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La Belle époque : l’usine à rêves de Nicolas Bedos

La Belle époque prouve une seconde fois que l’amour chez Nicolas Bedos est tantôt puissant, tantôt sarcastique. C’est surtout un long chemin semé de moments inoubliables, d’autres plus complexes à traverser. Pour le réalisateur, le cinéma comme usine à rêves est un vecteur parfait pour raconter l’union ou la désunion de deux êtres. Il le fait avec humour, mais aussi une petite dose d’émotion toujours désamorcée par le piquant de ses personnages.

Amoureux de ma femme

Le temps qui passe est une question âpre, douloureuse parfois. Elle est le thème de nombreuses œuvres de réflexion. Ce temps qui file et qui change les êtres est un leitmotiv de l’œuvre de Nicolas Bedos, en tout cas de ses deux premiers films. Après M et Mme Adelman, Bedos s’intéresse à la naissance d’un amour, qu’il met en parallèle avec son échec 40 ans plus tard. Ce parallèle ne se fait pas autour d’un grand flash back, car ce n’est pas avec son véritable amour jeune que Victor (le très en forme Daniel Auteuil) renoue, mais avec l’actrice qui rejoue avec lui leur rencontre. C’est l’idée complètement démente d’un entrepreneur sur les nerfs (Guillaume Canet vissé à son oreillette et qui bourrine à fond, très bien dirigé). Il met en scène pour des clients fortunés des époques qu’ils souhaitent vivre ou revivre. La plupart choisissent en réalité des moments historiques qu’ils n’ont pas vécus et se prennent tour à tour pour Hitler ou Marie Antoinette, mais Victor choisit lui de revivre une semaine très marquante de sa vie : celle où il le dit lui même, il a rencontré le grand amour.

Ce grand amour, ce grand moment est tour à tour dessiné ou revécu avec forcément des variations dans le scénario très cher et bien huilé d’Antoine. C’est que Margot ne l’entend pas de cette oreille et compte bien se rebiffer contre le metteur en scène qui n’est autre que son ex-compagnon un poil colérique. En se rebiffant, elle devient l’image idéale, hédonique pour un homme qui ne rêve que de revenir à un passé béni, nostalgique. Pour autant qu’il le recrée fidèlement, faisant du plateau de ces moments historiques en taille réelle de véritables coulisses de cinéma, Nicolas Bedos n’oublie pas aussi de moquer cette nostalgie, de prendre du recul par rapport au fameux « c’était mieux avant ». Pour Victor finalement il s’agit aussi de se reconnecter à sa vie présente. Cela paraît tout bête, tout fabriqué, mais même cela avec un habile mélange d’ironie et de grande honnêteté, le réalisateur parvient à le détourner. Quant à Nicolas Bedos, il se demande : comment raconter l’amour au cinéma ?

Retour vers le présent

En jouant habilement entre présent et passé, vrai et faux, fabriqué et réel, La Belle époque entraîne ses personnages dans un véritable tourbillon, presque un précipice. Pourtant, si le film à la tête dans les étoiles, utilise la machine cinéma comme une véritable construction d’univers, il garde aussi les pieds sur terre et ne part ni dans le pathos ni dans l’hystérie. Les personnages sont des petites fantaisies écrites pour leurs acteurs qui pétillent et s’amusent comme des enfants. Fanny Ardant joue à la femme connectée, qui s’efface derrière la technologie, quant à Doria Tillier en actrice fantasque, forte et débonnaire qui se cherche une grande histoire avec un homme effrayant, elle brille, comme souvent devant la caméra de Nicolas Bedos. Elle occupe l’espace, on ne voit qu’elle et Victor ne s’y trompe pas. Quand il l’observe, la dessine, la construit à son image et la laisse lui échapper, prendre le contrôle, il se laisse aller à l’adoration. Car La Belle époque est un film sur les toutes petites choses, les détails, les instants, qui nous font aimer les personnes. Ces mêmes détails dira Marianne elle-même qui peuvent devenir les fléaux qui font ensuite flancher ce même amour. Les personnes changent-elles vraiment ou finissent-elles simplement par perdre le goût d’être ensemble ? C’est l’habile question que pose Nicolas Bedos, tout en refusant à son film de se reposer. Il court, vole, déstructure, déconstruit, mais surtout en met plein les yeux. Il fait cinéma avec ce que cette fabrique à rêves a de plus beau, de plus carton-pâte aussi. En reconstruisant le passé, il dit la force des besoins d’échapper, de vivre en regardant, en observant, en vibrant, en ayant peur du vide tout simplement. Victor est au début du film comme un chat qui s’étire, qui ne veut pas qu’on le dérange alors que Marianne est une tempête qui veut tout vivre, tout de suite, tout tester, tout goûter, tout créer, quitte à s’effondrer.

« Je peux vivre sans toi oui, mais, le seul problème mon amour, c’est que je ne peux vivre sans t’aimer »

Finalement, La Belle époque est une comédie romantique facétieuse, souvent surprenante, parce que jouant habilement sur le thème de la projection que les amoureux se font l’un de l’autre. Mais le film est aussi et surtout un moment suspendu, habile, agréable qui assume ses excès, ses efforts pour en mettre plein la vue et refuser de se reposer. Le temps a une emprise certaine sur l’œuvre de Nicolas Bedos, il l’obsède et obsède finalement chacun de ses personnages. A l’image des deux amoureux de Mon inconnue, Marianne et Victor semblent eux aussi vivre dans un monde parallèle où ils ne s’aiment plus, mais où l’autre leur manque pourtant bien trop. Nicolas Bedos prouve avec La Belle époque que c’est en changeant de regard sur l’autre que l’on apprend réellement à vivre avec lui, quitte à accepter de faire sa propre introspection. La Belle époque se regarde comme on ouvre un calendrier de l’avent, avec envie et gourmandise et une grande part de magie, celle de l’imagination.

La Belle époque : Bande annonce

La Belle époque : Fiche technique

Synopsis : Victor, un sexagénaire désabusé, voit sa vie bouleversée le jour où Antoine, un brillant entrepreneur, lui propose une attraction d’un genre nouveau : mélangeant artifices théâtraux et reconstitution historique, cette entreprise propose à ses clients de replonger dans l’époque de leur choix. Victor choisit alors de revivre la semaine la plus marquante de sa vie : celle où, 40 ans plus tôt, il rencontra le grand amour…

Réalisateur : Nicolas Bedos
Scénario: Nicolas Bedos
Interprète : Daniel Auteuil, Fanny Ardant, Doria Tillier, Guillaume Canet, Pierre Arditi, Denis Podalydès, Michaël Cohen, Jeanne Arènes
Photographie : Nicolas Bolduc
Montage : Anny Danché
Production : Les films du Kiosque
Distribution: Pathé/ Organge Studio
Durée : 115 minutes
Genre : comédie dramatique
Date de sortie : 6 novembre 2019

France – 2019

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The King (David Michôd) : Shakespeare in too much love

Présenté à la Mostra de Venise et adapté de deux pièces de Shakespeare, The King prend un titre minimaliste pour reprendre à son compte un des épisodes marquants de la Guerre de Cent Ans. Stylisé, magnifié et codifié à l’extrême, ce roi survivra t-il à l’un des exercices les plus redondants de la culture anglo-saxonne ?

Synopsis : Le futur roi Henri V d’Angleterre vit de débauches, en retrait du règne de son père Henri IV, marqué par la guerre et le retour des querelles intestines. Couronné presque malgré lui à la mort de ce rustre, il lui succède en entrant dans la grande Histoire, au prix d’une terrible confrontation dans une des plus grandes batailles de la Guerre de Cent Ans.

Morne plaine

On entre dans ce film par un champ de bataille langoureux, où les morts rampent parfois vers le mauvais côté. Entre Anglais et Ecossais, l’amour a souvent été vache et est aussi passé par quelques batailles rangées pleines de gros balourds un poil soupes au lait. Pourtant, c’est avec une forme de tenue toute britannique qu’on exécute les mourants perdus dans la boue, goûtant au dernier souffle de vent venu des terres ennemies. Bienvenue chez Shakespeare. On pourrait en faire un panneau, le poser dans un coin de ce premier plan majestueux, accompagné d’une délicatesse menue par deux mouvements de caméra très coulés. Fascinant comme un bateau fantôme, il pose et impose une esthétique qui ne bougera plus d’un cil, même le plus menu. Une superbe photo d’Adam Arkapaw, qui nous a déjà fait goûter en 2015 à la lumière de Macbeth avant de dessiner celle, parmi d’autres projets marquants, de Top of the lake, la série de Jane Campion. David Michôd, lui, qui n’a peut-être jamais eu autant de budget, jubile et cherche à partager ce sentiment très visible avec des figurants nombreux, des décors et des costumes gavant ces premières minutes comme un bonbon trop sucré.

Ghost in the shell

Sur un scénario librement adapté du grand S, par David Michôd et Joel Edgerton, qui joue également dans le film, The King commence très rapidement à affronter des fantômes. Ceux-là mêmes qui ont forgé des générations d’acteurs anglo-saxons, ceux qui avaient échappé à l’Actors Studio, qui ont pris à la gorge nombre de récits historiques et consacré des géants comme Laurence Olivier. Ces légions sont envoyées par un beau jeune homme à moustache, le crâne légèrement dégarni, et ce sont sous ses Fourches Caudines qu’il faudra passer. Shakespeare est tellement plus qu’un auteur, presque un prophète, que toucher à ses textes apporte autant de bénédictions que de malédictions. On peut tenter de s’en échapper, tourner autour, en jouer et en rire, à l’image de Shakespeare in love, vraie surprise, mais aussi film pop et périssable, cependant les auteurs reviendront toujours à l’essence même du patrimoine culturel incommensurable qu’une telle œuvre à laissé.

