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La musique d’Alex Beaupain dans le cinéma de Christophe Honoré : la débâcle des sentiments

Peut-on réellement parler de musique lorsque l’on évoque le duo Beaupain-Honoré ? Les chansons y sont comme autant de dialogues et précipitent l’action des personnages souvent empêtrés dans leurs sentiments. Ici, la musique ou plutôt la chanson est synonyme de « parler vrai » et donc de vérité.

Il s’agit pour les personnages de faire le point sur leurs relations sans oser se faire du mal par des dialogues simplement parlés. Dès 17 fois Cécile Cassard et son « Lola » chanté en slip rose par Romain Duris, Honoré a affirmé sa filiation avec un autre cinéaste du dialogue chanté, Jacques Demy. Alors, Beaupain serait-il en quelque sorte le Michel Legrand d’Honoré ? Pas tout à fait. Retour sur quelques partitions chantées particulièrement fortes dans le cinéma d’Honoré.

La naissance d’un duo

Dans 17 fois Cécile Cassard, premier long métrage sorti au cinéma de Christophe Honoré et où Beaupain est crédité comme compositeur, deux moments musicaux forts structurent le film. La danse de Béatrice Dalle alias Cécile Cassard avec Romain Duris (Mathieu) dans son salon sur « Pretty Killer », musique écrite par Alex Beaupain et  interprétée par lui et par  le groupe Lily Margot est un tour de force pour le film. Elle représente en effet la quintessence du cinéma d’Honoré : amour, rivalité, cruauté et sensualité. Quelque chose qui tient du malaise aussi : dans ces corps filmés et qui se réfléchissent dans un miroir. Les acteurs ne chantent pas encore mais tout leur corps interprète la musique qui dit, entre autre, « dancing with another guy ». Les personnages s’observent danser les uns avec les autres et la musique vient habilement retranscrire ce sentiment tout en les enveloppant. Plus tard, l’acteur interprète directement la chanson par la voix, mais cette fois c’est un hommage, à Lola de Jacques Demy. Il n’y a ainsi que chez Honoré que l’on peut voir Romain Duris en slip rose chanter ce qu’Anouk Aimée avait autrefois interprété. Tout s’imbrique et le personnage devient autre tout en se dévoilant. Cette scène chantée fait en effet résonance avec une autre où le personnage incarné par Romain Duris s’était confié sur le peu de chose qu »il savait vraiment réussir à son âge (et encore il comptait « réussir la béchamel ») : « Je vais bientôt avoir trente ans et je ne sais faire que vingt-quatre trucs… et encore, là dedans j’ai compté danser le paso doble et réussir la béchamel ». 

Ces deux scènes composent un  film où le corps est mis en avant et s’exprime, aussi bien dans les mots que dans la posture, ce qui fera dire très justement à Christophe Honoré : « Cécile Cassard doit tout au cinéma, elle ne peut tenir droite qu’au milieu d’un plan, pas au milieu d’une phrase. C’est un personnage qui a besoin d’espace et de durée, un personnage qui demande à être incarné, pris en main par une actrice, regardé par un cinéaste, la lecture ne suffit pas à faire exister un tel personnage. ». Pas étonnant donc qu’Honoré ait très vite donné une partition musicale à ce corps qui doit tout au cinéma, à la caméra qui encadre, qui enveloppe, mais qui libère aussi. Ainsi, Honoré est passé du roman au cinéma (pas aussi brutalement puisqu’il fait souvent des allers-retours entre ces deux arts comme avec le théâtre et l’opéra).  Son deuxième film, sorti directement en DVD, Tout contre  Léo, illustre parfaitement cette filiation. En effet, à l’origine livre pour enfants qui aborde la question du sida à travers les yeux d’un petit garçon, le livre d’Honoré est devenu un film by Honoré himself. On y croise furtivement Alex Beaupain y interprétant une chanson, déchirante, que l’on retrouvera plus tard dans Les Chansons d’amour, la plus belle collaboration des deux artistes à ce jour.

Le César de la meilleure musique de film en 2008

On peut presque dire que le travail, et la reconnaissance, de Beaupain et Honoré, se construit en parallèle. Alors que Nous deux et Tout contre Léo ont donné ensuite la place à 17 fois Cécile Cassard, les deux hommes s’inspirent de leur histoire personnelle (largement racontée par Alex Beaupain, mais aussi par Christophe Honoré dans son autobiographie Le Livre pour enfants) pour écrire Les Chansons d’amour, sorti en 2007. Le film est parcouru par quatorze chansons-dialogues aussi touchantes que cruelles. Ce sont elles qui apportent le sel dont a besoin ce film pour se construire, s’inventer, se dérouler et devenir un retour à la vie. Chaque acteur y trouve sa partition, certaines sont d’ailleurs collégiales. Elles ne bousculent pas le récit comme dans une comédie musicale classique et ne sont pas des remplaçantes à part entière des dialogues comme chez Jacques Demy (présent partout encore une fois, jusque dans les marins qui déboulent un matin dans Paris alors que deux personnages marchent vers l’école et ne semblent pas les remarquer). Ces chansons disent la difficulté des situations dans lesquelles se mettent les personnages : « je préfère que tu sois légère  /à la guerre à Troie », résumé assez cruel du trio amoureux défectueux (mais attachant) dans lequel se sont empêtrés Ismaël et Julie avec leur copine un poil envahissante, Alice. On retiendra ainsi deux chansons d’amour assez ambivalentes du film, qui construisent encore une fois la force d’incarnation du cinéma du réalisateur. Les deux chansons sont :  Il faut se taire, interprétée par Louis Garrel (Ismaël) et Clotilde Hesme (Alice) ainsi que Ma mémoire sale, interprétée par Louis Garrel face à un Grégoire Leprince-Ringuet (Erwann) en pleurs.

Dans les deux scènes, il est question de corps qui s’enlacent et qui se (re)découvrent. Pourtant, l’une signe la mort d’un amour qui n’a pas vraiment débuté, l’autre la naissance d’une histoire qui pourrait bien, à terme, ressembler à de l’amour. Si tant est que l’amour ressemble à quelque chose, surtout chez Christophe Honoré. Il faut se taire est un paradoxe, puisque les personnages chantent pour ne rien se dire, pour arrêter de se parler, pour ne plus se faire mal, mais peut-être aussi pour se dire adieu. Un adieu voilé, certes, puisqu’il est question de s’embrasser : « se faire langue contre langue un dialogue de sourds ». Pendant ce temps, les deux personnages en deuil de la même femme, s’enlacent sur le sol, refusent presque de se déshabiller et finiront par se désunir. Il s’agit bien-là, par la musique, de retranscrire un des grands thèmes du film : l’impossibilité de communiquer.

Ma mémoire sale est une scène d’amour plus classique puisque les deux personnages ont l’intention de s’unir pour de vrai, mais dans la douleur. Ce qui semble paradoxal puisque leur amour, sur lequel ils ne sont pas tout à fait en accord, devient le symbole d’une renaissance pour le personnage d’Ismaël. Encore une fois, la caméra enveloppe les deux corps qui s’enlacent pendant qu’un personnage chante son dégoût de lui-même : « lave ma mémoire sale dans un fleuve de boue ». Il ne s’agit de rien moins que d’une renaissance pour  l’un qui va littéralement purger son corps dans le sexe avant de se reconstruire dans l’amour. Pour l’autre, privé de parole, l’enjeu est tout aussi fort : il doit être l’objet (le sauveur), il le dira d’ailleurs plus tard « être un corps je suis d’accord », mais il doit aussi naître dans sa sexualité, affirmer son homosexualité, et se faire accepter de l’autre dans son amour délicat. Mais cette chanson qui peut être vécue comme une sorte de soumission dans les paroles comme dans la mise en scène (ou le corps n’est plus qu’un passage vers une certaine mort qui permet de revenir à la vie), ne serait pas inscrite dans un objet de cinéma sans celle qui lui répondra quelques temps après : J’ai cru entendre dans laquelle Erwann accepte d’être un corps, mais un corps aimé : « mais je crains que pour tout ça, tu doives entendre je t’aime ».

Prolongations

Les deux chansons sont structurantes car elles permettent à la fois de se dire tout ce qu’il y a de cruel dans les relations humaines, mais elles permettent aussi aux personnages de s’affirmer, de s’émanciper. On retrouvera cette force-là dans Les biens-aimés (2011) où Alex Beaupain écrit de nouveau des textes pour les acteurs d’un film de Christophe Honoré. Les deux hommes y font même chanter Catherine Deneuve ! La collaboration entre les deux hommes ne s’arrête pas là, il y a encore eu en 2006, Romain Duris au téléphone, en pleine rupture, dans Dans Paris, mais aussi Chiara Mastroinanni dans Non ma fille tu n’iras pas danser et la déchirante chanson de suicide de Grégoire Leprince-Ringuet dans La Belle personne. Chaque fois, il s’agit de faire de la musique et des paroles une prolongation des corps des comédiens et plus précisément de leur esprit. Les sentiments peuvent ainsi y être exacerbés sans peur du ridicule ou du dialogue qui tombe à plat, les corps peuvent s’y exprimer clairement. Honoré a ainsi inventé un nouveau langage, sensuel et bravache, qui donne à ressentir ces histoires d’amour qui finissent mal, mais qui continuent malgré tout car : « je peux vivre sans toi oui, mais, ce qui me tue mon amour c’est, que je ne peux vivre sans t’aimer ». 

Dernièrement, les deux hommes se sont retrouvés au cinéma pour Les Malheurs de Sophie (2016), où c’est l’enfance, cette fois, qui est assaillie par la cruauté. Christophe Honoré a ensuite fait un grand film sans Alex Beaupain : Plaire, aimer et courir vite. Quant à Alex Beaupain, il fait toujours chanter les acteurs souvent sur scène, que ce soit au théâtre ou lors de ses concerts et il a également écrit la musique d’autres films comme Juillet Août ( avec Frédéric Lo) de Diastème ou encore Jonas plus récemment. En attendant, sûrement, sa prochaine collaboration avec Christophe Honoré.

