American Pastoral, un film d’Ewan McGregor : Critique

En adaptant un excellent roman de Philip Roth, American Pastoral paru en 1997 et récompensé d’un prix Pulitzer, Ewan McGregor s’essaie à la réalisation avec un bien trop classique drame historique qui ne réussit guère à atteindre son cœur de cible.

Synopsis : Fin des années soixante, Seymour Levov, un riche homme d’affaires, est marié à une très belle femme, miss New Jersey, et mène une vie paisible jusqu’au jour où sa fille devient une militante pacifiste contre la guerre du Vietnam et fait exploser un bureau de poste.

Un récit impersonnel sur fond historique

Philip Roth, marqué par des thèmes aussi puissants que les tumultes de la sexualité et de la psychologie masculines, le poids de l’Histoire et de l’héritage, la hantise de la désagrégation du corps et de la mort, et la place du judaïsme, a trouvé en l’acteur britannique récompensé, un long métrage qui ne trouvera jamais la poésie de la rupture. En effet, attiré par une bande annonce percutante aux thématiques précises telles que la lutte historique et l’émancipation familiale, on se rue dans les salles obscures en cette fin d’année glacée. Mais force est de constater qu’au bout d’une demi-heure de film, les rouages sont inexistants au profit d’une émotion sans cesse tirée à quatre épingle. Présenté presque sans grand bruit au 41ème TIFF, American Pastoral s’échine à peindre la fin d’un rêve américain.

Le trio formé par Ewan McGregor en père bienveillant ancien sportif et soldat, Jennifer Connelly en miss New Jersey vindicative, et leur fille jouée toujours à la limite du cliché par Dakota Fannings (qu’on retrouvera dans Ocean’s Eight prévu pour 2018), a tout d’un christmas movie engageant. Très rapidement, le genre glisse de manière attendue vers le drame historique en surexploitant les images d’archive. Mais ce récit est amené par un autre et inutile (le piège de l’adaptation littéraire) d’un point de vue externe et sans lien direct. Un ami d’enfance rencontre à la 45ème rencontre d’une promotion, le frère incarné par Rupert Evans, vieilli par un maquillage grossier, qui raconte les péripéties de Swede Levov. La plongée est lente et maladroite. Rien ne favorise l’attention, une mise en scène convenue, une photographie impersonnelle et un récit linéaire dont on s’extrait à chaque fois que l’émotion est soulignée par des yeux humides en gros plan. Le spectateur reconnaît un certain classicisme hollywoodien cher aux premières œuvres de Clint Eastwood en tant que réalisateur, mais n’identifie aucune subjectivité tant la portée du message vient anéantir l’absence de poésie. Ce qui est fort dommage, puisque le poids du travail est conséquent et palpable, mais ne ressort guère dans cette traduction visuelle au premier degré. La notion de « héros », qui plus est, joué par Ewan en personne, par un excès de naïveté qui lui est propre, car on lui reconnait le rôle du « jeune premier », ne concorde aucunement avec ce père perdue dans la tourmente d’une histoire qui le dépasse par les engagements de sa propre fille.

Heureusement que certains seconds rôles créent la surprise comme Uzo Aduba (Orange Is The New Black) en assistante dévouée et Molly Parker (House of Cards) en pédopsychiatre éclairée, mais tout est effleuré, les conditions salariales, le poids patriarcal, la crise de l’adolescence, la guerre du Vietnam, la folie, les convictions politiques… pour réussir correctement à captiver l’auditoire et divertir intelligemment. Il est délicat d’endosser plusieurs casquettes lors d’un premier long métrage et malheureusement, Ewan McGregor peine à briller devant et derrière. (Même la musique d’Alexandre Desplat est vite oublié après la séance!!!) On l’attend malgré tout de pied ferme pour sa double interprétation des frères Stussy dans la saison 3 de Fargo et la reprise de Renton dans la suite de Transpotting

