FIFAM 2022 : La Passagère d’Héloïse Pelloquet, le désir n’a pas d’âge

Porté par la beauté solaire de Cécile de France et la fougue du jeune Félix Lefebvre, La Passagère, premier long-métrage de la réalisatrice Héloïse Pelloquet, raconte avec tendresse la naissance du désir entre Chiara, une femme mariée et Maxence, son jeune apprenti, dans un paysage marin dont la délicate sensualité est propice à la romance.

Pour ce premier long-métrage à la fois romanesque et naturaliste, Héloïse Pelloquet (Comme une grande, L’Âge des sirènes, Côté Cœur) offre à Cécile de France le rôle de Chiara, héroïne moderne et libre, femme d’une quarantaine d’années et épouse d’un travailleur de la mer, qui revendique son droit au plaisir en succombant au charme d’un jeune apprenti interprété par Félix Lefebvre (remarqué dans L’Heure de la sortie de Sébastien Marnier, puis Été 85 de François Ozon).

Réflexion sensible et plurielle sur l’adultère, l’obstacle au désir, la fusion de deux corps antinomiques, le bonheur.., La Passagère prend pour décor le petit port d’une île fictive près de Noirmoutier, sensuel reflet de l’état d’esprit de ses personnages bruts et authentiques, en quête d’un équilibre dans leur existence quelque peu désorientée.

Telle une étrangère, Chiara, femme belge à la fois bourrue et chaleureuse, rude mais épanouie, à laquelle Cécile de France prête sa beauté toujours solaire, est constamment confrontée au regard des autres, en particulier celui de la communauté de marins qui l’a accueillie à son arrivée en France. Anticonformiste, elle choisit en effet de bousculer sa destinée en tombant dans les bras de Maxence, jeune garçon plutôt réservé dont l’étonnante maturité va brusquement la fasciner. Lui, talentueux flûtiste pourtant sans grand avenir professionnel, est immédiatement troublé par son sourire éclatant, séduit par son regard brûlant de désir. Très vite — et c’est là sans doute la réussite du film –, l’apprentissage de la pêche se change en un véritable coup de foudre ; la délicatesse, la pureté et la musicalité de l’idylle naissante entrent en contrepoint avec la rudesse du métier alors que chaque geste, chaque moment d’intimité, chaque vibration, résonne comme le doux clapotis d’une vague intérieure.

Citant notamment l’émouvant Marie-Jo et ses deux amours de Robert Guédiguian, la réalisatrice saisit ici toute la beauté du climat sentimental qui irrigue la trame. Elle chorégraphie avec précision les prémices de l’élan amoureux ainsi que la gracieuse animalité qui se dégage de cette union passagère, de cette machine tanguant quelque part entre douceur, maladresse et brutalité, tout en magnifiant les visages et corps des acteurs.

Avec pour seuls effets le gros plan et la radieuse lumière de la Vendée capturée par le chef-opérateur Augustin Barbaroux (L’Ordre des médecins, TeddyLa Passagère laisse également la part belle à la mise en scène intime d’une sexualité féminine intense, renforçant d’une certaine manière la qualité presque documentaire du film. Un mélo incarné avec passion et humilité par Cécile de France.

Sévan Lesaffre

Rencontre avec l’équipe du film La Passagère d’Héloïse Pelloquet

Bande-annonce

Synopsis : Chiara vit sur une île de la côte atlantique, là où son mari Antoine a grandi. Ils forment un couple heureux et amoureux. Elle a appris le métier d’Antoine, la pêche, et travaille à ses côtés depuis vingt ans. L’arrivée de Maxence, un nouvel apprenti, va bousculer leur équilibre et les certitudes de Chiara…

La Passagère – Fiche technique

Réalisation : Héloïse Pelloquet
Scénario : Rémi Brachet
Avec : Cécile de France, Grégoire Monsaingeon, Félix Lefebvre, Jean-Pierre  Couton, Imane Laurence…
Production : Mélissa Malinbaum
Photographie : Augustin Barbaroux
Montage : Clémence Diard
Décors : Anne-Sophie Delseries
Costumes : Caroline Spieth
Musique : Maxence Dussère
Distributeur : Bac Films
Durée : 1h35
Genre : Drame, Romance
Sortie : 14 décembre 2022

Festival

L’Étrange Festival 2026 : Ikatan Darah, la dette de sang

À l'Étrange Festival, Ikatan Darah déploie la fureur chorégraphiée de la maison Iko Uwais. Mega, athlète de pencak silat, riposte contre une mafia locale pour sauver son frère endetté. Antagonistes grotesques, adrénaline continue et un duel à la tondeuse à gazon qui coupe le souffle.