En route pour l’aventure. Enfin, doucement quand même…

Le film de David Michôd attaque donc la bête par la face nord, en plein hiver et sans bonnet. Les plans iconiques se succèdent dans un découpage aux petits oignons, devant lesquels on a l’honneur impérieux de s’ennuyer en bonne compagnie. Mettre en valeur un texte de théâtre par la grammaire cinématographique, même la plus léchée, est une vraie quadrature du cercle pour les cinéastes, et si l’écrin est splendide, l’exercice est si familier qu’il en devient rapidement un beau bijou triste. On le regarde sans trop vouloir le quitter, un peu penaud, car ces magnifiques scènes de batailles, ces belles armures et ces très bons acteurs rendent un travail en tout point admirable. Alors pourquoi l’ennui est-il devenu un ennemi ? Pourquoi reviendra t-on toujours aux racines shakespeariennes ? Comment concilier les deux ? Le cinéma patrimonial est devenu progressivement une plaie pour tous, devant et derrière l’écran. Mettre en scène des auteurs, des textes et des figures iconiques d’une culture commune n’a pas souvent donné de grands films, ni nombre de films populaires, au bon sens du terme. Entre l’élitisme désuet de certains de ses textes, l’impériosité nécessaire dans le jeu des interprètes, tous les regards ne se posent et ne se poseront plus de la même façon sur ces plans, perdus parfois comme un enfant de 5 ans dans le musée du Louvre. Sans guide.

Shake your spirit

C’est beau, et alors ? L’essence du récit shakespearien a inspiré nombre d’œuvres qui ont pu s’en détacher avec réussite, et pour lesquelles on peut citer un pan très large de la culture populaire. Falstaff, incarné par Joel Edgerton, une des créations comiques les plus connues de Shakespeare était un moyen de réussir ce pari. Bouffon orgiaque des années de débauche d’un futur grand roi, l’ancien chevalier redevenu grand sage, une fois rappelé à la cour par son ancien disciple le roi, paraît ici clairement sous-exploité. Enveloppé lui aussi par la patine, comme le score de Nicolas Britell tout en solennité, par de longues nappes tirant le récit vers le sombre, l’élégant, le sobre. Le bel ennui. C’est par la surprise, l’interprétation loufoque et jubilatoire de Robert Pattinson que le film démontre un réel intérêt, malgré même les railleries dont son accent français déclamant « victory » « victry » fâchera les plus anglophiles d’entre nous (et nous sommes peu). Ce jeu, cette provocation, outil essentiel pour percevoir le drame par le rire, devant rappeler à Falstaff qu’il est Falstaff, touche du doigt dans la dernière partie du film ce qu’il met le mieux en valeur. L’absurde illusion d’échapper à la guerre, pour le personnage d’Henri V, magnifiquement nuancé pendant 2h20 par Timothée Chalamet, prend tout son sens dans les chorégraphies fascinantes de la bataille d’Azincourt, qui précipita en 1415 la chute du royaume de France au fond du gouffre de la Guerre de Cent Ans.

Requiem pour des fous

Robert Pattinson en Louis de Guyenne, défiant en armure le Roi d’Angleterre, en glissant dans une boue qui a vu les ¾ de la chevalerie française être décapitée par les archers britanniques, est une scène absolument formidable. Elle a demandé à son interprète une vraie prise de risques pour jouer un personnage aussi ridicule, par qui la violence du conflit passe pourtant le mieux. On pourra déclamer sur la véracité historique, les libertés prises avec la grande Histoire, les mouvements d’escrime, les étendards et la couleur des plumeaux : il y a dans cette volonté seulement présente ici, à l’extrême conclusion d’une grande scène de bataille, le souffle shakespearien qui porte les grandes désillusions. Tant de personnages torturés n’ont pas eu la chance de croiser ainsi des antagonistes aussi dingues au bon sens du terme, ce qui me permet de saluer le petit rôle de Thibault de Montalembert, qui, en un seul long monologue pendant lequel il prend l’enveloppe du roi fou Charles VI déshéritant son fils, rappelle au récit comme au casting quels sont les grands personnages devant être mieux servis.

Être ou ne pas être…

Le Roi est un plaisir de cinéma, très connu et très joli, et on pourrait vouloir qu’il en soit beaucoup plus. Certains aimeront ces mornes plaines, ces dialogues, cette mélancolie gazouillant joliment sur l’actualité en montrant un grand Roi qui ne voulait pas diriger, comme une métaphore du pouvoir corrompant tous les esprits. C’est beau, c’est fort, parfois puissant mais ce n’est plus assez.

Le Roi (The King) bande-annonce

Fiche technique : The King

Titre français : Le Roi
Réalisation : David Michôd
Scénario : Joel Edgerton et David Michôd, d’après les œuvres de William Shakespeare
Direction artistique : Fiona Crombie
Décors : Matthew Hywel-Davies, Megan Jones, Géza Kerti et Kiera Tudway
Costumes : Jane Petrie
Montage : Peter Sciberras
Musique : Nicholas Britell
Photographie : Adam Arkapaw
Production : Joel Edgerton, Dede Gardner, Jeremy Kleiner, David Michôd, Brad Pitt et Liz Watts
Coproduction : Ildiko Kemeny, David Minkowski et Anita Overland
Société de production : Plan B Entertainment ; Blue-Tongue Films, Netflix et Porchlight Films
Société de distribution : Netflix
Pays d’origine : Drapeau des États-Unis États-Unis, Drapeau de l’Australie Australie
Langues originales : anglais, français
Format : couleur
Genre : drame historique
Durée : 140 minutes
Dates de sortie :
Italie : 2 septembre 2019 (Mostra de Venise)
États-Unis : 11 octobre 2019 (sortie limitée)
Monde : 1er novembre 2019 (Netflix)

Distribution
Timothée Chalamet (VF : lui-même) : Henri V
Joel Edgerton (VF : Jérémie Covillault) : Sir John Falstaff
Robert Pattinson (VF : Thomas Roditi) : Louis de Guyenne

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3.5

Retour à Zombieland de Ruben Fleischer où le défouloir référentiel made in USA

Adulé par une irréductible frange de fans depuis sa sortie en 2009, Bienvenue à Zombieland a vite fait de devenir pour certain(e)s un véritable totem générationnel. C’est dire alors l’inquiétude qui fut la nôtre à l’annonce d’une suite, qui plus est une décennie après. Mais c’était sans compter sur la clique de Ruben Fleischer, qui non contente de revenir aux affaires, a mis le paquet pour offrir Retour à Zombieland ; une suite dans la droite lignée de son ainée & bardée de fun jusqu’à la gueule ! 

S’il y a bien un film sur lequel on n’aurait pas misé un kopeck à l’époque, tant pour son contenu que pour son potentiel de franchise, c’est bien Zombieland, tant outre s’installer dans un genre ultra-codifié et façonné par des grands (George Romero, Edgar Wright, Zack Snyder), le film de Ruben Fleischer osait miser sur ses interprètes à défaut de son univers. Résultat, au milieu des débris de cette Amérique pourrissante, on en retenait davantage les frasques de notre quatuor de dingos que les conséquences que la zombification avait occasionné sur le pays de l’Oncle Sam. En soi, rien de honteux là-dedans, surtout quand le vétéran Woody Harrelson, truculent en diable, s’entourait dès lors des ultra recommandables Emma Stone, Jessie Eisenberg et Abigail Breslin. Mais ça avait eu le chic de surprendre, tant pour sa verve très référentielle et qu’on se le dise barrée que pour son coté vachard et métatextuel. Depuis, 10 ans ont passé, le genre zombie n’est devenue qu’une pale copie de lui-même (coucou The Walking Dead) et on se demandait où ce film pourrait se nicher : en une suite qui veut désespérément capitaliser sur le succès de son aînée ou en un film qui n’a aucune autre velléité qu’offrir du fun à son casting et à son public ?