Basquiat, un adolescent à New York débarque en DVD

Le documentaire Basquiat, un adolescent à New York sort ce 20 mars 2019 en DVD. L’occasion de découvrir un peu plus la vie de ce célèbre peintre new-yorkais grâce aux nombreuses images d’archives et interviews de personnes l’ayant fréquenté.

Sara Driver, partenaire de Jim Jarmusch dans la vie comme au cinéma, n’en est pas à son premier coup d’essai cinématographique. En effet, elle a toujours joué un grand rôle dans la production et l’inspiration des œuvres de Jarmusch, mais a également réalisé plusieurs longs-métrages. Elle s’intéresse ici à l’adolescence de l’artiste Jean-Michel Basquiat, à travers ses déambulations dans la ville de New-York. Grâce à des interviews de personnalités l’ayant connu, elle dresse un portrait de lui édifiant.

Le documentaire en lui-même est très instructif et grâce à des images d’archives et un montage efficace permet de se plonger dans la vie bohème et jazzy de la communauté artistique new yorkaise des années 1978 à 1981. Comme il prend le parti de se focaliser sur les jeunes années de Basquiat, et non sur sa période de grande reconnaissance, on découvre des aspects peu connus du début de carrière du peintre. Il aide à comprendre également ce qui a permis de le rendre célèbre.

Le DVD en lui-même contient des bonus intéressants, comme des scènes coupées intégrant des œuvres que l’artiste a laissées dans l’appartement de son amie Alexis, ou des extraits d’une interview de Glenn O’Brien, journaliste d’art, mais sont malheureusement trop peu fournis vu le nombre de personnes interrogées. Avec toutes ces images d’archives et ces œuvres réalisées par Jean-Michel Basquiat, on se serait attendu à y trouver plus de matière. Dommage.

Basquiat, un adolescent à New York : Bande Annonce

https://www.youtube.com/watch?v=bEpcxvMUWY0

Caractéristiques du DVD:

Titre original: Boom For Real: The Late Teenage Years of Jean-Michel Basquiat
Réalisateur: Sara Driver
Editeur: Le Pacte
Format: DVD zone 2
Public légal: Tous publics
Langue 1: Anglais
Langue 2: Français
Sous-titres: Français
Qualité: Pal
Durée: 78 minutes
Couleur
Stéréo
Sortie: 20 mars 2019
Prix standard: 15€

La musique chez Xavier Dolan, l’un de ses plus beaux personnages

Artiste à part entière, Xavier Dolan soigne chaque détail de ses films. Des couleurs à la composition très précise et parlante, rien n’est laissé au hasard et tout retient l’œil. Amoureux des mots, il se plaît à glisser des citations dans chacun de ses films mais fou de musique, il prend également le temps de choisir minutieusement chaque rythme qu’il va ajouter à ses scènes afin d’en faire un véritable personnage, celui qui parle à la place de ceux qu’il dirige. Nombreuses de ces scènes sont déjà imprimées dans les mémoires alors que le réalisateur n’a que 29 ans et déjà fait 8 films. Retour sur ses choix les plus marquants et pertinents.

Que serait le cinéma sans la musique ? Que serait l’image sans le son ? Une photographie aussi belle soit-elle ne mettra jamais autant en éveil nos sens qu’un film peut toucher chacun d’entre eux. Visuellement, musicalement, tout se rejoint pour livrer des ressentis purs et remplir tout un être de diverses sensations. Les mots, les sons, et les images, c’est le regroupement de ces trois choses et l’équilibre parfait entre elles qui forment des chefs-d’œuvre. Xavier Dolan l’a compris dès son premier film. Qu’elle émane d’un poste de radio dans Juste la fin du monde, qu’elle soit chantée par ses acteurs, doublée par l’originale ou purement extradiégétique, la musique a toute une histoire dans les films du réalisateur. S’il a limité son utilisation à la pure exploitation les premières années en utilisant des titres déjà connus, il travaille en collaboration avec Gabriel Yared depuis Tom à la ferme (2013) et propose de nouvelles choses d’un point de vue dramatique, qui apportent une touche plus homogène à ses films, sans pour autant perdre de sa singularité.

Deuxième visage de ses acteurs, voix de l’émotion
Si les images de Dolan ont fait battre le cœur des plus passionnés de son cinéma, la musique a aussi souvent joué un rôle majeur dans l’amour que l’on peut porter aux œuvres du cinéaste. Les chansons accompagnent ses acteurs au point de parfois même les remplacer en exprimant ce que jamais aucun regard ou mot ne pourra faire. À travers les ralentis sublimes qu’il utilise à plusieurs reprises dans Les Amours imaginaires, Dolan suspend l’instant, et le rend d’autant plus sacré qu’il choisit de faire chanter Dalida sur ces plans à vitesse réduite. Une version de Bang Bang célèbre et céleste qui offre une puissance visuelle au trio d’acteurs dont il fait partie. La scène aurait presque un air de western avec ce duel entre Dolan et Monia Chokri. Céleste, c’est le mot qui se dégage des scènes les plus marquantes musicalement dans son cinéma, que l’émotion soit joyeuse, festive ou profondément mélancolique, l’insertion du morceau parvient toujours à provoquer une envolée particulière dans le cœur du spectateur. Même lorsque le rythme bpm est élevé, l’émotion est au rendez-vous. La première apparition de Laurence en tant que femme au lycée dans Laurence Anyways est illustrée par le DJ Headman et la force du personnage correspond tout à fait à l’émotion déchargée par la chanson. Précédée d’un silence magistral dans la salle de classe, l’intensité provoquée par Moisture est d’autant plus folle et percutante.

« C’est une révolte ? Non Sire, c’est une révolution »

Comment cette phrase aurait-elle pu ne pas laisser présager une scène d’une grande puissance émotionnelle et scénaristique, car elle est bel et bien le point de départ d’un tournant du film et de la vie de son personnage central ?

Mais que serait Xavier Dolan sans son Québec natal et ses références intimement liées ? Comment ne pas penser aux mères lorsque l’on pense à lui ? Il est inévitable de parler de l’un de ses plus grands chefs d’œuvre dont le titre se rapproche de sa source d’inspiration fétiche, Mommy. Un CD qui fait chanter Céline Dion et Antoine Olivier Pilon le temps d’un moment suspendu, encore, où une mère et son fils se rapprochent et semblent faire une trêve. À la manière d’un Kechiche, Dolan a toujours le don d’insérer des scènes de danse au bon moment, comme pour offrir une pause à ses personnages, qui laissent leur corps s’exprimer durant quelques minutes avant de retomber dans le sujet douloureux, ou sérieux. Nombreux sont ceux qui auront écouté Céline Dion des semaines durant après avoir vu ce film tant la chanson marque les esprits et la scène, le cœur. Il serait même conseillé pour lire cet article d’écouter toutes les chansons divinement utilisées bien par Dolan, parce qu’il change à jamais l’écho qu’elles peuvent avoir en nous. Mommy a aussi vu l’utilisation de deux chansons à hauts risques. Connues, chantées par cœur et reconnues, Dolan remet au goût du jour Wonderwall d’Oasis, que l’on avait marre d’entendre partout comme le classique reconnu des années 90, à juste titre, en proposant une scène d’une grande liberté, elle aussi, gravée dans les mémoires. Mais le plus surprenant dans ce film, c’est l’utilisation de Born to die à la fin du film. Si l’on savait que Xavier Dolan pouvait avoir n’importe quelle chanson dans son film, on ne s’attendait pas vraiment à entendre Lana Del Rey et pourtant, la symbiose des deux fonctionnent à merveille, non pas qu’on en doutait mais cette surprise fut plutôt bonne, à l’image de la reprise de Stand by me par Florence and the machine, utilisée dernièrement dans Ma vie avec John F.Donovan, véritable pépite musicale. Le réalisateur peut convaincre les plus belles voix du paysage pop musical actuel de faire partie de son aventure cinématographique.

https://www.youtube.com/watch?v=3bAAZiDgPxA

Couleurs musicales, synesthésie d’un cinéaste peu banal

Si l’on connait le goût et le soin particulier de Dolan pour les couleurs, grande richesse de la composition de ses images, les choix musicaux dont il fait preuve sont un énième atout pour colorer ses plans. Dès son premier film, alors qu’il n’a que 19 ans, il propose une scène géniale dans J’ai tué ma mère. Avec Noir Désir de Vive la fête, le réalisateur montre les premiers émois de son personnage en peinture, en musique et en accéléré, contrairement aux ralentis qu’il chérira dans ses prochains films. Dolan expérimente, s’amuse des couleurs, propose un certain esthétisme qui deviendra bientôt sa marque de fabrique, avec ce cadrage particulier où les acteurs en plans rapprochés poitrine sont au bas de l’écran tandis que tout le reste de la scène parle autant d’eux que pour eux. Effet qu’il reproduira immédiatement dans Laurence Anyways avec l’une des plus belles scènes du cinéma, rien que ça oui. Passionnée et fusionnelle, la relation entre Fred et Laurence est profondément bouleversante. Moderat pose des notes sur leurs retrouvailles colorées où les deux époux sortent et une pluie de vêtements leur tombe dessus. Et la musique dans tout ça ? Que ce soit pour l’une comme pour l’autre, elle accompagne ces traits de couleur vifs qui ramènent à un point essentiel du cinéma de Dolan : être vivant, fier et ressentir. C’est ce que son cinéma apporte et ce que ces morceaux transportent et ajoutent aux scènes déjà sublimes. À la manière de Steve fuyant l’hospice sur Born to Die à la fin de Mommy, chaque scène musicale et colorée est une respiration, un frisson d’émotion où se chevauchent liberté et sensation. Des hymnes à la vie.

