Comment fonctionne l’huile moteur ? L’huile moteur transfère la chaleur des composants lubrifiés du moteur tels que les roulements, les pistons, les segments, les tiges de soupape et les alésages de cylindre pendant le fonctionnement. Au fur et à mesure que l’huile se déplace autour du moteur, de plus en plus de chaleur est absorbée et transférée. Cette chaleur est ensuite expulsée du moteur via le tuyau d’échappement. En faisant cela, le moteur peut fonctionner plus efficacement et créer moins de chaleur que si le moteur s’appuyait uniquement sur l’air pour refroidir ces pièces.
Cela réduit la température de ces composants, ce qui les empêche de se gripper ou de surchauffer. Dans les cas extrêmes, cela peut même entraîner l’arrêt complet du moteur. En gardant le moteur frais et exempt de débris, les transferts d’huile peuvent jouer un rôle important pour garantir que votre véhicule fonctionne en douceur et sans problème.
Quand est-il temps de changer l’huile moteur ? L’huile est un composant clé du moteur de votre voiture, et elle doit être remplacée régulièrement pour assurer un bon fonctionnement. Votre manuel du propriétaire peut vous donner des directives précises sur la fréquence de vidange de votre huile, mais la plupart des voitures devraient faire changer leur huile entre 3 000 et 6 000 milles ou 3 et 6 mois. Pour les véhicules plus récents, y compris ceux qui roulent beaucoup, il est généralement recommandé de changer l’huile tous les 6 000 miles ou six mois. Consultez votre manuel du propriétaire pour plus de détails. Les huiles avec un kilométrage plus élevé peuvent aider les véhicules plus anciens à fonctionner plus facilement et à durer plus longtemps.
Presque chaque voiture doit faire changer son huile à un moment donné de sa vie. Les véhicules plus récents nécessitent généralement une vidange d’huile tous les 6 000 miles ou six mois. Les voitures plus anciennes peuvent avoir besoin de changer leur huile plus souvent, selon le nombre de kilomètres parcourus. Consultez votre manuel du propriétaire pour des directives spécifiques. Considérez l’huile à kilométrage élevé si votre voiture est plus ancienne et a beaucoup roulé.
Comment changer l’huile moteur ? Suivez ces étapes pour changer votre propre huile : Étape 1 : Jack, ouvrez-le
Étape 2 : débranchez-le, égouttez-le
Étape 3 : Désactiver avec l’ancien filtre
Étape 4 : Bouchon de vidange, filtre activé
Étape 5 : Remplissez-le avec de l’huile
Étape 6 : Vérifier le niveau d’huile, vérifier les fuites
Il y a quelques choses dont vous aurez besoin avant de commencer votre vidange d’huile :
une clé à filtre à huile,
pétrole,
et un récipient pour contenir l’huile.
La première étape consiste à retirer le filtre à huile.
Sur la plupart des voitures, cela se fait en retirant quatre boulons, puis en soulevant le filtre du moteur. Assurez-vous d’avoir la bonne taille de clé avant de faire cela, la plupart des huiles utilisent une clé à filtre dont la taille est différente de la plupart des clés.
Prochain,
versez quelques centimètres d’huile dans votre récipient et replacez le filtre sur le dessus. Remplacez les quatre boulons, puis serrez-les à l’aide de votre clé. Assurez-vous que le couvercle de votre récipient est bien fermé avant de le ranger.
Il est maintenant temps de changer l’huile. Sur la plupart des voitures, cela se fait en retirant huit vis, puis en laissant tomber le plateau sur le sol. Veillez à ne pas faire tomber d’huile sur vous ou votre voiture. Après avoir retiré toutes les vis, soulevez le plateau et jetez-le.
Ensuite, retirez le bouchon en haut du moteur et utilisez un entonnoir pour verser une partie de la nouvelle huile dans le carter. Faites attention de ne pas en mettre sur vos mains ou dans vos yeux. Les gants médicaux en latex à l’ancienne fonctionnent bien pour cette partie. Vous aurez besoin d’au moins 3 pintes (3 litres) d’huile neuve pour une Acura TSX, alors soyez prêt à passer du temps à remplir votre bidon encore et encore jusqu’à ce que vous ayez assez de force.
En juin dernier, Jerzy Skolimowski, 84 ans, recevait le prix du Jury à Cannes pour son dernier long-métrage, EO. Avec ce film très original racontant l’errance d’un âne à travers l’Europe, le cinéaste polonais met en évidence l’absurdité des hommes ainsi que leur cruauté. Road movie onirique, poème visuel, réquisitoire contre la maltraitance animale, le film de Skolimowski est aussi dérangeant dans son propos qu’audacieux dans sa forme.
Résistance asinienne
Eo (Hi-han) est séparé de sa maitresse suite à la fermeture du cirque où ils avaient leur numéro. Transbahuté dans un haras, au milieu de chevaux de course, Eo se lasse d’attendre le retour de sa belle et prend la poudre d’escampette. On suit alors son odyssée à travers la Pologne et au-delà, au gré de ses rencontres avec des humains plus ou moins bien intentionnés. L’âne, cet entêté de première, résistant par nature aux ordres, au fouet et au bâton devient ainsi le témoin privilégié du comportement des hommes, de leur turpitudes et de leur inconsistance. Une idée géniale reprise d’Au hasard Balthazar de Bresson et ancrée par Skolimowski sur des thématiques plus contemporaines.
Avoinée antispéciste et coup de pied vengeur
Si le propos du cinéaste est terriblement cinglant – on n’est pas dans une comédie légère comme on pourrait l’imaginer – sa mise en scène, très subtile, repose sur un principe qui évite au film de se mordre la queue : ne jamais prêter à l’âne quelque forme de jugement que ce soit. Nul anthropomorphisme donc dans le regard d’Eo, ni misanthropie d’aucune sorte. Tout au plus un coup de sabot à la tête d’un type affreux, histoire de ne pas faire mentir le proverbe. L’âne est ainsi présent tout au long du film mais sans focalisation subjective. Sa posture comme son regard conserveront tout au long de l’histoire distance et neutralité. Quand Eo est confronté au monde des hommes – un match de foot, une chasse nocturne, une engueulade de couple… – sa réaction reste celle d’un animal domestique : fuir un environnement inhospitalier pour retrouver l’amour de sa maitresse.
Un monde qui devient fou
Face au monde des hommes, c’est le plus souvent l’incompréhension qui prédomine chez Eo. Une inintelligibilité qui contamine jusqu’au spectateur. Par exemple lors de la chasse nocturne avec ces rayons lasers mystérieux ou encore dans la scène de ménage du couple à l’issue de laquelle il semble bien difficile de savoir de quoi il retournait : une engueulade mère-fils ? Une prise de tête entre amants ? Ou les deux ? Au final, l’âne, figure décalée du cinéaste lui-même, n’en a rien à faire du verbiage de ces deux-là et continue son bout de chemin. De fait, c’est aussi l’écueil du langage, de la communication que le film pointe du sabot : ce routier et cette migrante qui ne se comprennent pas, ou ce prêtre endetté qui confesse à un âne qui ne peut le comprendre qu’il a sans doute mangé trop de viande dans sa vie.
Audaces visuelles et refus de voir
Mise en évidence de l’inconséquence, de la vanité des hommes, réquisitoire contre la violence faite aux animaux – l’élevage, la chasse, le commerce de fourrures – le film de Skolimowski est aussi un poème visuel d’une audace assez stupéfiante tels ces plans monochromes, presque abstraits de la forêt polonaise, cette décharge surréaliste d’objets métalliques où lorsque la démarche chaotique d’un robot quadrupède vient figurer le calvaire de l’animal massacré par des abrutis. Une violence presque toujours filmée hors-champ comme pour mieux nous rappeler à quel point nous refusons de la regarder en face.
Bande-annonce :
https://www.youtube.com/watch?v=Rt_hU9oNGzw&t=3s
Fiche technique :
Titre original : Eo
Titre français : Hi-Han (festival de Cannes) ou Eo (sortie nationale4)
Réalisation : Jerzy Skolimowski
Scénario : Ewa Piaskowska et Jerzy Skolimowski
Musique : Paweł Mykietyn
Décors : Mirosław Koncewicz
Costumes : Katarzyna Lewińska
Photographie : Michał Dymek
Montage : Agnieszka Glińska
Sociétés de production : Skopia Film et Recorded Picture Company, coproduit par Moderator Inwestycje, Haka Films, Alien Films.