Une suite furibarde 

Force est d’admettre que ce hiatus décennal aura permis d’affiner quelque peu la réponse puisque ni tout à fait une suite opportuniste, ni tout à fait un plaisir régressif en diable, le film assume carrément d’être à cheval entre ces deux mécaniques, qu’on se le dise, irréconciliables. De facto, nous voilà repartis dans le monde barré de Zombieland et si vous le permettez, on versera dans la référence pour dire qu’à l’Ouest, rien de nouveau. Le monde est toujours peuplé de saloperies avides de sang, Woody Harrelson claironne toujours qu’il est le plus gros zigouilleur de zombie du monde et la paire Emma Stone/Jesse Eisenberg roucoule des jours heureux. C’est sur cette base que le film va se reposer en y injectant davantage de fun, d’inconséquence et de bordel, pour notre plus grand plaisir. Puisque soyons honnêtes, à la vue d’un tel film, on ne s’attend pas à disserter sur les émois de survivants d’un monde post-apocalyptique ou sur les éventuels enjeux géopolitiques qui y sont liés. On veut de la crasse, de l’humour borderline, du fun, du non-sens, quelques pincées de WTF, et un ton référentiel suffisamment vachard pour nous faire accepter la montagne de clichés déployés et en rire goulûment. En ça, cette suite arrive à se maintenir dans le sillon de son aînée, puisque là ou le premier misait surtout sur l’alchimie naissante de son quatuor, ici ce n’est plus la même rengaine : les amitiés et inimitiés sont faites et l’on ne peut que se reposer sur les obstacles déposés sur le chemin de notre dream-team dégénérée. In fine, ça veut dire se coltiner une communauté hippie clichée à l’extrême, un festival de beaufitude largement assumé avec son lot de sosie d’Elvis, de ballet de monster-truck et de blondes écervelées, et aussi une glorification constante de ce qui fait le sel de cet univers : une violence décomplexée. Car au milieu de ce tempo comique savamment orchestré dans lequel brille sans surprise la paire Harrelson/Eisenberg, on n’est pas en reste côté jambes qui volent, têtes coupées et effusions d’hémoglobines. Le pire étant qu’on en redemande, tant Fleischer non content de sortir du calvaire Venom, met les bouchées doubles pour séduire. A l’arrivée, on en retient un ride décomplexé, jouissif et qui, chose étonnante dans le grand marasme des suites hollywoodiennes, en a suffisamment dans le pantalon pour justifier de son existence. Car là où aucun n’aurait espéré un prolongement de l’histoire, chose hautement improbable en l’état, le film préfère une fois encore miser sur ses personnages et leur alchimie. Et inutile de dire que ça serait criminel de ne pas donner de l’espace et du jeu à ces stars. Surtout quand on sent le plaisir qu’elles ont à jouer ces mabouls. Ça ne va malheureusement pas sans faiblesse ; en atteste le retrait surprenant d’Emma Stone qui traverse le film sans réellement avoir de moments pour briller ou les quelques longueurs qui émaillent le récit, mais dans l’esprit du film, ça n’est tout au plus que des fioritures tant le plaisir reste intact et la jouissance ô combien palpable. Si bien qu’on se demande à la fin de ce ride débridé, si une suite elle aussi prévue dans 10 ans ne serait pas souhaitable. Après tout, le film a beau ne pas raconter grand chose in fine, il déploie pourtant quantité de pistes sur cet American Way of Life dégénéré, sur certains thèmes de sociétés et autres courants politiques. Cela rend le film éminemment actuel dans son traitement, et nul doute que vu l’évolution que prend le pays de l’Oncle Sam à l’ère Trump, une suite prévue dans 10 ans pourrait agir en tant que commentaire politique de son époque. La preuve s’il en est que quand Romero usait de la figure du mort-vivant pour critiquer le consumérisme, il était dans le vrai en affirmant que ces bébêtes buveuses de sang pouvaient être des outils pour critiquer le monde environnant. A ceci près qu’on n’aurait là encore jamais misé un kopeck sur le potentiel des bêtes de Zombieland pour asseoir quelconque velléité de discours politique. Mais une fois encore, il ne faut jamais se fier aux apparences. Ce qui, il y a 10 ans, était une comédie vacharde est devenu un film culte pour toute une génération, c’est donc le juste retour des choses, non ? 

A défaut de réinventer le genre ou même de proposer une suite inventive à son imposant grand frère, Retour à Zombieland préfère prendre la tangente par rapport à tout ça et offrir une suite ni meilleure, ni pire, mais au moins équivalente et remplie jusqu’à la gueule de fun et d’irrévérence. Il n’en fallait pas moins pour qu’on apprécie ce plaisir hautement régressif et somme toute barré. 

Bande-annonce : Retour à Zombieland 

Synopsis : Dix ans après, Tallahassee, Columbus, Wichita et Little Rock font toujours équipe et luttent ensemble pour survivre face aux zombies. Ils trouvent un temps refuge dans la Maison-Blanche. Columbus et Wichita vivent leur petite vie de couple, alors que Tallahassee « couve » Little Rock. Mais cette dernière a des envies d’ailleurs et d’être avec des gens de son âge. Elle décide de partir. Wichita et Little Rock reprennent donc seules la route, au grand désespoir des deux hommes. Mais Little Rock va disparaître avec un dénommé Berkeley. Wichita revient alors à la Maison-Blanche pour s’armer avant d’aller chercher sa petite sœur. Entre temps, Columbus a rencontré une certaine Madison…

Fiche technique : Retour à Zombieland

Réalisation : Ruben Fleischer
Casting : Woody Harrelson, Jesse Eisenberg, Emma Stone, Abigail Breslin, Rosario Dawson, Zoey Deutch, Avan Jogia, Thomas Middleditch, Luke Wilson, Bill Murray, Ray Park
Scénario : Dave Callaham, Rhett Reese et Paul Wernick
Décors : Martin Whist
Photographie : Chung-hoon Chung
Production : Gavin Polone

Etats-Unis – 2019

3.5

Les années 2010 : Xavier Dolan, réalisateur des possibles

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Cet article aurait pu prendre la forme d’une lettre, comme celle que Xavier Dolan écrivit à Di Caprio, lorsqu’il n’était qu’enfant. Cet article aurait pu aussi être les paroles d’une chanson, croisées entre Céline Dion, Dalida et Oasis. Il aurait pu être aussi les sous-titres d’un film pour ados que le réalisateur aurait doublé. Finalement cet article aurait pu être bien des choses. Tout était possible. Comme pour le réalisateur de 30 ans, qui en dix ans de cinéma, a pris cette phrase au pied de la lettre.

« Je pense que tout est possible à qui rêve, ose, travaille et n’abandonne jamais« . Nous sommes le 24 mai 2014, Xavier Dolan vient de recevoir le prix du Jury pour son fantastique Mommy. En quelques phrases, il vient d’ouvrir un nouveau chemin. Un champ des possibles pour toute une génération. Dans ce court discours destiné aux rêveuses et aux rêveurs, le réalisateur québécois de 30 ans, 25 ans à l’époque, partage une volonté de bouger les lignes. Plus que ça, il en donne le mode d’emploi. Et cette faculté à bousculer le monde prend tout son sens lorsque l’on s’intéresse au passé du jeune homme. Avant de réaliser J’ai tué ma mère, son premier film en 2009, Dolan était un jeune et grand comédien de doublage. Enfant prodige, il jouait dans des publicités mais pratiquait surtout son métier en faisant les voix de personnages célèbres de la pop-culture pour ados comme Ron dans la saga Harry Potter, Peeta dans Hunger Games ou encore Jacob dans Twilight. De jeune enfant sur les plateaux de doublage à réalisateur adoubé au Festival de Cannes, il y a tout un monde. Pourtant c’est bien là, à force de persévérance, qu’il va réussir à faire éclore son premier film. Encore adolescent, le jeune artiste insistait très lourdement auprès de l’actrice Anne Dorval qui partageait les mêmes locaux pour le doublage. Son script, il a tout mis en oeuvre pour convaincre l’actrice qui a finalement accepté de laisser une chance à Dolan, qui n’avait que 16 ans. La suite, on la connait. J’ai tué ma mère attire l’attention  par sa précision et sa sensibilité pour un réalisateur si jeune. Avec presque un film par an depuis le début de la décennie, Dolan se construit une filmographie qui pourrait ne jamais cesser de croître. Une grammaire qui lui est propre et qui correspond au champ des possibles qu’il souhaite étendre. 

Un cinéma pour tous

Dans la suite de son discours en 2014, il dit ceci en s’adressant à sa génération : » Je veux vous dire qu’en dépit des gens qui s’attachent à leurs propres goûts et qui n’aiment pas ce que vous faites, qui n’aiment pas qui vous êtes, accrochons-nous à nos rêves car ensemble nous pouvons changer le monde et le monde a besoin de changer. Toucher les gens, les faire pleurer, les faire rire.. Nous pouvons changer leurs idées, leurs esprits, changer leurs vies et changer des vies signifie changer le monde. » C’est sur des grands idéaux que Dolan fonde ses films qui se concentrent sur l’intime et le plus profond de soi. Une quête d’identité qui se traduit dans la pluralité de celle-ci. A quoi bon s’affilier à une manière d’être ? Pourquoi un genre quand on peut en représenter plusieurs ? Pourquoi sacraliser une sexualité quand on peut en promouvoir la diversité ? En s’adressant à tous et surtout à sa génération, Xavier Dolan a su donner de la visibilité à des personnages homosexuels, loin des cadres du cinéma hétéro-normé et souvent cliché lorsqu’il s’agit de représenter des personnages LGBTQI+. Dans le champ des possibles qu’il constitue, il décide de faire des questions d’identité soit des sujets traités en profondeur (Laurence Anyways) soit des non-sujets (J’ai tué ma mère). Mais dans son étude des rapports humains, principalement familiaux, ce qui intéresse fondamentalement Dolan c’est la notion de différence. Celle de ne pas être adapté à la société dans Mommy, celle de la maladie dans Juste la fin du Monde, celle d’être un enfant star ou une star qui fait son coming-out forcé dans Ma Vie avec John F.Donovan. Xavier Dolan commence à isoler ses personnages dans leur différence avant de les inclure dans un environnement adapté. Parfois pour le pire comme dans Mommy, ou le meilleur dans Lawrence Anyways.. Mais il n’offre aucune justice partiale à ses personnages, souvent condamnés depuis le départ comme Louis dans Juste La Fin du monde. Dolan balbutie parfois dans ses films. Chacun de ses longs-métrages respire la construction mouvante de son réalisateur. Ce sont des cris du cœur. Et comme tout cri du cœur, surtout quand on est jeune, c’est parfois faillible mais toujours infiniment sincère.