Lorsque l’on pense à l’électro, on voit tout de suite des couleurs, des lignes qui se confondent, fusionnent, des formes qui se déforment et des corps qui bougent. Xavier Dolan est familier de ces ambiances-là. Que ce soit dans Les Amours imaginaires où The Knife fait déborder la sensualité et l’obsession pour l’objet du désir de Francis et Marie, ou bien dans Laurence Anyways quand The Cure fait danser et chavirer Fred et Laurence en osmose, les boîtes de nuit ont toute leur place dans la filmographie de Xavier Dolan. Dès son premier film, il introduit un ralenti sur Tell me what to swallow où la sensualité prend toute sa place, parce que les choix musicaux du réalisateur appuient toujours l’intime qu’il veut capter et faire transpirer de sa pellicule.

Parler de la musique chez Xavier Dolan sans aborder son avant-dernier film où il conjugue tube de l’été et casting français 5 étoiles aurait été un oubli important. Si faire passer du Céline Dion était plus ou moins attendu de la part du cinéaste, retrouver O-Zone dans un de ses films était pour le moins inattendu. Et c’est encore une fois une scène pleine de vie où la musique absorbe les tensions et les rancœurs, comme dans Mommy, que l’on retrouve ici aux détours d’une danse de Léa Seydoux et Nathalie Baye.

Costumier, monteur, scénariste, réalisateur, acteur, Xavier Dolan sait tout faire, ou presque, il n’a pas encore composé ses propres chansons pour ses films mais montre une capacité admirable à toujours viser juste dans ses décisions musicales. Du classique aux années 80 en passant par la variété ou l’électro, chaque style a su trouver une raison d’être dans la filmographie du réalisateur québécois.

Time and Tide : le Big-Bang de Tsui Hark en HD chez Carlotta

Carlotta vient de frapper un grand coup. Pourtant rompu aux titres prestigieux et aux auteurs reconnus, l’éditeur ajoute une pierre de taille à son édifice avec le Time And Tide de Tsui Hark, qui n’avait alors jamais eu l’attention d’une édition DVD/Blu-Ray digne de ce nom. Et pour cause : malgré son importance dans la filmographie de son auteur, Time and Tide éprouve quelques difficultés à sortir du culte de niche dans lequel il est cantonné depuis sa sortie.

Contenu

Une réalité dont Carlotta semble avoir pris conscience lors de la conception du coffret. En effet, les intervenants réunis par l’éditeur courtisent chacun trois chapelles cinéphiles distinctes. Comme pour s’assurer de ne rien laisser au hasard et entériner une bonne fois pour toutes l’importance qui n’est pas encore tout à fait reconnue au film.

Ainsi, on laissera la parole aux autres pour revenir sur le film, dont nous vous avions déjà chroniqué le génie avant-gardiste il y a quelques mois. Star de la web-cinéphile bien connue des amateurs de Chroma et Crossed, Karim Debbache (dans une intervention franchement succincte en comparaison de celle de ses confrères) aborde l’art très singulier de la mise en scène chez Tsui Hark. Ancien rédacteur en chef des Cahiers du cinéma (entre autres), Charles Tesson revient sur la place occupée par le réalisateur en général et Time and Tide en particulier dans l’histoire du cinéma hongkongais. Collaborateurs du cinéaste et grand prosélytes du cinéma asiatique dans les années 90, Laurent Courtiaud et Julien Carbon sont également les réalisateurs du très sympathique Les Nuits rouges du bourreau de Jade. Le duo revient volontiers sur la méthodologie de travail du réalisateur, et son impact direct sur sa création.

Un plateau riche pour une œuvre dense, et surtout une segmentation judicieuse qui permet aux uns et aux autres de parler du même homme mais pas de la même chose. Et surtout les harmonise vers un propos commun.

Car l’intelligence du travail éditorial effectué ici se mesure autant à la qualité individuelle des interventions qu’à l’effet produit par leur agencement. Les analyses des intervenants rebondissent les unes sur les autres pour générer ensemble et en creux un portrait collectif et passionnant de Tsui Hark. Un cinéaste inféodé à l’idée de carrière, hyperactif compulsif et visionnaire branché sur le présent immédiat. Un artiste qui a fait de sa filmographie un laboratoire de recherche et développement en temps réel. Il y a des films plus mineurs que d’autres chez le réalisateur mais pas moins importants : les expériences inabouties de l’un constituant le terreau de la réussite du suivant. Tsui Hark fait partie de ces cinéastes qui unissent tous les compartiments de leur art au diapason de leur iconoclasme. Le confort d’une marque de fabrique vaut peu de choses face à la liberté de faire table-rase (y compris eux même), y compris de lui-même.

Le monde est un cycle permanent de recommencements dont il faut saisir la vibration chaotique pour faire acte de création. Une profession de foi qui a rarement trouvé plus belle itération que dans Time and Tide. A noter, cerise sur le gâteau, un commentaire audio de Sifu Hark himself, qui entre deux anecdotes sur le tournage, décortique certains de ses choix de mise en scène (notamment l’usage de l’arrêt sur images).

Film

Time and Tide fait partie de ces films dont les principes de mise en scène font de sa remasterisation une tâche potentiellement ingrate. Car tant pour des considérations purement picturales que pour ses parti- pris  expérimentaux, Time and Tide n’est pas une oeuvre qui invite à la contemplation. En effet, la particularité du film réside notamment dans la propension de Tsui Hark à « amputer » la vision du spectateur pour générer sa participation. Cadrages qui dévient du point d’attention, montage qui « enlève » des plans pour malmener une représentation continue, scènes d’action qui fractionnent la perception… Tsui Hark s’empare du regard du spectateur pour mieux mobiliser son cortex cérébral afin de reconstituer ce qui n’est pas montré.

Remasteriser une telle œuvre, c’est donc fatalement s’exposer à ce que son travail passe sous le radar du spectateur. A moins d’attenter à l’intégrité du film en essayant de se faire remarquer au détriment de ses parti-pris.

Or, c’est tout à l’honneur de l’éditeur de rester au service du film jusqu’au bout. Pas d’étalonnage trifouillé pour accentuer artificiellement les couleurs ou de netteté de l’image gonflée au réducteur de bruit ici. Le piqué (superbe) reste en permanence dans les tons voulus par le réalisateur, l’ambiance visuelle bénéficiant ainsi subtilement mais réellement du boulot effectué (sauf peut-être pour « éclairer » les explosions numériques made in HK en 2000). Un vrai beau travail extrêmement complet qui fait déjà les gros yeux à votre portefeuille. Pas la peine de tenter le duel de regard.

Retrouvez la plume de Guillaume sur son blog Critique sa mère!

Caractéristiques du Blu Ray :

Film restauré HD
Collection édition prestige limitée n°8
Édition prestige limitée à 3000 exemplaires
Contient :
– le combo Blu-ray + DVD du film
– le fac-similé du dossier de presse d’époque
– un livret exclusif (28 pages) :
. Fac-similé du dossier dédié à Tsui Hark dans Le Cinéphage n°13
. « La Renaissance par le chaos », essai inédit par Arnaud Lanuque
– l’affiche du film (40 x 60)
– 16 reproductions de lobby cards

Contenu additionnel :

Commentaire audio de Tsui Hark (VOST)
« Time And Tide » par Karim Debbache, créateur de la web-série « Chroma » (10′)
« Action vérité » : entretien avec Charles Tesson (historien du cinéma) (20′)
« Le Tout-Puissant » : entretien avec Julien Carbon et Laurent Courtiaud (réalisateurs et scénaristes) (24′)
Bande-annonce

time-and-tide-tsui-hark-blu-ray

 

 

Med Hondo : disparition d’une voix mais surtout d’un artiste

Eddie Murphy, Morgan Freeman, Ernie Hudson, Rafiki… Il a été et restera à jamais leur voix. Mais en plus d’avoir été un doubleur de prestige, il a également été un comédien, scénariste, réalisateur et producteur engagé, prêt à critiquer le racisme et colonialisme français. Med Hondo nous a malheureusement quittés le 2 mars 2019, à l’âge de 82 ans…

Que ce soit dans le milieu du cinéma, des séries TV et (surtout) des animés japonais, le doublage français est devenu un sujet des plus tabous auprès des spectateurs. Si certains continuent de visionner dans la langue de Molière, beaucoup d’autres préfèrent se rabattre sur la version originale pour apprécier pleinement le jeu des acteurs/actrices. Pour éviter que les répliques soient « modifiées » pour qu’elle nous soit compréhensible, au risque d’en dénaturer le sens (ce qui arrive bien souvent, notamment avec les jeux de mots). Pour essayer de fermer les yeux sur certaines inepties de casting vocal, comme Frédéric van den Driessche qui double à la fois Liam Neeson, Javier Bardem et… Vin Diesel. Et franchement, nous ne pouvons les blâmer de faire un tel choix. En effet, quitte à choisir, autant regarder le dragon de La Désolation de Smaug avec l’intonation de Benedict Cumberbatch au lieu du manque de présence de Jérémie Covillaut. Ou entendre le vrai rire démentiel du Joker version Heath Ledger dans The Dark Knight plutôt que le rire forcé de Stéphane Ronchewski. Avec ces exemples, difficile de les contredire les rétracteurs au doublage. Et pourtant, nous ne pouvons leur rappeler que l’enfance de chacun a été bercée par les voix de quelques-uns. Au point de nous faire penser qu’il est impossible de ne pas regarder certains films et séries en Français (la trilogie Retour vers le Futur, Les Simpson, South Park…). Et que la plupart d’entre elles sont devenues indissociables des acteurs doublés : Richard Darbois/Harrison Ford, Patrick Poivey/Bruce Willis, Céline Monsarrat/Julia Roberts, Maïk Darah/Whoopi Goldberg… Les exemples restent nombreux ! Et si nous commençons l’article de cette manière, c’est pour redonner un peu d’estime au métier qu’est le doublage, désormais entaché par l’opinion publique et le fait que l’on privilégie des célébrités populaires sans expérience dans le milieu (Jamel Debbouze, Cyril Hanouna, Louane Emera…) pour attirer du monde en salles. Pour vous rappeler que, comme la plupart des comédiens, certains resteront éternels. Comme Abib Mohamed Medoun Hondo, plus connu sous le nom de Med Hondo, immense doubleur qui nous a hélas quittés le 2 mars 2019 à l’âge de 82 ans…