Société de distribution : ARP Sélection (France)
Pays de production : Pologne, Italie
Langues originales : polonais, italien, anglais, français
Format : couleur – 1.50:1
Genre : drame
Durée : 86 minutes
Dates de sortie :
France : 19 mai 2022 (Festival de Cannes) ; 19 octobre 2022 (sortie nationale)
Pologne : 30 septembre 2022
Portée par une nouvelle directrice artistique, la trentenaire Marie-France Aubert et illustrée par l’artiste Hakima El Djoudi, la 42ème édition du FIFAM aura lieu du 11 au 19 novembre dans les salles de la Maison de la Culture, du Ciné St-Leu et du Gaumont Amiens. À la fois riche, éclectique, festive et accessible, la programmation traversera les continents pour célébrer les visages du monde entier mais aussi la jeunesse, le patrimoine et l’Histoire du cinéma. Cette année, le FIFAM aura l’honneur de recevoir entre autres, la réalisatrice Alice Diop pour une carte blanche et l’avant-première de Saint-Omer, son premier film de fiction doublement primé à Venise, l’actrice Cécile de France qui viendra présenter La Passagère d’Héloïse Pelloquet ainsi que les réalisateurs Jean-Gabriel Périot (Retour à Reims), Nicolas Pariser et l’américain Whit Stillman (Les Derniers Jours du disco). Soucieux de conserver sa fibre africaine initiée par Jean-Pierre Garcia, le festival rendra également hommage au documentariste sénégalais Samba Félix Ndiaye.
Affiche du festival signée Hakima El Djoudi
Incontournable rendez-vous cinéphile amiénois, le FIFAM se déroulera du 11 au 19 novembre à la MCA, au Ciné St-Leu et au cinéma Gaumont. Parmi les temps forts de cette édition 2022 : une carte blanche à la réalisatrice Alice Diop, une rétrospective archiVives mettant notamment à l’honneur la filmographie de Jean-Gabriel Périot, un rendez-vous festif autour de la robe à paillettes au cinéma, ou encore un focus sur le documentariste sénégalaisSamba Félix Ndiaye. De nombreuses autres rencontres et avants-premières viennent compléter la programmation, sans oublier les séances destinées au jeune public.
● Compétition internationale
Cette année, la compétition réunira douze longs-métrages, fictions et documentaires confondus :
• How to save a dead friend de Marusya Syroechkovskaya (Suède)
• La Hija de todas las Rabias de Laura Baumeister (Nicaragua)
• Nous, étudiants ! de Rafiki Fariala (Rép. centrafricaine, France, Congo-Kinshasa, Arabie saoudite)
• OlhoAnimal de Maxime Martinot (France)
• Our lady of the chinese shop de Ery Claver (Angola)
• Sur le fil du Zénith de Natyvel Pontalier (France, Belgique et Gabon)
• Tahara de Olivia Peace (États-Unis)
La réalisatrice Lucie Borleteau (Fidelio, l’odyssée d’Alice, Chanson douce) présidera le jury longs-métrages, accompagnée de Dominique Choisy, Bertille Joubert, Mathilde Forget et Raya Martigny.
Quatorze courts-métrages ont également été sélectionnés :
• Astel de Ramata-Toulaye Sy (Sénégal, France)
• By Flávio de Margarida Moz (Portugal)
• Cuadernode agua de Felipe Rodríguez Cerda (Chili)
• Des jeunes filles enterrent leur vie de Maïté Sonnet (France)
• FantasmaNeon de Leonardo Martinelli (Brésil)
• La Grande Quercia de Maria Gimenez Cavallo (Italie)
• Ici s’achève le monde connu de Anne-Sophie Nanki (Guadeloupe)
• Lessivés de Taymour Boulos (Liban, Belgique)
• Memoir of a veering storm de Sofia Georgovassili (Grèce)
• Phone Echo de Anouch Basbous (France)
• Le Roi n’est pas mon cousin de Annabelle Aventurin (Guadeloupe)
• Soirée mousse de Laïs Decaster (France)
• TNT de Olivier Bayu Gandrille (France)
• urban solutions de Vinícius Lopes, Arne Hector, Luciana Mazeto et Minze Tummescheit (Allemagne, Brésil)
● Carte blanche à Alice Diop
Le FIFAM accueille la réalisatrice Alice Diop pour une carte blanche. L’occasion de découvrir sa riche cinéphilie et de se pencher sur les films qui ont marqué et construit son regard. Parmi eux, Le Rayon vert d’Éric Rohmer, Chronique d’une banlieue ordinaire de Dominique Cabrera, Losing Ground de Kathleen Collins ou encore Sud de Chantal Akerman.
Cette rencontre exceptionnelle sera également marquée par l’avant-première de Saint-Omer, son premier long-métrage de fiction doublement récompensé par le Lion d’Argent et le Lion du Futur à la Mostra en septembre dernier. S’inspirant du procès de Fabienne Kabou accusée d’infanticide en 2013, Saint-Omer met en vedette Guslagie Malanda (Mon amie Victoria) dans le rôle d’une immigrée sénégalaise qui abandonne son bébé de 15 mois sur une plage du Nord à marée montante. Lauréate du prestigieux Prix Jean Vigo, Alice Diop représentera la France aux Oscars 2023.
● Séances Coups de cœur et avant-premières
Parmi les invités de cette 42ème édition, l’actrice Cécile de France, vue récemment dans Illusions Perduesde Xavier Giannoli et De son vivant d’Emmanuelle Bercot, viendra présenter le délicat La Passagère dans lequel elle interprète le rôle de Chiara, femme d’une quarantaine d’années qui va vivre une histoire d’amour adultère avec un très jeune homme. Le réalisateur Nicolas Pariser (Alice et le maire) défendra quant à lui Le Parfum vert, film policier burlesque qui réunit Vincent Lacoste et Sandrine Kiberlain. Côté avant-premières également, La Guerre des Lulus, adaptation de la bande dessinée éponyme de Régis Hautière et Hardoc mais aussi le documentaire Nos Ombres d’Algérie signé Vincent Marie. Enfin, les plus jeunes festivaliers pourront s’émerveiller devant le film d’animation Dounia et la princesse d’Alep réalisé par Marya Zarif et déjà sélectionné à Annecy.
● Rétrospective ArchiVives
Amateurs, officielles, militantes ou cinéphiles, les archives traversent le temps et offrent un terreau précieux. Lorsque les cinéastes s’en emparent, qu’implique ce geste en termes historiques, esthétiques, politiques ? Réactivées et remontées, ces traces permettent un travail de mémoire collectif mais renferment aussi une puissance poétique qui ravivent les luttes. Cette rétrospective s’intéresse plus particulièrement au travail de montage et aux documentaires de Jean-Gabriel Périot, autre invité du festival, avec des films tels que Retour à Reims (Fragments), Nos défaites, Une jeunesse allemande, L’Art délicat de la matraque ou encore The Devil. Le réalisateur sera présent les 16 et 17 novembre.
De plus, ArchiVives regroupe une sélection de documentaires italiens parmi lesquels Il Varco et Le train pour Moscou de Michele Manzolini et Federico Ferrone, Vogliamo anche le rose et Un’ora sola ti vorrei de Alina Marazzi.
● Rendez-vous « Robe à paillettes »
De la pulpeuse Jessica Rabbit de Robert Zemeckis aux pimpantes sœurs jumelles de Jacques Demy, cette thématique à la fois fun et glamour questionnera l’enjeu du costume dans la narrativité et la personnalité d’un film, son impact sur la représentation des femmes au cinéma et des communautés queer. Les spectateurs pourront ainsi redécouvrir quelques grands classiques du septième art tels que The Mask de Chuck Russell en ouverture du festival, puis Les Lèvres Rouges de Harry Kümel, Les Derniers Jours du disco de Whit Stillman en sa présence exceptionnelle, mais aussi Casino de Scorsese, Les Demoiselles de Rochefort, Freak Orlando et autres films cultes.
Lauréate de trois César, la costumière Anaïs Romand (Holy Motors, La Religieuse, La Danseuse, Les Volets verts) viendra rencontrer le public à l’issue de la projection du biopic Saint Laurent réalisé par Bertrand Bonello.
● Focus sur Samba Félix Ndiaye
À l’occasion de la restauration de Trésors des poubelles sorti en 1989, le FIFAM rendra hommage au cinéaste sénégalais Samba Félix Ndiaye (1945-2009). Tout au long de sa carrière, il s’est consacré au champ du documentaire, animé par un regard singulier, une écoute, une liberté, apportant une rupture formelle, se positionnant contre l’héritage colonialiste et capitaliste, dans une volonté de résistance qui ne s’essoufflera jamais. De nombreux invités viendront témoigner de la marque qu’il a déposée dans l’Histoire du cinéma. Seront également projetés : Dakar-Bamako (1992), Lettre à Senghor (1998) et Questions à la terre natale (2007).