Une approche résolument moderne

Le réalisateur essaye toujours de trouver une place à ses personnages. De la même manière que lui s’en fraye une au sein du 7ème art. Lui qui n’est là que depuis dix ans. Peu de réalisateurs ont produit leurs films majeurs pendant leur vingtaine. C’est aussi ces cases là que brise l’artiste, celles des conventions, des habitudes. En prenant pour un rôle dramatique Anne Dorval, connue à l’international pour la série parodique et hilarante Le Coeur a ses raisons, il a franchi encore une barrière. De même en choisissant le prétendu monolithique Kit Harrington, très identifié pour son Jon Snow dans Game of Thrones. Et si les meilleurs Dolan étaient déjà passés ? Quand on l’écoute en interview, il confierait vouloir un jour s’atteler aux films de super-héros (ce qu’il avait essayé de faire avec Ma Vie avec John F.Donovan) ou aux grandes sagas pour la jeunesse comme celle de Harry Potter. Si le réalisateur s’est concentré uniquement sur des drames intimistes, tout un pan du cinéma pourrait devenir son terrain de jeu. Sa démarche suscite au moins la curiosité. De ses jeunes débuts, son art a grandi avec toute une génération. Les deux se définissant comme un miroir, chacun nourrissant l’autre. C’est loin d’être un des seuls réalisateurs à avoir conjugué dans le drame : l’intime, la différence et l’amour. Pour n’en citer qu’un, Pedro Almodóvar accumule déjà toutes ses thématiques depuis bien longtemps. Mais Xavier Dolan crée une nouvelle sève, propre à ses films, et résolument plus moderne. Car nous l’avons dit, Xavier Dolan, c’est avant tout un réalisateur qui parle à une génération. Une génération qui a les mêmes codes et les mêmes références. Sa démarche très auteuriste, pouvant être considérée comme élitiste par les non-initiés se mélangent à des touches largement plus populaires et contemporaines. Et ce très souvent dans la musique.  Dans Mommy, le déchirant morceau classique Experience de Ludivico Einaudi côtoie un moment de résurrection avec Wonderwall du groupe Oasis. Les effets grandiloquents de la fresque  Ma Vie avec John F.Donovan se terminent sur le morceau Bittersweet Symphony de The Verve. Dans Les Amours Imaginaires, les rapports très modernes entre les personnages n’échappent pas à la voix de Dalida. Le cinéma de Dolan, c’est une multitude de références qui foisonnent sans aucun conflit entre elles. Les clins d’oeils à des séries comme Charmed ou Buffy contre les Vampires s’alignent à côté des hommages au cinéma de Jane Campion.

Merci d’avoir montré que tout est réalisable. Pour lui et ses spectateurs, Xavier Dolan est définitivement le réalisateur des possibles.

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SYNOPSIS, INFOS, BANDE-ANNONCE

Le 6 Novembre en coffret 6 DVD

Synopsis :

Produite par le maître du genre Dick WOLF (créateur de New York Unité Spéciale), Chicago Police Department vous plonge, pour une cinquième saison plus captivante que jamais, au cœur de l’unité des renseignements criminels de la police de Chicago. Le sergent Hank Voight (Jason BEGHE) et son équipe ont toujours eu pour priorité de protéger la ville de Chicago, en traduisant les criminels en justice par tous les moyens nécessaires. Leurs méthodes sont aujourd’hui remises en question et ils se retrouvent surveillés de très près. En pleine réforme, l’équipe est obligée de faire face à des conditions périlleuses dans sa quête de justice.

Action garantie au sein du district 21 pour 22 épisodes palpitants !

Caractéristiques Techniques :concours-chicago-police-Department-Saison5-DVD-coffret-universal

Image: 16/9 1.78:1 Anamorphic Widescreen

Audio: Anglais et Français Dolby Digital 5.1

Sous-titres: Anglais (sourds et malentendants), Français, Danois, Néerlandais, Finnois, Norvégien, Suédois

  • Bonus : Episode crossover avec Chicago Fire
  • Date de sortie: 6 novembre 2019
  • Coffret 6 DVD : 22 épisodes de 40 min

Editeur : Universal Pictures Video

© 2019 Universal Studios. Tous droits réservés.

Modalités du jeu concours – Dotations 2 coffrets DVD

Pour participer à notre concours, réservé à la France Métropolitaine, il vous suffit de compléter le formulaire avant le 17 Novembre 2019. Pour augmenter vos chances, abonnez-vous à notre page Facebook ou notre compte Twitter. Renseignez vos réponses, vos coordonnées et cliquez à chaque étape sur les boutons « Suivant », puis « Envoyer » situés en bas du formulaire. Attention, aucune réponse mise en commentaire ne sera validée. En cas de problème, contactez-nous en utilisant le formulaire de contact.

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Les années 2010 : Christopher Nolan, le magicien du temps

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Pour réchauffer un mois de novembre qui commence de manière bien grise, la rédaction opte pour un programme vivifiant, celui de revenir sur les personnalités marquantes de la décennie cinématographique. Une des plus flamboyantes d’entre elles est l’anglo-américain Christopher Nolan, un cinéaste marquant qui frise le génie.

Le cinéma selon Nolan

Christopher Nolan est ce cinéaste réputé pour faire des blockbusters à gros budget que pourtant les cinéphiles de tous bords viennent voir par milliers. Il triture les genres populaires pour en faire quelque chose de différent (SF, Thriller, film de guerre, etc) ; il les malaxe, les distord, et in fine, le genre disparaît et le style Nolan reste, laissant souvent le spectateur pantelant.
Même si ses œuvres du début , comme Memento, dansent sur un petit pied financier (un budget de 4,5 millions USD, pas plus), ses marques de fabrique sont déjà là, pour ne plus jamais le quitter. Artisan d’un cinéma très esthétique, d’aucuns diront clinique et froid, Nolan, tout comme Tarantino ou Anderson (Wes), est adepte du quasi « zéro-CGI » . Des bruits courent d’ailleurs que ces trois-là forme un groupe non officiel activiste de la cause. Un tel parti pris, couplé avec un choix colorimétrique limité et très neutre, donne toujours à ses films une tonalité mélancolique, presque vintage.

Autodidacte, Christopher Nolan a pourtant un sens très aigu de la mise en scène, que ce soit par ses choix techniques (les formats de 70mm ou IMAX choisis par exemple à très bon escient pour Dunkerque), qu’artistiques (un casting toujours bien à propos, une musique incroyablement efficace, celle du grand Hans Zimmer qui respire au rythme des films depuis Batman Begins).

Ses films se reconnaissent aussi par leur fin, souvent mystérieuse, voire mystico-philosophique, ce qui a le don d’en énerver certains, et qui alimente en tout cas des jours entiers de discussions sur des forums spécialisés, gage d’une impatience du public d’aller voir son prochain film. Mais loin d’une roublardise marketing, son objectif est véritablement de se fier à l’intelligence du spectateur, de le laisser s’approprier le récit, et, comme il le dit lui-même, de  « laisser [au spectateur] le plaisir de ne pas savoir, de se faire avoir ».

Mais ce qui fait véritablement la signature de Christopher Nolan, c’est son sujet. Quel que soit le vecteur, le genre, l’histoire, il tournera toujours autour ce diptyque : la mémoire et le temps.

Noir, comme le souvenir

La matière du cinéma de Nolan sont la mémoire et le souvenir : leur fragilité, leur impact sur la vie des protagonistes. Dans Inception, par exemple, Nolan joue avec le subconscient, les rêves et les souvenirs. Dans Interstellar, la maîtresse de l’école de la fille de Cooper lui fait croire que les missions Apollo n’ont jamais existé, et ce dans un esprit de manipulation. La trilogie des Dark Knight est sous-tendue par le souvenir des parents de Bruce Wayne, plus exactement par le souvenir de leur mort, qui hante le protagoniste. Dans Memento, où Lenny (Guy Pearce) est frappé par une perte de la mémoire immédiate, l’intrigue est entièrement dirigée par cette mémoire fragile qui est à la source même du suspense. Enfin dans Dunkerque, c’est tout le film qui est une mémoire, celle d’une guerre connue de tous mais que le cinéaste a rendu méconnaissable, anachronique.

Il ne s’agit évidemment aucunement de coïncidence. Il s’agit d’une œuvre qui explore inlassablement les différentes facettes d’une même thématique, avec méthode et sans fanfaronnade. Christopher Nolan veut visiblement offrir quelque chose de plus à son public, les blockbusters qui, par définition, ne sont qu’action, deviennent un sujet de réflexion entre ses mains, mais également une source d’émotions.

Nolan, le maître du temps

Ce faisant, Nolan jongle avec les espaces spatio-temporels. Plus particulièrement, sa représentation du temps dans ses films est multiple, et non conventionnelle. Une fois encore, son idée est ici de secouer nos esprits habitués au tic-tac réconfortant d’une progression chronologique. Dans le cinéma de Christopher Nolan, c’est lui qui maîtrise le temps, et non l’inverse. Ainsi, dans Memento déjà, le film est découpé en deux portions qui se mélangent dans un montage élaboré qui s’appuie notamment sur la couleur et le noir et blanc. Une moitié des séquences se déroule dans l’ordre chronologique. L’autre moitié dans un ordre anti-chronologique, si bien que le milieu du film devient en quelque sorte son point culminant. Si bien également que le spectateur se sent aussi confus que Lenny, le personnage principal interprété par Guy Pearce. Une brillante idée et un beau scenario de son collaborateur de toujours, son frère et scénariste Jonathan, qui ont valu à la paire de nombreuses récompenses.

