« Vampire, vous avez dit vampire ? » : le premier film de Tom Holland restauré en 4K

Vampire, vous avez dit vampire ? paraît dans une version restaurée 4K (et son 5.1) chez Carlotta. Il n’en fallait pas plus pour se replonger dans le premier film de Tom Holland, qui se distinguera plus tard avec Child’s Play, l’acte inaugural de la saga Chucky.

Les images obsédantes caractérisent depuis toujours le cinéma d’horreur. Il suffit de se remémorer la silhouette inquiétante de Nosferatu ou les cicatrices difformes de Frankenstein. Dans un récent essai consacré aux stratégies de l’effroi sur écran, Étienne Jeannot rappelle que les trois phases de la peur – anticipation, focalisation et remémoration – président à l’expérience du spectateur soumis à un long métrage horrifique. En grand amateur de films d’épouvante, Tom Holland s’est inéluctablement construit un catalogue personnel de plans et de créatures ayant conditionné sa vision du genre. C’est probablement l’une des raisons qui explique qu’au beau milieu des années 1980, en plein essor du slasher movie, il décide de ressusciter Dracula et de l’intégrer dans une banlieue suburbaine américaine. Cette dernière est immortalisée dès l’ouverture, le temps d’un long travelling latéral, avant que la caméra ne s’élève et pénètre par une fenêtre dans la chambre de Charley, un adolescent de dix-sept ans friand… de films d’horreur.

Si Vampire, vous avez dit vampire ? est un film dual, ses 45 premières minutes constituent un véritable tour de force considérant que Tom Holland était jusque-là essentiellement connu pour avoir été l’auteur de Psychose 2. Durant cette longue entrée en matière, William Ragsdale campe avec une vulnérabilité assumée un adolescent ordinaire, flirtant avec sa copine et se montrant impatient de perdre sa virginité (« J’ai la trouille, voilà tout », répondra-t-elle à ses avances). Il vit seul avec sa mère, passe ses soirées devant des films d’épouvante, bosse à l’occasion sa trigonométrie et se trouve bientôt fasciné par l’installation d’un nouveau voisin, qu’il soupçonne d’être un vampire, dans une veine paranoïaque délectable – jumelles, observations nocturnes et délations aux forces de l’ordre notamment. Pendant cette première moitié de film, le spectateur revit des bouts d’adolescence, pénètre dans des maisons typiques de la banlieue américaine des années 80, écoute une mère de famille évoquer des études sur le divorce (Kramer contre Kramer est sorti six années plus tôt) et assiste à une confrontation temporairement ouatée entre Charley et ses nouveaux voisins, jusqu’à ce que le jeune homme en vienne à être passablement accablé par les événements. Entretemps, déjà, Tom Holland a fait la démonstration d’une vraie science du cadre et de contrechamps sophistiqués.

La suite se fait plus spectaculaire, avec des luttes à mort, des mutations horribles, des cris et du sang. C’est parfois un peu grotesque, notamment en raison d’effets spéciaux rudimentaires ou de longueurs indésirables. Il y a toutefois, aussi, des trouvailles et des perles. Un « vous savez, il est très atteint » à l’attention de Charley. Un cynique « ce ne serait pas une grande perte » quand on postule que le vampire dandy pourrait vider tous les villageois de leur sang. Une première confrontation avec la créature ou une séquence dans une ruelle sordide plutôt réussies. Deux filets de sang coulant majestueusement le long d’un dos de femme dénudé. Un homme de télévision, chasseur de vampires à l’attirail composite – eau bénite, croix, miroir, etc. –, alter ego putatif de Tom Holland, regrettant amèrement que les tueurs à la Michael Myers soient à la mode et supplantent désormais les monstres à l’ancienne. Vampire, vous avez dit vampire ? souffre certes de quelques faiblesses conceptuelles, mais il n’en demeure pas moins, eu égard à ces traits constitutifs, un film culte, maîtrisé et animé d’une passion sincère pour l’objet qu’il développe : la créature horrifique old school.

RESTAURATION & BONUS

Le travail de restauration est très appréciable. Les couleurs, le grain, le piqué, les différentes pistes sonores ont tous été traités avec grand soin. Au rang des bonus figurent les bandes-annonces habituelles, une galerie de photos, trois petits films de dix à vingt minutes (racontant notamment la passion de Tom Holland pour les histoires horrifiques et les monstres à l’ancienne), mais surtout un documentaire de plus de deux heures, rythmé, amusant et instructif, contenant des extraits et des entretiens retraçant la genèse du film et le travail de ses différents intervenants. De quoi gâter le spectateur et resituer au mieux le long métrage dans son contexte de création.

BD 50 • MASTER HAUTE DÉFINITION • 1080/23.98p • ENCODAGE AVC • Version Originale DTS-HD MA 5.1 & 2.0 / Version Française DTS-HD MA 5.1 & 2.0 • Sous-Titres Français • Format 2.35 respecté • Couleurs • Durée du Film : 106 mn
DVD 9 • NOUVEAU MASTER RESTAURÉ • PAL • ENCODAGE MPEG-2 • Version Originale Dolby Digital 5.1 & 2.0 / Version Française Dolby Digital 5.1 & 2.0 • Sous-Titres Français • Format 2.35 respecté • 16/9 compatible 4/3 • Couleurs • Durée du Film : 102 mn

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Jonathan Fanara
Jonathan Fanarahttps://www.lemagducine.fr
Co-rédacteur en chef. Responsable des pages Littérature, Essais & Bandes dessinées, ainsi que des actualités DVD/bluray Rédacteur Cinéma & Séries télévisées. Auteur de « Fragments de cinéma » (Ed. Le Livre en Papier).

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