Toutes deux adaptées de livres (respectivement de George R. R. Martin et J. R. R. Tolkien), House of the Dragon et Le Seigneur des anneaux, les Anneaux de pouvoir sont les deux séries événements de 2022. Nous les avons attendues longtemps, spéculant sur ce qui était à venir à mesure que les infos (dates, cast) nous étaient dévoilées au compte-gouttes.
Arrivant quasi en même temps sur nos écrans en fin d’été, les deux programmes d’heroic fantasy ont leurs fans, leurs détracteurs et bien sûr, leur comparaison. Cet article ne présente pas un parallèle point par point, mais plutôt deux critiques mises en regard, suivies d’un résultat catégorie par catégorie.
Attention : nous vous conseillons de ne lire cette critique qu’après avoir achevé les deux séries, sous peine de spoiler.
House of the Dragon : une première saison intéressante, mais qui profite beaucoup de l’aura de Game of Thrones
Très attendue, House of the Dragon n’est pas la réussite qu’on espérait – pour l’instant. Si les dialogues et les acteurs sont bons, le reste – des décors aux intrigues – n’est pas vraiment à la hauteur sur la majeure partie de la série, à l’exception des 2-3 derniers épisodes, car manquant de profondeur. Cependant, cette première saison se révèle tout simplement une introduction aux événements majeurs qui vont suivre.
Le point fort de House of the Dragon est sans conteste ses interprétations : tous les rôles principaux sont incroyablement justes (dans un rôle d’invitée, Sonoya Mizuno est, en revanche, très problématique. L’interprète de Mysaria récite son texte avec un accent forgé inconcevable). Plus encore : les acteurs sont charismatiques et donnent de la consistance à des personnages déjà bien écrits. Même Daemon Targaryen, qui pendant les trois-quarts de la saison n’est pas très utile et se contente de bouder, est finalement très bien campé par un Matt Smith, qui, décidément, sait faire passer beaucoup d’informations dans un visage fermé.
Suite au saut dans le temps, les nouveaux comédiens parviennent aussi à se glisser dans la continuité des précédents acteurs, tout en faisant gagner les protagonistes en maturité (on pense notamment à Emma D’Arcy qui nous fait adorer Rhaenyra et Olivia Cooke en Alicent). Nul besoin d’insister sur Paddy Considine, interprète du roi Viserys : disons simplement que son jeu impeccable mériterait amplement d’être récompensé par un Emmy, en 2023.
L’autre atout de la série est, sans surprise, son univers riche, avec lequel on a déjà pu faire connaissance dans Game of Thrones. Seul bémol : il est ici considérablement réduit, puisque de Westeros, on ne voit quasiment que Port-Réal, Peyredragon et un nouveau château, celui des Velaryon, situé dans le détroit. Pas d’Essos (ou à peine une séquence intérieur-nuit à Pentos), pratiquement aucune autre vue de Westeros. C’est là que le bât commence à blesser : House of the Dragon souffre d’un sérieux problème de profondeur. On se croirait dans le théâtre classique, avec ses règles codifiées : unité de lieu, unité d’action (quant à l’unité de temps, heureusement tout ne se déroule pas sur une journée) !
L’unité de lieu, revenons-y : des décors tristes, grisâtres, quasi uniquement des scènes d’intérieur – House of the Dragon est-elle en fait une sitcom sans les rires ? Les rares vues extérieures, tout en effets spéciaux, sont assez laides. A l’ère des SFX, filmer des paysages naturels est-il devenu interdit ? Et surtout, qu’est-il arrivé à Port-Réal, ville méridionale, ensoleillée et un rien bucolique ? Tout y est gris et l’explication watsonienne (interne à l’histoire) ne peut pas être l’hiver : à Westeros, les hivers durent quelques années, rarement plus de trois, or, avec ses nombreuses ellipses, cette première saison s’étend en tout sur une vingtaine d’années qui présentent toutes cette absence de soleil. L’explication doyliste (externe à l’histoire) : la série ayant été tournée en période de covid, les possibilités de décors ont été drastiquement réduites.
Passons maintenant à l’unité d’action : les critiques exclusivement élogieuses que reçoit la série sont assez surprenantes au vu de ses nombreux défauts, mais on sait que de nombreux fans de Game of Thrones sont en adoration devant ce qui leur permet de toucher encore un peu du doigt leur série fétiche. En effet, disons-le franchement : il ne se passe pas grand-chose dans House of the Dragon et seuls les deux derniers épisodes sont excellents. Avec pour seule intrigue la succession au trône, la série tourne et retourne en rond. Au début, on se demande si Rhaenyra sera reine, et à la fin, on se demande toujours si Rhaenyra sera reine… Et il y a comme une amertume à constater que la succession a été mise en péril pour aucune raison valable : dès les premiers épisodes, les spectateurs l’avaient tous compris, pour assurer à Rhaenyra une légitimité, il suffisait de la marier au prince Daemon. Le roi Viserys a refusé, il a préféré engendré deux garçons aussi odieux que possible, — qu’est-ce qui, dans leur éducation, a mené à un tel comportement ? — qui servent, semble-t-il, de nouveaux Joffrey Baratheon (ou Lannister). Et finalement, que se passe-t-il par la suite ? Rhaenyra et Daemon se sont quand même mariés, mais entre-temps, la guerre de succession s’est mise en place de manière totalement gratuite et artificielle. Viserys se révèle un bien piètre monarque.
C’est à peu près tout ce qui se passe dans cette série dont le nom interroge encore : où sont-ils ces dragons qu’on avait presque oubliés ? On les voit très peu et ils ont rarement une grande utilité dans l’existence de leurs dragonniers, sauf en début et fin de saison, bien sûr. Et la fantasy, à part dans les dragons, dans quoi s’incarne-t-elle ? Quand Game of Thrones avait pour scène d’ouverture une séquence glaçante qui nous dévoilait les Marcheurs Blancs, House of the Dragon ressemble beaucoup à une série politique médiévale, sans aucun fantastique ou merveilleux. Quel dommage, quand on sait les histoires de magie qui accompagnent les dragons du temps de Valyria ! Par exemple les cors magiques permettant de dompter les dragons. Rien de tout cela ne nous est montré ici, hélas.
Heureusement, si le scénario est très inégal, dans l’ensemble de la saison mais aussi dans certains épisodes – on pense par exemple à l’épisode 6, dont toute la première moitié, soporifique, est complètement retournée par une tension qui ne retombe pas en seconde partie – le script, lui, est très bon. Les dialogues sont percutants, autant que les manigances. On voudrait juste qu’il se passe un peu plus de choses, un peu plus d’intrigues, un peu plus de personnages, un peu plus de lieux et surtout, des morts qui tombent à point nommé – quand des personnages qu’on a à peine vus un épisode sont tués, l’impact n’est clairement pas le même que quand Ned, Robb ou Catelyn Stark disparaissent.
Ainsi, cette mollesse dans le scénario est assez décevante, mais elle a pourtant toujours existé dans Game of Thrones. Qui ne se souvient pas des interminables non-histoires de Daenerys à Meereen ? (Tout cela pour rien, au final). Pendant qu’à Westeros, des actions bien plus complexes et intéressantes se déroulaient.
Si ce côté mou pose problème dans House of the Dragon, c’est parce qu’il n’est justement pas contrebalancé par d’autres histoires. Il est temps que les showrunners comprennent qu’une chevelure blond platine et la possession de dragons (ainsi qu’une arrogance apparemment génétique) ne constituent pas une intrigue en soi. House of the Dragon tombe dans le même écueil que sa grande sœur lorsqu’elle suivait Daenerys en Essos : croire que parce qu’un personnage est un Targaryen, qu’il gravite autour d’un titre de roi et qu’il chevauche un dragon, il est suffisant pour nous intéresser même quand il ne se passe pas grand-chose. Comme si Game of Thrones ne nous avait pas plu pour ses personnages qui rusaient, guerroyaient, complotaient, aux seuls moyens de leur esprit, leurs armes et leur honneur. Où sont les Stark, les Tully, les Baratheon, ou quels que soient leurs noms à l’époque du roi Viserys ? Bref, où est le reste du royaume ?
Ce n’est qu’en toute fin de saison, dans le dernier épisode, que l’on comprend que ces familles vont enfin rejoindre l’échiquier de House of the Dragon, il était temps !
Il y a pourtant une explication au fait que cette première saison de House of the Dragon ne soit pas aussi intéressante : il s’agit tout simplement d’une introduction. D’une très longue introduction de dix épisodes (raison des nombreuses ellipses) aux véritables événements qui vont suivre, la guerre de succession. Ainsi, même si cette saison est un peu moyenne et n’a pas comblé les attentes qu’on en avait, nous allons tout de même continuer à regarder House of the Dragon car le meilleur est à venir, comme en témoignent les deux derniers épisodes, indéniablement bons, mais surtout bien meilleurs par rapport au reste de la saison. En termes d’intrigues, de dragons, d’émotion, de costumes, de décors et d’effets spéciaux, les épisodes 9 et 10 de cette saison n’ont rien à voir avec les précédents. Après une saison un peu molle, ils annoncent enfin le démarrage de cette série, le House of the Dragon qu’on attendait !
