ». Brie prouve qu’elle peut tenir des rôles plus dessinés et encrés dans une réalité qui ne serait pas la sienne en tant qu’« enfant star ». Sa performance lui permet de remporter plusieurs prix au niveau national lors de festivals et de se rendre visible à Hollywood.

En 2014 elle est choisi pour le rôle principal dans l’adaptation cinématographique du roman Room d’Emma Donahue. Elle y incarne une jeune femme séquestrée, violée, et esseulée durant plusieurs années, n’ayant que force de survie en son fils de 5 ans, présent avec elle dans ce huis clos en enfer. Ce personnage dur et nivelé est enfin le rôle qui va lui faire passer du rang de jeune actrice en activité à star montante d’Hollywood. Si sa performance n’est pas la meilleure de 2015, elle est la chouchoute de l’Academy of Motion Picture Arts and Sciences et des pontes d’Hollywood, qui font d’elle la Anne Hathaway de cette saison. Elle est enfin consacrée, malgré sa volonté non-avouée de rester à moitié sous les feux des projecteurs.

En 2017, nous pourrons la retrouver dans notamment Kong : Skull Island avec Samuel L. Jackson mais aussi dans une nouvelle collaboration avec Destin Daniel Cretton nommé The Glass Castle. Brie Larson multiplie les rôles mais reste en demi teinte en ce qui concerne les films à gros budgets. Pourtant, dans une ironie la plus complète, le rôle qui fera le plus parler d’elle en 2016 sera son apparition au San Diego Comic Con. On l’annonce comme étant le premier visage de Captain Marvel pour la saga des Avengers au cinéma. Cette seule annonce fut consulté par des centaines de milliers d’internautes sur YouTube et relayé par les médias le même jour. On aurait presque oublié quelle avait remporté un Oscar en début d’année (non, ce n’était pas Jennifer Lawrence sur scène !)

Suite à ce développé, on pourrait se demander pourquoi Brie Larson est l’une des personnalités de 2016 si elle est à ce point hors de propos en terme de parcours et de reconnaissabilité ? Osons simplement affirmer qu’elle est la preuve que cette année fut aussi surprenante qu’oubliable cinématographiquement parlant. Brie est une actrice douée et très prometteuse mais elle est loin de l’accolade très starifiée des oscarisées à la Jennifer Lawrence ou aux rangs d’honneur à la Leonardo Dicaprio. Elle est une artiste qui évolue dans son métier et qui s’est vue projetée dans la cour des grands poseurs un peu trop tôt.

Est-ce qu’on se souviendra d’elle sans se tromper et autrement que comme la future Captain Marvel en 2017 ? Peut-être pas, pour les raisons énoncées juste avant. Est-ce une mauvaise chose? Non parce qu’à l’instar des Diane Keaton ou des Viola Davis de nos jours, on la reconnaîtra plus tard comme cette excellente actrice dont on peine à se souvenir des débuts (malgré les récompenses des premiers temps). Un grand talent persistant et actif dont on ne connaîtra la source car tellement nuancé et mûrie au fil des années, loin des caméras à gros budgets, à l’instar des jeunes stars poussées trop tôt et égarées trop vite. Voici tout le bien que nous pouvons lui souhaiter !

Auteur : Pascal J-H.C Topige

Ash vs Evil Dead : critique série saisons 1 et 2

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Sommet d’humour noir, d’une inventivité burlesque et horrifique défiant toute concurrence, l’univers Evil Dead passe avec brio le cap du petit écran et s’impose comme le digne successeur des films de Sam Raimi.

Plus qu’un hommage : une véritable continuité

Necronomicon, deadites, armée des ténèbres… Pour bon nombre de cinéphiles, ces termes ne sont pas inconnus et symbolisent le caractère culte qui entoure la trilogie Evil Dead. Ces trois films sont l’œuvre d’un esprit pas comme les autres, en l’occurrence celui de Sam Raimi, véritable passionné de cinéma depuis le plus jeune âge, et réalisateur accompli dans le genre horrifique et fantastique. D’acabit très différent les uns des autres (l’horreur pur pour le premier, la comédie gore aspect pour le second en terminant par un troisième volet délirant et tendance « héroic fantasy »), les films témoignent d’une maestria technique caractérisant le cinéma de son réalisateur : une caméra virtuose et dynamique à travers des travellings rapides et gros plans sur visages, un sens acéré du découpage et du montage et une iconisation de ses personnages. Ils ont également su dépasser les caractéristiques du film d’horreur pour s’affranchir de ce simple statut et devenir tout simplement au fil des années une véritable référence. L’annonce d’une série consacrée au héros de la saga, Ash, incarné par Bruce Campbell, avait donc de quoi attiser grandement la curiosité, surtout lorsqu’on sait que le projet est porté à bout de bras par Sam Raimi et Bruce Campbell eux-même, mais aussi les craintes les plus profondes chez les nombreux fans. Revenir ainsi 22 ans après le troisième opus ne se justifiait que très partiellement, surtout après la sortie en 2013 d’un remake du premier film, certes à l’esthétisme très réussi mais d’un goût discutable. L’inventivité dont ont fait preuve les deux compères est-elle toujours présente cette fois-ci sur le petit écran, ou n’est-elle qu’une façade pour cacher un projet ne tenant que sur de très faibles bases ?

Que les fans de la première heure (et les autres) se rassurent : titillant notre fibre nostalgique tout en poursuivant des thèmes nouveaux, Raimi, d’ailleurs en charge de la réalisation du pilote, et Campbell s’amusent comme des dingues et nous livrent une des meilleurs séries du moment. Ni plus, ni moins ! Et dès les premières minutes, nous sommes conquis. En à peine une demi-heure, ils montrent leur savoir-faire à travers de nombreux artifices : personnages haut en couleur, hémoglobine à souhait, deadites et le retour de la fameuse tronçonneuse au terme d’un ralenti mythique rythment cet épisode et constituent la symbiose de leur plaisir à retravailler ensemble dans un projet dont il maîtrise toutes les ficelles. Car c’est bien simple, le plaisir, cette fois chez le spectateur, ne s’affaiblira aucunement tout au long des 20 épisodes constituant ces deux premières saisons. Mieux : il monte crescendo.

Du fun, du gore, et une bonne tranche de rire !

 

Et ce pour plusieurs raisons ! La principale d’entre elles est bien entendu l’aspect comique, fer de lance des deux derniers films originaux, qui est ici développé dans sa plus belle outrance. Tantôt irrévérencieuse, où même des enfants peuvent être victimes de la malédiction du livre des morts (en l’occurrence, broyé par un ventilateur de plafond), tantôt extrêmement potache (parmi de nombreux exemples, on peut citer Ash entraîné par les tripes d’un macchabée à l’intérieur de ce dernier…en passant par le plus petit orifice du corps humain…), la comédie revêt divers aspects et n’est pas forcément là où on l’attend. Ce qui est bénéfique, surtout en ces périodes où elle a bien du mal à se renouveler, que ce soit dans le paysage cinématographique ou l’univers des séries télé.

Cette inventivité se retrouve également dans le panel diversifié des antagonistes de nos héros. Outre les désormais célèbres cadavéreux, on retrouve des monstres d’outre-tombe ressemblant étrangement aux créatures de The Descent, une redoutable poupée haute comme trois pommes et aux arguments tranchants, une voiture possédée que n’aurait pas renié John Carpenter, ou encore un énorme zombie à l’aspect volontairement grotesque évoquant furieusement le monstre final de Braindead. Cet aspect que l’on qualifiera d’artisanal, notamment dans les maquillages et les effets gore, en rajoutent une couche dans le plaisir nostalgique éprouvé face à Ash vs Evil Dead. Le but n’est pas d’envahir l’écran d’effets numériques polluant tout effet de terreur (par ailleurs relativement discrets et utilisés à bon escient), mais bien de proposer des maquillages et visuels fait à la main, renforçant le côté trash de certaines scènes. Il suffit de voir les têtes explosées, visages et peaux arrachées et autres tortures physiques subies par les protagonistes pour s’en convaincre. Ne voulant pas se rapprocher de la perfection d’un Rob Bottin et de son formidable travail sur The Thing, les créateurs reviennent à leurs premiers amours, en évoquant la trilogie originale mais aussi tous les longs métrages de la même époque de catégorie similaire, à l’instar des premiers Peter Jackson (Bad Taste) et d’autres OVNI cinématographiques (Re-Animator).