med-hondo-disparition-voix-films-interviewNé en Mauritanie en 1934, Hondo arrivera en France 1959 avec à son CV des postes tels que docker et cuisinier. Ses armes, tout comme ses congénères du doublage, il les fera par la voie du théâtre via des cours d’art dramatique lui permettant de jouer dans des registres d’auteurs (Shakespeare, Tchekov…) avant d’être engagé sur divers pièces. Le cinéma et la télévision feront également appel à lui par la suite, mais dans des rôles secondaires ou bien de figuration. Sa notoriété, il la fera surtout dans le milieu vocal en imposant sa voix légendaire dès 1968, en participant au doublage de bien des films, dessins animés et séries TV jusqu’en 2016. Une bien longue carrière qui lui aura donné l’occasion de prêter sa voix à des personnages cultes de notre enfance : Rafiki dans Le Roi Lion et ses suites, l’Âne dans la saga Shrek, Boule dans Le Monde de Nemo et sa séquelle Le Monde de Dory… À des acteurs de renommée : Morgan Freeman (Se7en, Million Dollar Baby, Gone Baby Gone…), Carl Weathers (Rocky 1 à 3, Predator…), Ernie Hudson (la saga S.O.S. Fantômes, The Crow…), Laurence Fishburne (Cotton Club, Boyz N the Hood…)… Et de porter l’étiquette de « comédien de doublage attitré des acteurs Noirs », Med Hondo cassera plus d’une fois ce préjugé en donnant de la voix à des personnalités Blanches ou d’autres origines : Berry Gordy (Le Dernier Dragon), Lance Henriksen (Aliens, le Retour), Ben Kingsley (Gandhi, Suspect Zero)…Là aussi, les exemples sont nombreux. Mais malgré cette piqûre de rappel, rien ne saurait égaler sa prestation pour franciser Eddie Murphy, l’acteur qu’il aura décidément dans la peau en doublant l’intégralité de ses films de 1982 (48 Heures) à 2011 (Le Casse de Central Park). La star hollywoodienne aura bien eu d’autres voix à son actif (Lionel Henry, Serge Faliu, Jean-Michel Vovk…), Hondo restera à tout jamais comme celui qui aura su rendre Murphy tout aussi drôle, charismatique et inoubliable que dans ses meilleures années (la saga Le Flic de Beverly Hills).

Mais même si la majorité des comédiens de doublage ne sont pas connus que pour leur voix et leur carrière « minimaliste » à l’écran pour le grand public, il serait des plus insultants d’arrêter le parcours de Med Hondo à cela. En effet, l’homme ne s’est évidemment pas contenté de sa notoriété vocale pour se faire un nom. Et ne l’a tout simplement pas attendue pour se faire une place dans le milieu. Outre le fait de jouer les comédiens de théâtre, il a également officié dans ce domaine en tant que metteur en scène. Ce qui lui a permis de prendre de l’importance au point de créer en 1966 sa propre troupe, Griotshango. Au cinéma, il participe à la création du Comité Africain des Cinéastes, devient membre de l’ARP (société civile de réalisateurs, scénaristes et producteurs fondée en 1987 par Claude Berri) et se lance dans la réalisation et la production de ses propres longs-métrages, qu’il scénarisera lui-même au préalable : Les Bicots-nègres, vos voisins (1973), Nous aurons toute la mort pour dormir (1977), West Indies ou les nègres marrons de la liberté 1979), Sarraounia (1986, avec le Prix du Fespaco en poche), Lumière noire (1994), Watani, un monde sans mal (2002)… Des œuvres dans l’ensemble cinglantes, ayant pour thématiques le racisme, l’esclavage et le colonialisme français. Et qui auront marqué les cinéphiles, comme en témoigne sa première réalisation, Soleil Ô, présenté à Cannes en 1970 et qui sera repris par la Croisette en 2017 lors d’une sélection de classiques.

med-hondo-disparition-soleil-o-film-cannes1970Vous l’aurez bien compris, Med Hondo n’était pas qu’une simple voix mémorable. Il était également un artiste engagé. Un homme à la carrière exemplaire. Quel dommage que cette dernière soit méconnue du grand public et qu’elle se dévoile au grand jour lors de son décès et des multiples hommages qui lui sont rendus… Le doublage français a beau ne pas être de taille depuis les années 2000 (époque où il est fait à la va-vite pour contrer le piratage et les sorties précipitées en salles), les doubleurs restent avant toute chose des comédiens. Des hommes et des femmes qui ne se reposent pas sur leurs lauriers et leur voix. Mais qui participent pleinement à l’art et la culture sous bien des aspects (le théâtre, l’écriture, la musique…), et ce dans une indifférence quasi-totale. Saviez-vous qu’Adrien Antoine (Henry Cavill, Chris Hemsworth…) et Christophe Lemoine (Jack Black, Cartman…) formaient un duo musical qui se produit dans un bar de Montmartre ? Que Donald Reignoux (Jesse Eisenberg, Jonah Hill, Titeuf…) et Alexis Tomassian (Justin Timberlake, Fry de Futurama) étaient des cascadeurs à moto ? Que la plupart d’entre eux (Jean-Philippe Puymartin, Dorothée Pousséo, Julien Kramer, Patrick Floersheim, Barbara Tissier…) sont ou ont été directeurs artistiques, à savoir aux commandes du doublage d’un film ? Plus que rendre hommage au grand doubleur qu’était Med Hondo, cet article rend également hommage à ce métier jugé si simple et vu d’un œil indifférent par la majorité des gens. Un grand merci, M. Hondo, de nous rappeler qu’en plus d’avoir bercé notre enfance, vous avez apporté quelque chose à l’art…

Un Amour impossible de Catherine Corsini arrive ce 20 Mars 2019 en DVD & Blu-Ray

A peine quelques mois après sa sortie en salles, le dernier film de Catherine Corsini, Un Amour impossible, sort en DVD & Blu-Ray. L’occasion de revenir sur un film qui s’est plutôt bien tenu et qu’on a pas mal aimé.

Synopsis : À la fin des années 50 à Châteauroux, Rachel, modeste employée de bureau, rencontre Philippe, brillant jeune homme issu d’une famille bourgeoise. De cette liaison passionnelle mais brève naîtra une petite fille, Chantal. Philippe refuse de se marier en dehors de sa classe sociale.

Catherine Corsini est une cinéaste qui de tout temps a toujours été intéressée par de beaux portraits féminins. C’était par exemple déjà le cas dans son précédent film, La belle Saison, qui flirte avec l’autofiction. Dans l’entretien inclus au DVD, elle avoue également une proximité assez forte entre sa propre histoire et celle de Rachel (Virginie Efira) : famille monoparentale, enfance dans les années cinquante, modestie du niveau de vie familial, etc.

Bien qu’on ne soit pas toujours fortement convaincu par son cinéma, Un Amour impossible, dont on peut lire notre critique lors de sa sortie en salle ici, est un film particulièrement sensible et qui mérite qu’on s’y attache. Portée par une Virginie Efira au mieux de son art, l’histoire est une adaptation d’un roman de Christine Angot. Si on connaît un tant soit peu l’œuvre de l’écrivaine, on imagine à quel point une telle adaptation est compliquée, tant la plume est sèche, tant le propos est souvent dur et sans concession. Mais Catherine Corsini a réussi à apporter une couleur du temps à une histoire somme toute assez étouffante, ce temps des années cinquante en particulier, filmé sans chichi et de manière naturaliste par Jeanne Lapoirie.

Le DVD est d’une sobriété extrême, on retrouve en plus du film une interview de la réalisatrice d’une trentaine de minutes. L’entretien est des plus classiques, découpé en chapitres conventionnels (le choix des acteurs, la genèse du scénario, le choix de la musique et de la direction photo). Catherine Corsini répond de manière détaillée, mais finalement, on apprend assez peu de choses qu’on n’avait pas déjà imaginées.

Bande-annonce – Un Amour impossible

Caractéristiques du DVD :

Format : Couleur, PAL
Audio : Français (Dolby Digital 2.0), Français (Dolby Digital 5.1) Audio description : Français
Sous-titres : Sous-titres pour sourds et malentendants en  Français
Région : Région 2
Rapport de forme : 2.35:1
Nombre de disques : 1
Studio : Le Pacte
Date de sortie du DVD : 20 mars 2019
Durée : 135 minutes

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Le garçon qui dompta le vent, de Chiwetel Ejiofor : un héros qui ne voulait pas en savoir trop

Un jeune malawite dépasse Mac Gyver : il fabrique une éolienne dans son petit village qui permet de pomper de l’eau en profondeur et sauver toute la population de la famine. Coup de chance, c’est inspiré d’une histoire vraie. En route pour un autre film à oscars, Netflix !

Synopsis : Contre toute attente, un jeune Malawite de 13 ans invente un système ingénieux pour sauver sa famille et son village de la famine. Inspiré de l’histoire vraie de William Kamkwamba et adapté de son roman best-seller.

