Avengers : L’ère d’Ultron, un film de Joss Whedon : Critique

Nouveau point de convergence des films Marvel, Avengers : L’ère d’Ultron était encore attendu comme le messie, celui qui mettrait tout le monde d’accord, public, critique et fans hardcore, sur la viabilité d’un univers partagé. Mais si Joss Whedon réussissait à faire illusion dans le premier épisode, il est triste de constater qu’il semble dépassé par l’ampleur du projet. L’ère d’Ultron est un monstre. Un bulldozer financier, calibré pour rafler le jackpot, mais surtout un monstre narratif protéiforme engoncé dans sa chrysalide de divertissement grand public.

La fin d’une époque

Whedon est avant toute chose un scénariste de la télévision, cela se ressent par le grand nombre de personnages à l’écran, ainsi que la multiplicité des intrigues développées donnant l’impression d’une série télévisée de luxe, condensée en 2h40. Le film n’a alors plus l’aspect d’un récit cohérent avec un fil narratif précis, mais plutôt celui d’une créature constituée de divers bout d’histoires maladroitement cousus ensembles, avançant d’un pas lourd et mal assuré. Obligé de composer avec les anciens en ajoutant de nouveaux protagonistes, le messie de la culture geek s’embrouille rapidement, proposant nombre d’idées qui s’entrechoquent parfois violemment. Le récit oscille sans cesse entre humour et sérieux, scènes intimistes et actions groupées, divertissement bourrin ou culture littéraire. Toute la promotion tournait autour d’une référence un peu maladroite au Pinocchio de Walt Disney (une chanson sifflée au détour d’un plan), mais en sortant de la salle on pense plutôt aux romans anglais du XIXième voyant Thor s’improviser en Frankenstein cosmique ou les héros se battre contre Ultron dans les rues d’une Laputa contemporaine. Si les super-héros sont les nouveaux mythes du monde moderne, ils n’en restent pas moins soumis aux grands récit des siècles passés. Difficile de reprocher à un blockbuster de connaître ses classiques, sauf quand ceux-ci sont mis en relation avec les pires clichés narratifs connus.

En première ligne, cette romance maladroite entre Black Widow et Hulk, la minceur des dialogues et le niveau relativement crétin des blagues (analogie entre la taille du monstre et celle de son chibre…classe) ramène les personnages féminins du film presque 20 ans en arrière. Natasha Romanov s’était imposée comme une femme forte ne souffrant pas la comparaison avec ses collègues masculins, le film la transforme en minette, semblant constamment en rut, draguant ouvertement Bruce Banner, parce que la féminité chez Whedon ne peut s’exprimer que par le désir sexuel (pour un autre homme) ou l’instinct maternel, quand la super espionne doit chanter une berceuse au géant vert pour le calmer. Même combat pour le Dr. Helen Cho (nouveau personnage) mariée à son travail de chirurgienne mais se laissant convaincre de venir à une soirée parce qu’elle a le béguin pour Thor. Très moderne tout ça de la part de Whedon, après avoir accusé Jurrasic World d’être sexiste au travers d’un seul extrait, comment compte-t-il justifier ce machisme triomphant qui s’étend sur plus de deux heures?…Question en suspend.

Des maladresses scénaristiques, le film n’en manque pas, que ce soit le surdéveloppement de Hawkeye, jusqu’à la révélation de sa vie privée qui tend vers le ridicule, aux apartés faisant office de micro-teaser à l’intérieur même du film. La quête personnel de Thor (accompagné de son meilleur pote le Dr. Selvig) ne semble être là que pour annoncer le troisième épisode des aventures du dieu nordique et la présentation d’Ulysse Claw (Andy Serkis) ne fait que confirmer le film Black Panther. Difficile d’y voir autre chose qu’une nouvelle forme de stratégie commerciale. Les scènes post génériques ne semblent plus suffire à Marvel, il faut en plus aguicher le public à l’intérieur même des récits. Certains personnages brillent par leur inutilité, tel Quicksilver ou le baron Von Strucker, et l’intrigue réserve quelques trous béants comme l’absence inexpliquée de Hulk pendant dix bonnes minutes lors de la bataille finale. Au milieu de tout ces échecs, on gardera un souvenir positif du méchant Ultron plutôt amusant, de la Vision étonnamment réussie et du running gag du marteau qui fonctionne toujours bien. Néanmoins Whedon se laisse emporter dans son élan et oublie de maintenir une cohérence, malgré des enjeux plus alléchants. Le film, Avengers : L’Ère d’Ultron souffre de cette coexistence fragile entre tous ces éléments qui s’imbriquent fort mal.