Dans le même ordre d’idée, Dunkerque est découpé en trois séries temporelles de séquences : 1 heure pour les actions aériennes, 1 jour pour celles terrestres, et 1 semaine pour les interventions navales. Cependant, toutes convergent vers la même seconde, vers le même objectif qui est celui d’éviter la plus grande catastrophe de tous les temps, celle de la mort de plusieurs centaines de milliers de soldats alliés, pris dans le piège allemand. Une fois de plus, l’idée est brillante, l’exécution magistrale.

Pour Tenet, son prochain film qui fait déjà couler beaucoup d’encre, malgré une immense chape de secrets posée sur lui, une image volée du tournage de cet été montre une séquence où les voitures roulent en marche arrière, tandis que des passants marchant sur un pont en surplomb avancent tout à fait normalement. Encore la magie de Nolan en action qui montre son obsession pour la mécanique du temps…

Dans Interstellar enfin, l’affaire se complique puisqu’en plus d’un espace-temps différent comme le fameux trou de ver, on a également une dimension spatiale nouvelle, la cinquième dimension, qui d’ailleurs, avec Nolan, est davantage source de réflexions philosophiques qu’une simple prouesse technique.

Dans le cadre d’un cycle sur les personnalités marquantes du cinéma de la décennie 2010, et bien que cela fasse plutôt près de 20 ans qu’il nous bluffe, film après film, Christopher Nolan a une place de choix. Il offre un cinéma intelligent, qui est pleinement en cohérence avec l’idée deleuzienne de la participation nécessaire du spectateur pour qu’une œuvre cinématographique soit complète.

Soon, ou le futur proche selon Cadène et Adam

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Soon, c’est le nom donné à une mission spatiale envoyée en 2034 d’abord en direction de la Lune (Moon). Mais, prochainement (Soon), une nouvelle mission (Soon 2) devrait partir avec un objectif beaucoup plus lointain.

Après un prologue situé en 2140, nous sommes en 2151, soit dans un futur relativement proche mais suffisamment éloigné de nous (2019) pour qu’on puisse imaginer de nombreuses péripéties pour l’humanité. Effectivement, on apprend progressivement l’essentiel des événements entre ces deux dates. C’est une partie qui fait l’objet de chapitres insérés entre ceux centrés sur la confrontation entre Simone et son fils Youri. On se demande longtemps (l’album fait pas moins de 213 pages), ce qui motive effectivement cette partie où l’on voit régulièrement Simone l’astronaute faire œuvre de pédagogie face à des groupes de jeunes, mais aussi en compagnie de son fils Youri.

Relation mère-fils

Dans ce roman graphique, la relation entre Youri et Simone est le pivot de la narration. En effet, Simone faisait partie de la mission Soon et doit repartir avec Soon 2. Ce nouveau départ est tout simplement inacceptable aux yeux de Youri. Une situation qui n’est pas sans rappeler la relation entre Roy McBride (Brad Pitt) et son père (Tommy Lee Jones) dans le récent (18 septembre 2019) Ad Astra de James Gray. En effet, bien qu’ayant passé le cap de l’adolescence, Youri considère que sa mère l’abandonne et il ne se prive pas pour le lui reprocher. A vrai dire, on finit par comprendre qu’en s’engageant dans la mission Soon 2, Simone prend un aller sans retour.

Chronologie

Mais avant d’envisager de parler de Soon 2, il faut savoir à quoi s’en tenir à propos de Soon. Surtout qu’à l’époque (2034-2035), il n’était pas question de Soon 2. La chronologie des faits a donc une importance particulière, d’autant plus que les auteurs s‘attachent à imaginer comment les événements s’enchaînent et pourquoi on se souvient plus particulièrement de certains.

Après 2019 ?

Les auteurs présentent 2019 comme une année charnière dans l’histoire de l’humanité. On sent effectivement ces temps-ci une réelle prise de conscience des dangers encourus par l’humanité par rapport à son comportement global vis-à-vis de son habitat naturel : la planète Terre. On sent également qu’on pourrait bien avoir d’ores et déjà passé le point de non-retour. A force d’exploiter les ressources naturelles de la Terre, à force de comportements irresponsables (gaspillage) et à force de négliger les effets de la surpopulation, les risques de catastrophe s’aggravent. Les auteurs imaginent un futur proche avec un accroissement des effets néfastes dus aux conséquences du capitalisme sauvage. Résultat : des guerres meurtrières, une grave accumulation de déchets nucléaires et enfin des catastrophes naturelles (tempêtes, épidémies) amenant l’humanité réduite au dixième de la population de 2019, à se regrouper en une dizaine de mégalopoles pour abandonner (officiellement) le reste de la surface de la planète à la nature qui en a bien besoin (et la mise en place d’un contrat).

Soon

Maintenant, que dire de la mission Soon ? L’idéal serait de reprendre la série de critiques émises à son propos et regroupées dans un chapitre particulièrement bien vu. En effet, de ce côté les auteurs proposent une réflexion particulièrement fine. Imaginons que l’exploitation des ressources naturelles arrive à un tel niveau que cette activité produise des déchets nucléaires en quantité ingérable. Que faisons-nous, comment et pourquoi ? Beaucoup d’intérêts alors se télescopent. Les puissances politique, financière et populaire notamment, s’expriment pour adopter finalement un compromis forcément critiquable.

Une vision du futur

Concrètement, le futur que les auteurs imaginent n’est pas spécialement enthousiasmant. Et tout cela n’est jamais que l’aboutissement de siècles de comportements irresponsables et/ou égoïstes. On remarque que le dessin de Benjamin Adam est un peu à cette image. Si l’illustration de couverture attire l’œil (en particulier par ses couleurs), l’intérieur déçoit, en particulier pour les personnages généralement esquissés en quelques traits. On pourrait également s’attendre à du beau travail pour les décors futuristes. Même si on remarque un style différent entre les deux époques, le choix d’une couleur dominante pour chaque chapitre manque singulièrement d’originalité. A mon avis, ce n’est pas du tout à la hauteur de l’ambition affichée par le scénario (cosigné Thomas Cadène et Benjamin Adam) dans son ensemble. On y sent une réflexion poussée sur l’avenir de l’humanité et surtout sur comment et pourquoi les événements peuvent s’enchaîner. Aspect séduisant : le lecteur est mis dans la position de celui qui engrange progressivement les informations sur un avenir possible. Inconvénient : cette façon de faire incite à revenir sur les origines de la vie sur Terre (rabâchage inutile pour le lecteur). Et puis, les auteurs insistent pour faire comprendre comment la mémoire d’événements assez fondamentaux peut se diluer pour que la mémoire collective se fixe sur quelques raccourcis qui font évidemment penser au fonctionnement des médias et des réseaux sociaux (voir ce qui reste dans les mémoires avec le recul…)

Penser le futur

On peut admettre que le propos (assez pessimiste) des auteurs s’accorde avec l’univers peu séduisant de la BD elle-même. Mais cela fait quand même un effet bizarre pour un album si volumineux de trouver aussi peu de planches agréables à l’œil. Heureusement, on peut estimer qu’avec leur conclusion, les auteurs vont dans le sens d’une humanisation des relations, alors que tout (le monde de 2019 et celui qu’ils imaginent pour le futur de l’humanité) va dans le sens de la rationalisation et de la survie de l’espèce au détriment de l’humain. D’ailleurs, que peut-il rester concrètement dans les esprits de voyageurs de l’espace n’ayant jamais vécu sur Terre ? Des images, des idées véhiculées, des impressions impossibles à confronter avec la réalité. Car leur réalité, c’est celle qu’ils vivent dans leur univers de vaisseau intergalactique, avec leur besoin de s’affirmer dans un espace clos (quelle importance accorder à un passé auquel ils ne se sentent pas rattachés de façon spécialement forte ?) Donc, quel est le futur de l’humanité, alors que le futur de la Terre est irrémédiablement voué à la mort ? Mais n’est-ce pas très tôt pour parler de mort d’un astre qui peut poursuivre son évolution dans l’espace pendant encore des millions d’années ? Le problème n’est-il pas de notre côté, nous les humains incapables de gérer notre propre espace de vie pour le penser à l’échelle d’un avenir encore long ? Et puisque le film Ad Astra est cité plus haut, rappelons que sa conclusion est que non, la vie au-delà de la Terre n’existerait pas. Bien entendu, il ne s’agit que d’un film et d’une hypothèse. A la lecture de cette BD, on peut conclure en se demandant jusqu’où (lieux, comportements, pensées?) faudra-t-il aller pour reconnaître que le principe élémentaire est de prendre soin de notre espace de vie, de le penser pour le long terme ?

Soon, Cadène Thomas (Auteur), Adam Benjamin (Auteur, Illustrations)
Dargaud, octobre 2019, 240 pages

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3

« Brian De Palma » : confidences d’un ambassadeur du Nouvel Hollywood

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Samuel Blumenfeld et Laurent Vachaud proposent chez Carlotta une réédition actualisée de Brian De Palma, un livre d’entretiens permettant de creuser plus avant la personnalité, le parcours et les obsessions d’un réalisateur emblématique du Nouvel Hollywood.