Voilà un film qui sait bien commencer. Un très joli titre, une belle musique, un décor très joliment éclairé, des champs de poussière où des paysans accablés par le soleil récoltent du tabac. Entre les grands plants, un vieil homme tombe, raide mort. Les premières images mettent ensuite en scène par intermittence des danseurs énigmatiques, habillés comme dans un film surréaliste. On entend une mélopée fantomatique qui nous porte comme une feuille sèche soufflée par le vent, loin des racines et du fameux « inspiré d’une histoire vraie »

Enfin, non. Arrêtez-tout, sortez du film, trêve de poésie ! Il y en a marre ! Quoi, de la famine en Afrique ? De la vente du tabac qui provoque des cancers ? De l’orthographe de Malawi ? Non, ça, pas encore… Là, je tiens déjà à m’indigner de ce pistolet braqué sur ma tempe, chargé entre deux guillemets. « Inspiré d’une histoire vraie ». Pan.

Nous avons tous croisé ces films, ces téléfilms, ces œuvres qui apportent très rapidement cet argument massue qui empêche ou suspend toute critique, ou du moins certaines formes. L’histoire vraie, si je singeais un célèbre humoriste, c’est une galère quand on veut critiquer quelque chose. Avec n’importe quelle histoire, vous pouvez directement lancer des taquets, faire des vannes, ça passera toujours, même si vous perdez quelques potes en chemin (en général, pas les meilleurs). L’histoire vraie, il faut l’attaquer par la face nord, en conditions hivernales, avec du bon matos. Derrière ces jolis plans bien éclairés par une équipe technique au top, derrière cette atmosphère séduisante, se cachent donc des vraies personnes. L’histoire vraie, cette célèbre sentence, censée étreindre tout mauvais sentiment, tue les personnages avant l’heure. En réclamant de la vie, la vraie, on sème déjà la mort. Certes, ce sont des créatures de papier, mais je suis prêt désormais à financer une action pour empêcher toute mention de la sorte au début d’un film. Laissez vos personnages devenir des personnes. C’est le seul sens dans lequel ce lien mérite de fonctionner.

Passée cette caution réaliste, le souffle retombe et l’esthétique du film le rapproche bon an mal an des documentaires du National Geographic. C’est beau, très propre, bien trop pour du cinéma. La plupart des plans et le découpage dans son ensemble respirent le démonstratif. Les champs, le petit village africain typique, les boubous et le reste : on voit ainsi plus une reconstitution très carrée, qui limite l’immersion, qu’une réelle volonté d’utiliser la grammaire cinématographique pour nous interpeller. Et cela en devient presque étrange de reprocher à un film d’être trop clair, car c’est là toute la fine frontière avec ce style documentaire qui insuffle progressivement. Très peu de scènes sont vierges de dialogues. De personnages. Chaque seconde paraît capitalisée pour construire une sincère et intéressante reconstitution du drame terrassant cette communauté.

Chiwetel Ejiofor réalise ici son premier film. On a vu cet acteur shakespearien dans  Les fils de l’Homme (A. Cuaron, 2006) , Dirty pretty things (S. Frears, 2003) et plus récemment 12 years a slave  (S. Mc.Queen, 2014), ce dernier résonnant comme l’antinomie de son propre projet. Avant, je me le demandais, maintenant je le sais : il reste encore quelques acteurs qui ne regardent pas les films où ils jouent. Blague à part, le garçon qui dompta le vent est ce type de métrage qu’on pourrait certainement utiliser en classe pour un cours de 5ème sur le développement et les énergies renouvelables, bizarrement peu sur la mondialisation (ce cours-là, c’est en 4ème). Un des autres aspects quelque peu étriqué du script concentre les misères de cette communauté dans un territoire très resserré. Ainsi les logiques internationales qui régentent la désertification de ces terres africaines sont, elles, de surcroît totalement absentes. Pas de multinationales, pas de Netflix de l’agriculture, pas de Monsanto : derrière ces marchés de dupes qui poussent les paysans malawites à lâcher des terres ancestrales, très peu de diplomatie, mais beaucoup de toile de fond. C’est hélas là où resteront les marques culturelles de ce peuple martyrisé : quelques costumes traditionnels pour décorer en arrière-plan.

Le fait est que le film, malgré sa désarmante sincérité, est encore très marqué par un discours très occidental sur le continent africain. Ici, les méchants, s’il en faut, ce sont les chefs d’État corrompus, qui font tabasser n’importe quel contradicteur, les directeurs d’école, qui n’acceptent pas les enfants pauvres ou les pères de famille qui finissent tous par les faire travailler dans les champs. Autant d’accroches du sujet devenues de solides clichés dans ce type de script dramaturgique, mais également des pistes de réflexion manquant les vrais responsables de tous ces maux représentés devant nous. Il n’est pas le seul et hélas pas le dernier, d’autres comme Le dernier roi d’Écosse (K. Macdonald, 2007) s’étaient plantés la-dessus de la même façon.

Derrière ces rappels, un autre fait est à envisager, avec candeur: le cinéaste et scénariste les a peut-être volontairement occultés. Pour mettre en scène le martyr d’un village et lui seul, et le trajet d’un enfant exceptionnel et lui seul. Parce qu’il est allé à l’école, parce qu’il a fabriqué une éolienne avec un vélo et des déchets qui sont versés dans sa cour. Autrement dit une ode à la débrouillardise et à la volonté tout à fait pertinente aujourd’hui, si on oublie temporairement que cette éolienne, véritable totem du film, est érigée par les mêmes déchets livrés en fin de course par les circuits internationaux pour qui la découpe d’arbres est plus rentable que la désertification. Des circuits internationaux, il y en a même d’autres : William Kamkwamba, puisque c’est lui le vrai dompteur de vent, termine ses études aux États-Unis. Il a continué à fabriquer des éoliennes, mais d’autres comme lui pourront le faire encore longtemps, et auront certainement beaucoup de bonne volonté pour réaliser des films qui racontent leurs histoires.

C’est beau, mais c’est désarmant : comme on dit, ne donnez pas un poisson à un affamé, apprenez-lui à pêcher. En langage cinéma, la variante pourrait ressembler à quelque chose comme : ne faites pas un film pour chaque miracle, apprenez-nous aussi ce qui l’a rendu nécessaire.

Le garçon qui dompta le vent : Bande-Annonce

Le garçon qui dompta le vent – Fiche technique

Titre original : The Boy Who Harnessed the Wind
Réalisation : Chiwetel Ejiofor
Interprétation : Lily Banda, Noma Dumezweni, Chiwetel Ejiofor, Joseph Marcell, Aïssa Maïga
Scénario : Chiwetel Ejiofor d’après le roman de William Kamkwamba
Costumes : Bia Salgado
Photographie : Dick Pope
Montage : Valerio Bonelli
Musique : Antonio Pinto
Pays d’origine : Royaume-Uni
Genre : drame
Durée : 113 minutes
Date de sortie : 1er mars 2019 (Netflix)

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La musique chez Brian De Palma : un opéra en quatre actes

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À l’occasion de notre voyage au sein du travail de grands cinéastes sous le prisme de la musique, faisons un arrêt du côté de Brian De Palma. Un cinéaste qui a toujours eu une approche unique de la musique, ayant collaboré avec plusieurs grands noms aux genres très différents mais qui se rejoignent tous par un lyrisme certain. Laissez vous guider par une épopée en quatre actes en compagnie de Donaggio, Moroder ou encore Herrmann.

Très souvent les cinéastes et les compositeurs vont de pair, certains devenant même indissociables. Que serait Sergio Leone sans les partitions de son confrère Ennio Morricone ou David Lynch sans Angelo Badalamenti ? Brian De Palma, au contraire, ne fait pas partie de ces cas-là, et même si son travail avec Pino Donaggio reste le plus mémorable, le réalisateur américain a, au fil des décennies, confié la bande-son de ses films à d’illustres figures de la musique allant de Bernard Herrmann à Ryuichi Sakamoto, en passant même par l’immense John Williams ou l’acolyte de Tim Burton, Danny Elfman. Dans cet article, nous allons revenir sur ces diverses collaborations qui ont marqué à chaque fois un tournant dans la filmographie de Brian De Palma. Une occasion de voguer au travers des périodes, au son des mélodies de grands hommes qui nous auront bouleversés ou fait frissonner.

Ouverture – Baroque’n’roll

Évidemment, la première chose à laquelle on pense quand on associe le mot musique à Brian De Palma, c’est son oeuvre culte Phantom of The Paradise. Véritable opéra rock, Phantom of the Paradise conte la tragédie de Winslow Leach, compositeur de talent qui se fait dérober sa partition par un cruel producteur du nom de Swan. Inspiré par la mésaventure qu’a vécu De Palma avec le studio Warner sur son film Get to know your Rabbit, Phantom of the Paradise revisite également le mythe de Faust, tout en mettant l’accent sur la fibre créative et l’appartenance d’une oeuvre à son auteur. Au travers du personnage de Swan, De Palma y explore une figure maléfique, manipulant l’artiste pour s’approprier ses créations. Ironiquement, il offre le rôle de Swan à Paul Williams qui n’est autre que le compositeur de la géniale bande-originale du film. À l’image d’un Rocky Horror Picture Show, Phantom of the Paradise est une comédie musicale baroque et rock’n’roll, ponctuée de titres qui vont devenir absolument culte, comme le chef d’oeuvre The Hell of it interprété par Paul Williams. Véritable melting-pot musical aux influences diverses et variées allant de l’opéra au heavy-metal en passant par le jazz, Phantom of the Paradise reste une oeuvre unique dans la filmographie de Brian De Palma, mais qui témoigne d’un attachement certain du cinéaste à la musique et notamment à l’opéra dans toute sa démesure.