American Pastoral : Fiche Technique

Réalisation : Ewan McGregor
Scénario : John Romano, d’après Pastorale américaine de Philip Roth
Interprétation : Ewan McGregor (Swede Levov), Jennifer Connelly (Dawn Levov), Dakota Fanning (Merry Levov), Peter Riegert (Lou Levov), Rupert Evans (Jerry Levov), Uzo Aduba (Vicky), Molly Parker (Sheila Smith), David Strathairn (Nathan Zuckerman)…
Photographie : Martin Ruhe
Direction artistique : Gregory A.Weimerskirch
Décors: Daniel B. Clancy
Costumes : Lindsay McKay
Montage : Melissa Kent
Musique : Alexandre Desplat
Production : Sidney Kimmel, Gary Lucchesi, Tom Rosenberg
Société de production : Lakeshore Entertainment et Sidney Kimmel Entertainment
Distribution : Lionsgate (USA), Mars Distribution (France)
Budget : NC
Genre : drame historique
Durée : 126 minutes
Date de sortie : 9 septembre 2016 (TIFF), 21 octobre (USA), 28 décembre 2016 (France)…

Etats-Unis – 2016

Festival

Reims Polar 2026 : Mata, l’ombre du contrôle

Présenté en clôture de la 6e édition de Reims Polar, "Mata" est le film le plus ambitieux de Rachel Lang — et peut-être le plus frustrant. Un thriller d'espionnage à la française, anti-spectaculaire et introspectif, porté par une Eye Haïdara à contre-emploi, qui cherche sa radicalité sans toujours la trouver.

Reims Polar 2026 : Sons of the neon night, un champ de bataille sans stratège

Reims Polar a le chic pour dénicher les objets cinématographiques qui résistent — ceux qui ne rentrent pas tout à fait dans les cases, qui portent en eux quelque chose d'inachevé ou d'excessif, et dont la programmation constitue en soi une invitation à débattre. "Sons of the Neon Night" y trouve naturellement sa place. Présenté en séance de minuit à Cannes en 2025, ce polar hongkongais de Juno Mak a fait parler de lui autant pour son ambition visuelle démesurée que pour ses failles narratives béantes.

Reims Polar 2026 : Morte Cucina, la vengeance est un plat qui se dévore sans modération

En compétition Sang Neuf au festival Reims Polar, "Morte Cucina" du thaïlandais Pen-ek Ratanaruang suit Sao, cuisinière d'exception marquée par un viol commis dans son adolescence, qui retrouve par hasard son agresseur des années plus tard à Bangkok. Entre thriller culinaire et drame de la résilience, le film use de la nourriture comme arme et comme langage, avec plus d'intentions que de tranchant.

Reims Polar 2026 : Mi Amor, noyé dans le bruit

Ce jeudi 2 avril au soir, l’impériale Cécile Maistre-Chabrol a remis le Prix Claude Chabrol à Thomas Ngijol pour "Indomptables", polar camerounais dans lequel le réalisateur-acteur réussit une mue radicale et convaincante — quitter la comédie pour plonger dans un thriller âpre, ancré dans la réalité de Yaoundé, entre enquête policière et portrait d'une paternité qui déraille. Une belle soirée pour le genre, achevée par Guillaume Nicloux et son nouveau film, "Mi Amor". Le contraste est cruel, d'autant plus piquant que Nicloux n'est pas un inconnu des festivals de polar. Il s’était déjà fait connaître au Festival du Film Policier de Cognac, ancêtre direct de Reims Polar, avec Une affaire privée. Et ce film-là racontait déjà... une disparition de jeune femme.

Newsletter

À ne pas manquer

Le Réveil de la Momie : ni morte ni réveillée

Lee Cronin tente de ramener la Momie à ses origines : un drame familial hanté par le deuil et la culpabilité. La promesse est tenue pendant près d'une heure, avant que "Le Réveil de la Momie" se perde dans ses propres ambitions contradictoires, incapable de choisir entre le drame viscéral qu'il voulait être et la mécanique Blumhouse qu'il ne pouvait s'empêcher de reproduire. Un rendez-vous manqué, pourtant généreux en ambitions, mais trop avare en courage.

Graham Swon — La parole comme territoire

Trois films, une carte blanche, et une même ligne de force : chez Graham Swon, la parole ne se contente pas d’accompagner l’image, elle la traverse, la déplace, parfois même la remplace. De la dérive poétique d’An Evening Song (for three voices) à l’expérience quasi hypnotique de The World Is Full of Secrets, en passant par l’étrangeté expressionniste de Careful, se dessine un cinéma où dire, c’est déjà faire advenir.