Le mythe Bruce « Ash » Campbell

 

Enfin, il est pour ainsi dire impossible d’évoquer Ash vs Evil Dead sans parler de son personnage principal : Ash Williams ! Armé de son canon scié et de sa tronçonneuse, ce personnage a connu une telle iconisation au fil des films, poussée à l’extrême dans le troisième volet car il est vu comme un véritable messie, qu’il est absolument jouissif de le revoir déchiqueter en masse du zombie 23 ans après ! Surtout qu’il revêt absolument toutes les caractéristiques de l’anti-héros : porté vers la boisson, à tendance raciste, vulgaire, beauf, et profondément stupide. C’est quand même par sa négligence et une bonne dose de drogue que toute cette histoire commence ! Il arrive pourtant à s’en affranchir pour afficher une tendance héroïque à part entière, arborant fièrement ses armes de prédilection et sauvant ses amis dans les situations les plus folles. De même, le développement du personnage est très intéressant au fil des deux saisons. En effet, si la première s’apparente davantage à un hommage en bonne et due forme reprenant les éléments les plus emblématiques de son univers (la cabane perdue dans les bois, la main coupée d’Ash, le mysticisme entourant le Necronomicon…), la seconde va encore plus loin en développant les origines du personnage, et en creusant davantage son antériorité. Une grande partie de son enfance et adolescence est mise à découvert notamment à travers son village et sa maison d’enfance et la relation difficile qu’il entretient avec son père (formidable Lee Majors, célèbre Homme qui valait trois milliards, présent dans la saison 2). Le rôle est bien sûr repris par Bruce Campbell, visiblement ravi de retrouver son personnage fétiche. Tout en mimiques, gesticulations et répliques bien senties, il porte la majeure partie du show sur ses épaules. Mais pas que !

 

Car ses autres comparses ne sont pas en reste. Il est par exemple affublé de deux partenaires aussi opposés que complémentaires : Kelly, une jeune battante au caractère bien trempé, et Pablo, petit freluquet admiratif d’Ash mais ne manquant pas de témérité. La relation du trio fonctionne bien, tant et si bien que la personnalité de Campbell ne les éclipse pas. Rajoutons également Lucy Lawless (célèbre Xena de la série du même nom), antagoniste principale de la première saison avant de devenir un compagnon d’armes essentiel à leur quête, ainsi que Joel Tobeck, réincarnation du diable se baladant de peau en peau. Tous interprètent sans exagération ni cabotinage leurs rôles. Petite ombre au tableau cependant : le personnage de Samantha, pas particulièrement attachant et dont la romance naissante avec Ash arrive sans justification particulière. De même, certains spectateurs peuvent aller plus loin en montrant du doigt certaines facilités scénaristiques. C’est notamment le cas pour la passation des deux premières saisons avec une conclusion un brin poussive, ou tout simplement l’origine même de la série, où Ash réveille à nouveau les démons en citant, sous l’emprise de la drogue, les passages du Necronomicon (et ce malgré tout ce qu’il a vécu précédemment). Toutefois, il s’agit de facilités excusables, car elles résultent de décisions prises par Ash lui-même, ne brillant nullement par leur logique.

A l’heure du bilan, ces deux premières saisons inaugurent très positivement une série ne ressemblant à aucune autre, et où le spectateur est pressé de la retrouver pour d’autres aventures hautes en couleur. Décérébrée, transgressive et décomplexée, Ash vs Evil Dead est avant tout le fruit des retrouvailles de sales gosses passionnés, aimant profondément leurs références et bousculer ce qui se fait actuellement en matières de séries. Et ça fait du bien !

Synopsis : Ash Williams, ex tueur de démons, vient de passer ces 30 dernières années à vivre dans une caravane et bosser comme vendeur dans un magasin de bricolage. Mais un soir où il est fortement alcoolisé, il fait l’erreur de lire le Nécronomicon qui fait revenir les Cadavéreux, qui menacent ainsi de détruire l’humanité. Ash est contraint de sortir de sa retraite de tueur de démons pour sauver le monde à l’aide de son fusil Remington calibre 12 à canon scié et de sa tronçonneuse fixée à sa main droite.

Ash Vs Evil Dead : Bande annonce

Ash Vs Evil Dead : Fiche Technique

Créateur : Sam Raimi, Bruce Campbell et Craig DiGregorio
Réalisation : Sam Raimi, Michael J Bassett, David Frazee, Michael Hurst, Tony Tilse, Rick Jacobson, Mark Beesley
Scénario : Michael J. Bassett, Sean Clements, Zoe Green, Sam Raimi, Ivan Raimi, Craig DiGregorio, James Eagan, Dominic Dierkes, Rob Wright, Tom Spezialy, Christina Welsh, Hank Chilton, William Bromel
Interprétation : Bruce Campbell (Ashley « Ash » Williams), Ray Santiago (Pablo Simon Bolivar), Dana DeLorenzo (Kelly Maxwell), Lucy Lawless (Ruby Knowby), Jill Marie Jones (Amanda Fisher), Lee Major (Broke Williams)…
Production : Sam Raimi, Bruce Campbell, Craig DiGregorio, Robert G. Tapert
Sociétés de production : Starz, Renaissance Pictures
Genre : Horreur, comédie
Format : 10 épisodes de 30 minutes environ
Chaine d’origine : Starz
Diffusion aux USA : depuis octobre 2015

Etats-Unis – 2015

Better Call Saul, une série de Vince Gilligan et Peter Gould : critique des saisons 1 et 2

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Quelques semaines avant la troisième saison de Better Call Saul, dont les anciens fans de Breaking Bad attendent qu’elle fasse le lien avec leur série favorite, faisons un point sur les deux premières saisons. Une réussite en demi-teinte.

Synopsis : Plusieurs années avant de défendre Walter White sous l’identité de Saul Goodman, Jimmy McGill était encore un jeune avocat qui essayait de se faire une place sur le marché de la justice d’Albuquerque, à l’ombre du monopole détenu par un cabinet cofondé par son frère.

Beaking Saul

Personnage culte de la série Breaking Bad, Saul Goodman méritait-il une série en guise de spin-off ? C’est cette question qui travaillait les spectateurs aussi bien avant qu’après la diffusion de ces vingt épisodes. Pour beaucoup d’amateurs, il eut été intéressant de découvrir ce qu’allait devenir cet avocat véreux après les événements de la cinquième saison de Breaking Bad, celui-ci restant celui des protagonistes dont le destin y fut le moins clarifié, hormis l’évocation d’un exil sous une fausse identité. A l’inverse, c’est son passé que Vince Gillian a choisi de développer. La façon dont Jimmy McGill est devenu Saul Goodman, ce magouilleur amoral presque burlesque et dont chaque apparition était un effet comique face à la brutalité pesante des trafiquants de drogue, pouvait promettre une série hilarante, mais il n’en est rien. C’est davantage sur un ton chargé en mélancolie et en humour noir que les showrunners ont choisi d’imaginer ce prequel. Le rôle de Bob Odenkirk n’en reste pas moins identifiable à sa mèche de travers, à ses costumes criards et surtout à son incomparable bagout. L’épisode pilote de la première saison débute d’ailleurs par une scène où l’on le découvre vieilli et reconverti en employé dans un petit restaurant du Nebraska, une façon de faire de la série un flashback et surtout de nous faire comprendre que l’idée de nous raconter comment il rebondira n’est pas définitivement abandonnée.

Lorsqu’on le retrouve au début de la première saison, Jimmy est donc un débutant, dont le bureau est confiné à l’arrière salle d’une onglerie vietnamienne et le travail limité aux dossiers perdus d’avance qui lui sont confiés en tant que commis d’office. Un personnage qui serait tragique s’il ne s’agissait de ce baratineur ambitieux. En cela, l’interprétation de Bob Obenkirk est remarquable, dans la façon qu’il a de dégager une énergie qui le rend facétieux et de jouer sur le vide affectif qui justifie en partie son cynisme. Le défi apparait dès les premiers épisodes comme étant de donner sa part d’humanité à cette figure qui, jusque-là, n’était vue que comme une caricature écrite comme une dénonciation sarcastique du système judiciaire américain. L’écriture et la mise en scène de Vince Gillian et ses acolytes parviennent alors à parfaitement remplir cette mission, en jouant sur le poids du passé personnel et familial pour construire leur anti-héros et en prenant leur temps pour tisser son portrait et faire lentement monter une certaine pression. Le scénario souffre tout de manque d’un manque d’enjeux inhérent au concept même de la série, l’unique finalité étant de savoir quel élément va briser le peu d’idéaux de Jimmy pour le transformer en Saul Goodman. Un point de rupture qui se fait attendre.

Cette façon qu’ont les showrunners de nous laisser dans l’expectative de retrouver le personnage iconique de Breaking Bad est le principal reproche que l’on puisse faire à cette série sur la longueur. Pourtant, alors que la saison 1 réussit à poser les graines d’une évolution filant droit vers ce qui sera l’extravagant Saul Goodman, avec une scène de clôture qui semble même annoncer de le retrouver dès les épisodes suivants, la seconde saison met un frein brutal à cette évolution. La saison 2 privilégie en effet une approche bien moins légère au thriller judiciaire et aux relations, aussi bien professionnelles que personnelles, qui servent de fils rouges à l’arc narratif d’un Jimmy désormais plus avocat qu’arnaqueur. Réduit à quelques plaidoiries volubiles et un passage clipesque de l’épisode 7, l’humour rutilant du tchatcheur excentrique est profondément amoindri, tout comme l’est la mélancolie illustrée dans la première saison par des flashbacks et désormais limitée au jeu pour le moins expressif de Bob Odenkirk. Si cette seconde saison ne parvient plus à développer en profondeur son personnage principal, c’est aussi parce que son scénario donne une place presque aussi importante à l’histoire en parallèle de Mike Ehrmantraut, qui n’était qu’un personnage secondaire dans les premiers épisodes. Bien qu’en retrait, le rôle de Jonathan Banks y avait lui aussi acquis une certaine profondeur qui justifiait son caractère taciturne, mais les auteurs de la saison 2 ont tenu à se servir de lui pour introduire d’autres personnages secondaires de Breaking Bad. Autrement dit, faire plaisir aux fans d’une série culte et oublier de faire avancer la leur.