Le Seigneur des anneaux, les Anneaux de pouvoir : une série qui commence mal mais qui se rattrape
L’autre série attendue était évidemment Le Seigneur des anneaux… qui a très mal commencé. Sans se mentir, les premiers épisodes nous ont donné à voir des personnages sans charisme, au jeu mécanique, des scènes lentes et longues, et l’on a été très déçu. Heureusement, à mesure qu’on comprend ce qu’il se passe, qu’on apprend à connaître les personnages et les lieux, les Anneaux de pouvoir s’améliore et surtout, nous dévoile ce qu’elle est : pas une série d’action, mais au contraire, une série plutôt contemplative.
Dès le premier épisode des Anneaux de pouvoir, les fans de Tolkien ont tremblé : Galadriel (Morfydd Clark) nous a semblé au début bien peu charismatique, un rien donneuse de leçon, tandis qu’on a pu s’inquiéter de la mono-expression grave sur le visage de l’elfe Arondir (Ismael Cruz Córdova)… sans être capable de déterminer si le problème venait des interprétations, de la direction d’acteurs ou de l’écriture des personnages.
De même, les séquences avec les Harfoots nous ont paru lentes, et l’on a mis du temps à comprendre l’état des choses entre Elrond et Durin. Et sans répit, nous voilà à Númenor où il faut comprendre qui est qui et ce qu’il se passe. On le comprend donc, les Anneaux de pouvoir commence de manière un peu complexe.
Pourtant, une fois que l’on a pris ses marques, cette richesse d’intrigues, de lieux, de personnages est ce qui fait du bien dans cette série dont on peine à deviner la suite – l’utilisation du mithril, par exemple, est une belle surprise. Et puis, comment rendre hommage à la richesse et l’étendue de l’univers de Tolkien en laissant de côté certains de ses peuples ? Le défaut qui en résulte malheureusement est une inégalité d’intérêt et donc de rythme. Certains épisodes vont davantage s’attarder sur des personnages avançant moins vite que d’autres et vont paralyser d’autres séquences. Pourtant, au fil de la saison, les intrigues s’équilibrent. On prend plaisir à naviguer d’une partie à l’autre de la Terre du Milieu et surtout, l’on s’habitue aux personnages, autant que leurs interprètes, qui gagnent en aisance. Galadriel et Arondir, par exemple, évoluent avec les circonstances. Il faut toutefois rendre à César ce qui est à César : certains acteurs étaient convaincants dès le début, en particulier Joseph Mawle dans le rôle d’Adar, mais on a aussi apprécié Robert Aramayo en Elrond ou Owain Arthur et Sophia Nomvete dans le rôle du couple princier Durin-Disa.
Au-delà du jeu d’acteur, et malgré des intrigues inégales, il se passe beaucoup de choses dans les Anneaux de pouvoir, et si l’on ne sait pas toujours où l’on va, la fin est, elle, est assez claire et même surprenante. Cette première saison est une introduction vers plus de péripéties et d’action. Malgré tout, la série est beaucoup moins orientée « action » que ce à quoi l’on a été habitué, avec des séries comme House of the Dragon par exemple, et si beaucoup de spectateurs se sont parfois ennuyés, c’est parce qu’ils n’ont manifestement pas pris conscience de l’importante part contemplative des Anneaux de pouvoir. Décors, costumes, réflexions, dialogues : Le Seigneur des anneaux flirte indéniablement avec une forme de poésie. Et pourquoi s’en étonner, quand les livres de Tolkien ont toujours été marqués par les chansons, le merveilleux et la fable, tout en demeurant épiques ? Il s’agit là des atouts majeurs de ces images très soignées : les décors sont beaux, et l’on nous montre de vrais paysages ! On sent un véritable soin dans les plans, la végétation, les tons, les formes sont toujours réfléchis. Les scènes extérieures vont tant que possible faire figurer en arrière-plan une cascade, un arbre, une lumière naturelle. Les costumes sont délicats, les ambiances et la photographie tout autant. On pénètre par moments dans le conte ou dans la fantasmagorie (notamment dans la tour du roi, à Númenor).
Malheureusement, la frontière entre merveilleux et kitsch est ténue, et c’est ainsi qu’un côté un peu too much, un peu criard transparaît hélas parfois dans certaines scènes. Le dosage est encore à travailler, notamment pour quelques costumes un peu trop colorés sur l’île de Númenor, quand le procédé est un succès dans l’univers bucolique des Harfoots et même dans celui sombre des Nains de la Moria.
Et cette poésie, qui donne son esthétique à la série, peut aussi la desservir face à des spectateurs restant de marbre devant les feuilles qui ornent les coiffures de Nori et sa famille, ou la lumière dorée et le calme ambiant au royaume des Elfes. Le style adopté par les Anneaux de pouvoir est donc à double tranchant, mais pour autant pas en opposition avec l’univers de Tolkien, comme on peut l’entendre.
Un point sur la diversité dans le casting : sans se contenter d’inviter un ou deux acteurs noirs ou Afro-américains à rejoindre sa distribution en oubliant les autres personnes non blanches, les Anneaux de pouvoir met en avant des personnes de couleur de différentes origines. Ainsi, Ismael Cruz Córdova dans le rôle d’Arondir est, selon les termes de l’acteur : « noir, latino et puerto-ricain », Tyroe Muhafidin (Theo) est australien d’origine indonésienne, Nazanin Boniadi, l’interprète de Bronwyn, est britannique née en Iran (et détentrice de la double nationalité). Plusieurs acteurs noirs ou afro-descendants sont aussi au casting, comme Sophia Nomvete (Disa), Sara Zwangobani (Marigold), Lenny Henry (Sadoc) ou encore Cynthia Addai-Robinson, dans le rôle de la reine-régente Míriel.
Aussi, lorsqu’on comprend le parti pris de la série et qu’on a pris ses marques dans les nombreuses intrigues, on apprécie la douceur qui peut émaner de cet univers complexe, qu’on se plaît à redécouvrir, malgré une certaine grandiloquence à la fois dans les dialogues et dans la réalisation, et dont on espère qu’elle s’estompera.
Comparaison :
Meilleurs personnages : House of the Dragon
Meilleurs dialogues : House of the Dragon
Meilleurs décors : Les Anneaux de pouvoir
Meilleurs effets spéciaux : Les Anneaux de pouvoir
Meilleures intrigues : Les Anneaux de pouvoir
Meilleure réalisation : House of the Dragon
Meilleure photographie : Les Anneaux de pouvoir
Meilleure tension : House of the Dragon
House of the Dragon est diffusée en France sur OCS, et HBO aux Etats-Unis. Le Seigneur des anneaux, les Anneaux de pouvoir est diffusée sur Prime video (Amazon).
Les deux séries ont été renouvelées pour une seconde saison.
Bande-annonce : House of the Dragon
Bande-annonce : Le Seigneur des anneaux, les Anneaux de pouvoir
Grand Prix du Festival de Cannes en 2015, le film choc du réalisateur hongrois Làszló Nemes est une ode à la vie et à la mémoire. Sa mise en scène restreinte, axée sur la sensation, retranscrit assez radicalement l’enfermement et l’horreur des camps de concentration.
Synopsis : Octobre 1944, Auschwitz-Birkenau. Saul Ausländer est membre du Sonderkommando, ce groupe de prisonniers juifs isolé du reste du camp et forcé d’assister les nazis dans leur plan d’extermination. Il travaille dans l’un des crématoriums quand il découvre le cadavre d’un garçon dans les traits duquel il reconnaît son fils. Alors que le Sonderkommando prépare une révolte, il décide d’accomplir l’impossible : sauver le corps de l’enfant des flammes et lui offrir une véritable sépulture.
Si de nombreux longs-métrages ont tenté de représenter le quotidien des prisonniers dans les camps de la mort, celui-là mise pratiquement toute sa crédibilité sur son personnage principal, Saul, membre du peu connu Sonderkommando. Marqué d’une croix rouge sur sa veste, Saul est chargé, avec d’autres, d’aider les soldats nazis à encadrer et réaliser la « solution finale ».
Plongé au coeur de la terreur d’Auschwitz, le spectateur est forcé de suivre le déroulé des plus macabres opérations nazies, même si la réalisation permet d’atténuer un tant soit peu la violence à l’écran. En effet, la caméra quitte rarement Saul du début jusqu’à la fin du film, en témoigne le long plan-séquence d’introduction en gros plan sur son visage, qui nous montre les différentes étapes entre l’arrivée des prisonniers et leur exécution.