Good Luck, Have Fun, Don’t Die : autopsie d’une humanité sous perfusion numérique

Gore Verbinski convoque voyages dans le temps, IA malveillante et équipe de bras cassés pour radiographier notre addiction au numérique. "Good Luck, Have Fun, Don't Die" est un film généreux et inventif, hanté par l'ombre des Daniels, et qui bute, comme nous tous, sur l'incapacité à vraiment se déconnecter.

Juste une illusion : Ce qu’on croyait déjà vivre

Avec "Juste une illusion", Toledano et Nakache replongent dans les années 80 pour raconter l’éveil amoureux de Vincent, 13 ans, au cœur d’une famille juive et arabe haute en couleur. Entre les disputes des parents, les maladresses du grand frère et les premiers élans du jeune adolescent, le film explore avec humour et tendresse ce moment fragile où l’on croit déjà comprendre la vie. Porté par une mise en scène vibrante, une direction d’acteurs impeccable et une reconstitution délicieusement vintage, le récit mêle questionnements intimes, enjeux sociaux et nostalgie lumineuse. Une comédie dramatique généreuse, où chaque émotion sonne juste et où l’on se reconnaît, quel que soit notre âge.

La fille du konbini : disconnect days

Adapté du roman de Sayaka Murata, "La Fille du konbini" suit Nozomi, jeune femme en pleine reconstruction après avoir fui la toxicité du monde corporate. Refuge dans une supérette, camaraderie inattendue et redécouverte des plaisirs simples : Yûho Ishibashi filme avec une infinie délicatesse cette parenthèse suspendue où l'immobilité apparente cache une lente remontée à la surface. Un rejet en douceur des injonctions à l'ambition, porté par la retenue naturaliste d'Erika Karata.
Antoine Mournes
Antoine Mourneshttps://www.lemagducine.fr/
Mes premières ambitions, à l'âge d'une dizaine d'années, était d'écrire des histoires à la manière des J'aime Lire que je dévorais jusqu'en CM2. J'en dessinais la couverture et les reliais pour faire comme les vrais. Puis la passion du théâtre pour m'oublier, être un autre. Durant ses 7 années de pratique dans diverses troupes amateurs, je commence des études d'Arts du Spectacle qui débouche sur une passion pour le cinéma, et un master, en poche. Puis, la nécessité d'écrire se décline sur les séries que je dévore. Depuis Dawson et L’Hôpital et ses fantômes de Lars Von Trier sur Arte avec qui j'ai découvert un de mes genres ciné préférés, l'horreur, le bilan est lourd, très lourd au point d'avoir du mal à établir un TOP 3 fixe. Aujourd'hui, c'est Brooklyn Nine Nine, Master of Sex et Vikings, demain ? Mais une chose est sûre, je vénère Hitchcock et fuis GoT, True Detective et Star Wars. L'effet de masse m'est assez répulsif en général. Les histoires se sont multipliées, diversifiées, imaginées ou sur papier. Des courts métrages, un projet de série télévisée, des nouvelles, un roman, d'autres longs métrages et toujours plus de critiques..?

Le Réveil de la Momie : ni morte ni réveillée

Lee Cronin tente de ramener la Momie à ses origines : un drame familial hanté par le deuil et la culpabilité. La promesse est tenue pendant près d'une heure, avant que "Le Réveil de la Momie" se perde dans ses propres ambitions contradictoires, incapable de choisir entre le drame viscéral qu'il voulait être et la mécanique Blumhouse qu'il ne pouvait s'empêcher de reproduire. Un rendez-vous manqué, pourtant généreux en ambitions, mais trop avare en courage.

Graham Swon — La parole comme territoire

Trois films, une carte blanche, et une même ligne de force : chez Graham Swon, la parole ne se contente pas d’accompagner l’image, elle la traverse, la déplace, parfois même la remplace. De la dérive poétique d’An Evening Song (for three voices) à l’expérience quasi hypnotique de The World Is Full of Secrets, en passant par l’étrangeté expressionniste de Careful, se dessine un cinéma où dire, c’est déjà faire advenir.

Good Luck, Have Fun, Don’t Die : autopsie d’une humanité sous perfusion numérique

Gore Verbinski convoque voyages dans le temps, IA malveillante et équipe de bras cassés pour radiographier notre addiction au numérique. "Good Luck, Have Fun, Don't Die" est un film généreux et inventif, hanté par l'ombre des Daniels, et qui bute, comme nous tous, sur l'incapacité à vraiment se déconnecter.