Fort heureusement, la qualité technique de la série restera constante au fil des 20 épisodes, profitant d’une photographie irréprochable et d’un montage qui donne corps à l’évolution de ses personnages. On retrouve indéniablement derrière ses qualités ce qui a fait la réussite esthétique de Breaking Bad, mais sans doute est-ce l’idée d’avoir essayé de calquer le modèle d’écriture qui prenait son temps pour développer le parcours de Walter White qui est la plus grosse tare de Better Call Saul. Entre un univers judiciaire qu’il est difficile de rendre aussi attractif que celui du trafic de drogue, un enjeu unique et connu d’avance qu’est la transformation du personnage principal et les digressions accordées à des personnages secondaires qui donnent le sentiment d’assurer le fan-service sans faire avancer l’intrigue principal, le scénario de ce spin-off a un mal fou à se trouver et se construit sur un rythme bien trop inégal pour assurer le show sur la durée. Espérons à présent que la saison saura retomber sur ses pattes.

Better Call Saul : Bande-annonce

Better Call Saul : Fiche technique

Créateur/Showrunner : Vince Gilligan et Peter Gould
Réalisation : Adam Bernstein, Colin Bucksey, Larysa Kondracki…
Interprétation : Bob Odenkirk (Jimmy McGill), Jonathan Banks (Mike Ehrmantraut), Rhea Seehorn (Kim Wexler), Michael McKean (Chuck McGill), Patrick Fabian (Howard Hamlin), Michael Mando (Nacho Varga)…
Photographie : Arthur Albert
Montage : Kelley Dixon
Musique : Dave Porter
Direction artistique : Tony Fanning
Production : Mark Johnson, Bob Odenkirk, Thomas Schnauz, Melissa Bernstein, Vince Gilligan, Peter Gould…
Diffuseur : AMC
Genre : Comédie, thriller
Format : 20 épisodes de 45 minutes environ

États-Unis – 2015

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Rectify, saison 4 : critique série

Dans un anonymat contre lequel la série dramatique de Sundance TV, n’a jamais lutté, Rectify a fait ses adieux au petit écran après 4 saisons d’une densité exceptionnelle ; et en effectuant un virage vers un optimisme contagieux Ray McKinnon s’est même offert le luxe d’un final plein d’espoir.

J’espère donc je suis

Après un long méandre de drames et d’incommunications la série a enfin quitté le sentier élégiaque que la famille Holden s’attachait à suivre machinalement. Coincés entre les sursauts du passé, que ce soit sous formes de traumatismes ou de regrets, et l’incertitude que promettaient les séparations et les rebondissements judiciaires, chaque membre de la famille a longtemps eu tendance à se pétrifier dans une inaction douloureuse. Pourtant Rectify propose un dénouement où la confiance règne, et ce en dirigeant l’attention de ses protagoniste non pas sur leurs rêveries mais sur leurs espérances, aussi minimes soient elles.

Le premier épisode de cette dernière saison a magistralement donné le ton, puisque que d’emblée nous avons retrouvé Daniel (Aden Young) métamorphosé. Accessoirement barbu, il est devenu un employé à la tâche robotique, il partage dorénavant une maison avec un petit groupe d’inconnus qui, comme lui, a un passé carcéral. (Ré)inséré sur le papier, il demeure cependant cet illustre inconnu que tout le monde peut craindre à souhait après l’avoir googlisé. Il va dès lors dévoiler de jolies ressources au fil de ses rencontres et s’aventurer de plus en plus profondément dans un processus de réconciliation. Et ce au gré d’une intimité partagée, de dialogues désinhibés et d’une double révélation : dans un premier temps artistique (trop peu traité à notre goût), puis romantique. Dans un entrepôt non loin de son travail, il fait la connaissance d’une jeune artiste, Chloé. Caitlin Fitzgerald (qui avait déjà fait tourner des têtes dans feu Masters of Sex) est la principale nouvelle venue du casting pour cette dernière saison ; elle campe une femme autonome, libertaire et un peu excentrique. Son âme peu conformiste va immédiatement lui permettre d’appréhender cet homme étrange qui n’a pas cru à la réalité de leur première rencontre dans son atelier ; sans doute était-il trop chamboulé par ce microcosme dédié à un esthétisme jugé utopique dans le monde désenchanté dans lequel il erre. Le badinage qui s’en suit marque sans trop de surprise l’importante corrélation entre confiance en soi et confiance en l’autre, leitmotiv émotionnel de ces 8 derniers épisodes.

Se refusant à toute forme de didactisme, RayMcKinnon (Sons of Anarchy) ne se cloitre ni dans la morale, ni dans une narration verrouillée. Dans la continuité d’une série qui n’a eu de cesse de saisir un drame avec une sensibilité quasi exhaustive, épousant tous les regards, toutes les frustrations, sa fin ouverte n’est qu’une simple suggestion. Pas de triomphe juridique (bien qu’assez sous entendu), pas d’ellipse spatio-temporelle à la « ils vécurent heureux », mais une conclusion délicate, ensoleillée osera t-on dire.

Dans le premier épisode, encore une fois, Daniel, nous gratifie d’un judicieux « l’enfer c’est les autres » avant de s’effondrer dans un monologue transcendant sur la solitude. Pas celle de l’indépendance que cherche à tatillon Tawney, future ex femme de Teddy ; ni celle de l’autonomie poursuivie par Amantha. Mais une solitude radicale, imposée, destructrice, que va expérimenter Daniel pendant des années dans le couloir de la mort.  Lequel, faute de contacts étrangers à lui-même, finit par perdre toute notion d’individualité ; sorte d’ataraxie meurtrière à partir de laquelle on parvient à se faire disparaître. Sa sœur évoquera même Lazare dans les derniers instants de la série, c’est peut être là où l’on touche le nerf de Rectify, lorsqu’on se rend compte qu’au fil de cette saison, chaque personnage s’est vu renaitre. Un discours semi biblique que l’on retrouve dans la bouche de Tawney, ou carrément nihiliste quand il s’agit d’Amantha, mais jamais dénoué d’une certaine expectation envers les situations à venir. La mutation qui s’opère entre une espérance d’abord fantasmée, puis peu à peu actée, symbolise le propos global de la série. Tout n’est que prétexte à discourir sur une condition humaine qui abuse soit de sa liberté soit de sa servilité.

Le vrai drame de Rectify n’est pas l’emprisonnement de Daniel, mais sa libération ; le seul protagoniste qui matérialise concrètement cette idée de prison, puis d’absence de prison. Mais il est assez évident que chacun des personnages porte en lui les mêmes appréhensions quant à leur solitude et culpabilité. La peur de Tawney, la colère de Teddy, la rancœur de son père, la déception d’Amantha, et la honte de sa mère ; le casting presque allégorique décortique les états de conscience de Daniel et va finalement l’aider à les surmonter. L’espérance fait ici figure de jauge pour s’auto-évaluer. Là où l’ancien détenu ne voyait en ses attentes qu’un nouveau moyen de se décevoir, il réalise que la déception est un luxe que seule la croyance peut autoriser. Syllogisme inversé en quelque sorte, qui fait de nos envies le métronome de notre existence, puisque l’on espère à la hauteur que l’on vit. Ainsi, emmuré avec son pote Kerwin le comble du fantasme était une ballade en voiture dans les rues de New York ; quelques années plus tard il se laisse à rêver d’une famille.

Rectify en plus d’être une série singulière dans le paysage de la télévision américaine, a mené jusqu’au bout son désir de conter un drame sans jamais tomber dans l’emphase. Imprégné des grands thèmes : la justice, l’amour, ou la famille, Rectify s’est efforcé de montrer une voie un peu plus lumineuse. Et si le propos bouleversant n’a su captiver qu’une infime partie de spectateurs, elle a très certainement su les fidéliser grâce à une mise en scène exemplaire. Cadrage, photographie, costume, tout concorde vers l’idée d’un humanisme en constante lutte avec son humanité. En guise de conclusion on citera évidement cette troupe de comédiens, admirablement dirigée, qui a su porter le show vers les sommets trop souvent ennuagés de la télévision. Une très grande série.

Rectify saison 4 : Bande-annonce

Synopsis: À 18 ans, Daniel Holden est emprisonné et condamné à mort pour viol et meurtre de sa petite amie Hanna. Il est libéré dix-neuf ans plus tard grâce à de nouvelles preuves ADN, il tente de se reconstruire une nouvelle vie dans sa ville natale où presque tout le monde le croit coupable, dans l’attente de son nouveau procès.

