A l’occasion de la rétrospective Brian de Palma à la Cinémathèque Française du 31 mai au 4 juillet, LeMagduCiné revient sur les plus grands films du réalisateur.
Forcément quand on s’amuse constamment avec les mêmes thèmes de prédilection, il est tout naturel d’atteindre à un moment une certaine apogée. Avec Body Double, Brian De Palma donne naissance à son film somme, celui qui conjugue aussi bien son amour du thriller à la Hitchcock, sa fascination pour le double, son obsession pour le voyeurisme mais surtout cette passion dévorante pour le cinéma.
Dans Le Petit Soldat, Jean-Luc Godard fait dire à Michel Subor que « le cinéma c’est la vérité 24 fois par seconde ». Pour Brian De Palma, le cinéma c’est le mensonge 24 fois par seconde, et il a parfaitement raison. Car s’il y a une chose que De Palma a comprise et a fait comprendre au spectateur aux travers de ses œuvres, c’est tout l’art de la manipulation qui se dégage du cinéma et le film parfait pour illustrer cette citation est définitivement Body Double. Nous propulsant dans la capitale américaine du 7ème art, Los Angeles, le 16ème film de De Palma suit Jake Scully, un acteur en galère, essayant de joindre les deux bouts en jouant dans de minables séries Z horrifiques. Une rencontre avec Sam Bouchard, un confrère aux apparences altruistes, une maison à l’architecture futuriste, une voisine adepte de danse lascive, tous ces éléments vont faire basculer la vie de Scully.

Comme le titre l’indique, le double, autre passion de De Palma occupe une place centrale dans l’intrigue. Comme Kim Novak revenant d’entre les morts dans le chef d’œuvre d’Hitchcock, la silhouette (et notamment son déhanché) de Gloria Revelle va réapparaitre au travers d’une actrice porno, Holly Body. En conservant cet angle du voyeurisme, activité qui se marie à la perfection avec le genre pornographique, Brian De Palma va donc une nouvelle fois traiter du dédoublement. Mais contrairement à des films comme Soeurs de Sang où le double représentait un aspect schizophrénique, permettant de distiller une ambiance horrifique, le double de Body Double est un moyen de faire une réflexion sur le cinéma. Holly Body est une actrice et a été engagée pour jouer le rôle de doublure de Gloria lors de ses numéros de danse. Tout cela nous ramène donc à ce que disait De Palma en ce qui concerne le cinéma, il s’agit du mensonge 24 fois par seconde. Il ne faut donc jamais se fier à ce que l’on voit, et chaque image est mensongère. C’est tout le message de Body Double.

Avec son aspect méta, Body Double s’avère être un film très riche, qui transcende son statut de thriller inspiré d’Hitchcock. De Palma embrasse tous ses thèmes de prédilections pour au final parler avec une acuité folle du cinéma. En faisant preuve d’une virtuosité à toute épreuve, il est en pleine possession de ses moyens, offrant séquences cultes sur séquences cultes. Comment ne pas parler de cette filature incongrue à l’intérieur de ce centre commercial ? Ces danses voluptueuses sur l’érotique partition Telescope de Pino Donnagio, cette gueule d’indien terrifiante armée d’une gigantesque perceuse. Une grandiloquence que beaucoup qualifieront de kitschissime et qui aura valu une nomination au Razzie Awards pour De Palma. Encore une preuve de l’incompréhension envers ce génie qui se remettait difficilement de l’échec de son très personnel Blow Out. Body Double est définitivement l’un des points d’orgue de sa vaste filmographie. Œuvre passionnante et passionnée, Body Double c’est tout simplement Brian De Palma 24 fois par seconde.
A voir à la Cinémathèque Française le 02/06 à 21h15, le 08/06 à 21h45 et le 22/06 à 22h00
Body Double – Bande Annonce
Body Double – Fiche Technique
Réalisation : Brian De Palma
Scénario : Brian de Palma et Robert J. Avrech
Interprétation : Craig Wasson (Jake Scully), Melanie Griffith (Holly Body), Gregg Henry (Sam Bouchard), Deborah Shelton ( Gloria Revelle)
Photographie : Stephen H. Burum
Musique : Pino Donaggio
Montage : Gerald B. Greenberg et Bill Pankow
Production : Brian de Palma et Howard Gottfried
Sociétés de production : Columbia Pictures
Société de distribution : Columbia Pictures
Date de sortie en France : 20 février 1985
Genre : thriller
États-Unis – 1984