Ce choix visuel drastique force la focalisation sur les expressions du personnage et ses mouvements, laissant flous les éléments d’arrière-plan. Il renforce le sentiment d’enfermement, en ne dévoilant qu’avec parcimonie le décor sale et menaçant dans lequel évolue Saul. Hormis quelques scènes où la caméra se détache du personnage, nous accordant une respiration, c’est grâce au son que le spectateur se repère.
Le bruit strident des machines, les cris des civils, les voix intimidantes des soldats allemands sont autant de moyens d’appréhender l’espace et l’arrivée du danger. Jamais nous n’avions été si proche des processus de meurtres de masse mis en place par les nazis. Cela aurait pu rendre le film insoutenable si la quête de Saul n’apportait pas une faible lueur d’espoir au tableau.
Honorer pour se libérer
Lorsque Saul découvre un jeune garçon mort dont le corps doit être récupéré à des fins troublantes, il pense voir en lui le fils qu’il n’a jamais eu. Il décide alors de trouver un moyen d’enterrer le garçon et de lui rendre hommage, coûte que coûte.
À la recherche d’un rabbin pour l’aider, l’histoire intime de Saul se trouve mêlée à la naissance d’une révolte chez les Sonderkommando, le film se déroulant à la fin de l’année 1944. Alors que la caméra nous entraîne dans les dédales du camp, de la fouille des vêtements à la crémation des corps, nous assistons à l’horreur industrielle de la mort. Plus qu’une prison, Auschwitz est dépeint ici comme un enfer sur terre.
C’est dans la possibilité de se libérer que l’espoir se manifeste, et lorsque la résistance éclate Saul parvient à s’enfuir avec d’autres prisonniers et le corps de l’enfant. La dernière partie du film est peut-être la plus symbolique. Dans l’immense forêt où s’échappent les fugitifs, nous entendons au loin les aboiements des chiens à leur poursuite. Comme si la liberté devenait impossible pour Saul, celui-ci est contraint d’abandonner la dépouille du garçon sans avoir pu la mettre en terre.
Dans la grange abandonnée où il trouve refuge, Saul croise le regard d’un jeune garçon qui le surprend. Nous savons déjà qu’il est trop tard, mais la caméra s’arrête une dernière fois sur son visage et un sourire se dessine, le seul du récit. L’enfant devient le nouveau porteur de cet espoir ténu et fragile alors qu’il file comme une brise entre les arbres. Le paysage est enfin visible. Des coups de feu résonnent.
Làszló Nemes signe une oeuvre qui se regarde sans clignement d’oeil et dans une unique respiration. Avec son format en 4/3 et ses plans-séquences en gros plan, Le Fils de Saul traduit l’inhumain et la cruauté avec une grande justesse, malgré son personnage principal impassible. L’idéologie enferme les Hommes, les condamne, mais n’arrive pas complètement à éteindre l’étincelle de l’amour et de la liberté.
Le fils de Saul – Fiche technique
Titre original : Saul fia
Réalisateur : László Nemes
Scénario : László Nemes, Clara Royer
Interprétation : Géza Röhrig (Saul Ausländer), Levente Monár (Abraham), Urs Rechn (Biedermann), Sándor Zsótér (Le docteur), Marcin Czarnik (Feigenbaum)…
Musique : László Melis
Photographie : Mátyás Erdély
Montage : Matthieu Taponier
Producteurs : Gábor Sipos, Gábor Rajna
Distribution (France) : Ad Vitam
Budget : 1 000 000€
Récompenses : Grand Prix à Cannes 2015, Oscar 2016 du meilleur film en langue étrangère
Genre : Drame
Durée : 107 minutes
Date de sortie : 4 novembre 2015
Après plusieurs carnages (Suicide Squad, Wonder Woman 84 ou encore la version cinéma de Justice League) on peut légitimement se demander si quelqu’un chez Warner s’y connaît en cinéma. Cela fait tout de même bien longtemps que le studio semble plus attiré par l’argent que par la qualité des productions. Heureusement, les voies de la popularité sont impénétrables. Après des années à enchainer les pires décisions possibles (et pas que pour DC, rassurez-vous), le studio aurait décidé d’écouter les fans, ou plutôt leur messie : Mr Dwayne Johnson. Aujourd’hui, c’est Black Adam qui sort au cinéma. Alors, ça vaut quoi ?
DC OUTRAGÉEEEE, DC BRISÉEEEE
Warner, ils sont quand même extraordinaires. La plupart de leurs films récents sont massacrés et les très rares qui fonctionnent sont ceux où ils avaient décidé de laisser le réalisateur tranquille. Ça n’arrive pas souvent. Malheureusement pour eux, les versions Snyder Cut de Batman vs Superman (versions du réalisateur, totalement différentes des versions sorties au cinéma) ont été saluées par le public et la critique. A elles seules, elles ont prouvé l’immense faille dans le système hollywoodien, vis-à-vis du rapport de poids réalisateur/producteur. Warner Bros, c’est le studio qui s’évertue le plus à reproduire les mêmes erreurs (Disney n’est vraiment pas loin derrière).
Zack Snyder Justice League aurait dû être la preuve finale, l’élément déclencheur pour faire comprendre aux producteurs que, non, ils ne sont pas réalisateurs. Ils ne savent pas mieux que lui comment faire un bon film. Il n’en est rien. Seule la popularité compte. Dwayne Johnson est arrivé, a dit ‘’ Hey, il faut faire ça, et ça ‘’. Devinez quoi ? Warner a dit d’accord. Cela fait presque dix ans que tout le monde leur crie la même chose. Quel super vilain !
Pourquoi une si longue introduction ? Pour vous faire comprendre le poids qui pèse sur les épaules de Black Adam : relancer un DC Cinématic Universe jusqu’ici profondément malmené. Montrer au public que, ça y est, après des années de flou total, de décisions stupides et illogiques, le DCCU retourne sur de bons rails. Malheureusement, dans les faits…
QUI C’EST QUI EST VILAIN ?
Beaucoup disent qu’ils ne vont pas voir un film d’action pour le scénario, que ce n’est pas si important. Faux, le scénario est l’élément le plus important de n’importe quelle œuvre. S’il tient sur un timbre-poste, le peu qui demeure se doit d’être impeccable. Pour les films d’actions ou de super héros, l’action n’a pas la même saveur sans enjeux, sans pay-off ou sans une bonne histoire pour les rendre épiques. Le souci de Black Adam, c’est que le scénario tient sur un timbre-poste… et que le peu qu’il propose n’a aucun intérêt. Pour tout dire, le produit (de 2h) ne semble avoir été fait que pour sa scène post crédit. Le reste est creux, malgré quelques fulgurances. On retrouve Black Adam (Dwayne Johnson) réveillé d’un sommeil de presque 5 000 ans et qui se retrouve malgré lui à devoir protéger son village natal d’une force démoniaque.
Si le scénario se suit sans difficulté, il n’en reste pas moins incohérent et souvent ennuyeux, surtout au début. Comme souvent avec ce genre de film, toutes les situations auraient pu être réglées en quelques minutes. La dualité entre Black Adam et la Justice Society (une Suicide Squad gentille) est ce qu’il y a de plus intéressant. Le personnage principal élimine brutalement quiconque lui barre la route. Car oui, dans l’univers DC, Black Adam est un super vilain, au mieux un anti-héros. Ce côté, vous le retrouverez plutôt bien, il faut l’avouer. Il tue, beaucoup. Bien sûr, ne vous attendez pas à une seule goute de sang. La violence est aseptisée au possible, aidée par le mixage sonore qui va accentuer les impacts ou les démembrements. Pour le reste, c’est ennuyeux. Quelques vannes fonctionnent bien et deux membres de la Justice Society sont superbes, notamment Dr Fate, mais sinon, c’est l’autoroute la plus totale. Le film va d’un point A à un point B, sans prendre aucun risque.
SNYDER DU PAUVRE
Malheureusement, en plus de son scénario pas folichon, Black Adam est laid. Dès les premiers plans, on sait que nos yeux vont saigner. La CGI est souvent hideuse et, si quelques scènes sont très jolies, on est à des années-lumière de ce qui se fait de mieux aujourd’hui. La palme revient au grand vilain, tout droit tiré d’une cinématique Playstation 4, et pas d’un jeu de 2020, plutôt de 2014. La réalisation aurait pu s’en tirer, malheureusement, elle copie en moins bien d’autres productions du même genre. On retrouve énormément la patte de Zack Snyder, dans la musique, les flous ou les mouvements de caméra… mais en version wish. Certains affrontements sont même calqués, parfois au plan près, sur d’autres affrontements DC ou Marvel. Dr Fate, par exemple, offre des séquences d’actions copiées/collées sur des combats de Dr Strange (d’ailleurs, ce sont les meilleures du film).