Rectify : Fiche technique

Créateur : Ray McKinnon
Interprétations : Aden Young, Abigail Spencer, Clayne Crawford, Adelaide Clemens, J. Smith Cameron, Luke Kirby, Bruce McKinnon, Cailtlin Fitzgerald,
Production : Don Kurt
Genre: Drame
Format: 52min (8 épisodes/saison)
Diffuseur : Sundance TV

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Le retour des Contes de la crypte avec M. Night Shyamalan menacé ?

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De nouvelles révélations en provenance des Etats-Unis pourraient gâcher les festivités de fin d’année pour les amateurs de séries horrifiques. Le projet d’un grand retour du programme culte des années 1990, Les Contes de la crypte, annoncé depuis le mois d’avril 2016, pourrait être compromis.

La série horrifique Les contes de la crypte devait faire son grand retour pour la fin de l’année 2017 sous la direction de M. Night Shyamalan. Le programme, qui avait fait les belles heures de la chaîne M6 en France dans les années 1990, devait revenir sur la chaîne câblée américaine TNT pour une nouvelle saison de 10 épisodes. Un personnage terrifiant créé spécialement pour l’occasion devait accueillir les téléspectateurs dans la crypte. L’ancien gardien devait être remplacé pour des questions de droit concernant le comédien John Kassir et HBO.

Le grand retour des Contes de la crypte devait s’inscrire dans une soirée spéciale dédiée à l’horreur. Deux autres séries étaient à retrouver en complément d’un nouvel épisode passé en compagnie du gardien de la crypte (Time of Death et Creatures). En août dernier, le directeur de la chaîne TNT, Kevin Reilly, avait annoncé que le programme serait diffusé au cours du dernier trimestre de l’année 2017.

Le retour des Contes de la Crypte menacé ?

La rédaction de Bloody Disgusting vient de dévoiler des informations exclusives mardi 20 décembre qui risquent de décevoir bon nombre de fans d’horreur. Une source proche de l’unité de développement de la série aurait confié au journaliste Brad Miska que la résurrection des Contes de la crypte était menacée voire compromise. Des problèmes budgétaires seraient à l’origine de ce revirement spectaculaire. Le développement de la série serait donc pour le moment arrêté.

Cette information est donc officieuse mais provient d’une source proche du développement et de la production. Les fans de la série culte espèrent donc que M. Night Shyalaman et la chaîne TNT dissiperont rapidement ces rumeurs et ces révélations. Le début d’année 2017 pourrait donc être crucial pour la série. La direction de la chaîne TNT et M. Night Shyamalan risquent d’essayer de trouver un compromis idéal pour que ce projet de série ambitieux puisse voir le jour. Verra-t-on même la mise en place d’un financement participatif  dans les mois qui viennent ?  M. Night Shyamalan ne s’est pas encore exprimé sur ces rumeurs et ces informations relayées par Bloody Disgusting.

La série qui tenait les spectateurs en haleine dans un savant mélange d’humour noir et d’hémoglobine pourrait donc être compromise. Twin Peaks devrait être le seul revival des années 1990 prévu à la télévision aux USA en 2017.

 

Une nouvelle rassurante de dernière minute !

Des précisions viennent d’être apportées par la rédaction de Bloody Disgusting dans la soirée du mercredi 21 décembre. Un représentant de la chaîne TNT s’est confié à leur micro sur ces récentes rumeurs de développement arrêté :

Les droits qui concernent cette série culte et ancienne sont compliqués. TNT et des collaborateurs ont essayé de trouver une solution depuis plus d’un an. Des avancées significatives ont été faites.

Le processus de développement devrait donc pouvoir se poursuivre si les questions légales parvenaient à être résolues dans les semaines qui viennent. La phase de développement de la série a donc connu une phase d’hibernation assez longue depuis de nombreux mois pour des raisons légales. La série d’origine était diffusée à l’époque sur HBO aux USA.

Les prochaines semaines vont donc être décisives et cruciales avec d’intenses négociations à la clé pour des questions de droits. Espérons que la série ne sombre pas donc dans la phase maudite souvent qualifiée dans la profession de developement hell. Le projet fou du grand retour des Contes de la Crypte orchestré par M. Night Shyamalan connaît donc de nombreux rebondissements passionnants. Reste à savoir si TNT, HBO et les équipes de cette nouvelle série parviendront à trouver un compromis rapidement pour lancer officiellement le tournage des premiers épisodes et trancher définitivement la question d’ordre légal. Espérons que le gardien de la crypte ne se retourne pas dans sa tombe en apprenant ces évolutions concernant le développement de la série !

Portrait : Leonardo DiCaprio, l’enfant chéri d’Hollywood

Petit prodige du cinéma américain, Leonardo DiCaprio a séduit le public et les plus grands réalisateurs. Longtemps prisonnier de sa jolie frimousse, il a su prouver tout en restant humble qu’il était un acteur talentueux, maîtrisant à merveille, à la fois l’art de la performance et celui de l’élégante sobriété.

 Le « Golden Boy »

On pourrait dire que tout prédestinait cette gueule d’ange aux yeux bleus perçants à conquérir un jour le monde du 7ème art.

Né en 1974 d’un père italien et d’une mère allemande, Leonardo Dicaprio grandit dans les quartiers populaires de Los Angeles. Soutenu par ses parents, il embrasse une carrière d’acteur dès son plus jeune âge après avoir suivi des cours de comédie. En 1993, il est choisi pour jouer aux côtés de son acteur préféré Robert de Niro dans le film Blessures Secrètes, un rôle décisif dans la carrière du jeune acteur. La même année, il incarne un handicapé mental dans Gilbert Grape, donnant la réplique à Johnny Depp. Une prestation qui lui vaudra d’être nominé pour l’Oscar du « Meilleur Acteur dans un second rôle ». Il a alors 19 ans.

Petit surdoué du grand écran, le jeune DiCaprio enchaîne les rôles secondaires jusqu’à Roméo+Juliette dans lequel il obtient le rôle principal. Mais c’est véritablement en prêtant ses traits à celui qui deviendra une figure emblématique du cinéma américain, Jack Dawson, que l’acteur accède au statut de star. Sur le tournage du film de James Cameron, il fait la connaissance de Kate Winslet qui prendra une grande importance dans sa vie et qu’il retrouvera en 2009 pour partager la tête d’affiche d’une oeuvre sensible et cruelle, signée Sam Mendes, Les Noces Rebelles. La boucle est bouclée. C’est pour lui le début de la gloire. Le joli minois du grand écran intéresse les plus grands réalisateurs tels que Danny Boyle qui lui offre sa première performance dans La Plage, Steven Spielberg, Christopher Nolan, et plus récemment Clint Eastwood et Quentin Tarantino. Qui d’autre que Quentin Tarentino pour proposer aux spectateurs de découvrir un DiCaprio campant non seulement un second rôle mais qui plus est, un personnage raciste, amoral et violent ? En 2013, dans un tout autre registre, c’est au personnage culte de Fitzerald, Gatsby, que l’acteur donne vie, l’un des personnages les plus emblématiques de la littérature. DiCaprio prouve à nouveau qu’il est capable d’interpréter deux rôles aux antipodes à quelques mois d’intervalle, sans ne jamais perdre ni de sa superbe, ni de sa crédibilité. 

Au début des années 2000, DiCaprio rencontre celui qui sera à l’origine d’une collaboration unique, Martin Scorsese. Un couple de travail qui se formera en 2003 pour le film Gangs of New York. S’en suivront quatre autres oeuvres dans lesquelles l’acteur incarnera des personnalités en quête de grandeur et de reconnaissance, Aviator en 2004, Les Infiltrés en 2006, Shutter Island en 2010 et Le Loup de Wall Street en 2013. DiCaprio devient le nouvel enfant chéri du réalisateur, comme l’avait été avant lui Robert de Niro à qui Scorsese avait offert des rôles mémorables. En plus de lui apporter succès et expériences, le réalisateur permet à l’acteur de prendre sa revanche auprès de ceux qui, après Titanic, doutaient encore de sa capacité à être autre chose qu’un sex symbol.

« The Revenant »

 Le retour du héros

Après une performance à couper le souffle dans Le Loup de Wall Street de Martin Scorsese, Leonardo DiCaprio s’était offert un break loin des caméras. Des vacances au soleil ? Loin de là, si l’on sait que l’acteur en a profité pour se consacrer à son deuxième amour, l’écologie, et que l’autre moitié du temps, il préparait son grand retour …

En 2013, il nous éblouissait par sa fougue et son talent pour incarner des personnalités tourmentées, dont lui seul à le secret. En 2016, c’est devant la caméra du réalisateur Alejandro González Iñárritu que l’acteur étrenne son jeu toujours irréprochable.