Brian De Palma est-il le héraut marginal du Nouvel Hollywood ? Moins en vue que Martin Scorsese ou Steven Spielberg, moins impliqué dans les affaires que Francis Ford Coppola ou George Lucas, le réalisateur de Scarface vit modestement – malgré sa richesse – et refuse généralement de se confier. Il se méfie des journalistes et des critiques de cinéma, de ceux qui l’ont trop souvent égratigné comme de ses zélateurs les plus infatigables. Il n’a plus tourné de films depuis Passion, sorti en 2012. Seul l’oubliable Domino : La Guerre silencieuse, en VOD, est venu troubler cette longue interruption. Il a déserté Hollywood depuis plus longtemps encore, puisque Mission to Mars, son dernier tournage américain, date de 2000 ! Qu’importe, Brian De Palma l’affirme lui-même : un cinéaste a atteint l’apogée de sa carrière avant d’avoir soufflé ses soixante bougies. Sa plus grande peur est d’ailleurs de réaliser son Complot de famille, c’est-à-dire un chant du cygne en bruit de crécelle.

C’est cet homme complexe, entier, porteur d’une certaine idée du cinéma que Samuel Blumenfeld et Laurent Vachaud, respectivement journaliste au Monde et collaborateur à la revue Positif, ont rencontré à plusieurs reprises – malgré les réticences de l’intéressé et en usant parfois de subterfuges – afin de mener à bien un livre d’entretiens au long cours, éclairant tant le personnage que sa carrière.

Confidences
L’échange qui s’ouvre entre Brian De Palma et les deux auteurs permet non seulement de passer en revue la filmographie du cinéaste américain, mais aussi d’alterner les focalisations comme on changerait d’échelle de plan : un plan d’ambiance familial, un plan d’ensemble hollywoodien, un plan américain sur la filmographie et les obsessions du réalisateur, un gros plan sur ses influences – d’Alfred Hitchcock à Michael Powell –, des inserts sur des thèmes aussi divers que le Diable, le porno amateur, le plan-séquence ou la guerre en Irak.

Sur la bande-son d’un film, Brian De Palma déclare ceci : « Le problème avec la musique classique c’est que neuf fois sur dix, le spectateur connaît le morceau que vous utilisez et ça lui donne de l’avance sur vos images… » A contrario, l’exemple à imiter, celui qui lui vient immédiatement à l’esprit, c’est le couple Hitchcock-Herrmann, et notamment leur collaboration à l’occasion de Psychose. Ailleurs, il s’exprime sur les rapports difficiles entre Sean Penn et Michael J. Fox sur le tournage d’Outrages : « Sean n’a pratiquement pas adressé la parole à Michael ! […] Michael, qui est vraiment un chic type, a vraiment été révulsé par l’attitude de Sean. […] Juste avant une prise, Sean est allé vers Michael et l’a étalé… » Sur Peter Biskind et son ouvrage critique Easy Riders, Raging Bulls, il livre sans ambages : « Biskind est allé interviewer nos ex ou des scénaristes ratés qui nous en voulaient d’avoir réussi. Et je pense qu’il n’a rien compris. […] Pour Biskind, tous les réalisateurs de notre génération sont des artistes au bout du rouleau qui se sont détruits à force d’excès. […] Biskind a très mal relaté certains événements dans son livre… » Après avoir longuement évoqué John Travolta, il résume Blow Out en ces termes : « Blow Out raconte l’histoire d’un type très cynique qui va jusqu’à mettre en danger la vie d’une fille pour prouver qu’il a raison. Il provoque la mort d’une fille innocente et qu’est-ce que ça lui rapporte à l’arrivée ? Rien. Ironie du sort, il se sert de son cri pour sonoriser un film d’horreur minable, qui devient une sorte de métaphore de toute son expérience. »

De quel cinéma De Palma est-il le nom ?
Étape par étape, film par film, Brian De Palma s’épanche sur son métier, sur sa manière de filmer, de penser et façonner un long métrage. Il cite au fil des pages plusieurs sources d’inspiration – Hitchcock, Kubrick, Ford, Powell, Hawks –, se plaint des idées fausses véhiculées à son endroit – un misogyne qui ne ferait que copier les réalisateurs classiques, et surtout Hitchcock –, raconte la préparation minutieuse de ses tournages, décrit Wes Anderson comme un « formidable styliste », loue le travail de Quentin Tarantino avec les « structures narratives », mais regrette en revanche que les nouvelles générations de cinéastes aient été biberonnées à MTV et en soient ressorties avec un « goût des histoires très linéaires et du montage effréné ».

Toutes ces confidences sont accompagnées d’illustrations splendides, intimes ou de tournage, fournies par Brian De Palma ou son frère Bart. Un index très riche aidera par ailleurs le lecteur à retrouver certains commentaires portant sur des films, des cinéastes ou des comédiens bien précis.

Brian De Palma, Samuel Blumenfeld et Laurent Vachaud
Carlotta, novembre 2019, 320 pages

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5

« Les Voyages de Gulliver » : l’exploration humaine en trois temps

Sidonis Calysta commercialise dans une édition collector Les Voyages de Gulliver, un film de Jack Sher mêlant fantastique et aventures, caractérisé tant par les effets spéciaux de Ray Harryhausen que la musique envoûtante de Bernard Herrmann.

Les Voyages de Gulliver est une exploration humaine tricéphale. Elle débute dans une petite ville d’Angleterre, en 1699. La guerre avec l’Espagne est à peine finie qu’une nouvelle avec la France y est déclarée. Le docteur Lemuel Gulliver a toutefois d’autres préoccupations : il soigne des patients qui n’ont pas les moyens de rémunérer son travail, ce qui le place lui-même dans une position financière délicate et occasionne des discussions irritées avec sa compagne Elizabeth. Quand il finit par accepter un poste de chirurgien sur un bateau à destination des Indes, c’est en dépit des réserves de sa bien-aimée, qui le suivra toutefois en se cachant dans la cale du navire. C’est précisément ici que le réel va se voir contaminé par le fantastique. Suite à une tempête, Gulliver échoue seul sur une île dénommée Lilliput, habitée par des individus de très petite taille et gangrénée par une guerre absurde. Cette dernière oppose les Lilliputiens aux habitants de Blefuscu ; elle est uniquement motivée… par deux manières antagoniques de casser les œufs ! Un enjeu nous intéresse cependant particulièrement : l’intégration du Géant Gulliver dans un empire de nains et la manière dont son gabarit colossal (aux yeux des Lilliputiens) va impacter la vie quotidienne et politique des autochtones.

Perçu d’abord comme un ennemi en raison de ses différences physiques, puis comme un héros après avoir révolutionné l’agriculture de l’île et privé Blefuscu de sa flotte de guerre, Gulliver est néanmoins entouré d’archers prêts à l’empêcher de nuire et continue d’être ostracisé en raison notamment d’un appétit équivalant, d’après un calcul pseudo-scientifique, à 1728 bouches lilliputiennes. Ses aspirations idéalistes pour l’île constituent la toile de fond de cette seconde exploration (la première étant l’Angleterre) : il imagine « un pays où règnera la paix, la sérénité et l’amour », « un paradis terrestre » sans prison ni envieux. Problème : « L’empereur vous déteste parce que vous lui êtes supérieur en toute chose », lui annonce-t-on. Confronté à des dilemmes moraux sur la meilleure manière d’agir, Gulliver remarque que les discordes puériles empoisonnent le quotidien des Lilliputiens, que la violence et la vanité font leur œuvre, mais refuse toutefois d’imposer la paix par la force pour ne pas se confondre avec l’empereur tyrannique qui règne sur l’île. Pendant que Jack Sher fraie avec la fable humaine et morale, Ray Harryhausen dispense des effets spéciaux qui, s’ils ont un peu vieilli, continuent d’émerveiller petits et grands. Certes, le détourage des personnages affiche parfois quelques scories, la lumière n’est pas toujours homogène quand deux plans se superposent, mais la sincérité qui se dégage habituellement des projets de Ray Harryhausen ne fait pas défaut ici.

Gulliver atterrit ensuite à Brobdingnag, une île de géants en comparaison desquels il apparaît aussi petit que les Lilliputiens. Tirés d’un roman de Jonathan Swift, ces voyages constituent autant d’invitations à l’aventure. Aussi, dans ce royaume où il paraît diminué, et qu’il découvre malgré lui, Gulliver va être rapidement considéré comme un sorcier en raison de ses connaissances scientifiques. Il devra d’ailleurs affronter un crocodile, animé image par image, dans une lutte à mort. La tolérance est ici questionnée : l’obscurantisme des géants condamne le progressisme dont Gulliver se fait porteur, tandis que la petitesse est considérée par les autochtones comme une volonté de Dieu de faire de certains hommes… des jouets. A-t-on déjà vu pire déterminisme ? Entretemps, l’humour aura eu le temps de produire ses effets, notamment à l’occasion de l’une ou l’autre tirade (« Je ne fais pas de politique, je suis toujours loyal envers le plus fort ») ou au détour d’une scène absurde (par exemple, les épreuves insensées pour devenir Premier ministre de Lilliput). Les aventures, les effets spéciaux, les questions philosophiques, l’humour, la romance entre Gulliver et Elizabeth : c’est un peu par magie qu’on parvient à un équilibre subtil capable de ravir, dans des proportions semblables, parents et enfants.