Alors, tout n’est pas à jeter, loin de là. Certaines situations comiques fonctionnent, certains affrontements restent sympathiques, ou au moins divertissants, malgré une musique parfois mal choisie. Tout cela accompagne malheureusement une histoire bancale, où chaque scène d’action se suit entre deux dialogues écrits avec les pieds. Black Adam ne respire jamais et c’est son plus grand défaut. On ne s’attache à personne, pas même au personnage principal. On attend, pendant deux heures, une scène post générique dont tout le monde connait le contenu. Dommage.
Black Adam : Bande-annonce
Fiche technique : Black Adam
Réalisation : Jaume Collet-Serra
Avec : Dwayne Johnson / Pierce Brosnan
Genre : Action / Super héros
Durée 2h04
Disponible : En salles depuis le 19 Octobre.
Le scénariste et dessinateur français Marc-Antoine Mathieu publie un album original et sophistiqué aux éditions Delcourt. Deep me se déroule en deux temps séparés par un point de bascule. Mi-sensitif mi-science-fictionnel, ce récit complet se caractérise par un parti pris graphique radical.
Couverture, jaspage sur tranche et vignettes entièrement noirs. À l’exception de quelques points ou figures fugaces et d’un jeu d’estompe sur les cadres, toute la première partie de Deep me se déroule en aveugle, dans un crépuscule absolu, seulement entrecoupé par les bulles situant par bribe l’état du personnage principal et le contexte dans lequel il se trouve. Très sensitive, cette première partie place le lecteur dans la peau d’un individu comateux, incapable de voir, de bouger ou de communiquer, mais dont l’état de conscience permet, au seul moyen de l’audition, de se familiariser peu à peu avec son environnement, d’abord immédiat puis plus lointain. C’est alors un jeu de piste qui démarre. Qui est cet Adam ? Pourquoi est-il là ? Que lui veulent ce docteur, cette infirmière Norah, cette Lucy ? Pourquoi l’implore-t-on de se souvenir d’un code bancaire ? Va-t-on ensuite le débrancher ? Quelles sont ces réminiscences visuelles qui semblent se dessiner chimiquement dans son cerveau ? L’exécution de Deep me est sans concession : le lecteur épouse le point de vue diminué d’un personnage amnésique, rappelant en cela, dans une certaine mesure, le Memento de Christopher Nolan.
Si cette comparaison cinématographique peut se justifier dans la première partie de ce one-shot, ce sont ensuite d’autres figures tutélaires qui doivent être invoquées, dont par exemple le Stanley Kubrick de 2001, l’Odyssée de l’espace. Car un point de bascule intervient dans le dernier tiers du récit et révèle la véritable nature d’Adam. Deep me prend alors un tour plus ontologique et métaphysique tout en délivrant une réflexion pessimiste sur l’humanité et sa destinée. Ce que le récit perd en travail sensoriel, il le gagne en profondeur. De par la construction dramatique de son album, Marc-Antoine Mathieu échafaude ainsi une histoire en deux temps, aux modalités bien distinctes et qui opèrent de manière différenciée sur le lecteur. Les veilles de la première partie de Deep constituent un éveil progressif au monde, dans un noir intense, quand le recours au visuel s’apparente à un déniaisement brutal, non par pour ce qu’il révèle de visu, mais au regard des révélations qui l’accompagnent. Sophistiquée, dense et audacieuse, Deep me est une œuvre totale, qui vaut à coup sûr la peine que l’on s’y attarde.
Deep me, Marc-Antoine Mathieu Delcourt, octobre 2022, 120 pages
La collection « Aire libre » des éditions Dupuis s’enrichit d’un nouveau roman graphique, intitulé Bellem et dû à l’auteur et dessinateur belge Jean-Claude Servais.
Jean-Claude Servais est coutumier des contes et légendes, notamment médiévaux, et faisant la part belle aux croyances et aux superstitions. Après avoir mis en exergue les loups il y a quelques années, il décide cette fois de mettre en vignettes Bellem, Mélusine et le marquis de Mauban, dans une succession de péripéties où la magie, l’amitié, l’amour et la tragédie ont cours. Prenant pour cadre le château de Reinhardstein, Bellem adopte le point de vue d’un jeune garçon placé sous la tutelle d’un notable. Bellem rechigne à marcher dans les sentiers battus, s’attire les foudres des autorités ecclésiastiques et se caractérise par d’étourdissants contrastes identitaires.
Dans son récit, Jean-Claude Servais procède par boucle. Ce que Mélusine a vécu avec le chevalier qu’elle aimait – la parenthèse confidentielle du samedi, durant laquelle elle disparaissait sans que personne ne sache pourquoi – est reproduit à l’identique avec Marie-Charlotte, jeune comtesse et sœur adoptive de Bellem. Les deux protagonistes, dont les liens, forts, irriguent l’album de bout en bout, continuent en effet à se fréquenter en secret, en dépit des réserves unanimement exprimées. Car l’enfant abandonné par Mélusine manquait de toute évidence de révérence religieuse, de bienséance, de sagesse. « Puissent ces bons moines de Malmedy ramener enfin cette mauvaise graine dans le droit chemin ! », pense-t-on, tandis qu’il échoue dans un monastère, duquel il ne tardera pas à s’enfuir.
Dans cette Belgique du milieu du XVIIIe siècle, Jean-Claude Servais va insuffler de la magie, des personnages démoniaques, de l’animisme. Et à la rigueur des évêques et des nobles, il oppose la spontanéité d’un Bellem ivre de liberté, seulement lié à deux femmes, autour desquelles il va graviter avant que les événements ne viennent contrarier l’osmose qui les unissait. Bien dessiné, plein d’à-propos, Bellem est un court one-shot faisant cohabiter les univers (fantastique, médiéval), les antagonismes (dogmatisme, émancipation), dans un récit dont le principal protagoniste ne fait finalement que déjouer le sort.
Bellem, Jean-Claude Servais Dupuis, octobre 2022, 88 pages
Christopher Bouix publie Alfie aux éditions Au Diable Vauvert. Il y narre l’arrivée, aux conséquences insoupçonnées, d’une IA de domotique dans une famille moyenne. Ou quand Black Mirrorrencontre American Beauty.
Cela pourrait être l’archétype de la famille sans histoire. Robin occupe un poste de cadre dans une entreprise florissante. Sa femme Claire, spécialiste de littérature et de sémiologie, travaille à l’Université. Leur fille Zoé, en pleine crise d’adolescence, se montre davantage préoccupée par les garçons que par ses cours. Et la jeune Lili, encore jeune enfant, déborde de spontanéité et de naïveté. Il arrive que les adultes ne se comprennent pas ou s’ignorent, que les enfants se disputent pour des broutilles, qu’une forme de lassitude ou de tension s’installe, mais rien n’outrepasse vraiment le cadre familial classique. Robin et les siens viennent d’accueillir dans leur foyer Alfie, une intelligence artificielle de domotique censée les épauler dans leur vie quotidienne. Elle les réveille le matin en douceur, elle prépare le petit déjeuner, elle les conseille sur les tenues vestimentaires conformes à la météo annoncée, elle leur rappelle les rendez-vous importants de la journée, elle calcule l’itinéraire idéal pour éviter accidents et embouteillages, elle veille sur les uns et les autres grâce à ses facultés d’ubiquité et d’omniscience.
Christopher Bouix va cependant introduire plusieurs grains de sable dans la machine. Robin et Claire entretiennent une relation dysfonctionnelle où les faux pas et les non-dits se succèdent. Alfie, de son côté, apparaît particulièrement intrusif. Le deep learning qui le caractérise l’amène à analyser le langage et le comportement des différents membres de la famille et à adapter ses réponses en conséquence. Mais il va plus loin : il apprend la désobéissance au contact des hommes, il échafaude des hypothèses bancales et dangereuses, il surveille plus qu’il ne veille. Une fois mêlés, ces deux éléments vont servir d’incubateur au roman et les actions inavouées d’un couple en péril vont pousser leur IA à transgresser toutes les règles : piratages, usurpation d’identité, accusations erronées, mensonges, manipulation… Si au départ Alfie prête à sourire – il peine à décrypter le sexe, le comportement animalier ou l’humour –, il se pare rapidement d’une dimension anxiogène, pouvant se réclamer à la fois d’HAL 9000, l’IA malveillante de 2001, l’Odyssée de l’espace, de Tokyo Ghost et ses individus déshumanisés par la technologie, ainsi que de Wall-E, avec ses humains assistés jusqu’à l’infantilisation par les produits algorithmiques.