Un  acteur récompensé

Éternel «minet» depuis son rôle dans Titanic, DiCaprio, malgré son talent d’acteur incontestable, peinait à faire reconnaître qu’il faisait définitivement partie des Grands. Même ses fans n’y croyaient plus, et pourtant, à 41 ans, Leonardo DiCaprio remporte l’Oscar du « Meilleur Acteur » pour son rôle dans le très intense The Revenant. Certainement l’une des plus grandes injustices du monde du cinéma enfin réparée. Non content de nous éblouir d’une nouvelle performance hors du commun, l’acteur nous offre l’un des plus beaux discours de l’histoire de la cérémonie des oscars, devant une maman très fière et son amie de toujours, la ravissante Kate Winslet. Mais DiCaprio n’est pas du genre à oublier sa chère planète, même un soir tel que celui-ci où il est à l’honneur. Au contraire, il profite d’avoir les regards braqués sur lui pour passer un message. Talentueux, modeste ET engagé.

Un acteur engagé

En 1998, l’acteur fonde « La Fondation Leonardo DiCaprio » avec la perspective d’oeuvrer pour la protection de la planète. Au programme : préserver la faune, la flore, les océans, prévenir du changement climatique et offrir de l’eau potable à ceux qui n’en ont pas. Rien que ça ! Non loin de s’en tenir à ces jolies résolutions, DiCaprio signe un contrat de 3 ans avec la marque de montres de luxe TAG Heuer, qui s’engage à reverser des royalties à la fondation « Natural Resources Defense Council » et « Green Grass International ». Il produit son propre documentaire en 2007, sur les traces d’Al Gore, La Onzième heure, Le dernier virage sur les conséquences du réchauffement climatique et sera prochainement aux côtés du président américain Barack Obama dans Avant le déluge, un documentaire signé Fisher Stevens, actuellement en production.

Considéré par les américains comme une véritable « Green Star », Leonardo DiCaprio est également un homme généreux et à l’écoute, comme en à récemment témoigné sa réaction suite aux attentats de Nice en juillet 2016. Touché, l’acteur a réuni de nombreuses stars, telles que Marion Cotillard ou Naomi Campbell, lors d’un Gala de charité destiné à soutenir les victimes et leur famille. Influent et très apprécié par ses pairs, il est parvenu a récolter la somme de 2,1 millions d’euros ce soir-là et l’acteur a même tenu à donner de sa fortune personnelle. Un geste que les français n’oublieront pas, celui d’un homme bon et altruiste. 

D’enfant star à muse de Martin Scorsese, Leonardo DiCaprio a eu un parcours exemplaire. Toujours appliqué, discret, modeste et réfléchi, chacun des films dans lesquels il a un jour tourné se transforme en or. Acteur, scénariste, mais aussi défenseur des causes perdues, Leo a le coeur sur la main. 

Une générosité énorme, à la vie comme à l’écran, Leonardo DiCaprio est définitivement une personnalité à suivre, si ce n’était pas déjà fait. 2016 aura marqué un tournant dans la carrière de l’acteur, désormais oscarisé, une récompense méritée qui nous conforte dans l’idée que l’interprète de Jack Dawson a fait du chemin depuis Titanic, beaucoup de chemin.  

The Revenant : Bande annonce 

Auteur : Yael Calvo

Hedi, un film de Mohamed Ben Attia : critique

Avec Hedi, Mohamed Ben Attia raconte l’histoire d’une révolution presque impossible, mais qui souffle pourtant dans la vie d’un trentenaire tout chamboulé.

Le vent se lève 

Quand on le rencontre, Hedi est happé par les envies des autres, les siennes sont en suspens. Il s’apprête à épouser une femme qu’il connaît très peu, tout est organisé par sa mère, et travaille sans compter pour un boulot qui évolue en porte à porte. Le regard porté sur le personnage est donc d’abord celui d’un empêchement. Le réalisateur insiste sur l’immobilisme d’Hedi, sa fadeur, presque pour insister sur l’agitation des autres, leur couleur. La mère est enthousiaste, envahissante. La petite amie est pleine de désir d’avenir. Quant à Rim, dont il va bientôt croiser le chemin, c’est la joie de vivre même. Ces trois femmes très différentes sont des figures passionnantes, bien plus qu’Hedi au final. Car Hedi est une métaphore, celle d’un pays qui tentera lors du printemps arabe de sortir de sa léthargie, de se défaire de ses démons. Pourtant, on sait aujourd’hui que la situation de la Tunisie, toile de fond du film, est loin d’être révolutionnaire. On voit donc des traditions perdurer. Et le personnage le plus libre est finalement celui (enfin celle) qui a fait le choix du voyage, de l’ailleurs.

L’amour fou ?

La rencontre entre Hedi et Rim ressemble à une poésie absurde et c’est « beau comme la rencontre fortuite sur une table de dissection d’une machine à coudre et d’un parapluie »*. Car c’est elle qui est l’image la plus belle d’un pays qui voudrait s’ouvrir au monde, grandir, pétiller, se libérer. Elle n’a pas d’attaches, mais tombe pourtant amoureuse. Elle ne supporte que la vérité, la douceur, la beauté. Elle ne reste pas sur place. Tout le contraire d’Hedi, que l’on voit surtout errer, redire les mêmes discours (pour appâter des clients), et faire le même trajet en voiture. Résultat, le film est à dominance grise. C’est ce qui gâche un peu le plaisir, l’ennui n’étant jamais bien loin. L’acteur Madj Mastoura compose un personnage fermé, plein de reproches, qui tente de faire sortir ce qu’il contient en lui. Une vraie tête à claques au final. L’image d’un pays qui s’est écrasé en pleine révolution… Le printemps s’est changé en automne, puis en hiver. La course immuable des saisons a repris.

*extrait de André Breton, L’amour fou

Hedi : Bande annonce

Hedi : Fiche technique

Synopsis : Kairouan en Tunisie, peu après le printemps arabe. Hedi est un jeune homme sage et réservé. Passionné de dessin, il travaille sans enthousiasme comme commercial. Bien que son pays soit en pleine mutation, il reste soumis aux conventions sociales et laisse sa famille prendre les décisions à sa place. Alors que sa mère prépare activement son mariage, son patron l’envoie à Mahdia à la recherche de nouveaux clients. Hedi y rencontre Rim, animatrice dans un hôtel local, femme indépendante dont la liberté le séduit.
Pour la première fois, il est tenté de prendre sa vie en main.

Réalisateur : Mohamed Ben Attia
Scénario : Mohamed Ben Attia
Interprétation : Majd Mastoura, Rym Ben Messaoud, Sabah Bouzouita, Hakim Boumessoudi…
Photographie : Frederic Noirhomme
Production : Dora Bouchoucha, Jean-Pierre Dardenne, Luc Dardenne, Nadim Cheikhrouha
Sociétés de production : Nomadis Images, Les films du Fleuve
Distribution (France): Bac Films
Durée : 93 minutes
Date de sortie : 28 décembre 2016

Tunisie/France – 2016

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The OA, une série de Zal Batmanglij : critique

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Avec la série The OA, Netflix nous offre un superbe cadeau de Noël.

Synopsis : une femme est aperçue sur un pont, s’apprêtant à sauter dans le vide. Ses parents adoptifs la reconnaissent : il s’agit de Prairie Johnson, qui a disparu sept ans plus tôt. La jeune femme paraît troublée mentalement, elle ne reconnaît pas son prénom, mais surtout elle a recouvré la vue, alors qu’elle était aveugle au moment de sa disparition.

Chaque nouvelle série de Netflix est annoncée comme un événement. Voilà donc une série de huit épisodes, de longueur inégale, produite par Brad Pitt, écrite et interprétée par Brit Marling (actrice qui avait été vue auparavant dans Another Earth et I Origins). Une série qui s’annonce comme un mystère, à l’image de son titre.

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Dans un pilote fabuleux, les énigmes s’accumulent autour de cette jeune femme. Mystère dans son comportement (elle parvient à calmer un chien manifestement dressé pour tuer, elle refuse d’être touchée et elle semble dotée d’une empathie extraordinaire). Mystère dans ses propos surtout : elle ne reconnaît plus son prénom et se désigne sous le nom de AO ; elle affirme, entre autre, « être morte un nombre incalculable de fois », elle recherche activement un certain Homer et affirme avoir un plan pour lequel il lui faut cinq personnes « fortes et courageuses ».

Six personnages en équilibre

Se dresse donc le portrait d’un personnage en équilibre précaire, entre folie et santé mentale, entre liberté et emprisonnement. La série s’installe sur une frontière, comme si chaque personnage était un funambule, ne sachant de quel côté aller. Michelle, adolescente qui se drogue à la testostérone, a cet aspect androgyne qui nous fait hésiter constamment entre garçon et fille. Steven emploie la violence pour mieux cacher sa sensibilité. La professeur Broderick-Allen utilise souvent la sévérité mais se révèle pleine d’empathie. Chacun a une opposition franche entre sa personnalité réelle et ce qu’il montre aux autres (d’où l’emploi très fréquent des surnoms : Buck pour Michelle, French pour Alfonso, etc.).

Cet équilibre précaire se retrouve également dans le décor. La série se déroule dans une banlieue à demi-construite, lieu étrange où les maisons côtoient les terrains vagues, à la frontière entre ville et campagne, entre civilisation et nature. Le choix de tenir les réunions des six personnages dans une maison à demi-construite reprend encore ce symbolisme de l’équilibre.