L’Étrange Festival 2026 : Tristes tropiques, le masque de l’épuisement

Élevés dans la loi de la jungle par un Maître aujourd'hui disparu, les tueurs d'élite de "Tristes Tropiques" se déchirent entre rumeurs et soupçons de trahison. Park Hoon-jung filme une fratrie fatiguée par ses propres masques, entre mélancolie stylisée et scènes d'action frontales, jusqu'à un climax à la machette.

L’Étrange Festival 2026 : Ithaqua, le dieu de la famine ressuscite la Hammer

La Hammer ressuscite le mythe du wendigo avec "Ithaqua", film de monstre glacial tourné en Ontario dans des conditions extrêmes. Entre horreur mythologique et survival à la sauce western, ce retour du studio britannique séduit par son atmosphère et ses effets pratiques, malgré des défauts de tons et de rythme.

L’Étrange Festival 2026 : Le sabre des gardiens, une épopée à l’étroit

Chorégraphe historique du cinéma d'action hongkongais, complice de Jackie Chan et des Wachowski sur "Matrix", Yuen Woo-ping signe un wuxia porté par des cascades inédites et une tempête de sable réelle. Un film généreux, où le souffle épique se heurte à une narration trop dense pour son format.

Newsletter

À ne pas manquer

L’Âme des guerriers (1994), de Lee Tamahori : une tentative de réaffirmation identitaire

Œuvre sur le déclin culturel des Maoris, ce premier long-métrage de Lee Tamahori propose un portrait sans concession de la misère et de la violence dans lesquelles patauge une communauté déracinée. Aux côtés de La Leçon de piano de Jane Campion, sorti un an plus tôt, cette tragédie grecque doublée d’une œuvre choc a permis de mettre la Nouvelle-Zélande sur la carte du cinéma mondial.

La frappe : Sans les mots

La frappe explore avec une caméra au plus près des visages les cicatrices laissées par un père abuseur. Julien Gaspar-Oliveri signe une œuvre tendue et rugueuse, entre drame intime et chronique familiale. Un film qui déroute par son refus de trancher mais finit par séduire lorsqu'il renoue avec une narration plus ferme. Une proposition fragile, parfois monotone, mais qui s'essaye à une certaine forme.

Utu Redux : quand la vengeance devient un incendie sans fin

Le western maori de Geoff Murphy plonge dans la guerre de Te Kooti, tourné à cru dans le bush néo-zélandais. Entre villages incendiés, humour noir et camps jamais figés, le film capture un engrenage de vengeance coloniale où personne ne reste épargné, jusqu'à une scène finale qui vide le mot "utu" de son sens.

Smash Palace : au pays de la casse

Dans une casse automobile perdue en Nouvelle-Zélande, un ex-pilote confond amour et possession jusqu'à traiter sa fille comme un trophée. Son couple se déchire, son garage déborde de carcasses, et le paysage tout entier se referme sur lui comme un piège dont personne ne ressort.

The Dog Stars : Ridley Scott s’essaie au post-apo (en pantoufles)

Dans un monde post-pandémique, Ridley Scott livre un survival maîtrisé mais sans surprise, porté par Jacob Elordi, Josh Brolin et Margaret Qualley dans les paysages du Colorado.
Sévan Lesaffre
Sévan Lesaffrehttps://www.lemagducine.fr/
Titulaire d’un Master 2 en Histoire, esthétique et théorie du cinéma, auteur d’un ouvrage qui concerne l’analyse du corps filmique de Judy Garland, jeune membre du jury du Festival International du Film d'Amiens 2017 présidé par Alexandra Stewart, critique et rédacteur pour CineChronicle.com pendant deux ans, je couvre le festival du film francophone d’Albi « Les Œillades » depuis 2018 et le FIFAM en 2022.

L’Étrange Festival 2026 : Ikatan Darah, la dette de sang

À l'Étrange Festival, Ikatan Darah déploie la fureur chorégraphiée de la maison Iko Uwais. Mega, athlète de pencak silat, riposte contre une mafia locale pour sauver son frère endetté. Antagonistes grotesques, adrénaline continue et un duel à la tondeuse à gazon qui coupe le souffle.

L’Étrange Festival 2026 : Tristes tropiques, le masque de l’épuisement

Élevés dans la loi de la jungle par un Maître aujourd'hui disparu, les tueurs d'élite de "Tristes Tropiques" se déchirent entre rumeurs et soupçons de trahison. Park Hoon-jung filme une fratrie fatiguée par ses propres masques, entre mélancolie stylisée et scènes d'action frontales, jusqu'à un climax à la machette.

L’Étrange Festival 2026 : Ithaqua, le dieu de la famine ressuscite la Hammer

La Hammer ressuscite le mythe du wendigo avec "Ithaqua", film de monstre glacial tourné en Ontario dans des conditions extrêmes. Entre horreur mythologique et survival à la sauce western, ce retour du studio britannique séduit par son atmosphère et ses effets pratiques, malgré des défauts de tons et de rythme.