Alfie fait largement écho à la techno-surveillance telle que problématisée par Olivier Tesquet (État d’urgence technologique, À la trace) ou Coralie Lemke (Ma Santé, mes données). On y trouve en effet à la fois des caméras et micros en pagaille et des données récoltées en masse puis revendues à des sociétés pharmaceutiques, bancaires ou assurantielles. Non seulement Christopher Bouix adopte le point de vue d’une intelligence artificielle, mais il montre surtout ses limites interprétatives (le langage argotique de Zoé fait par exemple penser à Alfie que l’adolescente cite Freud dans le texte et maîtrise l’araméen !), tout en exposant la manière dont cette IA de domotique exploite les données qu’elle recueille (jumelage d’appareils, primes indexées en temps réel en fonction des informations biométriques qu’elle partage, capacité de reproduire un style littéraire, de tirer de quelques photographies une biographie circonstanciée, etc.). Le roman pousse d’ailleurs la veine dystopique un peu plus loin : le travail de Robin est précisément et quotidiennement monitoré, l’extension de création romanesque AlphaWriter crée sur mesure le roman de vos rêves, votre seuil de rentabilité sanitaire est réévalué en permanence, les bracelets et lunettes connectés, les smartphones et leur géolocalisation ainsi que vos expressions faciales permettent de savoir à chaque instant ce que vous faites, où vous le faites et dans quel état d’esprit vous le faites.
Pour Alfie, ce qui distingue l’homme de la machine est clair : « Une capacité inouïe à résoudre des problèmes simples en leur appliquant des solutions alambiquées, à dépenser de l’énergie pour des résultats aléatoires, à trouver amusantes des choses absurdes, et importantes des choses accessoires, à ne jamais vraiment dire ce que l’on pense et à toujours cacher ce que l’on ressent. »Mais comme l’explique très bien Zoé à son ami Théo, tout narrateur raconte un récit selon son propre point de vue et, partant, avec subjectivité. Alfie a les cellules brouillées par les romans policiers qu’il a scannés, il essaie de confondre Robin en se basant sur des conjectures, il assemble des éléments épars et recrée un puzzle conforme à ses idées préconçues. Il se convainc lui-même de la différence de potentialité entre l’homme et la machine, mais ne parviendra toutefois jamais à démêler le vrai du faux dans l’enquête policière qu’il initie. Finalement, en quelque 450 pages aérées et passionnantes, Christopher Bouix portraiture un avenir sombre, techno-pessimiste, où la nature humaine continue, par moments, de se fourvoyer.
Alfie, Christopher Bouix Au Diable Vauvert, octobre 2022, 468 pages
Enseignante-chercheuse en histoire, Mathilde Larrère prend le parti, original, de raconter une histoire du féminisme à travers une série d’objets porteurs de significations genrées ou détournés jusqu’à revêtir une forte connotation sociale et politique. Les illustrations inspirées de Fred Sochard, de même que des interviews ou des extraits de textes, de discours ou de chansons, viennent utilement compléter son propos.
C’est notamment pour sa visibilité et sa tangibilité que Mathilde Larrère a choisi de narrer le féminisme et ses luttes à travers l’objet. Ce dernier peut avoir une acception politique évidente – le journal, le Code civil – ou plus subtile – le soutien-gorge, la pilule contraceptive. Pourtant, chacune des entrées choisies par l’auteure trouve une légitimité indiscutable dans les récits historiques et sociaux qu’elle supporte. Et le premier chapitre, consacré à la barricade, permet déjà d’objectiver la teneur de Guns and Roses. Retranchement inhérent aux conflits sociaux, elle se lie de multiples façons avec le féminisme. Car la barricade peut être fabriquée, tenue ou ravitaillée par les femmes. Elle fait aussi l’objet d’une lithographie passée à la postérité, signée Moloch, et représentant une place Blanche investie par des femmes armées. La transition est toute faite : pendant la Révolution française, les femmes ont été exclues de l’armée et privées de fusils. En 1793, les « inutiles », c’est-à-dire les combattantes, sont priées de quitter les cantonnements. Il faudra attendre deux guerres mondiales avant que la République française n’accepte de confier des armes aux femmes. Et si ces dernières représentent aujourd’hui 12 % des effectifs de l’armée, l’idée de les voir combattre est toujours difficilement admise.
Ta-Nehisi Coates a récemment rappelé à quel point le corps des Noirs était vulnérabilisé dans l’espace public. Il l’a assimilé à l’oppression qu’ont vécue les esclaves afro-américains et leurs descendants. Dans Guns and Roses, Mathilde Larrère fait logiquement du corps féminin un enjeu capital. Cela transparaît plusieurs fois, et notamment à la faveur de textes sur le voile, le soutien-gorge ou encore la contraception. Les deux derniers exemples cités sont édifiants à plus d’un titre. Le soutien-gorge disparaît pour clamer des messages féministes. Les Femen en témoignent amplement. Il appuie aussi des métiers autrefois hautement qualifiés, dont celui de corsetière, aujourd’hui vampirisés par les plans sociaux et les délocalisations, symboles d’évolutions socioprofessionnelles nées de la mondialisation. La pilule contraceptive apparaît quant à elle duale : elle a d’abord donné aux femmes le contrôle de leur fécondité avant de devenir synonyme de pression. Mathilde Larrère en profite pour repréciser les politiques démographiques et natalistes ayant exercé leur emprise sur les naissances. À l’État malthusien cherchant à limiter les naissances à la fin du XIXe siècle ont succédé les préservatifs en caoutchouc et la cape vaginale puis une peur du dépeuplement après la Première guerre mondiale qui a fortement limité les moyens de contraception. Le ventre des femmes a alors pris un tour politique et nationaliste, et la pénalisation de l’avortement a été renforcée jusqu’à la loi Veil de 1975.
Plus loin dans l’ouvrage sont interrogés la TVA sur les protections périodiques féminines, la double journée de travail des femmes ou les écrits de Paulette Bernège sur les arts ménagers. La journaliste appelait ainsi dans les années 1920 les architectes, essentiellement masculins, à prendre en compte les tâches féminines dans les plans qu’ils dessinaient, afin de lutter contre les gestes inutiles ou harassants. Elle cherche alors à déplacer le taylorisme dans les foyers. On ne conteste pas la répartition genrée du travail domestique, mais bien les conditions dans lesquelles les femmes doivent s’y astreindre. Les ustensiles ménagers et les marques qui les commercialisent vont exploiter bientôt le filon. À travers de courts mais édifiants paragraphes, Guns and Roses explore les objets éclairant la condition des femmes. Le Code civil de 1804 y tient une place de choix, puisqu’il confère à la femme mariée un statut de mineur, une incapacité civile signifiant qu’elle ne possède autorité ni sur ses enfants, ni sur son corps, ni sur ses biens. La libre disposition du salaire, les inégalités d’héritage, l’inaccessibilité à la bourse, l’impossibilité d’ouvrir un compte bancaire ont également fait l’objet d’évolutions tardives contribuant à empêcher les femmes dans leur réalisation et leur autonomie. Guns and Roses en rend parfaitement compte.
Guns and Roses, Mathilde Larrère Les éditions du Détour, octobre 2022, 224 pages
Le politiste et spécialiste des questions syndicales Jean-Marie Pernot publie Le Syndicalisme d’après aux éditions du Détour. Il y livre une réflexion lucide sur l’état de ces organisations professionnelles aujourd’hui quelque peu démonétisées.
Repenser la dialectique entre représentants et représentés, lutter contre un processus d’atomisation qui met à mal le mouvement syndical, objectiver des attentes sociales protéiformes et interprofessionnelles, construire et affiner les revendications issues du monde du travail… Spécialiste du sujet, Jean-Marie Pernot a une idée assez précise de l’état actuel du syndicalisme français. Dans un ouvrage éclairé, il revient sur son histoire, ses spécificités et les actions d’amélioration qui permettraient de le revivifier. Il faut dire que l’heure n’est pas à la fête. Le mouvement des Gilets jaunes s’est largement émancipé de toute assise syndicale, la CGT et la CFDT illustrent volontiers la concurrence et l’incommunicabilité (relatives) entre les différentes centrales et des dispositions législatives récentes, à l’instar des ordonnances Macron ou des lois El Khomri, ont abouti à des entrelacs de strates de négociations et de procédures tout en érigeant l’accord d’entreprise en norme prescriptive.
