Perdrix ou la fantaisie made in France

Perdrix n’est pas tant un film d’enquête qu’une petite pépite où l’humour est habilement habillé de fantaisie. Swann Arlaud y est espiègle et émouvant, dans un savant dosage qui prône l’amour comme une liberté d’être au monde, à deux.

Divine idylle

Au départ, Perdrix ressemble à une enquête un peu absurde où les personnages pourraient sortir tout droit d’un Bruno Dumont, les gueules cassées en moins. Pourtant, quelque chose pointe, d’une surprise qui se dessine peu à peu quand les personnages, tous décalés, s’écrivent comme des partitions presque indéchiffrables. Finalement, on est face à une comédie romantique mais où les obstacles sont sans cesse repoussés par une liberté de ton assez rafraîchissante. On est face à une folie générationnelle où les personnages sont pourtant en apparence à côté de leurs pompes et de la folie de la société. Lui, parce qu’il vit comme reclus dans cette gendarmerie d’un autre âge et elle, parce qu’elle fuit en permanence et consigne tout dans ses carnets à l’heure où la vie de chacun s’étale en pagaille sur la toile. Ici, la force des mots est réelle. Quand les personnages s’associent l’un à l’autre, c’est parce qu’ils le désirent ardemment, ne voient pas d’autre issues possibles. Comme une évidence, mais sans préjugé ni déclaration toute faite. Les personnages sont des êtres vivants dont les réactions nous surprennent, et c’est assez rare de traiter des personnages avec une telle finesse pour que cela soit souligné.

Plaisirs coupables 

S’il prétend être fan de poésie pour « charmer » sa belle, le film, lui, n’en n’est pas dénué. Et cette poésie naît du quotidien que le spectateur partage pleinement avec une famille de bric et de broc, comme s’il était assis à sa table. Pour le cinéphile, habitué à cette branche du cinéma français qui tente de se démarquer par le décalage permanent, Perdrix demeure cependant une somme de petits plaisirs. Tout d’abord, entendre, dès le générique, la voix inimitable de Fanny Ardent comme susurrer des mots d’amour. Voir et apprécier l’idée que Swann Arlaud, après Petit Paysan ou encore Grâce à Dieu, peut définitivement tout jouer, sans paraître faire des manières ou s’intégrer de force dans un univers. Il se fond ici dans ce personnage improbable telle une Adèle Haenel dans En liberté ! l’an dernier. Les cadres léchés, travaillés et souvent habiles d’Erwan Le Duc sont aussi un autre petit plaisir de cinéphile. Au côté de Swann Arlaud, on retrouve également la grâce habile de Maud Wyler et son visage multiforme, inattendu d’un plan à l’autre. A eux deux, ces acteurs font un parfait couple anti-romantique. Mais surtout un fabuleux couple de cinéma qui dit que s’aimer devant une caméra, c’est écouter l’autre, se surprendre, et chercher à tout prix à se comprendre, sans nul besoin de grands discours, juste des actes, aussi malhabiles et dérangés soient-ils.

Perdrix : Bande annonce

Perdrix : Fiche Technique

Réalisateur : Erwan Le Duc
Scénario : Erwan Le Duc
Interprètes : Swann Arlaud, Maud Wyler, Fanny Ardant, Nicolas Maury, Patience Munchenbach
Compositeur : Julie Roué
Photographie : Alexis Kavrychine
Montage : Julie Dupré
Producteurs : Stéphanie Bermann, Alexis Dulguerian
Sociétés de production : Domino Films
Distributeur : Pyramide Distribution
Genre : Comédie
Durée : 102 minutes
Date de sortie: 14 août 2019

France – 2019

Perdrix ou la fantaisie made in France
3.5

Festival

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Chloé Margueritte
Chloé Marguerittehttps://www.lemagducine.fr/
Diplômée en journalisme de l'ESJ Paris, je suis passée par mille et une péripéties culturelles et littéraires au cours de mes études : théâtres, ciné et prépa avant de débarquer à Paris pour me lancer dans le journalisme et la communication. Passionnée par l'art en général et par le cinéma en particulier, j'écris principalement des critiques et autres analyses filmiques.

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