Acte I – La filiation hitchcockienne

Parmi les grandes inspirations de Brian De Palma, la plus évidente est bien sûr Alfred Hitchcock. À tel point que le réalisateur a parfois été taxé de pale copie du maître du suspense. Cette filiation avec Hitchcock ressort particulièrement dans les premiers grands succès de Brian De Palma, ceux qui lui ont permis de se faire connaître du grand public. C’est le cas de Soeurs de sang sorti en 1973 et Obsession datant de 1976. Deux films ressemblant étrangement à deux œuvres de Hitchcock, le premier renvoyant à l’horreur de Psychose, tandis que le second côtoie plus le romantisme de Vertigo. Pour accentuer encore  cet héritage hitchcockien, Brian De Palma fait donc appel pour ces deux films au compositeur attitré de son idole, Bernard Herrmann. Pour De Palma, il livre deux partitions qui feront office de testament, décédant peu de temps avant la sortie d‘Obsession. Deux œuvres diamétralement différentes répondant parfaitement aux deux ambiances elles aussi très opposées. Pour Soeurs de sang, il donne lieu à une orchestration des plus inquiétantes, s’alliant parfaitement à l’ambiance des plus sinistres de cette histoire de jumelles siamoises. Elle fait également écho aux mythiques violons stridents de Psychose. À côté de ça, son travail pour Obsession est d’une plus grande ampleur, Herrmann s’y livrant corps et âme pour retranscrire en musique le romantisme mortifère du film dans un lyrisme seyant parfaitement à l’ambiance de la somptueuse ville italienne de Florence.

Acte II – La sensualité de Donaggio

Dans la deuxième partie des années 70, De Palma se frotte de manière frontale au cinéma fantastique. Dans un premier temps il adapte le premier roman de Stephen King, Carrie, pour ensuite poursuivre cette thématique de la télékinisie avec Furie. Si le deuxième film marque la seule collaboration de De Palma avec John Williams, qui s’était alors fait connaître en mettant en musique les films d’un autre grand du Nouvel Hollywood, Steven Spielberg, Carrie marque quant à lui la première association avec l’italien Pino Donaggio. De Carrie à Passion en 2012, en attendant Domino qui, espérons-le, sortira cette année, le compositeur transalpin a accompagné Brian De Palma au cours de 7 films dont la majeure partie a eu lieu au début des années 80.

C’est d’ailleurs sur cette période que nous allons nous attarder car après cet interlude fantastique, Brian De Palma va renouer avec la fibre hitchcockienne de ses débuts. Sauf qu’au travers du triplé Pulsions, Blow out et Body Double, De Palma va aborder l’érotisme de manière plus prégnante. On dépasse alors le stade du romantisme d’Obsession pour quelque chose de plus sensuel, et pour lui, Pino Donaggio est l’homme de la situation. L’italien va à la perfection retranscrire la passion charnelle qui émane des images de De Palma. Pour Pulsions, dans lequel De Palma traite de la frustration sexuelle au travers du personnage d’Angie Dickinson, Donaggio va emplir sa partition d’un désir débordant à chaque note. On pense forcément à la sublime séquence du musée où Angie Dickison se livre à un jeu du chat et de la souris avec un inconnu. Le désir émanent de cette séquence, tel un jeu de séduction interdit, est accompagné par un crescendo d’une tension sexuelle inavouable mise en musique par Donaggio. Dans un ordre plus lyrique, il offre pour Blow Out un thème des plus bouleversants qui n’aura pas laissé Tarantino de marbre, qui le réutilise dans son film Boulevard de la Mort. À la fois suave et mélancolique, il complète à merveille cette histoire d’amour tragique entre Jack et Sally. On gardera en tête cette image de Travolta, sous la neige, repensant à cet amour perdu, sublimée par les douces notes de piano de Donaggio. Mais là où l’érotisme se manifestera de façon encore plus vivace, c’est bien dans la bande-originale de Body Double. Le climax en est le morceau Telescope accompagnant la danse de la voisine de Scully dans un ballet lubrique. Un chef d’oeuvre d’une lascivité folle où l’instru langoureux est entrecoupé de râle féminin, manifeste d’un plaisir certain.

Acte III – Génération 80

Au travers de ces bandes sons, Pino Donaggio inscrit d’autant plus le cinéma de De Palma dans un kitsch assez 80s. Ces rythmes langoureux retranscrivent à merveille cette décennie à l’empreinte musicale si particulière. Mais De Palma ne mise pas uniquement sur Donaggio pour cela et fait parfois appel à des figures de la musique plus populaire. Pour rester sur l’exemple Body Double, l’une des scènes les plus galvanisantes du film fait intervenir une chanson qui n’a pas été composée pour le film. Il s’agit de Relax, un morceau d’un groupe de new wave nommé Frankie Goes to Hollywood. Une chanson qui sera devenu un tube au fil du temps et qui symbolise à la perfection les années 80. C’est même un véritable vidéo clip que Brian De Palma met en scène dans cette séquence de Body Double suivant le personnage de Jake Scully complètement ahuri en train de déambuler sur le tournage d’un film pornographique. Le groupe Frankie Goes to Hollywood y fait même une apparition. Une chanson aux paroles à forte dimension sexuelle qui accompagne  ce voyage de Scully dans le monde du porno dans une mise en scène des plus théâtrales.

Outre cette utilisation du morceau Relax, c’est sur un autre film que la patte 80s a été encore plus forte. Une marque tellement forte, qu’elle a permis au côté de la série Miami Vice de Michael Mann de redéfinir toute une imagerie des années 80, notamment au niveau de la mode. On parle bien évidemment de Scarface. Avec ses palmiers, ses filles en bikini, ses voitures de sport et ses couleurs pastels, le remake du film de Howard Hawks a donné naissance à une image inoubliable, tout en faisant de Miami la ville américaine de la décennie. Une influence qui aura marqué des générations et qu’on retrouvera encore des décennies plus tard comme en témoigne le jeu vidéo GTA Vice City. Forcément, pour cimenter encore plus Scarface dans son expression totale des années 80, De Palma fait appel à une figure majeure de la disco et musique électronique, alors le genre en vogue dans tous les clubs de la planète, Giorgio Moroder. Le DJ, lui aussi italien, avait déjà fait forte impression dans le monde du cinéma en remportant l’oscar pour son travail sur Midnight Express d’Alan Parker. Il offre pour l’occasion une oeuvre pleine de synthétiseurs et à la grandiloquence assumée, miroir parfait de la personnalité mythique de Tony Montana. Le titre Push it to the limit chanté par Paul Engelman devient un hymne au rythme entêtant, le morceau parfait pour illustrer un montage montrant l’ascension de Montana, parachevant de placer Scarface au sommet des années 80 pour l’éternité.

https://www.youtube.com/watch?v=vT8OU5WtfkQ

Acte IV – Jamais deux italiens sans trois

Vu que Brian De Palma semble aimer renouer avec ses origines italiennes au travers des musiciens qu’il engage, il est normal de le voir un jour croiser la route du plus fameux d’entre eux, Ennio Morricone. En compagnie du compère de Sergio Leone, De Palma va explorer de nouveaux territoires. En effet, à la fin des années 80, le cinéaste américain délaisse pendant un temps ses thrillers schizophréniques à tendance hitchcockienne pour s’aventurer dans des genres qui lui sont encore inconnus, mais non sans maestria. La fin de la décennie sera en effet marquée par deux œuvres très importantes pour De Palma, une d’un point de vue public et l’autre d’un point de vue plus personnel. La première reste avec Scarface l’un de ses grands succès des années 80 et lui permet de renouer avec le film de gangsters. Il s’agit des Incorruptibles retraçant la lutte entre Al Capone et Elliott Ness dans le Chicago des années 30. On est alors très loin des plages de sables fin de Miami. Il fallait bien la puissance lyrique de Ennio Morricone pour emballer cette fascinante histoire. Inutile de dire que le maestro ne loupe pas son coup, offrant à la postérité certains de ses thèmes les plus marquants. On pense bien sûr au générique tonitruant accompagné d’un harmonica renvoyant à une autre oeuvre phare de Morricone, Il était une fois dans l’Ouest ou au thème d’Al Capone, nous transportant directement dans un troquet en pleine prohibition.

Pour sa collaboration suivante, Ennio Morricone délivre un travail des plus bouleversants. Outrages, retraçant un tragique faits divers ayant pris place lors de la guerre du Vietnam, est un des films les plus forts de Brian De Palma, et pour l’accompagner il fallait une partition majestueuse de la part du compositeur italien. Lors de sa venue à la Cinémathèque Française l’an dernier, De Palma avait choisi de projeter Outrages et avait fait preuve d’une émotion à fleur de peau lorsqu’il a entendu la musique composée par Morricone. Il faut bien avouer que le thème principal du film est tout bonnement frissonnant, débutant par ces notes à la flûte de pan pour aboutir à une orchestration résonnant au plus profond de nous. Encore une fois, le génie italien transcende le film de De Palma traitant d’un sujet particulièrement difficile. Toute cette dimension opératique traduite par les compositions de Morricone trouve un certain aboutissement dans l’un des films les plus mésestimés de Brian De Palma, Mission to Mars. Sorti à l’orée des années 2000, le seul essai de De Palma à la science-fiction s’est soldé par un échec cuisant qui l’a obligé à aller s’exiler en France pour son film suivant. Pourtant le space opera n’a jamais aussi bien porté son nom, et la musique de Morricone reste encore à ce jour l’une de ses oeuvres les plus déchirantes, d’une beauté aussi infinie que l’univers. La force de l’opéra aura toujours eu une part importante dans bon nombre de bandes originales chez De Palma. Difficile de ne pas citer un dernier exemple, et l’un des plus emblématiques également, idéal pour terminer ce petit voyage au travers de la filmographie de De Palma, avec le réarrangement du Bolero de Ravel signé Ryuichi Sakamoto accompagnant la scène du casse au festival de Cannes en ouverture de Femme Fatale. L’occasion de montrer que comme souvent, la mise en scène de De Palma agit comme un véritable ballet.