BONUS

Les bonus inclus sur le disque se limitent au film d’animation, très appréciable, de Max Fleischer. Il aurait cependant été pertinent d’y trouver aussi un quelconque document portant sur le travail de Ray Harryhausen, qui contribue grandement à faire le sel de ce long métrage. Un livret de Marc Toullec accompagne également cette parution DVD/Blu-ray. La rédaction n’en a toutefois pas obtenu la copie.

Sur le site de l’éditeur

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3.5

Debout sur la montagne : aux âmes esseulées

Après Ulysse et Mona, Sebastien Betbeder s’aventure dans les Alpes avec un jeune casting prometteur pour son sixième long métrage. Debout sur la montagne s’inscrit dans la parfaite lignée de l’oeuvre de son auteur, qui illustre cette jolie et douce vague d’absurde à la française comme l’avait fait Perdrix dernièrement.

Les couleurs de l’automne vont bien au teint de ce trio infernal, un peu perdu et très désorienté ayant comme seul repère le passé, les souvenirs et les liens qui les unissent. William Lebghil, Izïa Higelin et Bastien Bouillon forment un groupe d’amis et d’anti-héros aux failles aussi évidentes que la tendresse qui les réunit. C’est d’ailleurs grâce à ces jolis sentiments qui les maintiennent les uns avec les autres que l’on s’attache très rapidement à leurs personnages, pour chacun blessé ou abîmé par la vie, par ce qu’elle leur a offert ou par ce qu’ils en ont fait. Izïa Higelin, soleil de ce trio perdu, se place très vite en leader charismatique de cette bande de potes, et va permettre à chacun de se révéler un peu et de se rendre encore plus spécial qu’ils ne le sont déjà. Mais William Lebghil surprend aussi dans un registre plus dramatique qu’à son habitude où tout semble plus maîtrisé, mesuré et lui va divinement bien.

C’est cette singularité qui peut être passionnante dans le film, ce ton particulier, cette ambiance planante, cet ensemble d’éléments attachants, sensibles qui rend les personnages d’une humanité prenante et permet au spectateur de ressentir énormément d’empathie et presque l’envie de rejoindre ce groupe et d’en faire partie. Comme les précédents films du réalisateur, ou les œuvres qui s’en rapprochent, le temps peut sembler long lorsque l’on n’adhère pas complètement au format mais la manière avec laquelle le cinéaste capte les solitudes de notre époque et les âmes en peine demeure d’une émotion terrible jusqu’au final encore plus accrochant. Comment survivre dans ce chaos ? Debout sur la montagne déborde de pureté dans son intention.

Betbeder a également la capacité de faire quelque chose avec rien. Des silences, des non dits, des regards fuyants et souvent un calme plat un peu angoissant, il en fait une oeuvre assez intime et intelligente qui parle justement de tout cela, de l’incommunicabilité, des amitiés retrouvées qui peuvent nous bouleverser et marquer nos vies à jamais, de l’imaginaire qui déborde et ne trouve pas toujours répondant. C’est sans doute ce que le cinéaste expérimente à chacun de ses films pourtant intéressants surtout dans les portes qu’il ouvre, les questions qu’il provoque à chaque silence lorsque l’on se demande pourquoi il ne se passe rien, pourquoi le film ne dit rien. La force du film est dans ce qu’il ne dit pas mais qu’il offre à travers le visage de ces trois acteurs, sur qui la caméra s’arrête à tour de rôle. Debout sur la montagne a la force de la mélancolie qui fait varier les émotions et mêle les sentiments comme le film détourne les siens, et s’amuse des genres. De l’étrange au fantastique, le film se transforme tantôt en comédie et parfois en tragédie, les comédiens errent au milieu de ces tumultes déstabilisants et font de ce long métrage un bon et riche moment de cinéma.

Bande-Annonce : Debout sur la montagne

Fiche Technique : Debout sur la montagne

Réalisation : Sébastien Betbeder
Scénario : Sébastien Betbeder
Casting : William Lebghil, Izïa Higelin, Bastien Bouillon, Jérémie Elkaïm, Estéban
Décors : Aurore Casalis
Photographie : Sylvain Verdet
Montage : Céline Canard
Musique : Sourdure
Sociétés de production : Gloria Films, Les Films du Printemps et Auvergne-Rhône-Alpes Cinéma
Société de distribution : Sophie Dulac Distribution
Genre : Comédie dramatique
Durée : 95 minutes
Dates de sortie : 23 octobre 2019

« Vampire, vous avez dit vampire ? » : le premier film de Tom Holland restauré en 4K

Vampire, vous avez dit vampire ? paraît dans une version restaurée 4K (et son 5.1) chez Carlotta. Il n’en fallait pas plus pour se replonger dans le premier film de Tom Holland, qui se distinguera plus tard avec Child’s Play, l’acte inaugural de la saga Chucky.

Les images obsédantes caractérisent depuis toujours le cinéma d’horreur. Il suffit de se remémorer la silhouette inquiétante de Nosferatu ou les cicatrices difformes de Frankenstein. Dans un récent essai consacré aux stratégies de l’effroi sur écran, Étienne Jeannot rappelle que les trois phases de la peur – anticipation, focalisation et remémoration – président à l’expérience du spectateur soumis à un long métrage horrifique. En grand amateur de films d’épouvante, Tom Holland s’est inéluctablement construit un catalogue personnel de plans et de créatures ayant conditionné sa vision du genre. C’est probablement l’une des raisons qui explique qu’au beau milieu des années 1980, en plein essor du slasher movie, il décide de ressusciter Dracula et de l’intégrer dans une banlieue suburbaine américaine. Cette dernière est immortalisée dès l’ouverture, le temps d’un long travelling latéral, avant que la caméra ne s’élève et pénètre par une fenêtre dans la chambre de Charley, un adolescent de dix-sept ans friand… de films d’horreur.

Si Vampire, vous avez dit vampire ? est un film dual, ses 45 premières minutes constituent un véritable tour de force considérant que Tom Holland était jusque-là essentiellement connu pour avoir été l’auteur de Psychose 2. Durant cette longue entrée en matière, William Ragsdale campe avec une vulnérabilité assumée un adolescent ordinaire, flirtant avec sa copine et se montrant impatient de perdre sa virginité (« J’ai la trouille, voilà tout », répondra-t-elle à ses avances). Il vit seul avec sa mère, passe ses soirées devant des films d’épouvante, bosse à l’occasion sa trigonométrie et se trouve bientôt fasciné par l’installation d’un nouveau voisin, qu’il soupçonne d’être un vampire, dans une veine paranoïaque délectable – jumelles, observations nocturnes et délations aux forces de l’ordre notamment. Pendant cette première moitié de film, le spectateur revit des bouts d’adolescence, pénètre dans des maisons typiques de la banlieue américaine des années 80, écoute une mère de famille évoquer des études sur le divorce (Kramer contre Kramer est sorti six années plus tôt) et assiste à une confrontation temporairement ouatée entre Charley et ses nouveaux voisins, jusqu’à ce que le jeune homme en vienne à être passablement accablé par les événements. Entretemps, déjà, Tom Holland a fait la démonstration d’une vraie science du cadre et de contrechamps sophistiqués.

La suite se fait plus spectaculaire, avec des luttes à mort, des mutations horribles, des cris et du sang. C’est parfois un peu grotesque, notamment en raison d’effets spéciaux rudimentaires ou de longueurs indésirables. Il y a toutefois, aussi, des trouvailles et des perles. Un « vous savez, il est très atteint » à l’attention de Charley. Un cynique « ce ne serait pas une grande perte » quand on postule que le vampire dandy pourrait vider tous les villageois de leur sang. Une première confrontation avec la créature ou une séquence dans une ruelle sordide plutôt réussies. Deux filets de sang coulant majestueusement le long d’un dos de femme dénudé. Un homme de télévision, chasseur de vampires à l’attirail composite – eau bénite, croix, miroir, etc. –, alter ego putatif de Tom Holland, regrettant amèrement que les tueurs à la Michael Myers soient à la mode et supplantent désormais les monstres à l’ancienne. Vampire, vous avez dit vampire ? souffre certes de quelques faiblesses conceptuelles, mais il n’en demeure pas moins, eu égard à ces traits constitutifs, un film culte, maîtrisé et animé d’une passion sincère pour l’objet qu’il développe : la créature horrifique old school.

RESTAURATION & BONUS

Le travail de restauration est très appréciable. Les couleurs, le grain, le piqué, les différentes pistes sonores ont tous été traités avec grand soin. Au rang des bonus figurent les bandes-annonces habituelles, une galerie de photos, trois petits films de dix à vingt minutes (racontant notamment la passion de Tom Holland pour les histoires horrifiques et les monstres à l’ancienne), mais surtout un documentaire de plus de deux heures, rythmé, amusant et instructif, contenant des extraits et des entretiens retraçant la genèse du film et le travail de ses différents intervenants. De quoi gâter le spectateur et resituer au mieux le long métrage dans son contexte de création.