Au-delà de ces considérations scénaristiques, il y a peu d’intérêt à juger la réalisation du film tant celle-ci apparaît froide et dépourvue d’identité. S’il peut être un bon scénariste, Whedon est un réalisateur particulièrement surestimé, se contentant de stratégies éprouvées mille fois (ralentit pendant les scènes d’actions, plans séquences numériques servant de cache misère…) pour maintenir éveillé. Jamais le réalisateur ne prend de risque dans sa mise en scène, si bien qu’on a l’impression de revoir encore et toujours les même scènes d’actions, répétitives et peu excitantes. C’est surtout ce manque d’audace visuelle qui étouffe l’ambition scénaristique du film, donnant l’impression d’une œuvre amputée de son potentiel narratif immense, pour rentrer dans les schémas pré-établis. Preuve final que l’ambition du producteur Kevin Feige, bien que lucrative, est infiniment destructrice, annihilant toute créativité dans l’espoir de plaire au plus grand nombre.

Synopsis : Après les événements relatés dans Captain America : Le Soldat de l’hiver qui ont vu la destruction du SHIELD, Tony Stark a créé Ultron avec l’aide de Bruce Banner, une intelligence artificielle capable d’augmenter seule ses capacités, et qui est censée protéger l’humanité de toutes les menaces potentielles et contrôler la légion des Iron Man. Mais le plan de Stark se retourne contre lui lorsque Ultron décide que les principaux ennemis sont en fait les humains, et s’emploie à les éradiquer de la surface de la Terre. Les Avengers se regroupent à nouveau pour lutter contre ce péril mortel, tandis que trois nouveaux personnages apparaissent, ennemis puis alliés : Vif-Argent, la Sorcière rouge et Vision.

Avengers : L’ère d’Ultron – Bande-annonce

Avengers : L’Ère d’Ultron : Fiche Technique

Titre original : Avengers: Age of Ultron
Titre français : Avengers : L’Ère d’Ultron
Réalisation : Joss Whedon
Scénario : Joss Whedon, d’après les personnages créés par Stan Lee et Jack Kirby
Distribution: Robert Downey Jr. (Tony Stark/Iron Man), Chris Evans (Steve Rogers/Captain America), Chris Hemsworth (Thor), Mark Ruffalo (Bruce Banner/Hulk), Scarlett Johansson (Natasha Romanoff/Black Widow), Jeremy Renner (Clint Barton/Hawkeye), Elizabeth Olsen (Wanda Maximoff/Scarlet Witch), Aaron Taylor-Johnson (Pietro Maximoff/Quicksilver), Cobie Smulders (Maria Hill) et James Spader (Ultron).
Direction artistique : Mike Stallion
Décors : Maher Ahmad
Costumes : Alexandra Byrne
Photographie : Ben Davis
Son : Peter Lindsay
Montage : Jeffrey Ford et Lisa Lassek
Musique : Brian Tyler et Danny Elfman
Production : Kevin Feige
Production exécutive : Victoria Alonso, Louis D’Esposito, Alan Fine, Stan Lee et Jeremy Latcham
Société de production : Marvel Studios
Société de distribution : Walt Disney Studios Motion Pictures
Budget : 250 000 000 dollars
Pays d’origine : États-Unis
Langue originale : anglais
Format : couleur – 35 mm – 2.35:1 – son Dolby Digital / DTS / Dolby Atmos
Genre : super-héros, science-fiction, action
Durée : 142 minutes
Dates de sortie :
Europe : 22 avril 2015
États-Unis : 1er mai 2015

 

Festival

Deauville 2026 : Test, la force fragile

Au contraire des films Hollywoodiens qui nous ont habitués à un bodybuilding viril souvent très macho, "Test" offre une plongée sensible au cœur du culturisme et ose briser les tabous. En s'inspirant de sa propre expérience, Brock Yurich incarne un athlète mal dans sa peau en quête d'affirmation. Un récit à fleur de muscles prodigieusement mis en scène.

Deauville 2026 : The Last Pickpocket in New York, les mains dans les poches

Comment survivent les voleurs à la tire dans notre société moderne ultra connectée, où l'argent est devenu virtuel et les téléphones des traceurs ambulants ? En partant de cette question simple, "The Last Pickpocket in New York" propose un polar urbain délicieusement rétro qui rend hommage aux classiques du genre. Porté par la performance impeccable de John Turturro, le film convainc plus par son atmosphère nostalgique que par son scénario ingénu.