Concours : Les Enquêtes du Département V : Dossier 64, gagner des codes VOD pour voir le film

A l’occasion de la sortie le 7 mars en e-cinéma, de la quatrième adaptation des romans de Jussi Adler-Olsen, remportez des codes VOD de ce thriller venant du froid réalisé par Christoffer Boe. Après Miséricorde (2013), Profanation (2014) et Délivrance (2016), Les Enquêtes du département V, sont de retour avec le Dossier 64 avec Nikolaj Lie Kaas et Fares Fares, dans les rôles respectifs des inspecteurs Morck et Assad.

SYNOPSIS, INFOS, BANDE-ANNONCE

Alors que le Département V est sous tension avant le départ annoncé d’Assad, partenaire de l’inspecteur Carl Mørck, ces derniers se lancent dans une nouvelle enquête qui pourrait bien être leur dernière. Suite à la découverte de trois squelettes cachés derrière la tapisserie d’un vieil appartement, les deux enquêteurs et leur assistante Rose doivent exhumer une macabre affaire datant des années 1950 : sur la petite île de Sprogø, des femmes étaient internées et stérilisées de force sous la direction du docteur Curt Wad…

Titre original : Journal 64
Réalisateur(s) : Christoffer Boe
Sur un scénario de Nikolaj Arcel, Christoffer Boe, Mikkel Norgaard
Acteur : Nikolaj Lie Kaas, Fares Fares, Johanne Louise Schmidt, Søren Pilmark, Fanny Bornedal..
Genre : Drame, Policier / Polar / Film noir, Direct-to-video (DTV) et VOD
Société de production : Zentropa Entertainments
Musique : Mikkel Maltha, Anthony Lledo
Montage : My Thordam, Janus Billeskov Jansen
Direction artistique : Seth Turner
Photographie : Jacob Moller
Durée : 119 minutes
Date de sortie : 7 mars 2019 (e-Cinema)
Distributeur : Wild Bunch
Nationalité : Danemark
En e-Cinema le 7 Mars 2019
– Année de production : 2018
– Sortie DVD : le 8 mai 2019

Modalités du jeu concours – Dotations 3 codes VOD

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« Le Soldat de boue » : tranchées dans le vif

Le Soldat de boue mène à une triple exploration : d’abord en présentant sommairement le parcours de Mathurin Méheut, puis en sondant la vie dans les tranchées d’Arras et, enfin, en apportant le témoignage, poignant, d’une histoire d’amour résistant aux caprices du temps et de la guerre.

Mathurin Méheut a tout connu : une enfance modeste dans les campagnes de Bretagne, l’École des Arts décoratifs de Paris, l’admiration de ceux qui ont consulté son ouvrage de référence Étude de la mer, un départ vers un Japon qu’il admirait – rendu possible par l’obtention de la bourse Albert Kahn, habituellement dévolue aux scientifiques – et, enfin, un retour douloureux en France, sur le front, près d’Arras, alors que la Première Guerre mondiale faisait ses premiers morts. Là-bas, c’est par le biais de dessins et de correspondances envoyés à sa femme Marguerite qu’il raconte les repas interrompus par les attaques allemandes, la folie qui s’immisce parmi les hommes, le vacarme assourdissant, la mort qui s’invite au petit matin, les jours de repos trop rares ou les permissions attendues avec impatience. Le documentaire d’Hubert Budor retrace non seulement le parcours d’un peintre et illustrateur estimé, mais aussi l’enfer vécu par tout soldat participant à un conflit armé.

« Nous progressons ? Quelle blague ! Nous résistons à peine… » La lassitude, la fatigue, les oreilles percées par les cris des blessés hantent Mathurin Méheut, qui en vient à se demander : « Comment suis-je encore de ce monde ? » Mais au-delà de ces évocations des conditions de vie et de résilience des soldats, c’est aussi l’histoire d’amour entre un homme envoyé au front et sa femme restée au pays qui se trouve mise en exergue et en images. Chaque lettre n’est-elle pas une déclaration d’amour, un moment de répit et de réconfort nécessaire, en plus de constituer une formidable retranscription des horreurs de la guerre ? Les images d’archives et les lectures de la correspondance ont beau faire froid dans le dos, c’est aussi l’affection d’un couple qui transparaît, tant à travers le verbe que la musique choisie pour l’accompagner. Les croquis de Mathurin Méheut, ses confidences, ses hantises, ses témoignages de tendresse irriguent tout le film, dans un répertoire disparate où l’amour le dispute à la guerre.

Dans ce documentaire, les moments déchirants ne manquent évidemment pas. Songeons à ces photographies de groupe sur lesquelles apparaissent de plus en plus de morts. À ces suicides inattendus. À ces « fragments » de corps projetés aux pieds de soldats terrifiés. Le vocabulaire employé ne laisse planer aucun doute : « un soleil de plomb », « un homme privé de ses affections, de son métier, presque de vie », « ensevelis jusqu’au cou », « des lambeaux de chair », « le cerveau éclaté », « le charnier et le massacre ». Les bonus de cette édition DVD/Blu-ray contiennent des fiches biographiques et des interviews qui viendront encore enrichir le propos, et satisferont tous ceux qui s’intéressent au parcours de Mathurin Méheut, peintre nippophile, mari aimant et soldat malgré lui. Un homme dont le témoignage marquera sans doute durablement ceux qui y porteront un regard attentif.

Bande-annonce

Synopsis : En 1914, Mathurin Méheut doit quitter le Japon, où il est en voyage, pour rejoindre les tranchées françaises. C’est le point de départ d’une correspondance qui fait le lit de ce documentaire, explorant la guerre, ses stigmates, mais aussi l’amour d’un couple séparé par les hostilités. 

Fiche technique

Réalisation et écriture : Hubert Budor
Musique : Vincent Burlot
Production : France Télévisions, Aber Images
Distribution : Mille et une Films
Année : 2017
Couleur & Noir et blanc
52 minutes
Langue : Français
Son : Stéréo

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3.5

Cold War, de Pawel Pawlikowski : la « Dolce Vita maudite » enfin disponible en DVD/Blu-Ray

Cold War, qui avait saisi la croisette de son lyrisme glacial en 2018, trouve un second souffle en ce début d’année 2019 avec une sortie en DVD/Blu-Ray qui se faisait attendre. Au programme, le film de Pawel Pawlikowski bien sûr, qui n’a rien perdu de sa puissance poétique, accompagné d’un Making of et d’un petit documentaire signé Télérama.

Ce qui frappe d’entrée avec Cold War, c’est indéniablement son esthétique : son ratio en 4/3 (1.33:1) et ses noirs et blancs parfaitement contrastés ravivent un style d’un autre temps, de plus en plus rare aujourd’hui. On se croirait parfois chez Godard, dans la manière de jouer avec le cadre et de filmer les mouvements des corps ; on touche par moments au sublime d’un Tarkovski, quand la musique se heurte à l’iconographie religieuse sous-jacente au travers de scènes purement contemplatives. Mais heureusement, Cold War n’est pas qu’une jolie photographie et une forme léchée, c’est surtout une histoire d’amour bouleversante autour du temps qui passe et détruit tout sur son passage. Les personnages sont plongés dans un tourbillon spatio-temporel inarrêtable, forcés à fuir un pays, puis à se cacher dans un autre, mais toujours poursuivis par le temps qu’ils savent être à leurs trousses. Et au milieu : un amour impossible, dangereux, dérangeant, mais sans frontières. Un amour à la recherche d’un perchoir, comme l’oiseau fatigué d’errer sans but au-dessus du monde. Mais dans ce contexte de guerre froide, ni l’Europe de l’est ni celle de l’ouest n’est hissée au rang de paradis. De là, la mélancolie infinie qui plane sur l’œuvre de Pawlikowski, le déracinement et l’impression que seule la mort est en mesure de mettre fin à l’éternel transit de l’âme.

Pour un avis complet, nous vous redirigeons vers l’article cannois que nous avions publié à l’époque ; nous nous pencherons ici sur le contenu additionnel que cette version DVD/Blu-Ray propose. Avant d’entrer dans le vif du sujet, notons tout de même l’absence de doublage français, ce qui ne devrait pas déranger la majorité des spectateurs (mieux vaut ça que l’inverse), mais qu’il est toujours bon de préciser.

– Making of (13′)

Pendant un petit quart d’heure, le réalisateur nous embarque derrière sa caméra et parle de sa vision personnelle du cinéma, au milieu des répétitions de danse, de chant et des tournages nocturnes. Un point d’honneur est mis sur le travail sur la musique : « Pas la musique de film, la musique qu’on intègre au film pour le rendre musical », précise Pawlikowski ; un folklore crédible qui évolue à mesure que les protagonistes avancent dans le temps comme dans l’espace. « Le film traite de l’évolution des personnages, mais aussi de la musique », d’où la cohabitation de chansons traditionnelles et de mélodies plus jazzy, sans que l’ensemble ne perde jamais sa cohérence.

En fait, Pawlikowski se révèle être un réalisateur du mouvement : son film parle du mouvement des corps et des sentiments, mais même ce Making of atteste de l’instabilité qui l’anime. À la manière d’un Terrence Malick, il n’hésite pas au moment même du tournage à modifier des dialogues, des cadrages, des éclairages, à retoucher le story-board, etc. Le processus créatif est un alliage de si nombreux ingrédients que le cinéaste polonais refuse de le réduire à un théorème bien calculé à l’avance que l’on n’aurait plus qu’à appliquer aveuglément le jour J.

Ce Making of, sans être indispensable, a donc le mérite d’éclairer le spectateur quant aux intentions et aux objectifs qui animaient Pawel Pawlikowski lors du tournage de Cold War. Un réalisateur profondément indépendant et inventif, sur lequel il faudra sans doute compter de plus en plus.