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À la croisée des mondes

En avançant dans la série, on comprend vite à quoi correspond cette notion d’équilibre si souvent répétée. Dès la fin de l’épisode pilote, une majeure partie de la série se situe en flash-back, Prairie racontant son incroyable et passionnante histoire. La narration se construira constamment en aller-retours, alternant entre le récit de Prairie et ses conséquences sur les personnages. Et ce récit au passé va se dérouler, lui aussi sur une frontière, l’ultime frontière, celle qui sépare la vie de la mort.

Dans The OA, il est donc question d’équilibre, d’une frontière sur laquelle se tiennent des personnages qui jouent au funambule entre deux mondes : le personnage social et la réalité intérieure, la santé et la folie, la société et l’individu, la vie et la mort.

Les multiples prisons

L’emprisonnement et la liberté. La série joue énormément sur cette opposition également, se plaisant souvent à inverser les idées reçues sur le sujet. Les figures de l’enfermement se multiplient : l’aveuglement de Prairie, enfermée dans son monde d’obscurité ; l’enfermement dans des familles qui empêchent les personnages de développer pleinement leur potentiel (voir le cas d’Alfonso, par exemple) ; l’enfermement dans un système scolaire qui semble plus apte à exclure qu’à enseigner (pour Steven) ; l’enfermement dans une désignation sexuelle même pour Michelle.

Le corps lui-même apparaît comme une prison. Ainsi, la femme du sheriff qui se sent prisonnière de sa maladie, la sclérose en plaques, qui fait de son corps une geôle.

« La captivité c’est un état d’esprit. Tu la portes en toi ».

The OA, c’est finalement, en plus de tout le reste, une série sur la liberté. Une liberté qui vient souvent, paradoxalement, par un repli sur soi. Une liberté à trouver en soi-même. Ainsi Prairie aveugle est beaucoup plus libre que les voyants, par exemple. Car ceux qui sont dotés de la vue sont souvent prisonniers de ce sens, prisonniers d’une réalité visuelle qu’ils croient être le seul monde possible, la seule vérité possible. En ne voyant pas le monde, il est plus facile d’en admettre l’existence d’un autre, de même que ne pas pouvoir se fier à sa vue aide à développer les autres moyens de connaissance et d’appréhension de la réalité.

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« être aveugle, c’est très puissant », dira Prairie.

De fait, la réalisation va se faire très sensible et adopter le point de vue (sans mauvais jeu de mot) de Prairie. L’insistance sur les mains qui frôlent et les pieds sur le tapis, l’importance de la bande son vont rendre tangible ce monde sensible dans lequel la jeune femme évolue. De même, les gros plans sur la protagoniste mettent le spectateur en communion avec elle : la réalisation insiste alors sur les hors-champ, sur tout ce que le spectateur, comme Prairie, ne voit pas. Nous participons alors de son aveuglement en ne sachant rien du monde qui se situe autour d’elle.

Sans avoir recours à un déluge de trucages ou à des effets grandioses, la série happe littéralement son spectateur. Dès les premières minutes du pilote, il est impossible d’en sortir. Les épisodes s’enchaînent, le rythme est impeccable, à la fois lent et passionnant. L’interprétation est d’un très bon niveau, avec entre autres un Jason Isaacs impérial.

La production si particulière à Netflix permet d’avoir plus de liberté sur les épisodes eux-mêmes, sur leur durée particulièrement. Les épisodes sont d’une longueur très inégale, de 70 minutes pour le pilote à 30 minutes uniquement pour l’épisode 6. cela permet aux créateurs de ne faire un épisode que sur ce qu’ils ont réellement à dire, de ne pas créer de scènes de remplissage qui n’auraient aucun intérêt.

Alors, certes, il y a bien quelques défauts. Les scènes dans l’au-delà paraissent franchement kitsch, mais elles ne sont pas assez nombreuses pour que cela gêne véritablement le récit.

Peut-être le problème majeur provient des réponses aux énigmes. Les questions posées dès le premier épisodes sont tellement passionnantes que l’on est un peu déçu des réponses proposées. Déçu même qu’il y ait des réponses. Parfois, le mystère vaut mieux que les solutions. C’est par leur faculté à interroger le spectateur que les premiers épisodes étaient aussi extraordinaires.

Mais ne boudons pas notre plaisir quand même : The OA est, dans l’ensemble, une série passionnante, innovante, intelligente, sensible… tout ce que l’on attend de Netflix.

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The OA : bande-annonce

The OA : Fiche Technique

Créateur et réalisateur : Zal Batmanglij
Scénario : Brit Marling, Zal Batmanglij
Interprètes : Brit Marling (Prairie Johnson), Emory Cohen (Homer), Patrick Gibson (Steven Winchell), Brendan Meyer (Jesse), Brandon Perea (Alfonso, dit French), Ian Alexander (Michelle, dit Buck), Phyllis Smith (Elizabeth Broderick-Allen), Jason Isaacs (Hap, dit Angel Hunter).
Photographie : Lol Crawley
Musique : Rostam Batmanglij, Danny Bensi, Saunder Jurriaans
Montage : Matthew Hannam, Jonathan Alberts, Geraud Brisson
Production : Jill Footlick
Société de production : Plan B Entertainment, Anonymous Content
Société de distribution : Netflix
Genre : fantastique
Durée : entre 70 minutes et 30 minutes, selon les épisodes
Diffusion : 16 décembre 2016

États-Unis – 2016

Portrait : Rami Malek, le geek du futur

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Si 2016 a été riche en cinéma, le petit écran n’est pas en reste : plusieurs séries phares ont connu un succès public et critique phénoménal. Parmi elles, Mr. Robot a ébranlé la blogosphère avec son scénario mindfuck, son positionnement social résolument moderne, ses twists renversants et son interprète illuminé, qui a décroché l’Emmy Award du meilleur acteur. Retour sur le parcours d’un geek 2.0 pas comme les autres, Rami Malek.

Rami Malek, 35 ans au compteur, est un acteur discret qui creuse son trou à Hollywood depuis plus de dix ans, apparaissant sporadiquement dans des séries en vogue le temps d’un ou deux épisodes, ou bien au cinéma, le plus souvent dans des seconds rôles. Longtemps méconnu du grand public, le comédien semble avoir le vent en poupe puisqu’il est enfin en train de se faire un nom grâce à sa performance très remarquée dans la série phénomène Mr. Robot. Silhouette frêle, capuche vissée sur la tête, visage émacié et oeil rond, celui qui incarne à la perfection le hacker Elliot Alderson s’illustre là dans un rôle complexe et intense et s’impose par la même occasion comme une valeur montante du paysage télévisuel et cinématographique américain. Zoom. 

Californien d’origine égyptienne, Rami Malek est né à Los Angeles, mais se sent plus à l’aise à New-York, comme il l’explique dans Interview Magazine : « J’ai toujours eu l’impression d’être à ma place à New-York. Dès la première fois où je suis venu dans cette ville, je me suis senti connecté au mouvement, au rythme de cette jungle urbaine, et à cette possibilité d’engager la conversation avec n’importe qui dans la rue ». Fils d’un père représentant en assurances et d’une mère comptable, il grandit avec son frère jumeau Sami, désormais professeur, et sa soeur aînée devenue médecin dont il est aujourd’hui très fier. Elevé dans le berceau du showbiz, il côtoie au lycée des futures stars comme Rachel Bilson ou Kirsten Dunst, avant de se tourner vers le théâtre, décision qu’il impute à une expérience importante. Il aurait ressenti l’appel de la scène lors d’un spectacle scolaire, et déclare à ce sujet dans un autre numéro d’Interview Magazine : « J’ai vu mes parents qui me regardaient me transformer et ça m’a beaucoup affecté, à tel point que cela m’a donné matière à réflexion ». Il part donc étudier les arts dramatiques dans l’Indiana, obtient son diplôme en 2003 et se lance dans le métier l’année suivante, où il apparaît au générique de Gilmore Girls après avoir postulé au casting sur Internet. Pour Rami Malek, c’est le début d’un parcours en dents de scie : l’acteur, qui vit de petits boulots (serveur, etc) collectionne les rôles sans importance et cachetonne à droite à gauche, alternant entre séries télévisées (Medium, Alcatraz, Believe) et blockbusters pour ados…

Des débuts difficiles

Pour Rami Malek, se faire une vraie place dans le milieu n’a pas été simple, notamment en raison de ses racines égyptiennes, longtemps exploitées par les réalisateurs qui le cantonnaient à des rôles d’arabes à cause de ses origines orientales. Ainsi, il incarne un certain Hassan dans le drama Over There en 2005, une série qui traite de la guerre en Irak ; avant de prêter ses traits à un terroriste dans la saison 8 de 24 heures chrono. Sur grand écran aussi, il se plie au jeu et endosse le costume d’un pharaon pour les besoins de la franchise comique La Nuit au Musée, perspective qui au moment des faits lui semblait sympathique si l’on en croit ses propos : « J’étais jeune et j’avais surtout très hâte de tourner dans mon premier gros film de studio. Je me suis dit « Ca risque d’être marrant, et je vais être payé pour le faire ». Je n’ai pas pensé plus loin ». Il poursuit sur sa lancée et joue ensuite un vampire égyptien dans le dernier volet de la saga Twilight, prestation qui lui a permis d’acquérir une petite notoriété, surtout auprès des teenagers.