Deauville 2026 : The Man I Love, la fureur de vivre

Dans "The Man I Love", Ira Sachs met en scène Rami Malek dans le rôle d'un acteur confronté à la mort. Entre répétitions, danses, chants et désirs sexuels, il compose une ode à la vie exaltant le plaisir de chaque instant. Un drame queer qui manque malheureusement de consistance et d'émotion pour pleinement s'affirmer.

Deauville 2026 : Mouse, la souricière du chagrin

Présenté en compétition au Festival de Deauville après avoir reçu un très bon accueil à la Berlinale, "Mouse" déploie un récit de deuil adolescent sensible et délicat porté par un somptueux duo d’actrices. En filmant l’intime avec autant de tendresse que de naturalisme, Kelly O’Sullivan et Alex Thompson s’imposent comme des cinéastes incontournables du cinéma indépendant américain.

Newsletter

À ne pas manquer

Salvation, un petit cru d’Emin Alper

En Turquie, la tension monte entre deux villages. Paranoïa et manipulations religieuses attisent la violence. Adoptant les codes des films de genre, Emin Alper ne parvient guère à convaincre, malgré une photographie de qualité, une interprétation impeccable et un final malin.

L’Âme des guerriers (1994), de Lee Tamahori : une tentative de réaffirmation identitaire

Œuvre sur le déclin culturel des Maoris, ce premier long-métrage de Lee Tamahori propose un portrait sans concession de la misère et de la violence dans lesquelles patauge une communauté déracinée. Aux côtés de La Leçon de piano de Jane Campion, sorti un an plus tôt, cette tragédie grecque doublée d’une œuvre choc a permis de mettre la Nouvelle-Zélande sur la carte du cinéma mondial.

La frappe : Sans les mots

La frappe explore avec une caméra au plus près des visages les cicatrices laissées par un père abuseur. Julien Gaspar-Oliveri signe une œuvre tendue et rugueuse, entre drame intime et chronique familiale. Un film qui déroute par son refus de trancher mais finit par séduire lorsqu'il renoue avec une narration plus ferme. Une proposition fragile, parfois monotone, mais qui s'essaye à une certaine forme.

Utu Redux : quand la vengeance devient un incendie sans fin

Le western maori de Geoff Murphy plonge dans la guerre de Te Kooti, tourné à cru dans le bush néo-zélandais. Entre villages incendiés, humour noir et camps jamais figés, le film capture un engrenage de vengeance coloniale où personne ne reste épargné, jusqu'à une scène finale qui vide le mot "utu" de son sens.

Smash Palace : au pays de la casse

Dans une casse automobile perdue en Nouvelle-Zélande, un ex-pilote confond amour et possession jusqu'à traiter sa fille comme un trophée. Son couple se déchire, son garage déborde de carcasses, et le paysage tout entier se referme sur lui comme un piège dont personne ne ressort.
Vincent B.
Vincent B.https://www.lemagducine.fr/
Intéressé par tout, mais surtout n’importe quoi. Grand amateur de fantastique et de Science fiction débridé. Spécialiste Normand expatrié à Lille de la vague Sushi Typhoon (le seul qui s'en vante en tout cas). Je pense très sérieusement que l’on ne peut pas juger qu’un film est bon si l’on en a jamais vu de vraiment mauvais.

Salvation, un petit cru d’Emin Alper

En Turquie, la tension monte entre deux villages. Paranoïa et manipulations religieuses attisent la violence. Adoptant les codes des films de genre, Emin Alper ne parvient guère à convaincre, malgré une photographie de qualité, une interprétation impeccable et un final malin.

La frappe : Sans les mots

La frappe explore avec une caméra au plus près des visages les cicatrices laissées par un père abuseur. Julien Gaspar-Oliveri signe une œuvre tendue et rugueuse, entre drame intime et chronique familiale. Un film qui déroute par son refus de trancher mais finit par séduire lorsqu'il renoue avec une narration plus ferme. Une proposition fragile, parfois monotone, mais qui s'essaye à une certaine forme.

The Dog Stars : Ridley Scott s’essaie au post-apo (en pantoufles)

Dans un monde post-pandémique, Ridley Scott livre un survival maîtrisé mais sans surprise, porté par Jacob Elordi, Josh Brolin et Margaret Qualley dans les paysages du Colorado.