– Retour sur Cold War, par Pierre Murat (Télérama, 17′)

Avec ce mini-documentaire, Pierre Murat complète idéalement le Making of évoqué ci-dessus. Cette interview met en lumière le poids de l’histoire et notamment de celle de ses parents sur l’impulsion créatrice et cinématographique de Pawlikowski. Un cinéaste qui fait passer sa dénonciation du pouvoir politique par la musique et les sentiments qui lient les personnages entre eux. Ainsi la dimension poétique est-elle décuplée, lorsque images, sons et lumières participent d’un même élan dramatique. Chaque note, chaque cadrage, chaque regard contient en lui toute l’histoire de la Pologne des années 50-60, comme une goutte d’eau contient déjà en elle tout l’océan.

Ce décorticage de près de vingt minutes permet au spectateur de mieux comprendre cette « froideur » dont on a souvent qualifié Cold War. Or le film semble montrer tout l’inverse : la froideur plastique n’illustre que la froideur glaciale du contexte historique qui dessèche petit à petit l’amour des deux protagonistes ; mais les noirs et blancs s’avèrent tout compte fait chaleureux, lors de scènes de bal ou de soirées bouillonnantes. Le film est vivant, dynamique ; et son mouvement constant, ses contrastes millimétrés, génèrent un parfum à la fois doux et épais.

Bande-annonce – Cold War

https://www.youtube.com/watch?v=c-6fNwbrqto

Synopsis : Pendant la guerre froide, entre la Pologne stalinienne et le Paris bohème des années 1950, un musicien épris de liberté et une jeune chanteuse passionnée vivent un amour impossible dans une époque impossible.

Caractéristiques du DVD :

  • Format : Noir et blanc, Plein écran, Son HiFi, Cinémascope, PAL
  • Audio : Polonais (Dolby Digital 2.0), Polonais (Dolby Digital 5.1)
  • Audio description : Français
  • Sous-titres : Français
  • Sous-titres pour sourds et malentendants : Français
  • Région : Région 2
  • Rapport de forme : 1.33:1
  • Nombre de disques : 1
  • Studio : Diaphana
  • Date de sortie du DVD : 5 mars 2019
  • Durée : 81 minutes

La musique et David Lynch : un amour obsessionnel

Le cinéma et la musique sont deux arts bien distincts qui, parfois, se marient à la perfection comme si l’un et l’autre devenaient indissociables et provenaient de la même matière. La musique chez David Lynch, par exemple, c’est un peu comme une deuxième raison de vivre, une possibilité pour lui d’évacuer ses tourments par le prisme de la mélodie plutôt que par celle du cadre. Selon lui, « la musique est un bon moyen de conjuguer les idées ».

Le cinéaste américain fait partie, comme Jim Jarmusch, de ces rares personnes que l’on peut qualifier d’artistes, dans sa définition la plus exhaustive du terme: des aficionados, des chercheurs, des créateurs de la culture dans sa généralité. Le documentaire, David Lynch : The Art Life nous montrait que David Lynch n’était pas qu’un simple cinéaste. C’est même le contraire : cet artiste iconoclaste et éclectique, étudiant parfois indigeste et inintéressant, est venu au cinéma par le plus grand des hasards, par sa volonté perpétuelle de nouveauté et d’expérimentation. Du cinéma, de la peinture, de la musique, David Lynch en est un adepte. Lui-même musicien d’une electro assez anxiogène, la musique prend une part non négligeable dans son cinéma, un cinéma de l’étrange, du fantasme et de l’inconscient, celui où la frontière entre le rêve et la réalité se fait sibylline.

Son double maléfique : Angelo Badalamenti

Au travers des images, du montage ou des thématiques, David Lynch aime perdre son spectateur, observe ses réactions et aime lui laisser les clés de sa propre compréhension de l’œuvre : seul le spectateur peut ouvrir la boite bleue. Mais au-delà même de ce sentiment d’aliénation qui nait et s’évapore d’œuvres comme Twin Peaks ou Mulholland Drive pour ne citer qu’elles, la musique devient alors le premier réceptacle de l’émotion, de le sensation incarnée par les personnages ou même par l’environnement jazzy et sulfureux du septième art perpétré par David Lynch. Pour ceux qui connaissent l’œuvre du cinéaste, son double maléfique s’avère l’incroyable compositeur, Angelo Badalamenti. Il est impossible de dissocier les deux, comme si les deux artistes étaient la même et unique personne: ce qui donne vie à un alliage abstrait et parfait entre une musique sombre mais alimentée par des mélodies aussi sirupeuses que glaçantes à l’image du thème principal, étant aussi la musique du générique, de Twin Peaks.

https://www.youtube.com/watch?v=i7d0Lm_31BE

Car même si le cinéaste aime émettre une ambiance rock (Lost Highway) ou blues (Blue Velvet) dans ses films, avec une bande-son allant de Non Inch Nails, David Bowie à Marylin Manson, le réalisateur voit son cadre se mélanger aux mélodies funèbres de son compositeur fétiche qui corrobore avec fascination les traumas des personnages. Le cinéma lynchien est un monde à part entière, un enclos difficile à cerner aux premiers abords, où les parts d’ombre grandissent autant que la fascination créée par ses films. Parlons de Lost Highway, par exemple, de l’histoire de ce trompettiste qui perd peu à peu la raison suite à ses doutes quant à la fidélité de sa femme; une chanson comme «Red bats with teeth » résume avec perfection ce qu’amène Angelo Badalamenti à l’art de David Lynch: un jazz classique et tempétueux mais déréglé par des spasmes assourdissants, dévisageant cette sorte de schizophrénie par les notes.

Il y a chez les deux artistes, cette envie de caractériser le classicisme grâce à des reflets déviants pour voir le trouble qui se cache sous la surface et l’obscurité. L’exemple le plus frappant est l’utilisation de la chanson «  Blue Velvet » de Billy Vinton, une pièce quelque peu niaise, qui dans l’œuvre éponyme du cinéaste, en devient un hymne ombrageux à l’ironie presque morbide. C’est ce qu’il y a de plus incroyable chez le cinéaste : cette volonté à s’intéresser à cette Amérique périphérique et pavillonnaire mais dont les secrets sont exécrables; cette manière de faire chanceler nos certitudes, de tordre le coup à l’aspect kitsch de cet environnement puritain et de nous faire toucher du doigt l’aliénation.

Peut-être plus discret que les autres, mais tout aussi magnétique, le travail de Angelo Badalamenti sur Mulholland Drive s’avère sidérant: une plongée dans les eaux troubles des routes sinueuses amenant à Mulholland Drive, endroit secret de tous les fantasmes et mystères. Mystère est le terme qui qualifie la mieux la collaboration entre les deux hommes: d’un point d’accroche somme toute facile à comprendre, ils déconstruisent leur environnement, fissurent le visage d’une Amérique aux anges déchus pour en faire un univers pessimiste aux amours et aux destins brisés: les sirènes de larmes et d’émotion que provoquent les violons de «Diane and Camilla », tiré de Mulholland Drive, en est la preuve inéluctable. La musique de David Lynch et son apport se répercutent avec les éléments techniques de son cinéma, créant de ce fait une osmose rare: il n’y a pas de facilité, ni de grossièreté dans les bandes originales de ses œuvres, pas d’utilisation intempestive du bruitage pour faire du remplissage.

La sonorité de l’altération

La musique, ou ce son si habituel chez David Lynch, un son qui bourdonne, brouille les pistes et qui fait écho au trouble, achève de créer cette étroite frontière entre le malaise, et la peur de l’inconnu face à l’émotion débordante des thématiques rêveuses de son cinéaste, comme le démontre lors de son premier long métrage, Eraserhead, la chanson « In Heaven » qui est un torrent répétitif d’étrangeté. Angelo Badalamenti est une sorte de portraitiste musical: il capte l’errance des personnages, la déformation inhumaine des visages, la beauté moribonde de l’univers lynchien et dresse ses mélodies planantes; auteur qui sans nul doute aura inspiré des musiciens tels que les Boards of Canada et bien d’autres.

David Lynch ne se sert pas de la musique comme d’un simple accessoire, c’est presque l’essence même de sa volonté: rien n’est plus abstrait que les douces notes d’un piano, plus imaginatif ou contemplatif qu’un son de violon. Loin de l’imposante collaboration entre Nolan et Zimmer, ou de cette mièvre et mercantile utilisation de la pop 80’s dans les produits marvelisés d’aujourd’hui, le cinéaste a chez lui un véritable amour pour cet art là, un respect inébranlable quitte à s’en amuser et à en faire une marque de fabrique: presque tous les épisodes de la saison 3 de Twin Peaks se finissaient par un concert avec des groupes Indie/Underground.

Que cela soit le trompettiste de Lost Highway, nos deux amants rockeurs dans Sailor and Lula et son hommage à Elvis, la chanteuse Dorothy Vallens dans Blue Velvet, Betty qui gagne un concours de danse dans Mulholland Drive, le Silencio dans ce même Mulholland Drive, les déhanchées suaves et libérateurs de Laura Palmer dans Twin Peaks, la musique et son impact ont toujours été un moteur dans la genèse même de la création du cinéaste. Pour le cinéaste, oui, mais aussi pour ses protagonistes où la musique devient pour eux une manière de s’échapper, de fuir la peur ou de la découvrir, d’exprimer leurs tentations ou leurs pensées immondes. Quand l’image se délite petit à petit, les sonorités de Angelo Badalamenti ou les tubes rocks choisis par Lynch font office de relai à l’émotion, une retranscription auditive de l’altération des sens qui accapare le cadre. Fuyant à toute berzingue et suivant avec peur les lignes jaunes disparates de Lost Highway, la musique et son pouvoir obsessionnelle chez David Lynch emmènent son cinéma au firmament.