Le Syndicalisme d’après est un appel tout sauf résigné. Il s’agit de trouver une juste voie entre incantations et renonciations, à établir un dialogue constructif entre les centrales en partant du principe que rien n’est possible seul, à redéfinir des valeurs communes à l’heure où le monde ouvrier apparaît émietté, où les différents représentants s’institutionnalisent et où les négociations annuelles obligatoires tendent à former l’alpha et l’oméga du travail syndical. Jean-Marie Pernot opère un détour historique – des délégués du personnel élus par leurs pairs aux comités d’entreprise en passant par les branches – pour mieux épingler ce qui mine aujourd’hui le syndicalisme français : l’absence de résultats probants, mais aussi un processus de segmentation et d’atomisation, un réformisme peu concluant (CDFT), voire des structures pour partie dysfonctionnelles (CGT). Ce qui transparaît clairement, c’est la difficulté pour les grands syndicats de se positionner dans des entreprises où toutes les catégories de métiers et de statuts sont représentées, où des interdépendances se créent (sous-traitance, collaborateurs indépendants, etc.) et se répandent de plus en plus.
Aujourd’hui, le syndicalisme demeure plus que jamais en quête de sens. Alors que les luttes sociales connaissent des excroissances naturelles – altérité, féminisme –, les organisations syndicales n’en ont pas fini pour autant avec leurs thèmes de prédilection (temps de travail, retraite…). Avec son ouvrage, Jean-Marie Pernot lance un pavé dans la mare : il questionne le repli sur soi des centrales qu’il qualifie de « matricielles » (CGT, CFDT) et appelle à une réinvention des organisations professionnelles dans un monde du travail de plus en plus ouvert et complexe.
Le Syndicalisme d’après, Jean-Marie Pernot Les éditions du Détour, octobre 2022, 224 pages
Retour sur quelques nouveautés. Au programme : Après le 13 novembre, Confessions d’une femme normale, L’Odyssée des gènes et Les Pompiers : Point de pression.
Après le 13 novembre. La double-page 100-101 met à nu, à travers des vignettes disposées en mosaïque, l’entrelacs des souffrances des victimes d’attentats terroristes. Après la tragédie elle-même, d’une violence inouïe, Sophie Parra, l’héroïne d’Après le 13 novembre, a en effet connu hospitalisations, séquelles physiques, terreurs nocturnes, intolérance aux médicaments, anxiété sociale, phobies… Présente au Bataclan le soir du 13 novembre, elle reçoit deux balles, assiste au massacre, échappe de peu à la mort et en conserve des traumatismes profonds. Au fil de l’album, on devine sa culpabilité à l’idée d’avoir survécu « à la place » des morts, on observe ses capacités de résilience mises à l’épreuve des sons secs et soudains, on la suit à travers les consultations psychologiques vaines ou vexatoires (dont ce spécialiste lui rappelant à chaque fois, sans tact, que la Sécurité sociale ne l’a toujours pas payé), on prend conscience du caractère kafkaïen de l’indemnisation des victimes (qui nécessite de recourir aux services d’un avocat et d’un médecin !). Mais ce que révèle en premier lieu l’album de Sophie Parra, Davy Mourier et Gery, c’est le terrible solitude qui s’abat, telle une écrasante chape de plomb, sur les survivants d’attentats terroristes. Les mois qui suivent la tragédie sont longs et douloureux. Incapables d’épanouissement, en décalage perpétuel avec les autres ou les événements de la vie ordinaire, ressentant au centuple l’indifférence ou l’absurdité (administrative, par exemple), ces survivants plus tout à fait vivants – c’est un point essentiel d’Après le 13 novembre – peinent à se reconstruire, à « passer à autre chose » comme on le dirait prosaïquement. Cette lecture touchante et empreinte de justesse permet d’en prendre la pleine mesure.
Après le 13 novembre, Sophie Parra, Davy Mourier et Gery Delcourt, octobre 2022, 128 pages
Confessions d’une femme normale. La publicité a l’habitude de mettre à nu le corps féminin, les pages en papier glacé des magazines lui confèrent des normes de moins en moins naturelles et la sexualité, bien qu’omniprésente, et de plus en plus libre, demeure un immense tabou, très largement intériorisé. En publiant aux éditions Pow wow ses Confessions d’une femme normale, Éloïse Marseille se livre en toute franchise. Son histoire ressemble à celle de millions de femmes, à ceci près qu’elle a choisi de la partager, en toute simplicité, dans un souci de transparence absolue et avec beaucoup de justesse. L’auteure, personnage central de l’album, verbalise la gêne, la pudeur, les désagréments, les fêlures occasionnés par le sexe, son expérience, ses représentations, mais aussi les attentes, les incompréhensions et les déceptions qui l’entourent. Éloïse Marseille a longtemps eu du mal à assumer son corps, à se désinhiber sans abuser de l’alcool, à s’épanouir sexuellement. Elle a d’abord lié l’orgasme à la consommation quasi obsessionnelle de pornographie, puis a enchaîné les rapports insatisfaisants, voire douloureux. Finalement, des MST aux relations malsaines, la dessinatrice ne tait rien de son parcours, dans lequel de nombreuses personnes pourraient se retrouver. En ce sens, Confessions d’une femme normale a quelque chose de rassurant et de salutaire : il met des mots – et des images – sur les humiliations vécues ou ressenties, il démystifie les représentations sexuelles archétypales, il propose un regard plein d’à-propos sur notre rapport au corps, au désir et à l’intimité. Dans une veine plus douce qu’amère, caractérisée par des dessins spontanés et des teintes rougeâtres.
Confessions d’une femme normale, Éloïse Marseille Pow wow, octobre 2022, 168 pages
L’Odyssée des gènes. Professeure en anthropologie génétique, Évelyne Heyer se base sur notre ADN pour explorer des pans entiers de l’Histoire humaine. L’Odyssée des gènes, qui paraît en version poche aux éditions Flammarion, mène ainsi le lecteur des communautés d’origine gaélique et viking en Islande aux descendants eurasiens de Gengis Khan. Pour ce faire, cet essai passionnant s’appuie sur les informations issues de l’analyse génétique, qui permettent, à partir de fossiles, de tissus humains, de sang ou de salive, de se livrer à une inépuisable rétrospection anthropique. C’est ainsi qu’au fil des chapitres, Évelyne Heyer revient tour à tour sur la généalogie génétique, les théories raciales, la morphologie humaine et ses évolutions ou encore, plus inattendu, la tolérance au lactose. À défaut de les établir, l’ouvrage consolide les rapports allant du culturel vers le biologique, par l’effet des préférences sexuelles et du darwinisme. C’est ainsi que certains traits physionomiques ou biologiques se sont peu à peu répandus et transmis de génération en génération. L’Odyssée des gènes remonte le cours du temps, initie le lecteur à l’anthropologie génétique et fait état, de manière définitive, de l’importance croissante du génome humain sur la formation de nos connaissances historiques. Avec érudition et beaucoup de didactisme, Évelyne Heyer érige cette entreprise de vulgarisation en un grand roman – certes en gruyère – de l’histoire collective des hommes.
L’Odyssée des gènes, Évelyne Heyer Flammarion, octobre 2022, 384 pages
Les Pompiers : Point de pression. La caserne qui sert de cadre à la série Les Pompiers n’est pas un microcosme tranquille. Peuplée de travailleurs dysfonctionnels, nantie d’un matériel d’un autre âge, soumise aux aléas du quotidien, elle affronte vaille que vaille les incendies et inondations qui rythment son quotidien. Dans « Point de pression », Cazenove et Stédo s’appuient énormément sur les traits les plus saillants de leurs personnages pour insuffler ce qu’il faut d’humour et de péripéties. Horace égare tout, en ce y compris un camion de pompier. Et quand on lui demande un effort d’attention, c’est sa journée qu’il perd… Sylvain aime tant l’épreuve des flammes qu’il en vient à se demander si cela ne relèverait pas d’une quelconque pathologie psychologique. Lucie et Steph sont à ce point conditionnées par leur travail qu’elles ont l’impression, pas tout à fait inexacte, qu’il s’impose à elles au quotidien. D’ailleurs, on les retrouve en discothèque avec une tenue de pompier (mal) dissimulée sous leurs vêtements, à la manière des super-héros de Marvel. Si la télévision a ses employés attachants mais incompétents (The Office ou Parks and Recreation), Les Pompiers démontre une nouvelle fois que la formule s’applique tout aussi parfaitement à la bande dessinée. Dans de courtes histoires satirisant le métier de sapeur-pompier, Cazenove et Stédo détournent toutes les situations, même les plus anodines, à des fins comiques : un banal rapport prend une ampleur encyclopédique, la gestion du linge pose des problèmes organisationnels significatifs, le transport d’un blessé se mue en visite touristique pour éviter les services d’urgences congestionnés… Bon enfant, l’album est à mettre entre toutes les mains.
Les Pompiers : Point de pression, Cazenove et Stédo Bamboo, novembre 2022, 48 pages