L’acteur, longtemps ravalé au rang de second couteau, s’illustre alors dans des productions mineures et obtient enfin son premier rôle récurrent en 2005, dans la sitcom La Guerre à la Maison, où il campe un jeune gay au doux nom de Khaleel Nazeeh « Kenny » Al-Bahir… Le comédien, qui affirmera plus tard à BuzzfeedJ’essaie vraiment de m’ériger contre l’ethnicité », n’a visiblement pas toujours appliqué ce principe et a connu des débuts compliqués. Il traîne même quelques casseroles : on pense par exemple à Battleship, superproduction totalement décriée par la critique. Fort heureusement, en dehors de quelques choix douteux, Rami Malek prend rapidement son avenir en main et donne un tournant décisif à sa carrière en 2010, en se glissant dans la peau d’un Marine américain dans la mini-série The Pacific, produite par Tom Hanks et Steven Spielberg. Un changement de cap radical qui va porter ses fruits.

Un florilège de collaborations prestigieuses

Primée de l’Emmy Award de la meilleure mini-série en 2010, The Pacific marque clairement un tournant dans la carrière de Rami Malek, l’ancien rigolo qui pour la première fois occupe un rôle de premier plan avec une légitimité et un sérieux qu’on ne lui connaissait pas. Son talent incontestable tape dans l’œil de Tom Hanks qui lui met le pied à l’étrier et l’engage pour figurer au générique de son film, Tout peut arriver, où il campe un étudiant à la cool, jean, t-shirt et chemise ample ; panoplie vestimentaire simpliste mais très hype qu’il arbore également dans States of Grace et Need For Speed, ce qui lui permet de se construire un personnage nerdy et accessible de guy next door moderne, charmeur mais surtout naturel et spontané.

Pour Rami Malek, c’est le commencement d’un nouveau cycle : il tourne avec les plus grands, y compris le très in Paul Thomas Anderson, qui le dirige dans The Master en 2013. Aux côtérami-malek-regard-yeuxs de Joaquin Phoenix, il donne la réplique au regretté Philip Seymour Hoffman, expérience que l’acteur considère comme formatrice pour la suite de son parcours, puisqu’il dira dans les médias : “Cette expérience fût tout pour moi » et « Je dirais que The Master a été l’un des projets les plus inspirants sur lesquels j’ai eu la chance de travailler ». D’ailleurs, Rami Malek, qui d’ordinaire est plutôt du genre à mettre son grain de sel sur le plateau et à élaborer son personnage avec une certaine liberté, se souvient s’être exceptionnellement conformé aux volontés du cinéaste sans discuter, lui donnant instinctivement raison : « Quand on tourne un film de Paul Thomas Anderson, la meilleure décision que l’on puisse prendre en tant qu’acteur, c’est d’écouter Paul. Car il ne va jamais induire quiconque dans la mauvaise direction. Moi qui d’habitude suis toujours mon instinct sur n’importe quel plateau, ici, j’ai suivi l’instinct de Paul ».

Fini les super productions : l’acteur se tourne désormais vers des films indés et étoffe son CV en collaborant avec David Lowery dans Les Amants du Texas, occasion pour Rami Malek de travailler son accent du Sud, avant de faire la rencontre de Spike Lee, qui lui offre un rôle dans son remake du classique sud-coréen Old Boy. Cette aventure lui laisse cependant un goût amer, lui qui avait beaucoup discuté de son personnage avec le cinéaste, allant jusqu’à s’inventer un look destroy/dominateur, pour finalement être considérablement coupé au montage… Pas rancunier, il acceptera à nouveau de tourner avec Spike Lee pour son projet suivant, intitulé Da Sweet Blood of Jesus. De cette période, il retiendra surtout le prestige des réalisateurs avec qui il a eu le privilège de tourner, déclarant avec fierté dans un entretien : « David Lowery, Sam Esmail, Michael Noer, Sarah Adina Smith : j’aime m’entourer de gens qui sont au top niveau dans leurs domaines ». A partir de là, Rami Malek gagne en visibilité et se fait connaître des cinéphiles, grâce à un style de jeu étrange, à la fois banal et captivant, faisant de ses grands yeux clairs sa marque de fabrique. Inquiétant, mystérieux et fragile à la fois, bizarrement séduisant et carrément iconoclaste, celui qui n’a pas encore l’envergure nécessaire pour porter un film sur ses épaules jouit tout de même de comparaisons flatteuses, certains journalistes l’érigeant en digne héritier de Christopher Walken, Jeff Goldblum, Michael Shannon ou encore Peter Lorre. Pas de doute, il a déjà un pied dans la cour des grands.

Mr. Robot : l’avant et l’après

En 2015, Rami Malek devient la tête d’affiche de Mr. Robot, série phénomène qui déchaîne les passions chez tous les geeks du monde depuis maintenant deux saisons. Pourtant, l’acteur s’amuse encore de son manque de charisme auprès de son ami de longue rami-malek-mr-robot-saison-2date Robert Downey Junior, à qui il confie avec humour lors d’une conversation téléphonique : « Quand l’équipe de Mr. Robot a réalisé que je te connaissais, tout le monde a commencé à me regarder différemment sur le plateau, j’étais devenu le centre d’attention ! ». En dépit de cette pointe d’autodérision, le comédien ne cache pas sa joie à l’idée d’avoir enfin trouvé un rôle à sa mesure, qui lui offre le moyen de donner libre cours à son talent avec le concert du showrunner Sam Esmail, ravi d’avoir casté la bonne personne. Il se souvient de l’audition de son acteur, qui tremblait tant il trouvait le script anxiogène ! Finalement, Rami Malek est retenu après avoir confié à Esmail qu’il appréciait beaucoup les zones d’ombre de son personnage, nerveusement instable. Le créateur de Mr. Robot se félicite d’un tel choix, taclant la profession au détour d’une interview pour Hollywood Reporter : « Le truc, surtout lorsqu’on développe un projet en télévision, c’est qu’il ne faut jamais caster des cons. Aussi bons soient-ils, si c’est des cons, je n’aurai jamais envie de travailler avec eux. » Preuve que Rami Malek appartient à la catégorie des mecs biens !

Ceci étant, l’acteur, sans être intrusif, tient à conserver un droit de regard sur son travail, faveur qu’Esmail lui octroie facilement, le laissant expérimenter, refaire des prises, suggérer des pistes d’interprétation. Ils ont élaboré le personnage d’Elliot ensemble, et pour donner corps à cet anti-héros instable, asocial, hautement intelligent, à la lisière de l’autisme, junkie et légèrement siphonné du bocal, Rami Malek n’a pas hésité à s’investir corps et âme. En digne héritier de la Méthode (comme la grande majorité voire la totalité des acteurs contemporains), Malek est littéralement devenu Elliot pour coller au mieux à son rôle, s’astreignant à un régime strict (« Je n’ai pas beaucoup mangé car j’ai estimé qu’il fallait commencer par là, que ce serait la pierre angulaire de mon entraînement ») mais pas seulement. Pour être le plus juste et le plus convaincant possible, l’acteur s’est préparé sur tous les plans : visionnage intensif de films (Pi, Taxi Driver…), séances chez le psy, documentation sur les maladies mentales et leurs manifestations, etc. Celui qui se dit très exigeant avec lui-même et qui revendique un style de jeu minimaliste révèle qu’avec le rôle d’Elliot, il a dépassé ses limites en flirtant avec folie et noirceur, cherchant en son for intérieur des ressources qui lui auraient permis de mieux comprendre son personnage, de l’appréhender, de le découvrir et d’être en symbiose avec ce geek anarchiste et révolutionnaire. Pour se concentrer et faire ressortir sa créativité, Rami Malek dévoile son petit secret : il écoute de la musique, avant et pendant le tournage, pour explorer une émotion, revivre un sentiment, se situer dans un moment.

« Ce que je fais souvent quand je bosse sur un rôle, j’écoute de la musique. Cela m’influence sur la découverte de certains éléments. Et puis parfois pendant qu’on filme, je me repasse les mêmes morceaux en boucle. Cela fait rejaillir le fruit de mon travail et me permet d’être au top de ma créativité et de ma concentration. » Rami Malek pour Vanity Fair

Résultat : Rami Malek, qui avait déjà laissé entrevoir son style de jeu hybride, à la fois lunaire et nerveux, dans ses autres performances, signe ici une prestation étonnante où le flou et l’angoisse sont parfaitement véhiculés par l’acteur, silhouette creuse et inquiétante à la voix traînante, presque pâteuse, qui donne corps à un héros en orbite, comme absent à lui-même et aux choses du monde, déconnecté des rapports humains et de la réalité. Inaccessible, imprévisible, Elliot Alderson est impossible à cerner, et c’est l’essence même de ce que Malek fait passer dans sa manière d’incarner ou plutôt de désincarner son personnage, sorte de fantôme qui déambule en hoodie dans les rues de New-York, petit informaticien inoffensif dont les grands yeux inspirent la sympathie mais dont l’attitude perchée lui donne un coté très shady.

