Ulysse & Mona, le nouvel OVNI de Sebastien Betbeder

Figure hors-norme dans le cinéma français moderne, Sébastien Betbeder signe un sixième long-métrage, qui s’inscrit dans la droite lignée de ses précédents OVNI. Et la présence d’Eric Cantonna en modèle pour une jeune artiste prometteuse suffit à elle seule à comprendre à quel point l’imaginaire foisonnant de cet auteur s’amuse à brouiller les pistes pour mieux nous ramener vers un état de sérénité particulièrement agréable.

Deux ans après lui avoir confié un rôle de romancier en panne d’inspiration dans Marie et les Naufragés, Sébastien Betbeder fait à nouveau appel à Eric Cantonna pour incarner un peintre qui s’est coupé du monde. C’est à croire que la silhouette imposante de cet ancien footballeur s’apparente, dans l’imaginaire farfelu de Betbeder, à un artiste désenchanté. Après tout, ses cinq précédents films nous ont appris à ne pas nous fier aux apparences. Et ce sixième film part précisément dans cette même direction, faite de sensibilité poétique elle-même alimentée par un délicat mélange d’humour décalé et de mélancolie. En l’occurrence, son récit, toujours aussi léger sur le papier, prend pour point de départ la fascination d’une jeune étudiante en arts, Mona (incarnée par Manal Issa, vue dans Peur de Rien et Nocturama) pour cet ancien créateur, depuis transformé en vieux grincheux solitaire, carapaté dans son château au fin-fond de la forêt.

Le caractère vaporeux de cette rencontre, et du lien qui va se tisser entre ces deux personnages pour se poursuivre à travers une série de situations surréalistes, nous mène automatiquement à nous interroger sur sa dimension métaphorique. Ulysse est-il la somme des frayeurs internes de Mona, qui l’empêchent de s’affirmer elle-même comme artiste, mais aussi comme femme, et dont elle va devoir se débarrasser ? Est-ce Mona qui incarne le goût à la vie qu’Ulysse a perdu et qu’il doit retrouver pour se reconstruire ? Ne comptez toutefois pas sur l’univers lunaire de Sebastien Betbeder pour nous éclairer sur toutes les questions existentielles qu’il pose. Là où son imaginaire truculent assure en revanche de faire de son buddy-movie baroque un feel-good movie universel, c’est en particulier dans le traitement qu’il y fait de la délicate question de la famille.

Si le jeu assez inexpressif des deux acteurs principaux, pourtant radicalement opposés, rend visible leur complémentarité, c’est surtout les rencontres qui vont agrémenter leur relation. Et parmi ces personnages insolites, dont Betbeder a le secret, les plus bouleversants d’entre eux sont les membres de la famille d’Ulysse. Sa femme et son fils qu’il a abandonnés quelques années tôt, mais aussi, d’une certaine façon, le jeune Arthur et même Mona elle-même puisque c’est lorsqu’Ulysse va, à la toute fin, donner autant d’importance à ces deux personnages qu’à sa propre famille, que le film va rendre leurs interactions tendrement attendrissantes. L’émotion que le réalisateur transmet au public passe essentiellement par ses choix musicaux, grâce au compositeur Minizza (avec qui il a déjà collaboré sur Le Voyage au Groenland) et au groupe Institut qui anime l’une des scènes les plus mémorables du film. Cette ambiance musicale, en plus d’appuyer le réchauffement des échanges, alimente la part d’onirisme de cette improbable aventure et nous aide à y plonger avec plaisir.

Ulysse et Mona : Bande-Annonce

Ulysse et Mona : Fiche technique

Réalisation et scénario : Sébastien BETBEDER
Interprétation : Manal ISSA, Éric  CANTONA, Mathis  ROMANI, Quentin DOLMAIRE, Marie  VIALLE, Joël CANTONA, Jean Luc VINCENT, Nicolas AVINÉE,  Jonathan  CAPDEVIELLE,  Jean Charles  CLICHET, Sofian KHAMMES, Jonathan COUZINIÉ, Micha LESCOT
Musique : Minizza
Montage : Céline CANARD
Producteur : Frédéric DUBREUIL
Sociétés de production : Envie de Tempête Productions
Sociétés de distribution : Sophie Dulac
Genre : Tragicomédie
Durée : 82 minutes
Dates de sortie : 30 janvier 2019

France – 2018

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3.5

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Julien Dugois
Julien Dugoishttps://www.lemagducine.fr/
Sans jamais avoir voulu me prétendre du statut pompeux de cinéphile, je suis un dévoreur acharné de films, de tous genres, de tous horizons. J’admets vouer un culte aux œuvres de Kubrick, Chaplin, les frères Coen, Kurosawa et Jarmusch, pour ne citer qu’eux. De cette passion, devenue addiction, est née mon envie de passer un diplôme en audiovisuel pour poser un regard plus professionnel sur ce que je vois, mais aussi de rédiger des critiques. A l’origine, je n’écrivais que pour moi, me faisant des fiches pour combler ma mémoire défaillante, mais j’essaie aujourd’hui d’étoffer mes écrits pour être lu de ceux avec qui j’aimerai partager mon avis et débattre intelligemment.

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