BD 50 • MASTER HAUTE DÉFINITION • 1080/23.98p • ENCODAGE AVC • Version Originale DTS-HD MA 5.1 & 2.0 / Version Française DTS-HD MA 5.1 & 2.0 • Sous-Titres Français • Format 2.35 respecté • Couleurs • Durée du Film : 106 mn
DVD 9 • NOUVEAU MASTER RESTAURÉ • PAL • ENCODAGE MPEG-2 • Version Originale Dolby Digital 5.1 & 2.0 / Version Française Dolby Digital 5.1 & 2.0 • Sous-Titres Français • Format 2.35 respecté • 16/9 compatible 4/3 • Couleurs • Durée du Film : 102 mn

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4

Cycle HBO : Treme, une série de David Simon et Eric Overmyer

L’occasion d’un cycle HBO nous a permis de revenir sur de nombreuses perles télévisuelles, notamment celles signées ou co-crées par David Simon. Après The Wire, Generation Kill, et Show Me A Hero, LeMagduciné vous propose de revenir sur une autre fresque télévisuelle de l’ancien journaliste, Treme (2010-2013). Au programme : le présent et l’avenir de la Nouvelle-Orléans post-Katrina aux mains de ses citoyens.

Synopsis : Les habitants de Treme, un quartier de la Nouvelle-Orléans, sont des gens ordinaires, musiciens, chefs cuisiniers ou professeurs, et se raccrochent à un héritage culturel unique. Après la plus grande catastrophe civile de l’histoire américaine, l’ouragan Katrina, ils se demandent si leur ville, berceau de ce style de vie si exceptionnel, a toujours un avenir…

Treme : au coeur du naufrage

Treme est un récit de naufragés. Pas de bonhommes paumés sur une île suite à un crash d’avion, mais des personnages basés sur des individus bien réels ayant tout perdu ou presque après les ravages de l’ouragan Katrina sur l’état américain de la Louisiane. Ici, David Simon et le co-créateur de la série Eric Overmyer s’intéressent aux habitants de la Nouvelle Orléans post-Katrina. D’où le titre, Treme, qui renvoie au Tremé, soit à l’un des plus vieux quartiers de la ville, culturellement conséquent pour les communautés afro-américaine et créole, dans lequel logeaient des noirs non-esclaves alors que l’esclavagisme régnait encore. Un lieu de liberté où la créativité était passionnée par la musique, la cuisine et d’autres us et coutumes.

C’est justement grâce à la force culturelle et l’énergie créatrice que les naufragés de Katrina vont refaire battre le cœur de la ville. Laissés pour compte par le gouvernement, trahis par de graves erreurs d’ingénierie, à peine soutenus par des autorités locales dépassées par l’ampleur du désastre, les habitants de la Nouvelle-Orléans ont pu perdre leur famille, leur maison, leur emploi, leur vie. Les vivants, naufragés dans leur propre ville, font face à une réalité brutale au lendemain du passage de l’ouragan Katrina : « La survie à tout prix dans une réalité nouvelle, sans idéal, où chacun se retrouve seul. » (David Simon, interviewé par Olivier Joyard, Les Inrocks, 2013).

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De multiples personnages pour autant de parcours et de points de vue.
Copyright : HBO / Warner Home Video

La force de la Nouvelle-Orléans, de ses habitants comme des personnages les représentant à l’écran dans la série, se constitue dans l’ensemble actif des efforts individuels. Ici et là, à l’écran, des cuisiniers, des musiciens, une avocate, un professeur, ou encore un officier de police vont déployer tous les moyens et efforts possibles dans chacun de leur domaine. Et toutes ces énergies individuelles vont se croiser, pas nécessairement de façon physique, mais de telle manière qu’elles vont contribuer ensemble à se relever chacune de leurs chutes respectives et aussi, surtout, de leur chute collective causée par un manque de rigueur et d’intelligence humaine dans la construction de digues, alors facilement mises à mal par Katrina. La chute arriva avec les institutions officielles et leurs visions capitalistes à court terme ; la renaissance, avec la riche somme d’individualités blessées mais persévérantes constituant les citoyens de la Nouvelle Orléans à la culture solidement ancrée dans les divers espaces de la ville.

Un générique explicite quant au programme de Treme.

La Nouvelle Orléans et son destin entre les mains de ses citoyens : des espaces réinvestis par les personnages 

« Nous souhaitions montrer ce que représente la culture dans une ville américaine d’aujourd’hui, quand les grands idéaux ont été abandonnés. Pour incarner cela, nous n’avons eu qu’un moyen : montrer des Américains à un endroit et un moment particuliers, en train de mener leur vie », déclara en 2013 David Simon à Olivier Joyard, journaliste aux Inrockuptibles. Treme expose avec précisions et justesse émotionnelle la renaissance de la Nouvelle-Orléans. Un renouveau qui pourra avoir lieu grâce au labeur de ses différents protagonistes qui ne cesseront d’animer la culture de la ville, chacun à leur échelle et à différentes places – la cuisine pour le personnage de Kim Dickens, la participation passionnée aux défilés pour la famille Bernette –, voire de la réanimer. On pense alors au formidable Albert « Big Chief » Lambreaux (incarné par un impérial Clarke Peters), décidé à revenir à la Nouvelle-Orléans malgré les conséquences de la catastrophe, le non-soutien de sa fille… Malgré tout, il réaménagera un ancien bar mis à mal par Katrina en local pour son groupe d’Indiens de Mardi gras. Et il réussira à faire revenir son fils à plusieurs reprises. Ce dernier, jazzman réputé à la ville, retrouvera grâce à son père la voix du jazz, genre soumis aux artificialités de la technique, de la critique nostalgique et du marché musical. Cette voix du jazz est pour Albert Lambreaux un chant de colère, pour son fils, des clameurs de cuivre emplies de fierté et d’humilité. Avec ces deux personnages comme avec les autres, il s’agit de préserver et de passionner l’humanité créative et alors positiviste, seul remède et contrefort au cynisme et à la bêtise du système économico-politique usé et corrompu par ses propres mécanismes ainsi que par ses agents.

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Clarke Peters / Albert Lambreaux réveille les passions indiennes du Mardi gras.
Copyright : HBO / Warner Home Video

De la même manière que dans The Wire, c’est le mouvement des individus qui leur permet à eux comme aux spectateurs « d’échapper à l’étouffement et de saisir avant tout, au-delà des limites et des contraintes, la vie bouillonnante de ces différents milieux qui se croisent et s’entrelacent » (HUDELET, Ariane, L’individu et son contexte, Let’s see if there is a pattern, in The Wire, l’Amérique sur écoute, Éditions La Découverte, p.158). Ce mouvement peut être constaté à différentes échelles : les personnages et de nombreux citoyens défilent dans l’ensemble de la ville ; comme décrit plus haut, certains reconfigurent l’espace afin d’y faire vivre leur passion ; enfin d’autres, précisément la voix de la raison emplie d’exaspération et de colère interprétée par un John Goodman éblouissant, s’ouvrent à l’immensité spatiale du web afin d’y exprimer la vérité et les sentiments de la Nouvelle-Orléans. Enfin, même si Treme est l’après-The Wire – la Nouvelle-Orléans a déjà subi les échecs des administrations et des institutions, et a connu la chute –, elle propose aussi, malgré les mouvements libérateurs, des « corps enfermés, (des) perspectives bloquées, (des) espaces cloisonnés et (des) institutions étouffantes » (ibid). En effet, si les personnages de The Wire doivent probablement encore se battre pour quelques relatifs succès à travers les toiles d’araignées qui corrompent Baltimore, et cela de chaque de côté de la loi, ceux de Treme, luttant pour leur survie – tant au niveau des premiers besoins vitaux que de leur passion qu’ils considèrent comme nécessaire à cultiver –, avancent difficilement vers un renouveau individuel et collectif. Car la renaissance de la ville est davantage celle de sa culture polymorphe animée par ses habitants que de sa structure administrative, toujours prise dans les vieux jeux du système. Et certains de nos formidables personnages – qui restent des êtres humains, non des figures utopistes de pionniers ou reconstructeurs – perdront parfois leur courage et leur esprit devant les difficultés  – essentiellement injustes – qui les attendent et face à la complexité du cosmos chaotique qui les dépasse. Toutefois, Treme présente définitivement un récit de naufragés empli d’espoir, sinon d’humanisme, en filmant cette Nouvelle-Orléans ravagée qui, comme le note George Pelecanos, l’un des scénaristes et producteurs de la série, « was a cross section of all these folks who stayed there and somehow made it work against great odds ».

Treme – Bande-annonce

Treme – Fiche technique

Genre : Drame, Série Musicale
Création : David Simon & Eric Overmyer
Acteurs principaux : Khandi Alexander, Wendell Pierce, Clarke Peters, Kim Dickens, Melissa Leo, Lucia Micarelli, Steve Zahn, Michiel Huisman, David Morse, India Ennenga & John Goodman (saison 1)
Réalisateurs principaux : Anthony Hemingway, Ernest R. Dickerson, Agnieszka Holland
Scénaristes principaux : George Pelecanos, Anthony Bourdain, Lolis  Eric Elie, Tom Piazza, David Mills, Mari Kornhauser, James Yoshimura
Producteurs principaux : David Simon, Laura A. Schweigman, Joe Incaprera, Eric Overmyer, Karen L. Thorson, Jessica Levin, Anthony Hemingway, Nina Kostroff-Noble, Carolyn Strauss
Musique : Treme song par John Boutté (album : Jambalaya, 2003)
Nombre de saisons : 4
Nombre d’épisodes : 38
Durée moyenne des épisodes : 59 min
Diffusion originale : 11 avril 2010 – 29 décembre 2013
Chaîne d’origine : HBO
Pays d’origine : Etats-Unis

Site web : https://www.hbo.com/treme