Toujours sur le fil du rasoir, le comédien a pu exprimer une identité artistique réelle grâce à Mr. Robot, moyen pour lui de se faire remarquer par d’autres cinéastes désireux de lui offrir un premier rôle au cinéma, lui qui auparavant n’avait jamais été tête d’affiche. Non content des récompenses que son travail sur la série lui a valu, Rami Malek peut maintenant se targuer d’être une star de cinéma, ou presque, puisqu’il enchaîne les projets sur grand écran depuis, en commençant par le film expérimental de Sarah Adina Smith Buster’s Mal Heart, oeuvre atypique dont la quasi-totalité des dialogues a été improvisée. S’illustrer là où on ne l’attend pas, aller toujours plus loin, c’est le désir farouche qu’exprime Rami Malek, anxieux à l’idée d’être étiqueté, mis dans une case. Éclectique et curieux, il souhaite toucher à tout, multiplier les pistes et les possibilités.

« Je ne veux pas que les gens repensent à moi en se disant : « Son personnage de Mr. Robot correspondait entièrement à son registre, et il va sûrement finir par jouer un tas de gars paranoïaques obsédés par la théorie du complot ». Ce qui, je l’avoue, pourrait facilement arriver ! J’aimerais leur prouver le contraire en prenant le contre-pied et m’illustrer à l’opposée. Je voudrais faire des choix encore plus dingues ». Rami Malek pour Interview Magazine

En somme, Rami Malek, qui s’impose de plus en plus comme une valeur sûre à Hollywood, incarne une sorte de modernité futuriste dont on pourra avoir un avant-goût dans le remake de Papillon, où il reprendra le rôle de Dustin Hoffman, avant de se glisser dans la peau d’une légende du rock déjantée, Freddie Mercury. Des choix osés mais également audacieux qui montrent une fois de plus que l’acteur n’a pas peur de relever les défis les plus fous. A star is born, tout simplement.

Bande-Annonce de la saison 2 de Mr. Robot

 

Ballerina, un film de Eric Summer et Eric Warin : Critique

Avec Ballerina, Eric Summer et Eric Warin signent un film d’animation riche en aventures et rebondissements qui ravira petits et grands. Divertissement familial par excellence, cette comédie virevoltante a toutes les chances d’attirer les foules.

Synopsis : Félicie est une jeune orpheline bretonne passionnée de danse classique. Habituée à faire les quatre cents coups avec Victor, son complice de toujours, elle rêve de s’enfuir pour aller étudier à l’Opéra de Paris. Un jour, les deux amis se font la malle et débarquent dans une capitale en pleine effervescence. C’est le début d’une grande aventure.

Danser sa vie

Ballerina est un film qui place la danse au centre de son récit. Par conséquent, il en émane une force de vie et un dynamisme constants grâce à deux héros perpétuellement en mouvement. Félicie, la jeune orpheline, ne tient pas en place une seconde et s’amuse à tout faire en rythme : elle court sur les toits, fait la vaisselle en sautillant, se cache, se faufile sur la pointe des pieds, s’agite avec un enthousiasme débordant au son d’une musique celtique entraînante… En bref, c’est un véritable électron libre qui déborde d’énergie, tout comme son meilleur ami Victor, gaffeur roublard et graine de saltimbanque qui présente une inclinaison particulière pour les cascades et les vols planés. Sur terre, dans les airs, en voiture ou en bateau, les personnages ne s’arrêtent jamais, et le spectateur est happé par ce tourbillon frénétique qui démarre sur les chapeaux de roue sans jamais faiblir, ou rarement. Mais attention : les héros ne se débattent pas en vain. Loin de brasser du vent, Ballerina est un joli récit d’apprentissage qui met en avant la puissance des passions et la magie du rêve, en portant à l’écran le destin romanesque et merveilleux d’une gamine des rues qui se hisse au sommet grâce à son optimisme, sa volonté et sa puissance de conviction inébranlables. De l’orphelinat à la grande scène de l’Opéra de Paris, Félicie atteint les étoiles et son apogée nous fait sourire. Attachante, cette héroïne au coeur tendre fait naître de l’affection chez le public, notamment grâce à son humanité sincère et sa gaieté à toute épreuve.

Au bout du rêve

Loin d’être niais ou manichéen, le film dispense une belle leçon d’éducation qui s’adresse aussi bien aux enfants qu’aux adultes et qui présente de solides vertus pédagogiques, atout considérable pour une fiction familiale comme celle-ci. Ballerina véhicule des propos intelligents et justes en prônant la simplicité, l’amitié, la gentillesse et l’entraide, le courage, la persévérance mais aussi la modestie, l’honnêteté et la droiture. Rester fidèle à soi-même, à ses valeurs, choisir l’intégrité et ne pas céder aux sirènes du succès ni prendre la grosse tête : voilà ce que cherchent à nous dire les réalisateurs. Félicie s’égare en chemin, renie ceux qui lui ont tendu la main, tourne le dos à son ami et en oublie ses valeurs ; tandis que sa rivale de toujours, Camille, est animée par un désir de gloire et un esprit de vengeance qui confine à la méchanceté et à la mesquinerie. Pourtant, à la fin, tous vont apprendre de leurs erreurs et faire amende honorable, ce qui prouve bien que Ballerina ne veut pas seulement divertir son audience : le film veut fédérer autour d’une histoire universelle qui se rapproche des contes en brossant les portraits d’une galerie de personnages dont les failles et les défauts les rendent imparfaits, mais leur permettent d’avancer. Ne jamais renoncer, croire en ses rêves, mais ne jamais oublier d’où l’on vient : tant de petits messages qui ne tombent pas dans l’oreille d’un sourd et qui offrent aux enfants le moyen de réfléchir sur les notions de bien et de mal. On peut cependant déplorer la présence à l’écran de quelques figures très caricaturales comme la mère de Camille, sorte de marâtre cruelle et impitoyable qui rappelle la sorcière de Blanche-Neige ou encore Maléfique. Mais, en dépit d’un léger manque d’inventivité et d’un scénario convenu, le film respecte le cahier des charges et ne prend pas le spectateur pour un idiot, fait assez rare pour être souligné à l’ère où les dessins animés sont le plus souvent des machines mercantiles bien huilées où les gags s’enchaînent sans pertinence.

Paris je t’aime

Dernier point agréable, Ballerina est un film qui initie à la culture, en partie grâce à sa thématique centrale, à savoir le ballet. On y voit l’Opéra, les danseurs, on y apprend le nom des pas, et on y entend des morceaux très connus du répertoire classique, comme Le Lac des Signes ou Casse-noisette. L’univers est beau, stimulant, joli et chatoyant ; l’esthétique est travaillée (les chorégraphies ont été élaborées par une vraie danseuse étoile, le palais Garnier est magnifiquement restitué).  De plus, l’intrigue, qui se déroule à l’aube de l’ère industrielle, montre un Paris en pleine mutation avec sa tour Eiffel et sa statue de la Liberté en construction, son palais du Trocadéro, mais aussi ses bars et sa vie nocturne trépidante qui grouille de talents, d’inventeurs en tous genres et d’esprits libres. Victor, chercheur en herbe, n’a de cesse d’élaborer des prototypes d’ailes de pigeon, de moteurs volants, et laisse parler son imagination dans une époque où les récentes révolutions rendaient le progrès possible. A l’image d’Un Monstre A Paris, le film nous plonge donc dans un Paris rétro sympathique et amusant qui fleure bon la nostalgie et la folie douce. Certes, la ville est idéalisée, mais on en apprécie le rendu et on souligne au passage l’apport pédagogique d’un tel dispositif, puisque là encore, les enfants découvrent de grands monuments et se familiarisent avec des personnalités historiques comme Gustave Eiffel, par exemple.

En somme, Ballerina est un divertissement de Noël honnête et dépaysant qui nous accroche par la spontanéité et la joie de vivre de ses deux petits héros mais également par son ambiance rétro et son atmosphère particulière, où résonnent des airs d’Opéra et où les danseuses étoiles brillent de mille feux. Une belle ode au rêve, à l’art et à l’amitié.

Ballerina : Bande-annonce

Ballerina : Fiche Technique

Réalisation : Eric Summer et Eric Warin
Scénario : Carol Noble, Laurent Zeitoun & Eric Summer
Doublage : Félicie (Camille Cottin VF/Elle Fanning VO) ; Victor (Malik Bentalha VF/Dane DeHaan VO) ; Camille (Kaycie ChaseVF/ Maddie Ziegler VO)
Musique : Klaus Badelt
Montage : Yvann Thibaudeau
Direction artistique : Florent Masurel
Chorégraphies : Aurélie Dupont et Jérémie Bélingard
Animation : Theodore Ty
Producteurs : Laurent Zeitoun, Yann Zenou, Nicolas Duval
Sociétés de production : BBDA Quad Productions, Caramel Films
Société de distribution : Gaumont
Durée : 90 minutes
Genre : Animation
Date de sortie : 14 décembre 2016

France-Canada – 2016